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Kateb Yacine/Mohamed Arkoun/Kamel Daoud/Boualem Sansal/Rachid Boudjedra
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yacoub
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PostPosted: Sun 4 Dec - 17:15 (2016)    Post subject: Kateb Yacine/Mohamed Arkoun/Kamel Daoud/Boualem Sansal/Rachid Boudjedra Reply with quote

Chroniques Algériennes
5 h ·

▬ Nadia Zouaoui ▬
♦ La guillotine des femmes soumises!
Je regardais hier soir la télévision de BBC qui mène une série d' entrevues avec100 femmes d'influence dans le monde. Une d'entre elle, d'origine indienne, Shriti Vadera, la première femme à la tête d'une des plus grande banque d'Angleterre révélait qu'on ne voulait même pas lui donner de travail dans une banque au début de sa carrière car sa couleur de peau était trop différente de celle des clients selon son ex-boss. La dame brillante avait dit ceci:
"On arrivera à l'égalité hommes-femmes le jour ou on aura autant de femmes connes que d'hommes cons au pouvoir."
Et moi qui voulait écrire un long texte sur la fameuse ministre algérienne qui se croyait dans sa cuisine (le parlement) en nous sortons la recette du siècle pour résoudre la crise économique algérienne. Et oui, c'est simple comme bonjour, il faut juste couper les salaires des femmes cadres.
Je vous le dit, ces British ont de ces tournures de phrases à vous clouer le bec!
Le pire c'est le ton qu'a pris notre ministre de la Solidarité et de la Famille pour dire ce qu'elle avait à dire. Au fait, Il ne manquait plus que les youyous en nous sortons sa tare ... Une douceur ancestrale de soumission intériorisée par des siècles de patriarchat! Ben quoi? Une femme bien c'est celle qui donne tout, celle qui se sacrifie ...et puis les maris "viriles" sont capables de prendre soin de leurs femmes ... Du véritable Brel: je vais être l'ombre de ton ombre car j'aime être soumise!
Chez nous il y'a des femmes qui n'essayent pas seulement d'atteindre le plafond de verre, elles montent très haut pour le tirer vers le bas pour qu'il leur tombe dessus comme une guillotine ..avec le sourire des femmes bêtes et soumises!
Je commence vraiment à croire que l'ennemie des femmes c'est d'abord les maudites femmes qui veulent plaire à leur dominants ... Au moins les hommes eux se tiennent ensemble dans la connerie. Après ils se pètent les bretelles ... et retournent à leurs conneries
Sad
Et voilà, l'Algérie est donc sur la bonne voie pour atteindre l'égalité hommes-femmes ...du moins au chapitre de la connerie nationale!
Nadia Zouaoui / 30 novembre 2016.
Photo: Nadia Zouaoui
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PostPosted: Fri 16 Dec - 15:02 (2016)    Post subject: Kateb Yacine/Mohamed Arkoun/Kamel Daoud/Boualem Sansal/Rachid Boudjedra Reply with quote

Boualem Sansal : « Que font les grandes consciences de ce monde ? »


propos recueillis par M. S.


Jeudi, 10 Décembre, 2015


L'Humanité



Photo : François Guillot/AFP







Le romancier algérien Boualem Sansal, qui a reçu récemment le grand prix du roman de l’Académie française pour son dernier ouvrage,
2084 (Gallimard), nous communique le texte suivant.



«Je suis évidemment avec attention et beaucoup de tristesse ce drame horrible, encore un, qui nous vient d’Arabie. La coupe est pleine, nous ne pouvons décemment plus continuer à seulement signer des pétitions, et attendre le prochain drame. Il faut que la société civile mondiale se mobilise et déclare une guerre permanente à ce monstre moyenâgeux. Que font les grandes consciences de ce monde, à quoi passent-elles leur temps, à part pontifier et collectionner les honneurs ?
Le mal que le régime saoudien inflige au peuple d’Arabie et au monde est incommensurable. Décapiter, lapider, trancher des mains, torturer, fouetter, emprisonner, interdire, étouffer, abrutir, est le quotidien de ce régime féodal fou, pourri, corrompu, inculte, assoiffé de sang, qui se vautre dans un luxe d’une indigence absolue. Quelle effroyable image ces princes barbares donnent de leur pays et de l’islam à travers leur wahhabisme qui terrifie les plus terrifiants des islamistes.
Leur pays ne leur suffit pas pour exercer leur sacerdoce maléfique, ils l’exportent partout dans le monde, avec hélas le soutien de leurs protecteurs occidentaux, américains et européens, qui par ailleurs osent encore se poser en champions de la liberté, des droits de l’homme et de la culture au service du progrès humain. Quelle dérision, quelle supercherie !
Encore une fois, on se demande avec dégoût ce que font les penseurs et théologiens musulmans qui se posent en gardiens de l’islam. Quand enfin lèveront-ils la tête ?
Je ne crois pas que le gouvernement saoudien se soit beaucoup arrêté sur le fait qu’Ashraf Fayad soit un poète et un Palestinien. Seul compte à ses yeux le fait qu’il ait fait aveu d’athéisme, qui rejoint le crime absolu d’apostasie, et cela en terre sainte d’Arabie. La justice saoudienne applique la charia et celle-ci impose la peine de mort par décapitation. La charia ne prévoit ni circonstance atténuante ni circonstance aggravante, elle ne cherche pas davantage à faire exemple. C’est cela qui est effrayant, ce côté aveugle, mécanique. La charia dit “la mort”, alors on applique la sentence, sans discuter, sans réfléchir, sans état d’âme aucun. Même le roi ne peut pas arrêter la sentence, il pourra tout au plus, sous la pression internationale, retarder l’exécution.
Si l’exécution d’Ashraf Fayad devait avoir lieu, nous devrions faire en sorte que notre cri de colère soit entendu partout dans le monde et cela jusqu’à ce que le régime saoudien soit unanimement condamné par l’ONU et les grandes puissances, ou alors nous n’aurons qu’à nous taire et à vivre en silence notre honte d’être si faibles, si lâches. »
Boualem Sansal est Romancier algérien
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PostPosted: Mon 2 Jan - 14:56 (2017)    Post subject: Kateb Yacine/Mohamed Arkoun/Kamel Daoud/Boualem Sansal/Rachid Boudjedra Reply with quote

Fil d’actualité


Chroniques Algériennes
2 h ·







▬ Maya Loucif ▬
♦ Kamel Daoud pleure la défaite de Daech en Syrie et crache sur l’Algérie
Le magazine Le Point vient de publier une tribune où l’écrivain algérien Kamel Daoud pleure la défaite de Daech en Syrie dans un texte d’une poisseuse hypocrisie, par lequel il tente d’absoudre la barbarie terroriste en se lamentant sur le maintien du «dictateur Bachar Al-Assad». Au lendemain de la libération d’Alep, les mauvais perdants sur l’échiquier syrien, qui n’ont accepté ni la déroute de Daech ni la fin imminente de l’effusion de sang, ruminent leur échec. Les titres de leurs médias ternissent l’événement heureux par des «Poutine impose un cessez-le-feu aux Américains» et les «rebelles» d’hier deviennent des «insurgés en fuite» puis des «évacués». Amertume.
Dans cette vilaine bataille de la terminologie, Kamel Daoud, auteur désormais célèbre et chroniqueur polémiste, a choisi son camp. Auprès de ceux qui lui ont accordé la notoriété et des prix littéraires prestigieux après qu’il leur a docilement confié son âme. Intitulée «Bachar, ma vie, son œuvre», la chronique du journaliste algérien, clone de l’ultra sioniste Alain Finkielkraut, offre aux lecteurs une pitoyable leçon de morale égocentrique et à deux vitesses. En plus de confirmer sa manie de cracher gratuitement sur son pays : «L’effet Bachar est désormais dévastateur sur la demande de démocratie, les vies, les libertés, au sud comme au nord. En Algérie, on vient de chasser, par rafles, 1 500 Subsahariens, la veille exactement d’une messe guindée, le Forum africain de l’investissement. Les rafles ont ravivé les racismes, décomplexé les discours de haine (le président de l’instance officielle des droits de l’Homme parlera de MST, sida et mendicité) sans que cela gêne personne.» Les lecteurs seront bien malins de trouver le rapport entre le début de sa phrase et les commentaires sur l’Algérie.
A l’école, le plus indulgent des professeurs aurait signifié à notre génie de la plume qu’il est hors sujet et que la base d’un raisonnement consiste à poser des relations logiques entre les propositions que l’on énonce. Que nenni, Kamel Daoud, lauréat du Goncourt du premier roman, est dispensé de tout devoir de cohérence, comme on pardonne aux vieillards et aux invalides de ne pas rejoindre le front en temps de guerre !
Sauf que ceux qui n’ont pas été au combat ne peuvent raconter le feu des canons, les bombardements, la douleur, la mort, les larmes que selon le témoignage des survivants. Sinon, cela s’appelle de la littérature. Avec la part de fiction qui la distingue des autres genres d’écriture, du journalisme par exemple.
Que valent donc les lamentations virtuelles de Kamel Daoud au pied d’un mur en ruines d’Alep, comparées au témoignage du jeune français humanitaire, Pierre Le Corf, qui s’exprime, sans fioriture ni entourloupes, à partir du théâtre de guerre où il vit au quotidien la tragédie depuis plusieurs mois ?
Pourquoi faire semblant de s’indigner du maintien au pouvoir de Bachar Al-Assad dans son pays attaqué par des forces étrangères, alors qu’il existe des dizaines d’autocrates dans le monde et même des présidents légitimement élus qui commettent des atrocités au quotidien, tel Benyamin Netanyahu, sans que cela n’émeuve plus que cela la communauté internationale ?
Non, l’intervention de la Russie n’a pas consacré la victoire de la dictature sur un peuple, contrairement à ce que déplorent les fossoyeurs de la Syrie, elle a surtout permis le retour de la colombe de la paix qui prend la place des faucons, des vautours et de tous les charognards qui planaient au-dessus du pays. Quant aux pigeons qui portent encore à leurs pattes les messages de l’Otan et lâchent leur fiente sur les pages crasseuses de magazines sionistes, il ne sert à rien de pleurer, vous n’obtiendrez pas avec vos larmes de crocodile ce que les terroristes téléguidés n’ont pas pu imposer par leurs roquettes et bombonnes de gaz. Mercenaires en treillis, barbes et fusils mitrailleurs, mercenaires de la plume dans les salons parisiens, déposez vos armes, votre guerre coloniale en Syrie est terminée. Vous l’avez perdue. Maya Loucif
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PostPosted: Wed 4 Jan - 11:25 (2017)    Post subject: Kateb Yacine/Mohamed Arkoun/Kamel Daoud/Boualem Sansal/Rachid Boudjedra Reply with quote

Boualem Sansal : la France est une pièce essentielle dans le programme de domination planétaire de l’islamisme

30 Déc 2016JackA ne pas manquer, Djihad, Identité française, Islam
Boualem Sansal : la France est une pièce essentielle dans le programme de domination planétaire de l’islamisme
C’est un Algérien qui vous parle. Il SAIT, lui… et face à lui, dans la salle, se trouvent tous les grands (??) du journalisme français, qui en ont pris plein les oreilles.
Ces journalistes auront-ils le courage, et surtout l’honnetteté, de reproduire ce discours dans leurs torchons ? J’en doute fort…

Boualem Sansal : la France en voie de faire allégeance au Calife ? Discours sur l’Islamisme

Intervention de Boualem Sansal devant la Fondation Varenne [13 décembre 2016]*. Importante tant par son contenu – nous laissons nos lecteurs le découvrir – que parce qu’elle a été faite devant de grands noms de la presse française et d’illustres personnalités.  LFAR

Il ne faut désespérer ni Billancourt, ni le Qatar, ni l’institut  

Mesdames et Messieurs, bonjour, bonsoir,

Daniel Pouzadoux m’a fait l’amitié de m’inviter à votre cérémonie et il a poussé la gentillesse jusqu’à me demander de venir au pupitre dire quelques mots.  Je le remercie très chaleureusement.  Je vais le faire en essayant de ne pas vous ennuyer, j’ai tendance ces derniers temps à me répéter, et pas de la meilleure façon, je veux dire la politiquement correcte. 

Je ne sais pas si vous l’entendez mais je vous le dis, parler devant vous n’est pas facile, dans la salle je vois de grands noms de la presse française… c’est impressionnant. Et flatteur pour moi, dans mon pays, l’Algérie, j’ai droit au traitement pour lépreux, on lâche les chiens, on jette des pierres. En ce moment, à la suite d’un supposé amalgame, blasphème, ou mauvaise pensée de ma part, on délibère à mon sujet, et la fumée n’est pas blanche, ça ne dit rien de bon. Mais passons, rien n’est certain tant qu’il n’est pas arrivé. 

Je voudrais, avec la permission de Daniel, et la vôtre aussi, vous dire deux trois choses sur l’islamisme. Il y a d’autres sujets mais celui-ci les dépasse, il tient le monde en haleine, et la France en premier, elle est une pièce essentielle dans son programme de domination planétaire.  C’est ici qu’il gagnera ou perdra face à l’Occident, il le croit, voilà pourquoi il s’y investit avec tant de rage, derrière laquelle cependant agit un monde étonnant de froide intelligence et de patience.

Personne ne peut mieux qu’un Algérien comprendre ce que vous vivez, ce que vous ressentez, l’Algérie connaît l’islamisme, elle en a souffert vingt années durant. 

Je ne veux pas laisser entendre que l’islamisme est fini dans ce pays, simplement parce que le terrorisme a reflué, c’est tout le contraire, l’islamisme a gagné, à part quelques voix dissonantes qui s’époumonent dans le désert, rien ne s’oppose à lui, il a tout en main pour réaliser son objet. Tout son programme, dont le terrorisme est un volet important mais pas le plus important, il en est dix autres qui le sont davantage, ne vise que cela : briser les résistances, éteindre les Lumières avec un grand L et installer les mécanismes d’une islamisation en profondeur de la société. On peut dire que l’islamisme ne commence véritablement son œuvre qu’après le passage du rouleau compresseur de la terreur, à ce stade la population est prête à tout accepter avec ferveur, humilité et une vraie reconnaissance.

On en est là en Algérie, le programme se déroule bien, les islamistes travaillent comme à l’usine, ils contrôlent tout, surveillent tout, le point de non-retour est franchi et le point final arrive comme un coup de poing. Encore quelques réglages et nous aurons une république islamique parfaite, tout à fait éligible au califat mondial. Vous en entendrez parler, je pense.

Un  exemple  pour  le  montrer :  dans  la  petite  ville  où j’habite, à 50 kms d’Alger, une  ville universitaire dont la population, 25000 habitants environ, se compose essentiellement  d’enseignants,  de  chercheurs  et d’étudiants,  il  y  avait  avant  l’arrivée  de  l’islamisme, dans les années 80, une petite mosquée branlante, coloniale par son âge, que ne fréquentaient que quelques vieux  paysans  des  alentours ;  aujourd’hui,  après  deux décennies de terrorisme et de destruction, et alors que le  pays manque  de  tout,  il  y  en  a  quinze,  toutes  de bonne taille et bien équipées, eau courante au robinet, hautparleurs surpuissants,  climatisation  et  internet  à tous les étages, et je vous apprends que pour la prière du  vendredi  elles  ne  suffisent pas  pour accueillir  tous les  pénitents.  Il faudrait clairement en construire quinze autres ou réquisitionner les amphis et les laboratoires.  Attention, je ne fais pas d’amalgame, ni de persiflage, je ne dis pas que les pénitents sont des islamistes, aucun ne l’est, je vous l’assure, n’ayez crainte, je dis simplement que les islamistes ont bien travaillé, en peu de temps ils ont assaini le climat et fait de nous de bons et fidèles musulmans, ponctuels et empressés, et jamais, au grand jamais j’insiste, ils ne nous ont demandé de devenir des islamistes comme eux. « Point de contrainte en religion », c’est dans le Coran, sourate 2, verset 256.  

En Algérie, on suit avec beaucoup d’inquiétude l’évolution des choses en France.  Je ne parle pas de nos islamistes, ils se félicitent de leurs avancées chez vous, ni de notre gouvernement, tout entier mobilisé au chevet de son vieux président, M.  Bouteflika, je parle de ceux qui ont de l’amitié pour vous et ceux qui ont des parents en France et qui voudraient les voir continuer de vivre leur vie française le mieux possible. Je vous le dis, ceux-là sont inquiets, très très inquiets et même désespérés. Ils vous en veulent pour cela.

Inquiets parce qu’ils constatent jour après jour, mois après mois, année après année, que la France ne sait toujours pas se déterminer par rapport à l’islamisme : est-ce du lard, est-ce du mouton, est-ce de la religion, est-ce de l’hérésie ?  Nommer ces choses, elle ne sait pas, c’est un souci. Pendant ce temps, le boa constrictor islamiste a largement eu le temps de bien s’entortiller, il va tout bientôt l’étouffer pour de bon.  Insouciante qu’elle est, la mignonne est allée faire amie-ami avec les gros cheikhs du Golfe que chacun sait être les géniteurs et les dresseurs du boa et surtout d’anciens redoutables détrousseurs de caravanes. 

Inquiets de voir la France des libertés verser dans le maccarthysme. Que se passe-t-il, bon sang, il n’est plus possible, pour personne, de parler de certains sujets liés à la Chose sans se voir aussitôt traîné au tribunal et condamné sévèrement.  On en sort encore avec des amendes, des sursis et des marques à l’épaule, mais le jour n’est pas loin où on se verra appliquer la vraie charia. 

Inquiets et dégoutés de  voir  cette  grande  nation laïque et avant-gardiste exhiber à tout bout de champ ses  imams  et  ses  muftis,  ses  pachas  de  l’UOIF,  ses commandeurs du CFCM, et, pour la note moderne, deux trois sœurs cagoulées à l’arrière-plan, comme jadis au temps des colonies de papa elle promenait de cérémonies en cérémonies ses caïds chamarrés bardés de médailles, ses marabouts en boubous et autres sorciers en plumes, et repousser fermement ceux qui peuvent parler  aux  gens  sans  réciter  un  seul  verset  ou  lever  de doigt  menaçant  au  ciel.  On croirait que la France n’a pas été décolonisée en même temps que ses colonies ou que la laïcité y a été abrogée par un édit du grand imam.

Inquiets et en colère de voir que les Algériens de France, pourtant instruits de la vraie nature de l’islamisme, et pis, qui savent qu’il a lancé une OPA sur leurs enfants, ne s’engagent pas plus que ça dans la lutte contre lui, pas au-delà des protestations de principe : « C’est pas ça l’islam » ; « L’islam est paix, chaleur et tolérance », « l’islam est une chance pour la France ». Misère, comment le dire :  l’urgent n’est pas de sauver l’islam de l’amalgame mais de sauver les enfants de la mort  

Inquiets et effarés de voir l’Europe se déliter et devenir un amplificateur de crises et fabricant d’un islamisme européen véritablement monstrueux, qui par ses prétentions totalitaires et ses haines tous azimuts, s’apparente au nazisme-fascisme d’antan, qu’il contribue de la sorte à ressusciter.

Désespérés en fin de compte de voir que la France et l’Europe sont à mille lieues de pouvoir concevoir et mener ensemble le seul combat qui puisse venir à bout de l’islamisme : le contre-djihad, conçu sur le principe même du djihad.  Et le djihad n’est pas la guerre, c’est mille chamboulements dans mille domaines différents, menées sans restriction ni frein, dans un mouvement brownien accéléré irréversible.

Après tout ça, y-a-t-il de l’espoir ? Oui, il existe, il est puissant, la France est un grand pays avec une immense histoire pleine de ressort et d’énergie, il continue de vivre et de se projeter dans l’avenir, mais chacun sent que l’effort coûte de plus en plus, que le poison islamiste court dans ses veines, que la langueur de la décadence le travail, que le pays perd de sa cohérence et de son unité, que le gouvernement n’y entend goutte, que l’Europe est un boulet, bref chacun comprend que la fin approche. L’espoir est précisément là, dans cette horrible sensation que l’Histoire est finie, c’est là que le désespoir trouve sa meilleure énergie. 

Il y a une condition cependant, un vrai challenge de nos jours, la France    doit retrouver l’usage de la parole libre et en faire une arme.  Si le terrorisme se combat dans la discrétion et la patience, par le renseignement et l’infiltration, l’islamisme se combat par la parole, dite au grand jour, haut et fort. Ce combat a toujours été celui des journalistes et des écrivains, qu’ils reprennent le flambeau, il est à eux. 

On  n’oubliera  pas  de  mener  ce  combat  en  premier contre l’armée des idiots utiles et des bienpensants, qui avec une poignée de considérations de patronages ont réussi  à  paralyser  la  France,  peuple  et  institutions,  et l’ont livrée aux islamistes et demain à la guerre civile : « pas d’amalgame tu feras »,  « l’assassin de ton frère est ton frère, des bisou ours tu lui adresseras »,  « raciste et islamophobe tu es si tu ne tends pas l’autre joue »,  « ta coulpe tu battras car colonisateur et esclavagiste tu fus »,  « de remords et de pénitences, tu te nourriras »,  « ta place tu cèderas, d’Hilmi tu seras »,  « paix, tolérance et soumission, tu pratiqueras avec tes agresseurs ». 

Ces formules sont arrivées à l’école, avec d’autres douceurs du même genre, ce qui facilite les abandons de demain. « Cons et dangereux », disait d’eux Yves Montand, qui fut lui-même un idiot-utile des plus célèbres, c’était hier, aujourd’hui il dirait plus : « cons, dangereux, et heureux de l’être ». 

Vous l’avez noté, à aucun moment je n’ai parlé de l’islam.  Vue par-là, l’affaire nous dépasse, on est dans l’intouchable, l’islam, c’est Allah, c’est Mahomet, le Coran, le Califat, la Oumma, c’est la fin universelle des hérésies et de la mécréance.  « L’islam est l’horizon indépassable de notre temps », ce cher Jean-Paul Sartre nous le dirait sans faute s’il revenait parmi nous. 

A côté, l’islamisme n’est rien, avec sa pauvre charia et ses sabres ébréchés, on pourrait le balayer ce soir, si on nous le permettait, il n’est que l’expression des délires et des caprices de bédouins du désert arabique, abrutis par des siècles d’ignorance et de consanguinité féroce, soudainement enrichis et ennoblis par des Anglais idiots et accueillis à bras ouverts dans les grandes capitales d’Europe. Nous vivons les frasques de ces enfants monstrueusement gâtés, jouisseurs fous et insatiables.

Aujourd’hui, ils saccagent des pays comme hier, quand ils apprirent à prendre l’avion et actionner des ascenseurs, ils saccageaient les palaces du monde libre avant de les acheter pour les mettre à leur goût.  C’est cela que les idiots-utileset les bienpensants aiment en vérité :  l’argent des cheikhs, il sent bon l’encens et le mazout.  Avec eux, Billancourt ne désespérera jamais, et d’ailleurs par leur faute Billancourt n’existe plus, il a disparu en même temps qu’une certaine France. A Colombe-les-deux-Mosquées, il y en a un qui doit salement râler.  

Pour terminer, je voudrais vous dire mon sentiment sur les propositions récentes de l’institut Montaigne pour réformer l’islam et rendre possible l’émergence d’un islam de France. J’ai vérifié, c’est bien d’islam qu’il parle, d’islam de France, ce qui déjà est un gros blasphème, l’islam est un, il est partout chez lui. C’est par le JDD du 18/9 passé que j’en ai pris connaissance.  Ces propositions qui s’enfilent comme des perles sont au nombre de dix et se résument ainsi : on lève une redevance sur le halal, on construit des mosquées, on forme des aumôniers et des imams, on enseigne l’arabe aux écoliers et le français aux imams, on expurge l’histoire, on crée un secrétariat d’Etat à la laïcité et aux cultes, on implique les maires, on actionne la diplomatie pour endiguer l’influence des régimes wahhabites d’Arabie et du Qatar. Quand j’ai lu ça, je suis tombé à la renverse,

J’ai compris que le plan était un programme d’arabisation et d’islamisation des plus sévères, il ne laissait aucune possibilité de faire machine arrière en cas de regret. Il ressemblait comme deux gouttes d’eau au plan d’arabisation et d’islamisation que le pouvoir algérien a mise en œuvre en Algérie au début des années 80 sous la pression de l’Arabie saoudite et qui allait en peu de temps faire de nous des perroquets wahhabites salafistes. 

Il fallait réfléchir et comprendre l’intention de l’institut.  Même à long terme et dans un climat apaisé, ces propositions seraient à mon avis sans portée ni effet quant à l’objectif visé :  réformer l’islam et faire émerger un islam de France, accepté de tous, les Français d’abord, religieux et laïques de tous bords, et ensuite tous les pays arabes et musulmans, et à leur tête l’Arabie saoudite gardienne universelle du dogme. 

Au contraire, elles joueront dans le sens de la réalité et celle-ci est la suivante : la France est déjà très avancée dans la voie de son islamisation par un islam importé, archaïque et brutal, sectaire et haineux, affairiste et opportuniste en diable, fortement teinté de salafisme mais pas seulement, adepte du djihad mondialisé, et ces propositions généreuses inespérées vont formidablement aider à son expansion et son enracinement.

L’effet multiplicateur et accélérateur n’a pas été pris en compte dans l’étude, il jouera à plein, ce que l’étude montre    pourtant puisqu’elle nous apprend que 29% des musulmans de France sont déjà en rupture avec la communauté nationale.  Il semblerait que l’institut n’a pas travaillé sur la réalité mais sur une image de la réalité. Le fait de formuler de telles propositions dans ce contexte de déchirement et après une année 2015 riche en attentats islamistes, révèle que le but recherché par les planificateurs des attentats est atteint :  la France est prête à tout céder, les dix propositions de l’institut se présentent comme un acte d’allégeance au calife.

Je ne veux pas désespérer l’Institut M. mais on doit le lui dire :  le calife tient son pouvoir d’Allah, il n’attend rien de personne, il écrase tout sur son chemin, les idiots utiles, les allégeants et les soumis en premier. Je vous remercie. •

* Fondation pour la promotion des métiers du journalisme

http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2016/12/21/boualem-sansal-la…

Note de Christine Tasin

A lire en complément notre dossier sur Boualem Sansal, avec qui nous avons des accords et des désaccords. Il louvoie sans cesse sur islam et islamisme, précautions oratoires de circonstance ? Il semble que dans le discours ci-dessous il soit passé du côté obscur de la force et décidé à attaquer directement l’islam. Pourvu que ça dure…

http://resistancerepublicaine.eu/search/Boualem Sansal

Complément de ZAZA, voici la video


Résistance républicaine Etats-Unis “Those who surrender freedom for security will not have, nor do they deserve, either one.” « Ceux qui sacrifient la liberté pour la sécurité n'obtiendront, ni ne méritent, ni l'une ni l'autre » Benjamin Franklin

 

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368 Tahar ben Jelloun, l’école catholique et l’islamisation en douceur
12 janvier 2017 14 commentaires 5296



De nombreux parents d’élèves catholiques m’ont interpellé au sujet de l’entretien de Tahar ben Jelloun paru dans la livraison de décembre 2016 de la revue « Famille et éducation » (pp. 58-60), tirée à 900 000 exemplaires, par l’APEL, l’Association des Parents d’élèves de l’École Libre. J’ai alors décidé de vous présenter la critique de cet entretien parce qu’il est exemplaire de la façon dont la propagande islamique est instillée actuellement en Occident, et de la complicité avec laquelle celle-ci est reçue par des institutions ecclésiales, lesquelles collaborent de ce fait activement à notre islamisation programmée, chose si grave qu’elle appelle sans aucun doute l’interrogation du Christ : « Quand le Fils de l’homme reviendra, trouvera-t-Il encore la Foi ? (Lc 18.8) ».
Tahar Ben Jelloun, « écrivain, poète, peintre et essayiste, né au Maroc » mais vivant « en France depuis plus de quarante ans », est l’auteur d’un livre récent intitulé « Le terrorisme expliqué à nos enfants », livre que l’on comprend intéresser cette revue consacrée à l’éducation des enfants.
  • Pour rendre compte du terrorisme l’auteur entend d’abord faire œuvre d’historien, en replaçant «le mot terrorisme dans l’histoire ». Or, curieusement, en fait d’histoire, il se contente de citer la Terreur sous la Révolution française… Comme si les attentats qui se multiplient sur le sol de France étaient inscrits dans le code génétique français, et ne relevaient en rien de la nouvelle religion de paix et d’amour ! Pourquoi l’auteur ne cite-t-il pas plutôt Allah qui dit : « Nous allons jeter la terreur dans le coeur des mécréants. (Coran 3.151) » ; « Je me charge de jeter la terreur dans le cœur des infidèles. Égorgez-les ! Frappez-les ! (Coran 8.12) » ; « Allah a jeté la terreur dans leurs cœurs. Vous en avez tué une partie […] (Coran 33.26) », etc. etc. ?
  • Là où notre auteur ne se trompe pas, c’est lorsqu’il trouve la raison du succès des islamistes auprès des jeunes Français dans le fait que « l’Occident a renoncé à Dieu et adopté des modes vie qu’ils jugent décadents». Et en effet, le laïcisme ne pourra jamais offrir quelque chose d’équivalent à la perspective du Paradis et de l’Enfer. Qu’est-ce qui peut donner à la vie son sens, sinon que la mort ait le sien, en débouchant sur la vie et non la mort… éternelle ? Mais s’il en est ainsi, que vaut alors l’ambition de Thar de faire aimer la France aux musulmans  au motif qu’« ils [y] sont respectés », qu’il y a « des opportunités pour vivre bien », « des valeurs », « la liberté d’expression, de critiquer, de circuler » ? En disant cela et que la France est « une formidable terre d’asile », il fait le procès de l’islam en tant que projet politique, incapable depuis 1400 ans de conduire aucune société où il s’est imposé au bonheur ! Islam qui a donc contraint ces musulmans à fuir leurs pays ? Condamnation redoublée de l’islam les ayant si profondément pervertis que nombre d’entre eux, reconnaît-il, veulent de la France « sa ruine »…
  • Bravo encore à lui de pointer la parenté entre l’État islamique, l’Arabie saoudite et la Qatar, par le lien du rite wahhabite. Constat qui dénonce le scandale de l’immunité judiciaire des responsables politiques français ayant pactisé avec ces pays…
  • En bon musulman, Tahar Ben Jelloun prétend que l’islam « est la troisième religion monothéiste révélée». Or, aussi vrai qu’il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a qu’une seule religion révélée, celle qui a été annoncée au peuple juif et que le Messie a ouverte à l’ensemble de l’humanité, en sorte que l’ayant ainsi conduite à son accomplissement parfait, toute prétendue religion venant après le Christ ne peut qu’être une imposture, contre laquelle Jésus nous a d’ailleurs mis en garde (Mt 24.4,11,24 ; Ga 1.8-9 ; 1 Jn 2.22-23 ; Jude 1.3 ; Ap 20.10 ; 22.18). Lorsque l’auteur affirme que l’islam partage « les mêmes fondamentaux que le christianisme et le judaïsme. [Etant] toujours dans la parole de Dieu. », il cherche à rattacher l’islam à la révélation hébréo-chrétienne pour lui en donner la légitimité… Mais ce faisant, il occulte la continuité organique du christianisme d’avec la religion hébraïque, laquelle ayant été accomplie par le Christ (Mt 5.17), a donc disparue avec le Temple, le sacerdoce lévitique et les Prophètes… En un mot : si les Hébreux attendaient la venue du Messie, qu’ils n’ont pas reconnu en Jésus de Nazareth, les chrétiens, L’ayant, eux, reconnu et accueilli en Jésus de Nazareth, n’attendaient personne lorsque l’islam est arrivé, ― sinon, comme aujourd’hui, le retour de Jésus ―, en sorte que le rapport de l’islam au christianisme n’est pas comparable à celui du christianisme à la religion hébraïque. Je parle de religion hébraïque pour la distinguer du judaïsme qui désigne la religion créée après la venue du Christ et en rejet de Celui-ci. Contrairement à ce que l’imaginent judaïsme et islam, la Révélation hébréo-chrétienne ne se lit pas à travers les notions de race, de livre ou d’unicité, mais d’alliance, d’esprit et de communion. La vision que présente l’islam de l’histoire (du salut) est purement théorique, abstraite, anhistorique, mythologique. Tahar Ben Jelloun nie la logique de la Révélation pour imposer une théologie désincarnée, qui ignore l’abîme séparant la conversion au Dieu vivant de l’adhésion à un schéma théologique.
  • Quand notre auteur affirme que «aucune de ces trois religions ne prêche la brutalité ou la violence. », il pratique, consciemment ou inconsciemment, la takiya. Il suffit d’ouvrir le Coran, ou de lire la vie de Mahomet, ou de connaître l’histoire de l’islam, pour reconnaître que la haine est constitutive de l’islam. En effet, à l’exemple de l’Abraham coranique, modèle parfait des « croyants (Coran 2.135) », tout bon musulman doit dire : « Entre nous et vous, c’est l’inimitié et la haine à jamais jusqu’à ce que vous croyez en Allah, seul ! (Coran 60.4) ». Haine qui appelle le meurtre (Coran 2.191, 9.5,30…), ainsi que l’actualité ne le montre que trop… Et pour encore mieux cacher la vérité au sujet de l’islam, il détourne aussitôt l’attention en accusant les chrétiens de l’Inquisition et des guerres de religion. Comme si l’Inquisition n’avait pas été un efficace moyen de mettre fin aux procès arbitraires et à l’extension de l’hérésie (Mt 18.6), et les guerres de religions une conséquence du protestantisme ! Mais son accusation montre encore qu’il n’est toujours pas parvenu à reconnaître que lorsqu’un chrétien commet le mal, il ne peut le justifier ni par l’enseignement ni par l’exemple de Jésus, tandis que lorsqu’un musulman fait la même chose, ou pire, celui-ci peut toujours le justifier par l’enseignement d’Allah et l’exemple de Mahomet… Les auteurs de l’attentat du Bataclan par exemple, comme tous leurs confrères assassins, ont agi pour accomplir la volonté d’Allah telle qu’ils l’ont lue dans le Coran et la vie de Mahomet. C’est un fait. Le refus de reconnaître cette vérité aussi évidente que le soleil à midi en plein été au dessus de Rabat, conduit notre auteur à vouloir expliquer le regain d’engouement pour la terreur musulmane par… la mauvaise gestion de la guerre d’Algérie, la question palestinienne, la veulerie des hommes politiques français… Comme si tous les autres Français n’étaient pas logés à la même enseigne sans pour autant vouloir le retour du Califat et s’engager dans le djihad ! Ce n’est donc pas, comme le propose Tahar, la censure sur internet qu’il faut instaurer, mais c’est l’islam en tant que tel qu’il faut refuser. Tant que l’on n’aura pas le courage de tirer les conséquences pratiques de l’arrêt du 13 février 2003 de la CEDH déclarant l’incompatibilité de la charia avec les principes fondamentaux de la démocratie, le combat contre le terrorisme islamique sera aussi vain que de vouloir supprimer les fruits d’une plante dont on n’arrache pas la racine.
  • Tahar Ben Jelloun veut nous faire croire que ceux qui agissent mal au nom de l’islam le font « parce qu’ils se trompent d’époque», parce qu’il faudrait interpréter le texte du Coran en fonction de l’époque à laquelle il a été révélé, c’est-à-dire à une époque « brutale », où les bédouins « enterraient vivantes toutes celles qui étaient accusées de mettre au monde des enfants illégitimes. » en sorte qu’« une des premières mesures qu’il [Mahomet] prend, c’est d’interdire d’enterrer vivante une femme. Quand Mahomet arrive, c’est une libération ! ». A cette apologie de l’islam, je réponds :
  1. Prétendre interpréter le Coran en fonction de son contexte, c’est lui dénier sa valeur immuable de parole éternelle, valable pour tous les hommes de tous les temps, et non pas seulement pour quelques uns à un endroit particulier du monde et à un moment donné de l’histoire… et d’autre part, c’est blasphémer en prétendant faire ce que seul Allah peut faire, car : « Nul ne connaît l’interprétation du Coran à part Allah ! (Coran 3.7) »…
  2. De plus, le Coran annonce qu’au Jour du Jugement des filles auront été enterrées (Coran 81.8) ― ce que le Coran est seul à annoncer. Comment dès lors les musulmans pourraient-ils ne pas désirer qu’il en soit ainsi, s’ils veulent qu’au dernier jour la parole d’Allah ne soit pas prise en défaut ? N’est-ce pas ce que veulent les savants musulmans qui aujourd’hui lapident femmes et fillettes enterrées ?
  3. Mais encore, et plus tristement, le discours de Tahar Ben Jelloun occulte le fait que le christianisme avait déjà contesté toute inhumanité de quelque coutume ou loi que ce soit. Qu’est-ce que l’islam pourrait bien avoir apporté en termes de justice ou d’amour que Jésus n’aurait pas déjà apporté ? Qui peut venir APRÈS le Christ sinon l’Antichrist ? L’islam venant APRÈS le Christ ne vient que pour nier l’œuvre du Christ en se substituant à Lui dans Son œuvre propre de Sauveur, comme on le voit dans cette pseudo-révélation historique du caractère libérateur de Mahomet. Il est clair qu’en Arabie où existaient de nombreux évêchés AVANT la venue de l’islam, les chrétiens, arabes ou non, n’enterraient pas vivantes la gente féminine, que Jésus avait enseigné à aimer (Jn 8.1-11), alors que les traditions musulmanes rapportent tout le contraire au sujet de Mahomet : « L’apôtre d’Allah a dit : « Ô Unais ! Va voir la femme de cet homme et si elle confesse l’adultère, alors lapide-la à mort. (Récit de Zaïd ibn Khalid et Abu Huraira, Bukhari 38.508)» ; « L’envoyé d’Allah a dit : « Quand un homme célibataire commet l’adultère avec une femme célibataire, ils recevront cent coups de fouet et seront bannis un an. Dans le cas où ils sont mariés, ils recevront cent coups de fouet et seront lapidés à mort. (Récit de Ubada ibn as-Samit, Muslim 17.4191) » ; « La lapidation est un devoir envoyé par le livre d’Allah pour les hommes et les femmes mariés qui ont commis l’adultère si la preuve est établie, s’il y a grossesse ou aveu. (Récit d’Abdullah ibn Abbas, Muslim 17.4194) »… S’il est très fréquent qu’un tribunal islamique condamne aujourd’hui à la prison et jusqu’à deux cents coups de fouet une femme, voire une enfant, ayant eu le malheur d’être violée[1], n’est-ce pas grâce à la révélation apportée par Mahomet ?! Comment dès lors peut-on oser louer l’islam et ce jusque dans une revue catholique ?!!
  • Et pour faire bonne mesure l’auteur français le plus traduit justifie les razzias, pillages, parjures, tortures, esclavagismes, viols, meurtres et guerres de Mahomet au nom de sa volonté d’émanciper la femme ! C’est parce que Mahomet veut « interdire d’enterrer vivante une femme» qu’il « va déclencher des guerres » ! Combien est-il pitoyable d’alléguer une telle raison au comportement barbare de Mahomet qu’ont si bien imité les Califes au long de l’histoire, puisque Jésus sept siècles plus tôt avait déjà révolutionné le monde sans faire couler le sang, sinon le Sien ! Mais encore, pourquoi occulter qu’Allah lui-même commande sans cesse dans son Coran la guerre perpétuelle et universelle contre tout ce qui n’est pas musulman pour la seule raison de n’être pas musulman (Coran 2.193 ; 5.33 ; 9.5 60.4 ; 61.4…) ? Qu’un prix Goncourt (1987) soit capable de s’extasier sur la soi-disant interdiction qu’auraient eu les soldats de Mahomet « de toucher aux femmes, de tuer les enfants, ou même de déranger les prêtres qui prient »… sept siècles APRÈS la venue de Jésus ! est un exemple supplémentaire de la terrible capacité de l’islam à altérer profondément la faculté de jugement. La vérité est que le butin des guerres commandées par Allah pourvoyait ses serviteurs en esclaves (Coran 4.3,24,25,36,92 ; 16.71,75,76 ; 30.28), et que Mahomet s’est lui-même enrichi de cet abominable commerce (Coran 8.70 ; 16.71 ; 33.52). La sourate 111 est tout entière consacrée à la mort par torture d’un opposant de Mahomet, Abu Lahab, qui, après avoir été spolié de ses biens, eut les mains tranchées, tandis que sa femme était réduite en esclavage. Nous lisons dans la biographie de Mahomet qu’après avoir fait creuser un fossé sur la place de Médine, il participa à la décapitation de 600 à 700 mâles de la tribu juive des Banu Qurayza, en suite de quoi il « épousa » aussitôt Saffya, une très belle jeune fille dont le père, l’oncle, le frère et le mari, venaient d’être par lui assassinés[2]… On tombe en pamoison, n’est-ce pas ? devant tant de mansuétude ! Comment Tahar peut-il nous dire que les terroristes musulmans agissent de façon « absolument opposée non seulement à l’esprit, mais aussi à la lettre de l’islam » ?
  • Si l’éclairé Tahar veut nous rassurer en affirmant que « cette époque n’a plus rien à voir avec notre XXIe siècle», ce qui ne nous rassure pas est qu’il ne se demande pas pourquoi… S’il le faisait, ne devrait-il pas reconnaître que ce progrès dont il semble se réjouir ne doit rien à l’islam, mais tout au Message du Christ ?
  • Et lorsqu’il affirme que l’État islamique et les Salafistes « reviennent en arrière» et se trompent d’islam, pour qui se prend-il ? Qui a autorité en islam pour décréter ce qu’est le vrai islam ? Contrairement au Fils de Dieu ayant remis au Pape Son autorité divine (Mt 16.18-19 ; Jn 21.15-17), Mahomet n’ayant remis la sienne à personne, personne en islam n’a d’autorité incontestable…
  • Tahar entend montrer qu’il appartient bien à notre société libérée en reniant l’obligation faite aux femmes de porter le voile, et évoque pour cela trois versets du Coran qui n’en feraient pas une obligation. Or, Allah demande aux musulmans : « Ô croyants ! […] Si vous avez quelque demande à faire à ses femmes [celles de Mahomet], faites-le à travers un voile. (Coran 33.51)». Si Mahomet est le modèle des musulmans, comment ceux-ci pourraient-ils souffrir de ne pas l’imiter en ne permettant pas que l’on s’adressât à leurs femmes autrement qu’« à travers un voile » ? « Vos épouses peuvent se découvrir devant leurs pères, leurs enfants, leurs neveux et leurs femmes et devant leurs esclaves. (Coran 33.53) », autrement dit : ne pas porter le voile en présence des membres mâles de sa famille ou de ses esclaves est une concession. Et cette concession signifie que les femmes ont donc l’obligation de paraître derrière un voile en présence d’autres personnes. On ne peut certainement pas se prétendre musulman et rejeter des prescriptions si clairement formulées par Allah ! L’obligation du port de la burqa est justifiée par le Coran (24.31).
  • Notre auteur prétend encore que le premier et plus important sens du jihad serait « l’effort fait sur soi-même pour s’améliorer, être un bon musulman, et vivre en paix avec les autres ». Or ce sens d’effort sur soi-même n’a aucun fondement dans le Coran… et n’est attesté que chez les Soufis, par un hadith ne remontant pas avant le IXe siècle, et qui ne figure dans aucun des six recueils classiques du sunnisme… Tahar nous prend-il tous pour des Petit Chaperon rouge ?
  • Comment se fait-il que depuis trente-cinq ans Tahar Ben Jelloun prétende travailler à l’intégration des musulmans alors que feu le Commandeur des croyants, Hassan II, affirmait : « Il est vain de vouloir intégrer les Marocains à la France : tant qu’ils seront musulmans, ils ne seront jamais Français.»[3] ? Est-il donc sincère, ― depuis trente-cinq ans ! ―, ou bien pense-t-il que son roi était un imbécile ?

Bref, dans cette revue destinée à soutenir la mission éducative des parents d’élèves catholiques, le plus désolant n’est pas tant qu’un musulman chante les louanges de l’islam, mais qu’il le fasse sans qu’aucune contradiction ne lui soit apportée. Où est donc dans cette revue le souci évangélique et missionnaire qui devrait habiter tout catholique et a fortiori ceux qui ont une mission d’enseignement ? Sauf erreur de ma part, pas une seule fois en ces 84 pages, Dieu, ni même Jésus, ne sont nommés, ni même seulement évoqués, pas plus dans l’éditorial qui écrit Église avec un « e » minuscule, que dans ce qui se voudrait « le billet spirituel » du père François Boëdec, jésuite et président du Centre Sèvres de Paris, habillé en civil comme il se doit (canon 284), où il n’est question que d’épanouissement humain… Qu’est-ce que le lecteur lambda, à la foi qu’une catéchèse anémiée durant des décennies s’est ingénié à rendre inconsistante, trouve donc en ouvrant ce journal ? L’apologie de l’islam ! Pourquoi ne deviendrait-il pas alors musulman, puisque l’islam « c’est pas ça », et que l’Église en fait elle-même la publicité ? Il est si vrai que celui qui n’amasse pas avec le Christ, disperse (Mt 12.30), que cette livraison du mois de décembre non seulement ne dit pas un seul mot de Noël, mais annonce que « Quand Mahomet arrive, c’est une libération. » ! Au rythme où vont les choses, qui sait si l’an prochain à pareille époque non seulement pas un seul mot de cette revue ne sera toujours pas consacré à la naissance de notre grand Dieu et Sauveur, mais encore si ce ne sera pas la naissance de Mahomet qui sera célébrée ?
Avant que le Christ ne finisse de vomir tous les tièdes (Ap 3.16), j’invite les familles à mettre la prière familiale quotidienne[4] à l’honneur, avec le bénédicité, le chapelet, et l’Angélus que le Pape Callixte III a demandé de prier en 1456, c’est à dire après la prise de Constantinople par les Turcs, pour demander à Dieu « la conversion des musulmans et la paix. Par la prière, les familles peuvent tout obtenir : « Si deux ou trois unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera donné. (Mt 18.19-20) ». Qu’elles prient notamment pour que Dieu envoie des ouvriers à Sa moisson, et pour la fidélité de ceux-ci. Et enfin, mettant Dieu au centre de leur vie et de leurs relations, qu’elles témoignent de Son amour par des actions charitables que l’Esprit ne manquera pas de leur inspirer. Je les bénis, elles qui sont aux avant-postes de la nouvelle évangélisation, signes et instruments de l’Amour qui donne la vie, pour le temps et l’éternité. Amen.
Abbé Guy Pagès
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[1] Cf. ENYO, Anatomie d’un désastre. L’Occident, l’islam et la guerre au XXIe siècle, Denoël, 2009, p.203
[2] Ibn Hicham, Sira II, 240-241, mais aussi : « Al-sirât al nabawiyya » Éd. Tadmurf, Beyrouth, Dâr al-kitâb al‘arabî, 1978, Tome III pp.183-184.
[3] Entretien télévisé avec Anne Sinclair dans l’émission “7 sur 7” diffusée sur TF1 en 1982. Le bienheureux Charles de Foucaud avait déjà dit cela dans une Lettre à René Bazin en 1916.
[4] « Une famille qui prie est une famille qui vit. (Pie XII 13.12.1953) » ; « Une famille unie dans la prière, reste unie. (Jean-Paul II, Rosarium Virginis Mariae, n°41)
Articles sur le même sujet :
– École catholique : accueillir la diversité religieuse ?
  – D’ici dix ans, serons-nous tous musulmans en raison de notre stupidité ?
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Signature - Nouveau sujet, vérifier dans "Recherche" s'il n'existe pas. Il faut qu'il soit bien étoffé, un titre explicite, bien détaillé avec des preuves fiables et vérifiables


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PostPosted: Tue 7 Feb - 15:25 (2017)    Post subject: Kateb Yacine/Mohamed Arkoun/Kamel Daoud/Boualem Sansal/Rachid Boudjedra Reply with quote

Kamel Daoud : « Nous sommes des sacs vides »



Kamel Daoud publie cette semaine son nouveau recueil de chroniques, « Mes indépendances ». L’auteur de Meursault-contre enquête propose aux lecteurs plus d’une centaine de chroniques publiées dans différents journaux en Algérie et à l’étranger. Il sera présent dans l’après-midi du samedi 11 février à la librairie du Tiers Monde pour une vente-dédicace.

Dans cet entretien, le premier depuis sa chronique sur Cologne, l’écrivain revient longuement sur les polémiques suscitées par ses textes.
Comment est née l’idée de republier ces chroniques ?

Beaucoup de lecteurs collectionnaient mes chroniques. Et beaucoup d’entre eux me l’ont demandé. J’ai voulu aussi donner une idée aux lecteurs sur mes positions et sur ce que je pense depuis des années et non seulement depuis la parution de Meursault, contre enquête.
Pourquoi Mes indépendances ?

L’idée vient de la dernière chronique écrite dans Le Quotidien d’Oran en mars dernier après la polémique sur mon texte au sujet de ce qui s’est passé en Cologne (agression de femmes à la gare de Cologne notamment par des Maghrébins à la fin de l’année 2015, NDLR). Et cette chronique finissait sur cette phrase : « Je mène moi aussi mes guerres de libération et il m’arrive, moi aussi, de fêter mes indépendances. »
Dans ce recueil, vous republiez justement cette chronique sur Cologne qui a suscité une grande polémique. Vous ne regrettez pas donc ce texte ?

Absolument pas ! On regrette un crime, une erreur, un dépassement, une glissade. On ne peut pas regretter un constat sur ce que tout le monde vit et sur ce que toutes les femmes dans le monde dit arabe vivent et subissent.

En réalité, j’ai l’habitude des chroniques qui font la polémique. Cela ne date pas d’aujourd’hui. J’ai cette habitude d’écrire sur des sujets qui provoquent beaucoup de passions mais qui nous font réfléchir en urgence. C’est maintenant qu’il faut réfléchir là-dessus au lieu d’être dans le déni et dans le refus de réfléchir sur les sujets les plus douloureux. Une chronique publiée dans le New York Times a fait beaucoup de bruit. Sauf que pour nous, Algériens, le reste du monde, c’est la France. C’est-à-dire que tant que vous écriviez dans les journaux américains, allemands, italiens, vous pouvez dire ce que vous voulez. Cela n’impactera pas de la même manière. Dès que vous l’écrivez dans un journal ou vous le dites sur un plateau de télévision en France, cela prend une proportion assez grande.

J’avais publié l’article sur Cologne dans un journal italien. Il a été repris par d’autres journaux italiens, puis par un journal suisse-allemand, puis par un journal allemand, puis par un journal anglais avant que Le Monde ne l’achète et le publie. Bien sûr, ça n’a pas provoqué les mêmes réactions. Cela en dit plus sur le désordre idéologique en France et en Algérie que sur moi-même. Dans cet article, je dis que nous avions une douleur à vivre la féminité et la femme. Je dis également que l’Occidental doit assumer sa position au lieu de se débarrasser de la question mondiale des réfugiés. Les gens n’ont voulu lire que ce qu’ils avaient en tête. Seule la première partie du texte a été lue, commentée et sur-commentée. Personne n’a parlé de la deuxième partie du texte. Cela est très révélateur sur l’état du lecteur actuel et sur l’état des familles idéologiques dans le monde que sur ce que j’écris moi-même.
La polémique est-elle due seulement au fait que le texte soit repris par un journal français ?

Nous avons avec la France une relation très particulière comme tout le monde le sait. Une relation de passion, de haine, de rejet et d’acceptation. Un diplomate espagnol m’avait dit un jour : « Ce qui est extraordinaire chez vous en Algérie, c’est que vous voyez le reste de l’Occident à travers la France« . En 2014, je n’ai été attaqué par les islamistes que parce que je suis passé dans l’émission (de France 2) « On n’est pas couché ». Ce que j’y ai dit est banal par rapport à ce que j’écris depuis 19 ans. Mais en 19 ans, ils n’ont rien dit car ils n’ont rien lu, rien compris et donc rien commenté. Je pense que les (réactions) se sont démultipliées parce que l’article a été publié par un journal français.
Il n’y a pas que des Algériens qui vous ont critiqué. Dans une tribune publiée dans Le Monde, des universitaires estimaient que vous définissez plus d’un milliard de personnes par leur seul rapport à la religion, le sexe et la femme…

Premièrement, je pense que les 19 signataires ne sont pas les représentants des un milliard de musulmans. J’ai trouvé assez méprisable cette logique de procès et de meute pour commenter, à partir de son statut d’universitaire, un avis d’écrivain. Beaucoup d’écrivains ont des avis sur tout mais cela ne veut pas dire qu’ils ont des avis de spécialistes. On est écrivain et on commente le monde et sa propre époque. Je n’ai pas aimé la personnalisation de l’attaque. Quel droit ont des universitaires qui vivent dans le confort et la sécurité de l’Occident, toute relative maintenant, de juger que je suis un humaniste autoproclamé, que je représente une minorité ? Contrairement à ce que disent beaucoup de gens, je vis en Algérie dans ce monde dit arabe et musulman et je vois ce que vivent nos femmes, nos mères, nos filles, nos sœurs. Il ne faut pas se mentir. Le statut de la femme n’est pas réjouissant. J’estime  que quelqu’un qui vit en Occident n’a pas le droit de commenter ce que je dis sur ce monde. Je ne suis pas une recherche universitaire, je ne suis pas une théorie, mais un corps, un être vivant qui mise sa vie et son corps dans ce monde-là.

Deuxièmement, je ne suis pas un universitaire pour qu’on me se mette à 19 pour me répondre, j’ai trouvé cette logique de procès assez dangereuse parce qu’elle cautionne un peu les discours conservateurs et islamistes chez nous.

Troisièmement, je n’ai pas essentialiser. J’ai dit que nous avons un problème avec autrui et avec la femme. Et cela tout le monde le constate. En même temps, j’ai rappelé que l’Occidental a un problème avec sa propre conscience. En réalité, ces universitaires, qui plus au moins voudraient représenter la gauche universitaire, ont surtout un rapport malaisé et douloureux vis-à-vis de l’Occident. Quand quelqu’un vient de mon monde, de notre monde à nous, mais qui ne soutient pas leurs discours de revendications face à l’Occident, ils se sentent trahis peut-être.

Dans leur texte, j’ai lu beaucoup plus une réaction passionnelle que réfléchie. J’ai eu l’impression que ces représentants de la gauche en Europe me disent : « Toi l’indigène, tu te tais. Nous parlons mieux de tes intérêts que toi. Donc ne fais pas le jeu de la droite« . À vrai dire, je n’ai à faire ni le jeu de la droite en Occident, ni celui de la gauche d’ailleurs. Je suis un Algérien et je suis libre de constater, de témoigner de mon époque et d’écrire ce que je veux. Je n’ai de leçon à recevoir de quiconque.
Ces universitaires n’ont pas donc le droit de commenter ce que vous dites ?

J’ai trouvé assez osé le fait de porter des jugements sur nos réalités à partir d’une autre géographie. Mais je ne veux pas qu’on accorde plus d’importance à cette affaire. Sur le fond, est-ce qu’on peut réduire le monde dit arabo-musulman au seul rapport à la religion, le sexe, la femme ? Non ! C’est eux qui ont eu une lecture réductrice. Ils n’ont voulu lire et retenir du texte que ce qu’ils les provoquaient. À 19, ils ont réagi à un seul de mes textes. Je trouve cela assez extraordinaire et révélateur. Évidemment, je ne dis pas que nous sommes des frustrations ambulantes. Je dis que dans le monde dit arabe et musulman, nous avons un problème majeur avec la sexualité et la femme. Et là, je défie quiconque qui vit dans notre monde de me prouver le contraire.

Quand j’ai publié le texte sur Cologne, beaucoup me disaient : « C’est vrai mais le souci est qu’il ne fallait pas l’écrire« . Là on a déplacé le débat vers autre chose. Notre relation à la femme conditionne notre relation au monde et au désir du monde, à l’imaginaire, à l’art, la culture, la paix et la sérénité. Nous ne pouvons pas vivre avec tranquillité si nous vivons un rapport malaisé à la femme.

Dans une chronique publiée dans un journal algérien, j’avais écrit que moi personnellement, je juge de la santé et de la civilisation des peuples par rapport à leur rapport aux femmes. Quand je vois un peuple mépriser ses propres femmes, mépriser celle qui lui donne la vie, je pense qu’il se méprise lui-même et je ne peux pas le respecter.
Le peuple algérien méprise ses propres femmes ?

Pas tous les Algériens, mais une grande majorité.
Certains vous ont accusé de servir, à travers cette chronique, l’extrême droite…

C’est un vieux procès. Est-que ceux qui dénonçaient les goulags du communisme dans les années 1940 et 1950 étaient des impérialistes ? Est-ce qu’il fallait se taire au nom de l’anti-impérialisme et ne rien dire sur les massacres de Staline ? Je pense que la position éthique, celle des gens comme nous et des journalistes, c’est d’être témoins honnêtes de leur époque et de dire ce qui s’y passe et non pas de faire des cachotteries par rapport à la mémoire collective au nom des calculs idéologiques. Je ne l’accepte pas. Personnellement, je suis responsable de ce que j’écris et pas de ce que les autres interprètent. Il se trouve que nous vivons une époque nouvelle où il y a une internationalisation des textes. Aujourd’hui, l’écrivant, l’écrivain ou le journaliste, peut écrire un texte en réagissant par rapport à son monde, son histoire, au traumatisme de son époque, de sa génération. Sauf qu’avec Internet, il y a une internationalisation rapide et une dé-contextualisation rapide de tous les textes. Vous ne contrôlez pas les textes et les lectures.

Donc vous avez deux choix : soit vous vous taisez et vous n’écrivez plus parce que vous avez peur d’être sur-interprété ou bien vous continuez à faire preuve de bonne foi et à témoigner de votre époque. C’est-à-dire à faire votre boulot et à dénoncer et assumer vos responsabilités. En tant qu’Algériens, nous réagissons différemment à l’islamisme par rapport à beaucoup d’autres pays qui n’ont pas subi notre guerre, notre trauma, nos massacres. Notre façon de percevoir l’idéologie islamiste par exemple ne ressemble pas à celle d’un Suisse.

Maintenant si le même texte est repris en Algérie et ailleurs, il n’a plus le même sens et la même signification. Je ne sers que ma vision du monde et ma logique du Salut. Les gens sont responsables de ce qu’ils lisent et je suis responsable de ce que j’écris par rapport à ce que j’ai subi, aimé. Cela étant dit, nous nous réagissons plus en Algérie généralement au texte, aux idées du texte mais à la personne. Depuis 19 ans, les gens appréciaient ou rejetaient ce que j’écrivais mais sans violence. Dès que cela a été hyper-médiatisé dans le reste du monde, on réagit par une sorte de procès de traîtrise permanent.

Pour les islamistes, quoi que tu dises, tu es kafer. La version laïque du « takfir » est le harkisme. Quoi que tu dises, tu travailles et tu sers les intérêts de la France. C’est extraordinaire cette fatwa laïque. On est toujours dans la bleuite ancienne.
Comment expliquez-vous cela ?

En Algérie, je pense que nous avons perdu l’habitude du débat pour verser dans l’habitude de la polémique. Nous vivons dans une époque de perte de confiance dans les personnes, les institutions et les élites. Est-ce que vous avez remarqué que tout débat sur l’histoire finit par un débat sur les harkis en Algérie ? Tout finit par un jugement binaire : soit vous êtes harki, soit vous ne l’êtes pas. On n’arrive pas à concevoir la différence, le débat, l’échange d’idées. Dès que vous avez un avis différent par rapport à un groupe, vous êtes qualifié de traître, de pro-sioniste, de harki. Je pense que nous avons à guérir l’esprit algérien pour qu’il accepte les différences. Et je pense que le plus grand drame de l’Algérien actuellement est ce que j’appelle « La maladie de l’unanimisme ». On voudrait être un, unanime avec une seule langue, un seul livre, une seule interprétation. Et cela constitue la nécrose d’une nation que de ne pas accepter les différences et de ne pas nourrir les débats.
L’Algérien souffre-t-il du complexe de colonisé ?

Ce n’est pas exactement un complexe de colonisé. On n’essaie pas de dépasser le trauma colonial pour assumer le présent. Tout pour nous est facilement et confortablement expliqué par le trauma colonial. Cela est assez frappant. On n’essaie pas d’aller au-delà pour assumer nos responsabilités. La colonisation a été un crime et cela est indéniable, on ne peut ni le cacher, ni l’ignorer. Mais tout expliquer par le trauma colonial est une attitude victimaire trop confortable qui permet de ne pas assumer nos responsabilités au présent.
Vous ne regrettez pas non plus la chronique « Pourquoi je ne suis pas solidaire de la Palestine » ?

Absolument pas. Quand je rencontre des Palestiniens très engagés à Paris qui me disent qu’ils ont apprécié la chronique parce qu’ils l’ont comprise, je pense que c’est une récompense magnifique. Je n’ai pas parlé de la Palestine mais de l’orthodoxie du sentiment pro-palestinien qui est devenu un fond de commerce. C’est-à-dire qu’au fond, on en a cure de ce que subissent les Palestiniens, c’est juste qu’il faut qu’on entretienne cette forme d’engagement qui est totalement passif, paralysé et inutile. Qu’est-ce que j’ai dit dans ce texte ?  J’avais remarqué que nous avons porté un grand coup à la cause palestinienne en l’arabisant et en l’islamisant alors qu’il s’agit d’une cause universelle dont tout le monde, tous les pays, toutes les élites de gauche et de droite, sont responsables. La réclamer à travers la religion ou l’arabité, c’est la déclasser. Cela mène le reste du monde à s’en décharger et se déresponsabiliser et cela est très néfaste pour provoquer une vraie solidarité et une responsabilité internationale.

Le texte était clair là aussi sauf que j’ai touché un affect qui rendait les gens aveugles. Je disais que si vous êtes solidaires au nom de la religion, la race, je ne suis pas solidaire. Si vous êtes solidaire au nom d’une cause juste de décolonisation dont tout le monde est responsable, là on rendra le meilleur service à la cause palestinienne. J’ai également appelé à un bilan du sentiment pro-palestinien. Cela sert à quoi d’être solidaire, de réclamer le djihad et la réconciliation et de rentrer chez soi par la suite ? Je pense que j’ai appelé à une position pragmatique et à une vraie solidarité au lieu d’une solidarité de folklore.

En dernier, je me suis demandé : comment veut-on me convaincre d’une solidarité humaine envers la victime palestinienne tout en étant insensible aux maux dans le M’zab et les voisins qui meurent ? J’avais rappelé que je ne suis pas pour la solidarité sélective. Dès qu’elle est sélective, elle se décrédibilise et perd de légitimité vis-à-vis du reste du monde. J’estime que je suis le témoin de mon époque, que mon père m’a appris à être honnête et que pour être honnête, il faut dire et répéter que la solidarité n’est pas de crier Allah Akbar, vive la Palestine avant de rentrer chez soi. C’est respecter la liberté chez soi, construire des pays forts et par la suite peser sur la décision internationale pour vraiment aider les Palestiniens.

J’aime bien la citation de Washington qui dit qu’un sac vide ne tient pas debout. Donc, nous sommes des sacs vides. Nous ne pouvons pas tenir debout ou aider les autres à se relever.
Vous avez gagné votre procès contre le prédicateur salafiste qui est derrière la fatwa contre vous. Est-ce que vous vous sentez en sécurité aujourd’hui en Algérie ?

Si je ne me sentais pas en sécurité, j’aurais quitté le pays. Ce n’est pas le cas. Ceci dit, il ne faut pas être totalement imprudent. En réalité, il ne s’agit pas d’une menace sur Kamel Daoud précisément mais une menace sur tout le monde. Moi qui vis dans ce pays et qui bénéficie de la sécurité dans ce pays, je n’ai pas le droit de me présenter comme menacé par rapport à la jeune fille kidnappée à Alep ou à la jeune lycéenne kidnappée et vendue par Boko Haram au Nigeria. J’éprouve de la honte de me mettre en avant en me réclamant le statut de menacé. Je ne suis ni plus ni moins menacé que tout le monde. C’est-à-dire que le simple touriste, celui qui traverse la route et qui soutient une idée, qu’une femme qui n’arrive pas à trouver un taxi à partir de 20 heures à Alger. Donc, j’estime que c’est une question dépassée. Je n’aime pas jouer au martyr. Je le refuse en Occident et en Algérie. Il faut continuer à vivre sa vie, à produire et à écrire au lieu de se promener comme étant un martyr vivant. Je n’aime pas ce statut-là.
Vous êtes satisfait du verdict du tribunal ?

Quand on arrive à ce sentiment d’insolence et d’impunité jusqu’au point d’appeler sur les plateaux de télévision à la mort de quelqu’un, c’est qu’il y a un grave problème qui se pose. En Algérie, nous avions eu des centaines de milliers de morts, des déplacés, une perte de temps et de sang, de la douleur pour arriver à ce qu’un salafiste autoproclamé appelle à la mort de quelqu’un et ne pas être mis en prison. Je ne suis pas satisfait. Mais il ne s’agit pas d’assouvir un désir personnel. Il s’agit de rappeler qu’il y a eu des morts en Algérie et que si les gens sont morts en Algérie, ce n’est pas pour que ces gens-là puissent se promener, ne pas saluer le drapeau national, de refuser de se lever pour l’hymne national et manifester dans les rues en toute impunité. Des gens sont morts pour que je puisse dire ce que je pense et pour que je puisse être libre.
Vous n’avez pas arrêté d’écrire dans les journaux finalement comme vous l’aviez annoncé auparavant…

Je travaille avec cinq journaux dans le monde. J’avais décidé d’arrêter pour garder le contrôle sur ma parole, mes positions et pour réfléchir un peu. Avec Le Point, il y avait un engagement par contrat. J’avais également continué juste par addition pour la chronique. Passer de deux, trois chroniques par jour à une seule par semaine, c’était par pur plaisir plutôt que par besoin d’affirmer une parole. J’avais également signé un contrat jusqu’à janvier avec le New York Times.
Meursault, contre enquête a eu beaucoup de succès. À quand le prochain roman ?

J’ai publié le recueil de chroniques parce qu’il y a eu beaucoup de gens qui le demandaient. Cela signifiait aussi la fin de l’époque de Kamel Daoud, chroniqueur. Mais le roman est en cours. Je suis dans ce qu’on appelle les finitions.
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PostPosted: Fri 10 Feb - 18:35 (2017)    Post subject: Kateb Yacine/Mohamed Arkoun/Kamel Daoud/Boualem Sansal/Rachid Boudjedra Reply with quote




Dans une longue interview accordée à l’hebdomadaire français Le Point cette semaine -dont il fait la une- l’écrivain et ex-journaliste algérien Kamel Daoud, revient sur son histoire personnelle, celle de son pays, et réaffirme des prises de position sur plusieurs sujets.
▬ Morceaux choisis.
« L’intellectuel qui secoue le monde » selon l’hebdomadaire français, par ailleurs auteur de Meursault, contre-enquête (prix Goncourt du premier roman en 2015), pousse un coup de gueule. Lui, l’une des voix les plus fortes de sa génération, en a assez que l’on parle de « monde arabe ».
« Parler du « monde arabe », c’est nier le pays d’où je viens, ce que je suis, mes différences ». Et estime que cette appellation est davantage le produit d’un fantasme. « Le monde arabe. Quel monde arabe ? C’est une convention d’orientaliste, à la rigueur. Il n’y a personne dans le monde arabe qui parle arabe : chaque pays possède sa propre langue. Nous avons chacun notre histoire ».
Son identité est algérienne, rappelle-t-il dans cette interview fleuve à l’hebdomadaire français. « Je suis Algérien, mes papiers sont algériens, je vis en Algérie, je peux être algérien sans vivre en Algérie, et ce pays son histoire, ses ancêtres, ses descendants, ses écrivains, ses visionnaires, ses échecs, ses lâchetés, sa langue, ses langues… ».
▬ Daoud et « l’expérimentation religieuse »
Élevé par ses grands-parents, Kamel Daoud passe ses jeunes années à lire. Puis s’intéresse à la religion. Le déclic arrive à 14 ans, « un enseignant a commencé à m’initier ». Il se refuse toutefois à ce que ce chapitre de son existence soit jugé à la va-vite.
« Si je répugne à parler de cette période de ma vie, c’est que je redoute l’interprétation qui sera faite de mon témoignage. On y apposera le terme de « radicalisation » mais on ne verra pas le sens philosophique de ma quête religieuse d’alors. Celle-ci a contribué à forger ma vision de l’être humain et du monde. Elle me permet de défendre aujourd’hui les positions qui sont les miennes sur l’islamisme ».
Histoire de dissiper le doute – ou de faire taire les mauvaises langues, il rappelle qu’il a rompu avec la mouvance islamiste « bien avant » qu’elle ne s’organise « de manière partisane et politique » : « le Front islamique est né vers 1988-1989. J’avais déjà liquidé cette illusion bien avant ».
Si cette expérience lui permet aujourd’hui, à titre personnel, d’avoir la capacité d’analyser certains mécanismes propres à la formation de l’extrémisme religieux, il veut à tout prix apporter de la nuance à un discours qui pourrait être rapidement mal interprété. S’il a été « tenté par le religieux à un moment, c’est parce que c’était aussi un exercice de liberté. Mais dès qu’il s’est transformé en rangs serrés et en une sorte de fascisme, ça ne m’intéressait plus », insiste l’écrivain.
Ce recul n’est toutefois pas donné à tout le monde, dit-il à demi-mot. « Il y avait peut-être aussi le contrepoids de mes lectures », admet-il. « On ne peut pas sortir d’une idéologie totalitaire si on n’a pas les moyens intellectuels de le faire ». Toutefois, il ne veut en aucun cas que l’on compare son « histoire à celle des djihadistes actuels ». Dont acte.
▬ Daech, remake des années noires en Algérie
Outre son histoire personnelle, il est interrogé par Le Point sur les heures les plus sombres de l’Algérie. Dans les années 1990, le pays doit faire face à la violence de ses propres djihadistes revenus d’Afghanistan, les « Afghans » algériens. « Nous entretenons un déni autour de cette période. La loi de réconciliation nationale interdit même qu’on en parle sous peine de prison. C’est une telle parenthèse d’horreur que beaucoup d’Algériens ne veulent même pas s’en souvenir », analyse Daoud, jeune journaliste pendant cette période sanglante.
Et met en garde l’Occident. « Pour les Algériens, ce qui se passe aujourd’hui avec Daech a un air de déjà-vu. C’est un remake. Nous avons connu avant tout le monde les massacres de populations, les destructions de monuments…Si vous n’êtes pas intraitables avec les islamistes, l’Histoire se répétera chez vous ». Mais, prévient l’auteur, « on ne lutte pas contre un radicalisme par un autre », la période de terreur vécue par l’Algérie pendant une décennie « pose les grandes questions qui sont traitées aujourd’hui : choix entre liberté et sécurité, démocratie et fascisme, droits de l’homme et droits de défendre, exclusion et inclusion ».
▬ La classe intellectuelle dans le déni
Enfin, face à une certaine classe intellectuelle vent debout contre son interprétation des événements de Cologne en décembre 2015 -d’un Occident qui oscillerait entre angélisme et diabolisation avec l’accueil des réfugiés- Kamel Daoud tient à mettre les points sur les i. Il ne regrette pas un mot et se considère comme « un attentat contre le discours d’une certaine gauche. Ces gens-là aimeraient que je me pose en victime du colonialisme et que je dise que l’islamisme est la religion des opprimés. Eh bien non ! Il y a une forme de racisme dans leurs déclarations condescendantes. Ils ne jugent pas mes propos, mais là d’où je les émets ».
Bref, pour Daoud, ces intellectuels sont enfermés dans une vision romantique de l’opposant religieux. Pire, ils considèrent que son identité algérienne ne l’autorise pas à être critique vis-à-vis du monde musulman. Pour rappel, ses deux chroniques publiées dans Le Monde et le New-York Times en février 2016 avaient suscité l’ire d’un collectif de chercheurs qui l’accusaient d’« alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen ».
Si Daoud voit, dans ces attaques, le signe d’une « myopie sur le présent et sur la réalité », il considère que la même illusion frappe les féministes qui perçoivent dans la burqa ou le burkini un moyen d’émancipation : « la burqa est le niqab sont un moyen d’asservissement de la femme. Ces tenues ne sont pas le choix d’une liberté, mais de choix dictés, orientés, marqués idéologiquement et à effet de propagande évident. La burqa n’est pas un tatouage d’adolescent, mais un renoncement, une culpabilisation du corps de la femme », déplore l’auteur. Sarah Belhadi, à Paris | TSA | Actualité, vendredi 10 février 2017.
Source : http://www.tsa-algerie.com/20170210/kamel-daoud-concession/
Lire aussi : http://www.tsa-algerie.com/…/kamel-daoud-nous-sommes-des-s…/


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PostPosted: Wed 15 Feb - 17:16 (2017)    Post subject: Kateb Yacine/Mohamed Arkoun/Kamel Daoud/Boualem Sansal/Rachid Boudjedra Reply with quote

Kamel Daoud : «Je ne suis ni un intellectuel de l’Occident ni celui de la soumission chez moi»
Il refuse la soumission au diktat de la pensée dominante, il pense le présent et refuse d’être enfermé dans un passé sclérosé. Son roman, Meursault, contre-enquête, traduit dans 33 langues, a fait couler beaucoup d’encre. Ses prises de position sur des sujets «sacrés» ont déchaîné les passions les plus violentes. Célébré ailleurs, assailli en Algérie, Kamel Daoud n’est pas «prophète chez lui». Il est le prophète de l’insoumission.
- Une année après la polémique née de la chronique sur «Cologne, lieu de fantasmes», vous signez un recueil de vos chroniques chez Barzakh sous le titre Mes indépendances. De quelles indépendances parlez-vous ?
Le titre est né d’une suggestion de mes éditeurs, extrait de la dernière phrase de la dernière chronique au Quotidien d’Oran, où j’avais écrit : «Il m’arrive à moi aussi de mener aussi mes guerres de libération et de fêter de temps à autre mes indépendances.» J’ai exprimé le souci d’être libre des pressions, des sollicitations. Le mot indépendance chez nous a toujours incarné un sens collectif et collectiviste. J’ai voulu restituer à ce mot sa charge individuelle.
Il ne s’agit plus de la libération d’un pays, mais de libertés individuelles. Je mène une bataille contre une pensée unanimiste dominante en Algérie d’abord, qui consiste à penser de la même façon, avoir les mêmes croyances, un anonymat collectiviste, un seul héros, le peuple, une culture qui nie le héros individuel. J’ai voulu marquer mon indépendance vis-à-vis des croyances collectivistes qui anonymisent et qui, au final, déresponsabilisent.
Mais pas uniquement au niveau local, j’ai voulu marquer mon indépendance vis-à-vis des sollicitations et des castings qu’on veut imposer à l’intellectuel du Sud, que l’on veut confiner dans la case dissident, militant en colère contre les siens, et qu’il soit impliqué dans le jeu et les clashs qui agitent l’Occident. Je n’ai pas à arbitrer, à m’immiscer ou être un intellectuel de soutien ou d’appoint dans ces clashs idéologiques, d’ailleurs, tout comme pour les anonymismes d’ici.
- Meursault contre-enquête a eu un succès mondial ; vous attendiez-vous à un tel retentissement ?
C’est une surprise totale pour moi. Je n’ai jamais imaginé, envisagé ou anticipé que le roman allait dépasser les deux mille exemplaires. C’était totalement inattendu. Pour moi, c’était une variation sur l’échelle internationale. Une reprise de parole à partir du point de vue d’une victime, mais aussi un prétexte pour parler du présent algérien.
Une œuvre n’atteint pas une telle audience parce qu’elle parle d’une nation, mais quand elle parle de l’universel où le local n’est qu’un prétexte ; Haroun est un Algérien, mais ses amertumes sont universelles. Nous avons le droit d’être le centre du monde, d’écrire à partir et au nom de l’universel, réclamer notre humanité et non pas à partir du décolonisé ou du proscrit, de l’écrasé ou de la victime.
On peut être l’humanité et prendre la parole. Il y a des moments d’universalisme qui traversent les périphéries. L’Europe de l’Est, la Russie, l’Amérique latine, qui a connu son heure de gloire littéraire et intellectuelle. L’universalisme est partout et non pas là où on lui tourne le dos. Meursault... est une très belle expérience pour moi, qui a démontré que l’on peut écrire en Algérie, avoir du succès en France, mais surtout qui m’a fait découvrir que le reste du monde existe en dehors de l’Algérie et de la France.
- Il y a eu ce succès phénoménal qui vous a propulsé au-devant de la scène littéraire internationale, mais vite suivi d’une violente polémique ; comment avez-vous vécu cela ?
Etre sous les feux des projecteurs et la surmédiatisation devait avoir une facture, elle provoque des passions positives et négatives. Des gens qui vous soutiennent, d’autres qui vous rejettent, ce qui est normal. Si vous vous intéressez au monde avec passion, le monde s’intéressera à vous avec la même passion.
Nous retenons seulement la polémique, surtout en Algérie, mais en réalité le reste du monde a lu Meursault... comme il a lu Camus à l’époque, sans considérer que l’Etranger est un roman pied-noir, mais de la condition humaine. Il y a eu des moments intenses de découvertes, de rencontres. Le lien avec mes lecteurs est passionnant et se renouvelle. Ce n’est pas parce que certains parlent à voix haute qu’ils sont plus nombreux que les autres. Il y a eu des moments heureux, des moments malheureux, des malentendus qui durent encore. La polémique fait partie du revers de la médaille. Mais, j’ai envie de dire «arrêtons d’être des commissaires politiques ambulants».
- Votre roman et tous les débats et polémiques qui l’ont accompagné reposent de manière violente le rapport entre le Nord et le Sud, notamment entre la France et l’Algérie...
Il s’agit de l’histoire, de notre incapacité à sortir du passé et à parler du présent. C’est le grand malentendu, d’autres veulent parler inlassablement du passé, et moi je veux parler du présent. Je suis l’enfant des indépendances. Je parle de liberté et j’ai le droit de vivre sans porter sur mon dos l’histoire coloniale et celle de la guerre de libération. On me reproche mon attitude vis-à-vis du culte de l’histoire. Je n’ai pas ce culte, je ne suis pas né dans cette guerre, je suis porteur de vie, je suis un enfant de l’indépendance.
Cela conditionne une lecture pathologique ici et en France. On n'arrive pas à sortir du soupçon. En règle générale, l’Histoire ne tolère pas l’imaginaire. Lorsqu’on écrit une fiction dans des mondes dominés par des totalitarismes de l’Histoire, on vous soupçonne d’avoir écrit un essai détourné. Il faut lire les romans pour ce qu’ils sont, pas des manifestes ou proclamations d’allégeance. Ce ne sont pas des livres codés, des complots écrits. Je ne suis pas dans la littérature de la guerre, mais de l’imaginaire, de l’art et de la création et du fantasme. Nous sommes effectivement marqués par cette histoire en Algérie et en France, et ça nous marque violemment. C’était le procès fait à Albert Camus.
Qu'est-ce qu’il voulait dire, que représente un tel personnage ? Lisons ses romans comme des romans et ses essais comme des essais. J’ai un énorme respect pour les martyrs, pour nos aînés, qui se sont battus pour que je sois libre, libre de dire, mais il nous faut sortir de l’Histoire pour assumer notre présent. Pour les honorer, nous devons exercer nos libertés. L’attitude victimaire généralisée qui prévaut chez nous, autant par mode chez les intellectuels dits de gauche, comme chez le régime politique, est une attitude de confort. C’est trop facile.
- Dans sa préface, SAS écrit que le succès quand il vient d’ailleurs est suspect...
De toute manière, tout ce qui nous vient d’ailleurs est suspect, parce que depuis toujours ce qui est venu d’ailleurs c’est le colonisateur, des occupants et des envahisseurs. Nous sommes xénophobes vis-à-vis des autres et de nous-mêmes. Nous sommes à la fois face à un Occident qui nous fascine, qui nous rejette, que nous rejetons. Tout ce qui est lié à cet Occident est frappé de soupçon. Mais nous devons admettre que l’Occident représente la civilisation. Elle n’est pas dans le désert de l’Afghanistan. Elle est à Paris, Londres, New York et Tokyo. Cet Occident nous a agressés, nous a colonisés, volés, dominés. Il est donc normal de voir en lui un suspect.
Mais, aujourd’hui, il est le dépositaire des valeurs. Les gens, quand ils ont peur ou se sentent menacés, persécutés, ne vont pas dans le désert d'Afghanistan, mais vers le Nord, parce qu’on y retrouve la sécurité, la liberté, le confort, le luxe, la valeur. Il ne faut cependant pas voir cet Occident seulement sous son aspect négatif. Il nous faut sortir de cette logique et arrêter de mettre tout sur le dos du colonisateur. C’est un piège qui nous enferme et qui nous empêche de réussir. On passe nos vacances chez eux, on publie chez eux, quand on est en disgrâce politique, on va chez eux. On se bat pour être ambassadeur chez eux, pour envoyer nos enfants chez eux, nous installer chez eux. Pourquoi ? Ils ont réussi quelque chose. Il faut reconnaître cela chez eux pour pouvoir le réussir chez nous.
Si on ne le fait pas et que nous continuons à dire que l’Occident c’est le mal et à lui courir derrière, on va à l’insulte collectivement et on le sollicite pour s’y soumettre individuellement. Je ne veux pas avoir un rapport malsain à l’Occident. Il n’est ni juste ni injuste, il est ce qu’il est, il n’est ni mon père ni ma mère. Je ne veux pas attendre de lui ni caresse ni héritage, je dois le regarder et voir en lui ce qui me dépasse pour pouvoir le dépasser. C’est un monstre splendide qu’il faut regarder dans les yeux pour pouvoir le dépasser.
- Vous êtes célébré en Europe, à Paris... ; en Algérie, il y a eu plus de rejet, du moins chez les élites. Nul n'est prophète en son pays s’applique-t-il bien à votre cas ?
Il nous faut guérir de l’idée de la réussite et du succès. Vous imaginez que l’on vous reproche de courir derrière le succès. Nous en sommes là ! Une grave pathologie. Nous voyons le succès comme quelque chose de répréhensible. Le succès, c’est l’objectif du monde. Je ne comprends pas cette criminalisation du succès. Il faut restaurer chez nous l’idée du succès et de la réussite, que l’on soit fier de nos enfants. C’est légitime, c’est une plus-value pour le pays, l’expression de notre valeur et notre participation à l’humanité. Un modèle à offrir à nos enfants.
C’est comme le coureur d’Athènes qui court et parle en disant : «Tous les peuples applaudissent leurs coureurs et je suis le seul à courir pour encourager les miens pour qu’ils n'espèrent pas encore plus». C’est une image frappante qui résume ce que nous sommes.
Le discours d’une certaine partie de nos élites participe à la fois du confort, de la frustration et de l’incapacité à sortir du victimaire, au refus de la liberté et de la singularité individuelle. Défendre l’individu dans un pays qui est né d’une guerre de libération collective, c’est trahir. La liberté individuelle est une valeur à restaurer, elle n’est pas une trahison.
Nous ne sommes pas le seul pays à avoir été colonisé. J’ai été au Vietnam et j’ai été frappé par cette distance qu’ils ont avec l’Histoire. Oui, nous avons été colonisés, massacrés, nous avons mené des guerres et nous les avons gagnées, mais quand ont leur demande si vous avez un ministère des Anciens combattants, ils vous disent non. Ils ne sont pourtant pas dans le déni. Nous avons un culte à corriger chez nous. Les racines ne se mangent pas, ça vous soutient contre les vents, mais il nous faut des récoltes.
- Parlons des racines justement ; vous refusez qu’on vous enferme dans un monde dit arabe en vous définissant comme algérien. Qu'est-ce qu'être algérien ?
Etre ce que je suis, avec ma carte d’identité nationale algérienne, vivre ici ou ailleurs en emportant mon imaginaire, avoir des racines algériennes, une histoire algérienne et peut-être un malaise algérien et le mal d’être algérien. J’ai été saturé par cette idée que nous avons un malaise identitaire, je sais ce que je suis. L’arabité m’appartient, mais je ne lui appartient pas. Nous sommes un pays qui n’a pas besoin d’être dans l’unanimisme, nous avons nos régions, nos langues, nos histoires, nos ancêtres.
Nos différences sont la source de nos enrichissements. Dire le Monde arabe me gêne, c’est une sous-catégorie de la vision orientaliste. Pourquoi le Français est français, l’Allemand est allemand et l’Algérien est arabe ? Cela me dérange. L’arabité est un beau patrimoine, mais je n’ai jamais vu de passeport arabe. J’ai vu des passeports différents, des Histoires différentes, des langues différentes, des combats différents…
Il y a des points communs autant qu’il y en a entre les Latins. Je ne veux pas et je ne peux pas accepter que l’arabité me soit imposée, ni comme nationalité ni comme matrimoine exclusif. L’arabité est un fabuleux héritage, j’y vais pour prendre ce qui enrichit mon présent, mais ce n’est ni ma nationalité, ni ma mère, ni mon père, ni ma terre. Je veux qu’on me reconnaisse comme algérien. Je ne suis pas dans le chauvinisme, je veux juste qu’on respecte ce que je suis.
- Dans vos écrits, la question de la religion est très présente et vous l’abordez sans prendre de gants. Comment est vécue cette religion ?
Vous dites que je traite le fait religieux sans prendre de gants ! Si quelqu’un utilise la religion pour tuer sans prendre de gants, alors moi quand je traite de la religion je dois prendre des gants ? Pourquoi un prêcheur, niveau bac -20, a-t-il le droit d'’accaparer le discours religieux et moi non ? Parce que je n’ai pas de barbe, que je ne m’habille pas comme lui et que Dieu lui appartient et pas à moi. J’ai le droit en tant qu’intellectuel algérien de réfléchir au fait religieux. Il n’appartient ni aux imams, ni aux clergés, ni aux confréries. Il m’appartient aussi. Les élites de chez nous doivent se le réapproprier, démonopoliser la réflexion sur le religieux. Qu’on ne le laisse pas aux islamistes, et surtout qu’on le dépolitise.
Pourquoi c’est à moi de me justifier alors que je n’ai tué personne ? Mais en même temps, c’est la grande question qui interpelle notre époque. Chaque époque a son monstre totalitaire, et l’islamisme est le monstre de notre époque qui veut dominer le monde. Il faut rappeler que l’islamiste n’est pas le musulman, il ne cherche pas à rencontrer Dieu, mais veut prendre le pouvoir. Il n’a pas le droit de m’interdire de réfléchir sur son arnaque fondamentale.
Nous devons nous réapproprier le débat sur le religieux et la laïcité. Ce que me reprochent certains qui prétendent se réclamer de la religion, c'est qu'ils ont quand même réussi une mainmise monopolisante sur les grandes questions de notre société. Tu peux parler de la poésie, de la littérature, de la métaphore, mais la nudité, le corps, le sexe et la mort ce sont les religieux qui en ont le monopole. Non, je récuse cela. J’ai le droit absolu de discuter de toutes ces questions et en dehors des catégories islamistes. Ils n’ont pas le monopole.
La métaphysique n’est pas la propriété de papa, elle appartient à tout le monde. Je ne m’attaque pas à la religion, je suis fasciné par la théologie depuis toujours, mais j’estime que la vie m’a été donnée, je suis en mesure de poser des questions à Dieu tout seul, je n’ai besoin ni de courtier, ni d’intermédiaire, ni de sous-traitant religieux. Dieu n’a signé de procuration à personne pour parler en son nom. Le Coran, l’islam, ma chair ne leur appartiennent pas. Et moi je n’ai tué personne.
- Evoquons justement la question de la mort. sommes-nous en train de vivre la mort au lieu de la vie ?
La mort doit être comprise comme un sujet romanesque, un espace pour restaurer la vie et non pas comme une question funeste. C'est quelque chose qui éclaire la vie et le présent. On observe que dans notre vie, on discute, on organise, on réfléchit la mort, pas la vie. Il y a une hâte, c’est troublant. Il faut considérer la mort dans le sens où elle éclaire la vie.
- Une vie remplie de violence...
L’histoire est violente. Nous l’avons subie pendant la colonisation, mais elle ne doit pas servir d’excuse victimaire pour la perpétuer ce que nous avons fait jusque-là. Nous avons subi une violence coloniale, nous l’avons rééditée sur nos propres chairs durant la décennie quatre-vingt-dix. Et cela risque de se reproduire tant que nous n'aurons pas compris ce que nous sommes, de considérer que nous existons en tant que pays. Le but était d’avoir un pays libre, ce que nous avons fait. Et après ? Nous devons nous offrir un destin.
- Vous critiquez le régime politique avec vigueur parce qu’il n’a pas offert ce destin...
Le régime politique n’est qu’un aspect de nous-mêmes. Je n’aime pas cet aspect d’être le contestataire à sens unique. Le régime, c’est nous, il n’est pas assis sur le vide, mais sur une chaise, la chaise, c’est nous. Tout expliquer par la faute du régime nous a servi à expliquer tout et à nous absoudre de nos propres responsabilités. Le régime existe, moi aussi. Nous sommes responsables de notre sort, et si nous ne l’acceptons pas, nous ne pourrons rien. Nous nous comportons avec le régime comme s'il était venu par la mer. Non. Je critique le régime parce qu’il est un aspect de la déception et de notre échec, mais tout n’est pas la faute du régime. Si tout était la faute du régime, le régime est de notre faute.
- Vous abandonnez le journalisme pour sauter le pas vers la littérature ?
Non. Je ne change pas de musique, mais d’instrument. La littérature permet de parler de soi-même. La littérature est le témoin de son époque, c’est un exercice de voyeurisme universel qui permet de partager l’intimité universelle. Le personnage de Dostoievski n’est pas russe, il est humain, qu’on lit dans son village en Algérie avec plaisir, comme si nous étions à l’intérieur de ce personnage. C’est l’intimité universelle qui est partagée par la littérature. J’aime réfléchir le monde comme un miroir et comme un esprit. C’est exercer son droit à l’universalité et le conquérir.
C’est un témoignage incompressible de notre humanité. Quand tout va mal, quand vous êtes dans un goulag, vous avez un bout de papier et un crayon, vous faites de la littérature. Quand vous êtes à l’angle mort de votre humanité, vous produisez de la littérature. C’est produire du sens là où le sens est rendu impossible.
- En vous présentant comme un intellectuel du Sud dissident qui combat l’islamisme, le monde éditorial et médiatique occidental ne cherche-t-il pas à vous enfermer dans un rôle ?
Ce n’est pas une tentative, c’est une entreprise permanente, et c’est dans l’ordre naturel des choses. Ils sont dans des combats idéologiques internes où chaque partie a besoin d’un témoin à charge ou à décharge pour valider telle ou telle thèse. On ne peut pas dépasser cette situation en l’analysant avec rancune, comme si c’était un complot. Non. C’est une mécanique qu’il faut démanteler en continuant à écrire, à soutenir ses propres propositions, à corriger les visions et à résister au casting que l’on propose à l’intellectuel du Sud en règle générale. C’est-à-dire un témoin à charge ou à décharge, un intellectuel de soutien ou d’appoint, un chaman qui doit lire l’avenir et d’être exotique. Il y a un rôle international pour l’intellectuel, c’était l’URSS, les dictatures en Amérique latine et maintenant c’est notre cas.
Nous sommes à la périphérie de l’Empire et on nous convoque pour répondre à certaines questions. Pour nous, s’agit-il d’accepter ce jeu, de le rejeter ou d'essayer de démanteler cette mécanique pour la dépasser et en faire le bénéfice de sa propre stratégie ? Oui, on appelle Kamel Daoud pour parler de l’islamisme, je dis non. Je refuse énormément de plateaux et d’interviews parce que je ne suis pas un intellectuel de soutien là-bas, ni celui de victimaire ici. Je ne suis pas un intellectuel de service fantasmé chez moi ni un intellectuel organique venu du Sud pour servir des combats idéologiques de l’Occident.
Je sais que je fais face à une mécanique immense qui me dépasse, mais je reste lucide. L’essentiel est de ne pas dénoncer ce processus, mais comment le dépasser. Il y a des récupérations, des enjeux politiques et des tentatives de vous impliquer dans des débats idéologiques fondamentaux en Occident. J’en suis conscient, je résiste et je travaille toujours à déconstruire cette mécanique ou à en faire une machine à mon bénéfice. Depuis que j’ai quitté mon village, je fonctionne avec l’adversité qui m’est essentielle. La force adverse est mon moteur.
Mais je dois tout de même souligner une chose importante : pourquoi on dit de Kamel Daoud et d’autres écrivains algériens qu’ils risquent d'être soumis à des tentatives de récupération idéologiques occidentales, mais jamais de l’islamiste qui se fait recycler en Arabie Saoudite, formé, formaté et renvoyé dans son pays pour exploser, semer le chaos ! Je ne comprends pas ! Il y a des manœuvres en Occident, mais pas de manoeuvres idéologiques dans la vaste planète de l’islamisme ! Donc, la main étrangère est uniquement européenne, mais quand on va se former en Arabie Saoudite et qu'on revient en Algérie créer le désordre et les divisons, ce n’est pas une main étrangère, c’est quoi alors ? C’est une poignée de main ?!
- La topographie prend une place importante dans vos écrits, surtout la mer. Que signifie-t-elle pour vous ?
La Méditerranée est un espace de division, le mur qui nous sépare de l’autre, c’est l’infranchissable. J’aime bien cette expression de «la seule métaphysique que je peux toucher de la main», pour reprendre l’expression de Romain Gary. C’est aussi une épreuve, une vision religieuse fanatique du monde. La mer vous impose la nudité, le retour au corps, retrouver votre chair, être face à vous-mêmes. C’est le lieu d’où vient l’autre, le monstre qui nous a colonisés. C’est un lieu de basculement aussi.
- Il y a aussi la femme ; sa place dans la société vous indigne-t-elle ?
Profondément. Elle m’indigne, me révolte et me culpabilise. Parce que durant une bonne partie de ma vie, j’ai été un homme algérien au sens machiste qui pense qu’il est normal que sa sœur lui serve à manger et que sa mère fasse la vaisselle. J’ai perpétué cet ordre-là pendant longtemps. Je m’en veux, ça me culpabilise.
- Votre village Massera est important pour vous, c’est votre enfance...
J’y vais chaque semaine quasiment, ce sont les miens, c’est pour eux que j’écris. C’est fondamental pour moi. c’est ma mesure. Je garde un lien naturel avec les habitants, on ne me parle jamais de mon succès qu’on célèbre avec discrétion. On parle des choses simples de la vie. Ils ont une pudeur extraordinaire, ils en sont fiers mais sans trop parler de succès. Cela m’aide à garder les pieds sur terre. Enfant, j’ai rêvé d’être cosmonaute, puis raconter des histoires. J’avais une enfance heureuse, petit-fils d’un bûcheron. Nous étions très pauvres, mais nous ne le savions pas, c’était l’ordre des choses dans le village. Nous n’avions pas de télé à la maison. Avoir une fois par semaine un verre de limonade servi dans un verre de thé c’était énorme.
- Et votre rapport à la ville d’Oran ?
C’est là où je vais, où j’ai mes amis. Oran est une ville ambivalente où j’ai longtemps été sans domicile fixe. C’est une ville où à partir de 17h les gens rentraient chez eux. Les portes se fermaient, les rideaux étaient baissés, j’étais seul dans la rue à tourner ; moi je n’avais pas où dormir. C’est une ville mur. Mais j’ai fini par trouver une fissure, à m’installer, à trouver un lit, un toit, une maison. C’est une ville qui a du charme, ouverte sur la mer, décontractée. Elle n’est pas obsédée par ses racines.
- … Et Paris ?
C’est la perpétuelle destination. Le Paris littéraire d'Henry Miller, d'Hemingway. C’est la capitale du monde.
- Comment avez-vous vécu les années de terrorisme ?
Comme tout le monde, dans le choc, l’incompréhension, dans le déni, l’acceptation et la soumission, le silence et la complicité. Et nous n'en sommes pas encore sortis. On ne peut pas sortir d’un cycle sans lui donner du verbe, de la voix et l’assumer. Le raconter pour s’en défaire. On l'a tu. Nous sommes tous complices d’un grand silence et on va le payer un jour. Un mal qui n’est pas dit et assumé, on va sans doute le revivre. C’est Nietzsche qui à dit : «Le secret du père, le fils le révèle».
- Des minorités religieuses sont persécutées en Algérie. Le pays est-il aussi étroit pour ne pas admettre une pluralité ?
La grande maladie de l’Algérie, c’est l’unanimisme. Un parti unique, le Dieu unique, la pensée unique. Cela va tuer la nation. Il faut revenir à nos différences qui sont notre richesse, il faut les cultiver. La nature nous a donné sept couleurs et nous on veut en garder une seule, la couleur noire. L’Algérie est vaste et plurielle. Elle est musulmane, chrétienne et juive et plus que ça. Nous sommes une République, notre histoire est riche.
- Dans une de ses tribunes, le grand poète syrien Adonis dit de belles choses sur vous ?
Je pense que c’est le papier le plus pertinent écrit sur moi parce qu’il touche du doigt cette impossibilité de la naissance du «je» dans nos sociétés. Il dit une phrase magnifique : «On vient au monde comme des pères», où nous sommes en permanence dans la position conservatrice, immobile et statique. On revendique la paternité avant même la filiation. Son texte est court mais d’une pertinence incroyable.
- Comme lui, vous êtes un peu un éternel incompris...
Il y a des malentendus, une hiérarchie d’incompréhension en raison de l’absence de la circulation des idées dans nos pays, peu d’espaces de débats, peu de librairies. On parle plus d’un match de foot que d’un livre. Mais ce qui est regrettable, c’est la mauvaise foi. Des gens qui ont bien saisi ce que je veux dire, mais qui ne veulent pas le comprendre ni le transmettre et qui déforment vos propos. Je sens souvent cette incompréhension.
J’ai comme l’impression qu’il y a un confort à vous donner un rôle, et cela vous dispense de penser. On décrète Kamel Daoud anti-musulman et on aura tout reglé. Je ne suis pas un intellectuel au service de l’Occident et je ne veux pas être un intellectuel de soumission chez moi. Je ne veux pas être soumis au diktat des idées dominantes. L’incompréhension vient du fait que moi je parle du présent, d’autres me parlent du passé. Je parle du train en marche et ils me parlent d’une gare fixe.
Nous sommes vivants et pas morts, l’histoire ne s’arrête pas. Le monde bouge autour de nous et nous, en Algérie, nous avons le culte de l’immobilité. Nos pensées, nos élites, le régime politique veulent de l’immobilité. Nous avons un problème avec la dynamique de la vie. Cessons de faire du présent une pierre tombale. Hacen Ouali / El Watan / Culture / 14-02-17.
Source : http://elwatan.com/…/kamel-daoud-je-ne-suis-ni-un-intellect…
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PostPosted: Fri 17 Feb - 17:17 (2017)    Post subject: Kateb Yacine/Mohamed Arkoun/Kamel Daoud/Boualem Sansal/Rachid Boudjedra Reply with quote

Journal D'une ... Eclairée Je suis une Femme, je suis Française, je suis Musulmane, je suis Africaine, je suis Arabe. Ca fait donc beaucoup de défauts pour une seule et même personne, mais aussi beaucoup d'opinions. Bienvenus dans mon défouloir.
La Dangereuse Guerre du Silence Faite à Kamel Daoud Sur La Terre de La Liberté d’Expression
13 février 2016 ~ journaldunebougnouleeclairee

Un auteur et journaliste algérien adoubé par le public et la presse il y a encore quelques mois, fait aujourd’hui scandale. Cette homme s’appelle Kamel Daoud, et il a choqué par son article publié dans le journal Le Monde, le 31 janvier 2016, intitulé « Cologne, lieu de fantasmes ». Dans ce papier il explique les différences culturelles liées au sexe et à la femme entre l’Occident et ce qu’il appelle « le Monde Musulman ». Il rebondit notamment sur les terribles attaques et viols qui se sont produits à Cologne la veille de la Saint Sylvestre pour construire sa pensée.
Le 12 février 2016, un groupe d’anthropologues, historiens et sociologues le clouent au pilori en co-signant un article cinglant qu’ils intitulent « Les fantasmes de Kamel Daoud » qualifiant ses mots de « lieux communs navrants sur les réfugiés originaires de pays musulmans » et d’islamophobes.
Chers Mesdames et Messieurs les anthropologues, historiens et sociologues bien-pensants, permettez-moi tout d’abord de vous dire que vous avez tort. En tant que femme, musulmane, française de naissance, algérienne ayant vécu une décennie en Algérie, permettez-moi de vous dire que vous avez tort. L’islamophobie que vous devriez combattre n’est pas celle de Kamel Daoud mais la votre. En effet dans son premier texte, comme dans le second, publié par le New York Times, « The sexual misery of the Arab World », M. Daoud ne blâme pas l’Islam pour le rapport malsain des musulmans au sexe, mais l’Islamisme. Or dans votre lecture hâtive vous avez fini par assimiler ces deux très différentes notions, et c’est cela l’Islamophobie.
L’Islamisme est un fléau qui doit être combattu, car en effet, comme l’a très bien dit l’homme que vous cherchez à faire taire, pour cette idéologie dévastatrice « l’orgasme passe par la mort, pas l’amour », et c’est un discours qui à l’ère d’internet, se propage tel un feu de forêt. C’est cette idéologie là, celle niant l’aspect naturel du sexe terrestre, et accusant la femme d’être porteuse de la luxure humaine, qu’il faut blâmer pour les agressions de Cologne.
Force est d’admettre toutefois, qu’il y a, même dans les cercles musulmans modérés, un terrible tabou autour de la question du sexe. Les femmes sont couvertes car elles sont, dans l’imaginaire aujourd’hui, la source des pulsions sexuelles, et donc abjectes, des hommes. Cela n’est pas né de l’Islam mais d’une interprétation erronée de l’Islam. Les hommes n’étant ainsi pas éduqués pour comprendre ces pulsions, se voient, par conséquent, comme impurs et souillés par ces idées malsaines que provoquent les femmes trop visibles. La cause en est simple, personne ne parle de sexe, c’est formellement interdit car il s’agit-là d’un sujet impur. Les films et séries sont censurés. Le baiser qui réveille Blanche-Neige après son long sommeil est lui aussi coupé au montage dans les dessins animés sur la chaîne algérienne, et le prince charmant est le frère et non plus l’amoureux. Cela peut faire sourire, c’est cependant révélateur d’un malaise profond relatif à toute forme d’expression d’affection entre hommes et femmes. Le simple fait d’embrasser son époux dans la rue est considéré comme un acte honteux. Alors, s’il vous plaît, ne faîtes pas taire, vous aussi, un homme qui essaie de briser cette loi du silence. Vous ne savez pas le courage qu’il faut pour vivre et travailler en Algérie tout en tenant ces propos pleins de vérité.
Kamel Daoud écrit qu’il ne faut pas fermer la porte aux réfugiés, tout comme il explique qu’il ne faut pas fermer les yeux sur cette différence culturelle profonde. Il conseille d’en parler, de communiquer afin de comprendre l’autre et qu’il comprenne le nouveau monde dans lequel il entre, non pas pour le convaincre d’une « conversion », mais pour un exercice paisible des modes de vie de chacun, dans le respect de l’ordre public. Ce n’est que de cette façon que l’on combat l’obscurantisme, qu’il soit islamiste ou d’extrême-droite. Nier la différence ne la fait pas disparaître, ouvrir des frontières sans créer des ponts de communication pour assurer le vivre-ensemble paisible, est exactement ce qui donnera plus de voix aux partis racistes et islamophobes, car ils se nourrissent de l’incompréhension. C’est ce que vous explique M. Daoud, et c’est pourquoi je vous demande de ne pas tenter de le censurer ou de le diaboliser, mais bien de l’écouter et de le comprendre. Votre amalgame entre Islam et Islamisme est la preuve que nous sommes tous, aussi bien-pensants soit-on, victimes des tensions sociales que nous vivons actuellement, criant à l’Islamophobie dès que quelqu’un pointe du doigt la complexité de la relation de l’Homme à sa culture et à son éducation dans un monde qui ne les partage pas. Il ne suffit pas de nous tolérer les uns et les autres , il ne suffit même pas de nous aimer, encore faut-il nous écouter, jusqu’au bout, et faire l’effort intellectuel et humain de se mettre à la place de l’autre sans nos préjugés, car nous en avons tous. Le discours sur « la supériorité des valeurs occidentales » que vous évoquez, consiste à prétendre, comme vous le faîtes, qu’il suffit de traverser vos frontières pour parfaitement vous décoder, croire que l’étranger va automatiquement s’intégrer car votre façon de vivre est logique et accessible à tous sans effort aucun. Car le but de cette ouverture à l’autre n’est pas la désintégration culturelle de l’individu puis son intégration dans une identité occidentale nouvelle vide de son passé, mais bien l’établissement d’un dialogue.
La France est un pays qui n’aime pas les tabous, et pourtant ici comme ailleurs, il y a culturellement des choses qui se ne disent pas. Or dire que le monde arabo-musulman a un rapport malsain au sexe n’a rien de choquant, dans certaines régions les femmes sont cachées sous des draps sombres, il n’y a pas de preuve plus criante que cela. C’est un appel nécessaire qui aspire à un changement aujourd’hui vital. Il y a quelques générations la question était différente, car les personnes se mariaient, ou étaient mariées, jeunes, jeunes filles comme jeunes gens. Aujourd’hui, en Algérie et ailleurs, ce n’est plus le cas. Les femmes et les hommes se marient bien après leurs 25 ans, rarement avant 30 pour les hommes, et le sexe leur est nié, et la séduction leur est interdite.Cela ne signifie pas pour autant que leur épanouissement passera par la mimique des comportements occidentaux liés au sexe, mais le fait de pouvoir parler ouvertement de sexe, leur permettra de créer un modèle sain de sexualité, fondé sur une égalité entre hommes et femmes et dans le respect de leurs cultures propres. Car avant que vous ne qualifiiez également mes mots d’emprunts de « paternalisme colonial », je ne mets pas sur un piédestal l’hypersexualisation de la société occidentale à laquelle je ne concède aucune « mission civilisatrice », mais je reconnais la chance que j’ai de vivre dans un pays où je peux librement parler de sexe et où mon corps ainsi que les choix que je fais dans ma vie sexuelle n’appartiennent qu’à moi, car ce n’est pas le cas partout dans le monde musulman. Ici j’ai le droit d’utiliser ou non Tinder, de rester vierge jusqu’au mariage ou non, j’ai le droit d’être hétérosexuelle ou homosexuelle, et j’ai le droit d’écrire ce papier.
Tout comme pour Kamel Daoud, il ne s’agit pas pour moi d’accabler tous les musulmans, ni de prétendre qu’ils sont tous des pervers du fait de la culture dans laquelle ils baignent, car cela serait entièrement faux, mais bien d’amorcer un dialogue salvateur et sain. Un dialogue qui permettra au public européen de comprendre les personnes qu’elles accueillent, comme celles qui vivent ici, pour leur faciliter cette transition qui n’est pas toujours des plus simples; ainsi qu’un dialogue qui permettra à beaucoup de personnes, qui vivent sous l’influence de l’Islamisme, de moins se détester lorsqu’elles ressentent un désir qui est tout à fait naturel et humain.Il s’agit, à travers nos plumes libres, d’ouvrir la voie à ceux qui veulent pouvoir parler de sexe comme un élément naturel de la vie, afin d’en finir avec les trop lourds tabous qui nourrissent les dangereuses idées reçues d’un côté comme de l’autre, et de créer, par le dialogue, un espace public du respect de chacun.
Ce que les agresseurs de Cologne ont fait est inexcusable, et ils doivent être punis selon la lois pour leurs actes, mais la montée de l’extrême-droite en Europe ne peut en aucun cas être une excuse pour ne pas parler des autres victimes de ce type d’actes dans le monde musulman et qui n’ont pas la même couverture médiatique. Ce n’est pas non plus une justification pour fermer les yeux sur les maux du monde arabe, dont des populations entières souffrent, et que M. Daoud ou Marieme Helie Lucas (1), entre autres, essaie de dénoncer.
Exprimez, Messieurs Dames les bien-pensants, votre désaccord, mais n’ayez pas la lâcheté ou la condescendance de ne pas prendre en compte nos avis critiques envers notre propre culture. Nous insistons sur ces critiques non pas parce que nous dénigrons notre monde musulman, mais bien parce que nous voulons le voir libre de tout obscurantisme.
Aujourd’hui par la peur de la xénophobie vous laissez fuiter ces idéologies islamistes sur le sol français, qui vont nourrir l’islamophobie que vous craignez. Il est temps de dire ouvertement ce qui relève de l’Islam et ce qui appartient à sa perversion.  Je n’ai jamais vu autant de jeunes femmes voilées en France, et pour la plupart, alors même qu’elles sont d’origine maghrébine, le voile qu’elles arborent est d’origine islamiste iranienne ou saoudienne et non musulmane, et donc en aucun cas symbole de la culture transmise par leurs parents ou grands-parents; mais bien d’une idéologie découverte en France et sur laquelle vous fermez les yeux par peur de donner vie, par des mots, à l’amalgame déjà présent, et qui ne peut être combattu que par le dialogue. De plus la majorité des imams qui prêchent dans nos mosquées sont, en accord avec la loi française, étrangers et donc éloignés de la réalité des jeunes français pratiquants, et ce n’est pas normal. Au lieu que l’Europe soit le berceau d’un nouvel Islam modéré et ouvert, vous l’étouffez par votre silence et par une forme de complaisance emprunte de préjugés néocoloniaux. La communauté musulmane française paisible se retrouve alors prise en étau entre l’islamophobie, le paternalisme, et l’islamisme, et tous la regardent de haut. Non Messieurs Dames les bien-pensants, il n’est ni normal, ni musulman, que des jeunes filles cachent leurs corps et nient leur féminité sous des draps noirs parce qu’elles pensent être coupables du désir interdit chez les hommes ou parce qu’elles pensent que c’est ainsi qu’elles mériteront leur respect. Pourtant je ne suis pas contre le port du voile, je reconnais à la femme adulte la capacité de décider par elle-même la façon dont elle souhaite vivre ou non sa croyance, mais il existe une nette différence entre la pudeur dont le voile est le symbole, et l’invisibilité du concept féminin dans l’espace public que produit le niqab.  Ce n’est pas là l’expression du libre et paisible exercice du culte musulman, qui ne préconise en aucun cas la négation de la femme; mais bien le signe de la nécessité d’établir un dialogue interculturel en France, autant qu’un dialogue sur le sexe dans le monde arabe. Car si le sexe est le tabou des musulmans et l’instrument des islamistes, les musulmans semblent être le tabou de la France et l’instrument de l’extrême-droite.
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PostPosted: Wed 22 Feb - 16:07 (2017)    Post subject: Kateb Yacine/Mohamed Arkoun/Kamel Daoud/Boualem Sansal/Rachid Boudjedra Reply with quote

Entretien. Kamel Daoud : “Je mène une bataille contre une pensée unanimiste dominante”

  

Le journaliste et écrivain algérien Kamel Daoud, le 14 avril 2016 à Paris. PHOTO / JOEL SAGET/ AFP.

Les islamistes, l’Occident ou le statut de la femme – les points de vue du journaliste et écrivain algérien Kamel Daoud déchaînent les passions et suscitent des réactions tranchées. À l’occasion de la sortie de son livre Mes indépendances, le quotidien algérien El-Watan l’a interviewé.
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Une année après la polémique née de la chronique sur “Cologne, lieu de fantasmes”, [Le Monde du 31 janvier 2016] vous signez un recueil de vos chroniques chez Barzakh sous le titre Mes indépendances. De quelles indépendances parlez-vous ?

Le titre est né d’une suggestion de mes éditeurs, extrait de la dernière phrase de la dernière chronique au Quotidien d’Oran, où j’avais écrit : “Il m’arrive à moi aussi de mener aussi mes guerres de libération et de fêter de temps à autre mes indépendances.” J’ai exprimé le souci d’être libre des pressions, des sollicitations. Le mot indépendance chez nous a toujours incarné un sens collectif et collectiviste. J’ai voulu restituer à ce mot sa charge individuelle.

Il ne s’agit plus de la libération d’un pays, mais de libertés individuelles. Je mène une bataille contre une pensée unanimiste dominante en Algérie d’abord, qui consiste à penser de la même façon, avoir les mêmes croyances, un anonymat collectiviste, un seul héros, le peuple, une culture qui nie le héros individuel. J’ai voulu marquer mon indépendance vis-à-vis des croyances collectivistes qui anonymisent et qui, au final, déresponsabilisent.

Mais pas uniquement au niveau local, j’ai voulu marquer mon indépendance vis-à-vis des sollicitations et des castings qu’on veut imposer à l’intellectuel du Sud, que l’on veut confiner dans la case dissident, militant en colère contre les siens, et qu’il soit impliqué dans le jeu et les clashs qui agitent l’Occident. Je n’ai pas à arbitrer, à m’immiscer ou être un intellectuel de soutien ou d’appoint dans ces clashs idéologiques, d’ailleurs, tout comme pour les anonymismes d’ici.

Meursault contre-enquête a eu un succès mondial ; vous attendiez-vous à un tel retentissement ?

C’est une surprise totale pour moi. Je n’ai jamais imaginé, envisagé ou anticipé que le roman allait dépasser les deux mille exemplaires. C’était totalement inattendu. Pour moi, c’était une variation sur l’échelle internationale. Une reprise de parole à partir du point de vue d’une victime, mais aussi un prétexte pour parler du présent algérien.

Une œuvre n’atteint pas une telle audience parce qu’elle parle d’une nation, mais quand elle parle de l’universel où le local n’est qu’un prétexte ; Haroun est un Algérien, mais ses amertumes sont universelles. Nous avons le droit d’être le centre du monde, d’écrire à partir et au nom de l’universel, réclamer notre humanité et non pas à partir du décolonisé ou du proscrit, de l’écrasé ou de la victime.

On peut être l’humanité et prendre la parole. Il y a des moments d’universalisme qui traversent les périphéries. L’Europe de l’Est, la Russie, l’Amérique latine, qui a connu son heure de gloire littéraire et intellectuelle. L’universalisme est partout et non pas là où on lui tourne le dos. Meursault… est une très belle expérience pour moi, qui a démontré que l’on peut écrire en Algérie, avoir du succès en France, mais surtout qui m’a fait découvrir que le reste du monde existe en dehors de l’Algérie et de la France.

Il y a eu ce succès phénoménal qui vous a propulsé au-devant de la scène littéraire internationale, mais vite suivi d’une violente polémique ; comment avez-vous vécu cela ?

Etre sous les feux des projecteurs et la surmédiatisation devait avoir une facture, elle provoque des passions positives et négatives. Des gens qui vous soutiennent, d’autres qui vous rejettent, ce qui est normal. Si vous vous intéressez au monde avec passion, le monde s’intéressera à vous avec la même passion.

Nous retenons seulement la polémique, surtout en Algérie, mais en réalité le reste du monde a lu Meursault… comme il a lu Camus à l’époque, sans considérer que l’Étranger est un roman pied-noir, mais de la condition humaine. Il y a eu des moments intenses de découvertes, de rencontres. Le lien avec mes lecteurs est passionnant et se renouvelle. Ce n’est pas parce que certains parlent à voix haute qu’ils sont plus nombreux que les autres. Il y a eu des moments heureux, des moments malheureux, des malentendus qui durent encore. La polémique fait partie du revers de la médaille. Mais, j’ai envie de dire “arrêtons d’être des commissaires politiques ambulants”.

Votre roman et tous les débats et polémiques qui l’ont accompagné reposent de manière violente le rapport entre le Nord et le Sud, notamment entre la France et l’Algérie…

Il s’agit de l’histoire, de notre incapacité à sortir du passé et à parler du présent. C’est le grand malentendu, d’autres veulent parler inlassablement du passé, et moi je veux parler du présent. Je suis l’enfant des indépendances. Je parle de liberté et j’ai le droit de vivre sans porter sur mon dos l’histoire coloniale et celle de la guerre de libération. On me reproche mon attitude vis-à-vis du culte de l’histoire. Je n’ai pas ce culte, je ne suis pas né dans cette guerre, je suis porteur de vie, je suis un enfant de l’indépendance.

Cela conditionne une lecture pathologique ici et en France. On n’arrive pas à sortir du soupçon. En règle générale, l’Histoire ne tolère pas l’imaginaire. Lorsqu’on écrit une fiction dans des mondes dominés par des totalitarismes de l’Histoire, on vous soupçonne d’avoir écrit un essai détourné. Il faut lire les romans pour ce qu’ils sont, pas des manifestes ou proclamations d’allégeance. Ce ne sont pas des livres codés, des complots écrits. Je ne suis pas dans la littérature de la guerre, mais de l’imaginaire, de l’art et de la création et du fantasme. Nous sommes effectivement marqués par cette histoire en Algérie et en France, et ça nous marque violemment. C’était le procès fait à Albert Camus.

Qu’est-ce qu’il voulait dire, que représente un tel personnage ? Lisons ses romans comme des romans et ses essais comme des essais. J’ai un énorme respect pour les martyrs, pour nos aînés, qui se sont battus pour que je sois libre, libre de dire, mais il nous faut sortir de l’Histoire pour assumer notre présent. Pour les honorer, nous devons exercer nos libertés. L’attitude victimaire généralisée qui prévaut chez nous, autant par mode chez les intellectuels dits de gauche, comme chez le régime politique, est une attitude de confort. C’est trop facile.

Dans sa préface, Sid Ahmed Semiane [jounaliste, écrivain, cinéaste et photographe connu en Algérie sous le sigle SAS] écrit que le succès quand il vient d’ailleurs est suspect…

De toute manière, tout ce qui nous vient d’ailleurs est suspect, parce que depuis toujours ce qui est venu d’ailleurs c’est le colonisateur, des occupants et des envahisseurs. Nous sommes xénophobes vis-à-vis des autres et de nous-mêmes. Nous sommes à la fois face à un Occident qui nous fascine, qui nous rejette, que nous rejetons. Tout ce qui est lié à cet Occident est frappé de soupçon. Mais nous devons admettre que l’Occident représente la civilisation. Elle n’est pas dans le désert de l’Afghanistan. Elle est à Paris, Londres, New York et Tokyo. Cet Occident nous a agressés, nous a colonisés, volés, dominés. Il est donc normal de voir en lui un suspect.

Mais, aujourd’hui, il est le dépositaire des valeurs. Les gens, quand ils ont peur ou se sentent menacés, persécutés, ne vont pas dans le désert d’Afghanistan, mais vers le Nord, parce qu’on y retrouve la sécurité, la liberté, le confort, le luxe, la valeur. Il ne faut cependant pas voir cet Occident seulement sous son aspect négatif. Il nous faut sortir de cette logique et arrêter de mettre tout sur le dos du colonisateur. C’est un piège qui nous enferme et qui nous empêche de réussir. On passe nos vacances chez eux, on publie chez eux, quand on est en disgrâce politique, on va chez eux. On se bat pour être ambassadeur chez eux, pour envoyer nos enfants chez eux, nous installer chez eux. Pourquoi ? Ils ont réussi quelque chose. Il faut reconnaître cela chez eux pour pouvoir le réussir chez nous.

Si on ne le fait pas et que nous continuons à dire que l’Occident c’est le mal et à lui courir derrière, on va à l’insulte collectivement et on le sollicite pour s’y soumettre individuellement. Je ne veux pas avoir un rapport malsain à l’Occident. Il n’est ni juste ni injuste, il est ce qu’il est, il n’est ni mon père ni ma mère. Je ne veux pas attendre de lui ni caresse ni héritage, je dois le regarder et voir en lui ce qui me dépasse pour pouvoir le dépasser. C’est un monstre splendide qu’il faut regarder dans les yeux pour pouvoir le dépasser.

Vous êtes célébré en Europe, à Paris… ; en Algérie, il y a eu plus de rejet, du moins chez les élites. Nul n’est prophète en son pays s’applique-t-il bien à votre cas ?

Il nous faut guérir de l’idée de la réussite et du succès. Vous imaginez que l’on vous reproche de courir derrière le succès. Nous en sommes là ! Une grave pathologie. Nous voyons le succès comme quelque chose de répréhensible. Le succès, c’est l’objectif du monde. Je ne comprends pas cette criminalisation du succès. Il faut restaurer chez nous l’idée du succès et de la réussite, que l’on soit fier de nos enfants. C’est légitime, c’est une plus-value pour le pays, l’expression de notre valeur et notre participation à l’humanité. Un modèle à offrir à nos enfants.

C’est comme le coureur d’Athènes qui court et parle en disant : “Tous les peuples applaudissent leurs coureurs et je suis le seul à courir pour encourager les miens pour qu’ils n’espèrent pas encore plus”. C’est une image frappante qui résume ce que nous sommes.

Le discours d’une certaine partie de nos élites participe à la fois du confort, de la frustration et de l’incapacité à sortir du victimaire, au refus de la liberté et de la singularité individuelle. Défendre l’individu dans un pays qui est né d’une guerre de libération collective, c’est trahir. La liberté individuelle est une valeur à restaurer, elle n’est pas une trahison.

Nous ne sommes pas le seul pays à avoir été colonisé. J’ai été au Vietnam et j’ai été frappé par cette distance qu’ils ont avec l’Histoire. Oui, nous avons été colonisés, massacrés, nous avons mené des guerres et nous les avons gagnées, mais quand ont leur demande si vous avez un ministère des Anciens combattants, ils vous disent non. Ils ne sont pourtant pas dans le déni. Nous avons un culte à corriger chez nous. Les racines ne se mangent pas, ça vous soutient contre les vents, mais il nous faut des récoltes.

Parlons des racines justement ; vous refusez qu’on vous enferme dans un monde dit arabe en vous définissant comme algérien. Qu’est-ce qu’être algérien ?

Etre ce que je suis, avec ma carte d’identité nationale algérienne, vivre ici ou ailleurs en emportant mon imaginaire, avoir des racines algériennes, une histoire algérienne et peut-être un malaise algérien et le mal d’être algérien. J’ai été saturé par cette idée que nous avons un malaise identitaire, je sais ce que je suis. L’arabité m’appartient, mais je ne lui appartiens pas. Nous sommes un pays qui n’a pas besoin d’être dans l’unanimisme, nous avons nos régions, nos langues, nos histoires, nos ancêtres.

Nos différences sont la source de nos enrichissements. Dire le Monde arabe me gêne, c’est une sous-catégorie de la vision orientaliste. Pourquoi le Français est français, l’Allemand est allemand et l’Algérien est arabe ? Cela me dérange. L’arabité est un beau patrimoine, mais je n’ai jamais vu de passeport arabe. J’ai vu des passeports différents, des Histoires différentes, des langues différentes, des combats différents…

Il y a des points communs autant qu’il y en a entre les Latins. Je ne veux pas et je ne peux pas accepter que l’arabité me soit imposée, ni comme nationalité ni comme matrimoine exclusif. L’arabité est un fabuleux héritage, j’y vais pour prendre ce qui enrichit mon présent, mais ce n’est ni ma nationalité, ni ma mère, ni mon père, ni ma terre. Je veux qu’on me reconnaisse comme algérien. Je ne suis pas dans le chauvinisme, je veux juste qu’on respecte ce que je suis.

Dans vos écrits, la question de la religion est très présente et vous l’abordez sans prendre de gants. Comment est vécue cette religion ?

Vous dites que je traite le fait religieux sans prendre de gants ! Si quelqu’un utilise la religion pour tuer sans prendre de gants, alors moi quand je traite de la religion je dois prendre des gants ? Pourquoi un prêcheur, niveau ‘bac -20’, a-t-il le droit d’accaparer le discours religieux et moi non ? Parce que je n’ai pas de barbe, que je ne m’habille pas comme lui et que Dieu lui appartient et pas à moi. J’ai le droit en tant qu’intellectuel algérien de réfléchir au fait religieux. Il n’appartient ni aux imams, ni aux clergés, ni aux confréries. Il m’appartient aussi. Les élites de chez nous doivent se le réapproprier, démonopoliser la réflexion sur le religieux. Qu’on ne le laisse pas aux islamistes, et surtout qu’on le dépolitise.

Pourquoi c’est à moi de me justifier alors que je n’ai tué personne ? Mais en même temps, c’est la grande question qui interpelle notre époque. Chaque époque a son monstre totalitaire, et l’islamisme est le monstre de notre époque qui veut dominer le monde. Il faut rappeler que l’islamiste n’est pas le musulman, il ne cherche pas à rencontrer Dieu, mais veut prendre le pouvoir. Il n’a pas le droit de m’interdire de réfléchir sur son arnaque fondamentale.

Nous devons nous réapproprier le débat sur le religieux et la laïcité. Ce que me reprochent certains qui prétendent se réclamer de la religion, c’est qu’ils ont quand même réussi une mainmise monopolisante sur les grandes questions de notre société. Tu peux parler de la poésie, de la littérature, de la métaphore, mais la nudité, le corps, le sexe et la mort ce sont les religieux qui en ont le monopole. Non, je récuse cela. J’ai le droit absolu de discuter de toutes ces questions et en dehors des catégories islamistes. Ils n’ont pas le monopole.

La métaphysique n’est pas la propriété de papa, elle appartient à tout le monde. Je ne m’attaque pas à la religion, je suis fasciné par la théologie depuis toujours, mais j’estime que la vie m’a été donnée, je suis en mesure de poser des questions à Dieu tout seul, je n’ai besoin ni de courtier, ni d’intermédiaire, ni de sous-traitant religieux. Dieu n’a signé de procuration à personne pour parler en son nom. Le Coran, l’islam, ma chair ne leur appartiennent pas. Et moi je n’ai tué personne.

Evoquons justement la question de la mort. Sommes-nous en train de vivre la mort au lieu de la vie ?

La mort doit être comprise comme un sujet romanesque, un espace pour restaurer la vie et non pas comme une question funeste. C’est quelque chose qui éclaire la vie et le présent. On observe que dans notre vie, on discute, on organise, on réfléchit la mort, pas la vie. Il y a une hâte, c’est troublant. Il faut considérer la mort dans le sens où elle éclaire la vie.

Une vie remplie de violence…

L’histoire est violente. Nous l’avons subie pendant la colonisation, mais elle ne doit pas servir d’excuse victimaire pour la perpétuer ce que nous avons fait jusque-là. Nous avons subi une violence coloniale, nous l’avons rééditée sur nos propres chairs durant la décennie quatre-vingt-dix. Et cela risque de se reproduire tant que nous n’aurons pas compris ce que nous sommes, de considérer que nous existons en tant que pays. Le but était d’avoir un pays libre, ce que nous avons fait. Et après ? Nous devons nous offrir un destin.

Vous critiquez le régime politique avec vigueur parce qu’il n’a pas offert ce destin…

Le régime politique n’est qu’un aspect de nous-mêmes. Je n’aime pas cet aspect d’être le contestataire à sens unique. Le régime, c’est nous, il n’est pas assis sur le vide, mais sur une chaise, la chaise, c’est nous. Tout expliquer par la faute du régime nous a servi à expliquer tout et à nous absoudre de nos propres responsabilités. Le régime existe, moi aussi. Nous sommes responsables de notre sort, et si nous ne l’acceptons pas, nous ne pourrons rien. Nous nous comportons avec le régime comme s’il était venu par la mer. Non. Je critique le régime parce qu’il est un aspect de la déception et de notre échec, mais tout n’est pas la faute du régime. Si tout était la faute du régime, le régime est de notre faute.

Vous abandonnez le journalisme pour sauter le pas vers la littérature ?

Non. Je ne change pas de musique, mais d’instrument. La littérature permet de parler de soi-même. La littérature est le témoin de son époque, c’est un exercice de voyeurisme universel qui permet de partager l’intimité universelle. Le personnage de Dostoievski n’est pas russe, il est humain, qu’on lit dans son village en Algérie avec plaisir, comme si nous étions à l’intérieur de ce personnage. C’est l’intimité universelle qui est partagée par la littérature. J’aime réfléchir le monde comme un miroir et comme un esprit. C’est exercer son droit à l’universalité et le conquérir.

C’est un témoignage incompressible de notre humanité. Quand tout va mal, quand vous êtes dans un goulag, vous avez un bout de papier et un crayon, vous faites de la littérature. Quand vous êtes à l’angle mort de votre humanité, vous produisez de la littérature. C’est produire du sens là où le sens est rendu impossible.

En vous présentant comme un intellectuel du Sud dissident qui combat l’islamisme, le monde éditorial et médiatique occidental ne cherche-t-il pas à vous enfermer dans un rôle ?

Ce n’est pas une tentative, c’est une entreprise permanente, et c’est dans l’ordre naturel des choses. Ils sont dans des combats idéologiques internes où chaque partie a besoin d’un témoin à charge ou à décharge pour valider telle ou telle thèse. On ne peut pas dépasser cette situation en l’analysant avec rancune, comme si c’était un complot. Non. C’est une mécanique qu’il faut démanteler en continuant à écrire, à soutenir ses propres propositions, à corriger les visions et à résister au casting que l’on propose à l’intellectuel du Sud en règle générale. C’est-à-dire un témoin à charge ou à décharge, un intellectuel de soutien ou d’appoint, un chaman qui doit lire l’avenir et d’être exotique. Il y a un rôle international pour l’intellectuel, c’était l’URSS, les dictatures en Amérique latine et maintenant c’est notre cas.

Nous sommes à la périphérie de l’Empire et on nous convoque pour répondre à certaines questions. Pour nous, s’agit-il d’accepter ce jeu, de le rejeter ou d’essayer de démanteler cette mécanique pour la dépasser et en faire le bénéfice de sa propre stratégie ? Oui, on appelle Kamel Daoud pour parler de l’islamisme, je dis non. Je refuse énormément de plateaux et d’interviews parce que je ne suis pas un intellectuel de soutien là-bas, ni celui de victimaire ici. Je ne suis pas un intellectuel de service fantasmé chez moi ni un intellectuel organique venu du Sud pour servir des combats idéologiques de l’Occident.

Je sais que je fais face à une mécanique immense qui me dépasse, mais je reste lucide. L’essentiel est de ne pas dénoncer ce processus, mais comment le dépasser. Il y a des récupérations, des enjeux politiques et des tentatives de vous impliquer dans des débats idéologiques fondamentaux en Occident. J’en suis conscient, je résiste et je travaille toujours à déconstruire cette mécanique ou à en faire une machine à mon bénéfice. Depuis que j’ai quitté mon village, je fonctionne avec l’adversité qui m’est essentielle. La force adverse est mon moteur.

Mais je dois tout de même souligner une chose importante : pourquoi on dit de Kamel Daoud et d’autres écrivains algériens qu’ils risquent d’être soumis à des tentatives de récupération idéologiques occidentales, mais jamais de l’islamiste qui se fait recycler en Arabie Saoudite, formé, formaté et renvoyé dans son pays pour exploser, semer le chaos ! Je ne comprends pas ! Il y a des manœuvres en Occident, mais pas de manœuvres idéologiques dans la vaste planète de l’islamisme ! Donc, la main étrangère est uniquement européenne, mais quand on va se former en Arabie Saoudite et qu’on revient en Algérie créer le désordre et les divisons, ce n’est pas une main étrangère, c’est quoi  alors ? C’est une poignée de main ?!

La topographie prend une place importante dans vos écrits, surtout la mer. Que signifie-t-elle pour vous ?

La Méditerranée est un espace de division, le mur qui nous sépare de l’autre, c’est l’infranchissable. J’aime bien cette expression de “la seule métaphysique que je peux toucher de la main”, pour reprendre l’expression de Romain Gary. C’est aussi une épreuve, une vision religieuse fanatique du monde. La mer vous impose la nudité, le retour au corps, retrouver votre chair, être face à vous-mêmes. C’est le lieu d’où vient l’autre, le monstre qui nous a colonisés. C’est un lieu de basculement aussi.

Il y a aussi la femme ; sa place dans la société vous indigne-t-elle ?

Profondément. Elle m’indigne, me révolte et me culpabilise. Parce que durant une bonne partie de ma vie, j’ai été un homme algérien au sens machiste qui pense qu’il est normal que sa sœur lui serve à manger et que sa mère fasse la vaisselle. J’ai perpétué cet ordre-là pendant longtemps. Je m’en veux, ça me culpabilise.

Votre village Massera est important pour vous, c’est votre enfance…

J’y vais chaque semaine quasiment, ce sont les miens, c’est pour eux que j’écris. C’est fondamental pour moi. C’est ma mesure. Je garde un lien naturel avec les habitants, on ne me parle jamais de mon succès qu’on célèbre avec discrétion. On parle des choses simples de la vie. Ils ont une pudeur extraordinaire, ils en sont fiers mais sans trop parler de succès. Cela m’aide à garder les pieds sur terre. Enfant, j’ai rêvé d’être cosmonaute, puis raconter des histoires. J’avais une enfance heureuse, petit-fils d’un bûcheron. Nous étions très pauvres, mais nous ne le savions pas, c’était l’ordre des choses dans le village. Nous n’avions pas de télé à la maison. Avoir une fois par semaine un verre de limonade servi dans un verre de thé c’était énorme.

Et votre rapport à la ville d’Oran ?

C’est là où je vais, où j’ai mes amis. Oran est une ville ambivalente où j’ai longtemps été sans domicile fixe. C’est une ville où à partir de 17h les gens rentraient chez eux. Les portes se fermaient, les rideaux étaient baissés, j’étais seul dans la rue à tourner ; moi je n’avais pas où dormir. C’est une ville mur. Mais j’ai fini par trouver une fissure, à m’installer, à trouver un lit, un toit, une maison. C’est une ville qui a du charme, ouverte sur la mer, décontractée. Elle n’est pas obsédée par ses racines.

 … Et Paris ?

C’est la perpétuelle destination. Le Paris littéraire d’Henry Miller, d’Hemingway. C’est la capitale du monde.

Comment avez-vous vécu les années de terrorisme ?

Comme tout le monde, dans le choc, l’incompréhension, dans le déni, l’acceptation et la soumission, le silence et la complicité. Et nous n’en sommes pas encore sortis. On ne peut pas sortir d’un cycle sans lui donner du verbe, de la voix et l’assumer. Le raconter pour s’en défaire. On l’a tu. Nous sommes tous complices d’un grand silence et on va le payer un jour. Un mal qui n’est pas dit et assumé, on va sans doute le revivre. C’est Nietzsche qui a dit : “Le secret du père, le fils le révèle”.

Des minorités religieuses sont persécutées en Algérie. Le pays est-il aussi étroit pour ne pas admettre une pluralité ?

La grande maladie de l’Algérie, c’est l’unanimisme. Un parti unique, le Dieu unique, la pensée unique. Cela va tuer la nation. Il faut revenir à nos différences qui sont notre richesse, il faut les cultiver. La nature nous a donné sept couleurs et nous on veut en garder une seule, la couleur noire. L’Algérie est vaste et plurielle. Elle est musulmane, chrétienne et juive et plus que ça. Nous sommes une République, notre histoire est riche.

Dans une de ses tribunes, le grand poète syrien Adonis dit de belles choses sur vous…

Je pense que c’est le papier le plus pertinent écrit sur moi parce qu’il touche du doigt cette impossibilité de la naissance du “je” dans nos sociétés. Il dit une phrase magnifique : “On vient au monde comme des pères”, où nous sommes en permanence dans la position conservatrice, immobile et statique. On revendique la paternité avant même la filiation. Son texte est court mais d’une pertinence incroyable.

Comme lui, vous êtes un peu un éternel incompris…

Il y a des malentendus, une hiérarchie d’incompréhension en raison de l’absence de la circulation des idées dans nos pays, peu d’espaces de débats, peu de librairies. On parle plus d’un match de foot que d’un livre. Mais ce qui est regrettable, c’est la mauvaise foi. Des gens qui ont bien saisi ce que je veux dire, mais qui ne veulent pas le comprendre ni le transmettre et qui déforment vos propos. Je sens souvent cette incompréhension.

J’ai comme l’impression qu’il y a un confort à vous donner un rôle, et cela vous dispense de penser. On décrète Kamel Daoud anti-musulman et on aura tout reglé. Je ne suis pas un intellectuel au service de l’Occident et je ne veux pas être un intellectuel de soumission chez moi. Je ne veux pas être soumis au diktat des idées dominantes. L’incompréhension vient du fait que moi je parle du présent, d’autres me parlent du passé. Je parle du train en marche et ils me parlent d’une gare fixe.

Nous sommes vivants et pas morts, l’histoire ne s’arrête pas. Le monde bouge autour de nous et nous, en Algérie, nous avons le culte de l’immobilité. Nos pensées, nos élites, le régime politique veulent de l’immobilité. Nous avons un problème avec la dynamique de la vie. Cessons de faire du présent une pierre tombale.
Propos recueillis par Hacen Ouali
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Biographie

Né en 1970 à Mostaganem, en Algérie, Kamel Daoud a été journaliste pendant quinze ans au Quotidien d’Oran tout en collaborant à divers médias en ligne dont le site Algérie-Focus. En 2014, il est victime d’une fatwa lancée le 16 décembre par l’imam intégriste Hamadache et appelant à son meurtre. En 2016, blessé par les accusations d’islamophobie, le chroniqueur annonçait, le 22 février, son retrait du journalisme mais continue à tenir des chroniques dans le magazine français Le Point avec lequel il a un engagement contractuel. Kamel Daoud écrivain d’expression française, a obtenu le Goncourt du premier roman en 2015 pour son ouvrage Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014). Ce livre a été traduit dans une trentaine de langues. En février 2017, il publie Mes indépendances, Chroniques 2010-2016 (Actes Sud et coédition algérienne Barzakh), une sélection de 182 textes choisis parmi les quelques deux mille chroniques qu’il a rédigées pendant cette période. 
Source
El WatanAlger
http://www.elwatan.com/

“La Patrie”, titre francophone, fondé en 1990 par des journalistes venant d’El-Moudjahid, quotidien officiel du régime, est rapidement devenue un journal de référence. Son directeur, Omar Belhouchet, est une figure de la presse [...] Lire la suite
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Kamel Daoud - L'Histoire contre la géographie
Emmanuel Macron est allé en Algérie et Marine Le Pen au Liban. Pour aborder deux thèmes fétiches en France : la mémoire et l'autre. Par Kamel Daoud
Publié le 09/03/2017 à 06:52 | Le Point




"Face à Macron on s'élèvera pour dire que nous ne sommes pas auteurs du crime, et face à Le Pen on criera au scandale pour répéter "la France n'est pas Le Pen"." © DR

Effet de contraste fascinant : là où Macron, cadet de la scène politique française, va en Algérie pour brasser du souvenir, son « aînée » Marine Le Pen va au Liban, au plus près de la Syrie, pour traiter de la « menace migratoire ». Le premier, jeune d'âge, se sent coupable (entravé) vis-à-vis de l'Histoire, essaie de la solder et de s'en débarrasser ; la seconde, pourtant plus âgée et donc plus proche de l'« Histoire », opte pour le stratagème de la géographie. Là où Macron fait face aux pieds-noirs, Français d'Algérie, enfants de l'Histoire, Le Pen se pose en barrage contre les nouveaux F...
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Il ne faut pas que nos lois antiracistes deviennent demain notre tombe. L'islam est le culte de la haine de l'autre et la mort de la vie le laisser faire c'est lui tendre le couteau de boucher pour nous égorger avec. De notre fermeté et de notre courage soyons les valeureux combattants de l'hydre musulmane.


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