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Le phénomène Macron
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MessagePosté le: Sam 16 Déc - 11:12 (2017)    Sujet du message: Le phénomène Macron Répondre en citant

La lettre politique
de Laurent Joffrin
Un rapport contre Macron
On peut dire beaucoup de mal de ce vieux continent poussif, nostalgique, déprimé à bien des égards. On peut dire beaucoup de mal de cette Union brinquebalante qui va de compromis boiteux en arrangements obscurs, empêtrée dans l’écheveau des égoïsmes nationaux et déstabilisée par le vent libéral qui souffle en tempête depuis des décennies.
Pourtant, l’impressionnant rapport élaboré par Thomas Piketty et ses amis économistes corrige quelque peu ce sombre tableau. Au bout du compte, l’Europe qui a maintenu vaille que vaille un Etat-providence en état de marche, qui a conservé des taux d’imposition redistributifs, qui a investi massivement dans l’éducation, a somme toute résisté à la révolution conservatrice lancée par Ronald Reagan, et Margaret Thatcher au début des années 80. L’inégalité majeure qui devient la règle dans les autres parties du monde y est moindre, le fossé entre riches et pauvres moins profond et une forme de société plus équilibrée, moins dure aux faibles, a survécu aux réformes imposées partout par des gouvernants libéraux, c’est-à-dire, en fait, par les riches.
Ce résultat qui relégitime l’intervention collective dans l’économie pose du coup un problème politique aigu à Emmanuel Macron, du moins tel qu’on le voit gouverner la France depuis six mois. Qu’est-ce au fond que sa politique, in fine, sinon une tentative peinte de couleurs attrayantes pour rapprocher la France du modèle anglo-saxon ? Réduction des impôts pour les classes favorisées, libéralisation du marché du travail, ode à l’initiative individuelle et à la réussite matérielle : le macronisme est un libéralisme à visage juvénile. Il peut aboutir à un redressement économique. Mais il y a fort à parier qu’il débouchera sur des inégalités plus grandes. C’est-à-dire à l’inverse des préconisations contenues dans le rapport Piketty.


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MessagePosté le: Sam 16 Déc - 11:12 (2017)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mer 20 Déc - 11:30 (2017)    Sujet du message: Le phénomène Macron Répondre en citant

La lettre politique
de Laurent Joffrin
Macron le veinard
«Ça va mieux», disait François Hollande, s’attirant critiques et quolibets alors que les premiers signes d'amélioration se manifestaient. «Ça va nettement mieux», pourrait dire Emmanuel Macron. Dans ses dernières prévisions, l’Insee porte le taux de croissance espéré pour la France en 2017 à 1,9% (contre 1,8% dans la dernière estimation). Petit à petit, la performance nationale rejoint celle de la moyenne des pays européens. Dans ces conditions, tout devient moins difficile, la restauration des comptes grâce aux rentrées d’impôts supplémentaires, le paiement de la dette, les négociations européennes et même la baisse espérée du taux de chômage. L’ancien Président impute cette amélioration à la politique qu’il a menée, ce qui est difficile à contester, dans la mesure où les réformes décidées par Emmanuel Macron ne sont pas encore mises en œuvre, comme il est normal en raison du temps parlementaire et réglementaire nécessaire pour y parvenir. Le nouveau Président peut néanmoins se targuer de favoriser par son discours et ses annonces politiques un climat favorable à la reprise économique. Les deux, l’ancien et le nouveau, reconnaîtront aussi que la conjoncture mondiale, meilleure, aide au redressement de la croissance française. On connaît la réplique de Bonaparte quand on lui proposait de promouvoir un général : «Oui, mais a-t-il de la chance ?» A l’aune de ce critère, Emmanuel Macron sous l’Empire eût été rapidement maréchal…
Cette chance, au demeurant, se traduit aussitôt dans les sondages. L’exécutif est repassé, chose inédite, au-dessus de la barre de 50% d’approbation dans plusieurs enquêtes. Reprise de l’activité, réformes adoptées sans trop de heurts, opposition en capilotade : Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne sont pas loin de vivre un état de grâce à retardement, une sorte d’été indien en hiver. Pour être juste, leur maîtrise de la communication et leur posture politique y sont aussi pour quelque chose. Ces deux hommes relativement novices font preuve d’une habileté redoutable. L’humeur d’un pays qui sent le redressement possible et ne veut pas l’entraver y contribue beaucoup. C’est un fait qu’il savent entrenir cette flamme. Les choses peuvent changer quand Wauquiez aura pris son régime de croisière et quand le PS, s’il y parvient, se sera doté d’un ou d’une cheffe de file crédible. En attendant, un boulevard politique s’ouvre devant les deux hommes. L’hiver sera doux à Matignon et à l’Elysée, glacial pour ceux qui restent dehors…
Et aussi
• Certains députés de La République en marche trouvent la politique migratoire affichée par le gouvernement contestable, ou trop dure. Il n’y a donc pas que les associations et une partie de l’opposition (et Libération) à s’inquiéter de ce durcissement. Richard Ferrand a exhorté les siens à l’unité. Mais le groupe LREM a tout de même décidé de constituer un groupe de travail pour préparer «en amont», la future loi qur la question. C’est peu de choses, mais cela traduit aussi un malaise…
• Le cynisme de Bachar el-Assad, celui que les «réalistes» de la diplomatie voyaient en allié de la France dans la lutte contre le terrorisme, est sans limites. Après avoir insulté les Kurdes, pourtant en première ligne dans la lutte contre Daech, il accuse maintenant la France de complicité avec le terrorisme. Pour la seule raison que la diplomatie française a soutenu, non les «terroristes», mais l’opposition au régime syrien. Ainsi le vrai terrorisme, pour lui, n’est pas celui de Daech, mais celui de ses adversaires politiques. Voilà un interlocuteur fiable…

Laurent Joffrin

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MessagePosté le: Mer 3 Jan - 11:01 (2018)    Sujet du message: Le phénomène Macron Répondre en citant

La lettre politique
de Laurent Joffrin
Les vœux de Serge Dassault
Exercice très particulier pour cette première lettre de l’année : un papier cosigné Serge Dassault et Laurent Joffrin. Comme chaque année, l’avionneur a pris la plume dans son journal pour présenter ses vœux aux lecteurs. Mise à jour à peine retouchée du catéchisme libéral qu’il livre tous les ans depuis des lustres, le papier est intéressant parce qu’il concentre les aspirations constantes de la bourgeoisie française, celle qui nous gouverne et qui trouve soudain dans la politique d’Emmanuel Macron l’incarnation de ses souhaits les plus chers. Cette adhésion est un signe politique. Elle mérite d’être soulignée et analysée, ce que nous faisons aujourd’hui, selon la méthode de la «glose marginale», qui consiste à reproduire le texte en le complétant par des commentaires, point par point. Comme l’homme est prolixe, le texte est long, mille excuses. Ceux qui sont allergiques à la prose de Serge Dassault (cela peut se comprendre…) pourront recommencer la lecture des Lettres politiques demain, selon le format habituel…
Précision : le texte de Serge Dassault est en italiques, les commentaires sont en caractères normaux.
En mai 2017, la France a vu avec surprise l’élection d’un nouveau président de la République, jeune et dynamique, que personne n’attendait. Il était quasiment inconnu ; il n’avait pour l’appuyer ni parti politique ni réseau d’élus ; et pourtant, fort de sa devise «ni de gauche ni de droite mais pour tous les Français», il s’est imposé sans coup férir, évitant à notre pays ce cauchemar qu’eût été un duel entre Le Pen et Mélenchon.
Cette réflexion politique ne brille pas par son originalité. La direction du Figaro aurait pu couper ce début qui nous rappelle ce que chacun sait depuis mai. Il est vrai qu’il est difficile de couper l’incipit de son propriétaire…
La victoire d’Emmanuel Macron a stupéfié les observateurs patentés, habitués à commenter cet affrontement stérile entre la gauche et la droite qui, depuis trente ans - chaque majorité nouvelle détricotant l’ouvrage de la majorité précédente -, a condamné la France à l’immobilisme.
Elle a également surpris les «observateurs patentés» du Figaro, qui ont fait campagne avec énergie pour la droite, alimentant l’affrontement «stérile» dénoncé par Serge Dassault.
Elle a fait éclater les partis traditionnels davantage attachés à leurs vieilles devises - «Une droite vraiment de droite», «Une gauche vraiment de gauche» - qu’à faire avancer notre pays sur la voie du progrès économique et social. Elle témoigne de l’écho que rencontre dans les profondeurs du pays cette promesse implicite du candidat Macron: la promesse d’union nationale.
Une «union nationale» dont on ne trouve guère la défense dans les pages du quotidien.
L’union nationale: belle et grande idée défendue en son temps par le général de Gaulle! Il avait compris, lui, que les vieilles notions de droite et de gauche doivent s’effacer quand l’intérêt national est en jeu. Que leur opposition artificielle installe une perpétuelle lutte des classes qui attise la jalousie du pauvre envers le riche, et la rancœur du riche contre le pauvre. Emmanuel Macron, avec son gouvernement composé de ministres venus de la droite, de la gauche et du centre, affiche sa volonté d’en finir avec cette funeste hémiplégie. Dans l’intérêt de la France, qui doit rester notre seule boussole, on ne peut que souhaiter sa réussite.
Le général de Gaulle cherchait effectivement à dépasser l’opposition droite-gauche. Mais sa politique en portait la trace : c’est lui qui a commencé de mettre en œuvre, en 1944-45, le programme du Conseil national de la Résistance, très marqué à gauche (Sécurité sociale, nationalisations, planification, lois sociales, etc.) Un détail que Serge Dassault a manifestement oublié. Le reste de son article propose pour l’essentiel de se débarrasser de cet héritage socialisant. C’est le dépassement de l’antagonisme droite-gauche… par la droite.
En sept mois, il faut reconnaître que le nouveau président n’a pas perdu de temps, inscrivant même à son actif des réformes que la France attendait depuis trente ans. La mise en place de la flat tax sur les dividendes et les plus-values, accompagnée de la baisse de l’impôt sur les sociétés, est un puissant signal pour les investisseurs. La réduction du périmètre de l’ISF va faciliter le retour en France de milliards de capitaux, qui seront fort utiles à l’investissement et à la croissance. Quant à la modification du droit du travail, votée sans encombre avec le soutien bienvenu de la droite, elle introduit enfin un peu de flexibilité dans un système qui décourageait l’embauche.
Etrange dépassement, décidément : les mesures citées sont celles que le Medef préconise depuis Vercingétorix. A moins de considérer que les idées du Medef sont celles de la France, ce qui semble bien être la conception développée ensuite par le propriétaire du Figaro…
Toutes ces mesures étaient nécessaires pour l’activité et l’emploi. Venu de la gauche, Emmanuel Macron a eu l’audace de bousculer les tabous idéologiques et les forteresses syndicales. Il faut lui en savoir gré.
Ah les «tabous idéologiques» ! Pour Dassault, ces «tabous» sont en fait ceux de la gauche, qu’il veut remplacer par les totems de la droite. Figure classique : ceux qui invoquent le rejet de «l’idéologie» veulent surtout remplacer celle de leurs adversaires par la leur. Quant aux «forteresses syndicales», l’échec des mouvements de l’automne tend à montrer que ce ne sont plus que des vestiges à moitié effondrés, bien insuffisants pour arrêter les offensives patronales. Mais c’est encore trop pour Dassault…
Gare cependant à ne pas oublier en chemin la bombe à retardement financière qui n’a jamais été si près d’éclater! Faute d’économies structurelles - sur la dépense sociale et les effectifs de la fonction publique d’État, notamment -, notre situation budgétaire reste très critique. La dépense publique (56 % du PIB) continue de croître. Notre dette poursuit sa progression, au rythme de nos déficits budgétaires (70 milliards par an): en 2018, la France empruntera davantage sur les marchés financiers qu’en 2017 - 200 milliards d’euros, du jamais-vu depuis dix ans! Le jour où les taux d’intérêt remonteront - et ce jour-là finira bien par arriver -, notre pays sera pris à la gorge. Adieu, alors, promesses électorales et lendemains qui chantent! L’État, en cessation de paiement, ne pourra plus assurer les traitements ni les retraites de ses fonctionnaires! Certes, il y aurait quelque injustice à imputer à Emmanuel Macron la seule responsabilité d’une situation héritée de ses prédécesseurs. Mais le président serait coupable de ne pas chercher à y porter remède.
Dassault n’a pas tort de dénoncer les dangers que portent en eux les déficits et la dette. Il néglige toutefois de préciser qu’une grande partie de cet endettement vient des efforts déployés par les gouvernements pour empêcher l’économie de s’effondrer après la crise de 2008. Crise déclenchée par la spéculation éhontée des milieux financiers qui ont transformé l’économie mondiale en vaste casino. Mais de cela, il n’est pas question dans cette fresque économique.
Devant lui, la tâche est immense. Des trois plaies envoyées sur notre pays par François Mitterrand et ses disciples, seul l’ISF a été corrigé - et encore, à moitié: il faudra bien s’en débarrasser totalement! L’âge de départ à la retraite, un peu amendé par Nicolas Sarkozy, qui a passé la barre de 60 à 62 ans, condamne toujours à l’explosion notre système par répartition: là aussi, il faut aller de l’avant! Quant aux 35 heures, inventées par Martine Aubry et Lionel Jospin dans la plus totale irresponsabilité, elles continuent d’augmenter le coût du travail, et donc de peser sur les exportations, mais aussi de creuser le déficit de l’État: tous les ans, pas moins de 21 milliards (financés par l’emprunt) sont ainsi versés aux entreprises pour en «compenser» les effets pervers! Là encore il y a urgence, comme il y a urgence à moderniser l’Etat, à réduire son périmètre et à engager, pour de vrai, la baisse du nombre de fonctionnaires. Emmanuel Macron doit savoir que, s’il s’engage sur cette voie, les forces vives du pays seront derrière lui.
Les «forces vives» en question sont surtout constituées du patronat et des classes possédantes. Les autres forces ne sont guère enthousiastes à l’idée de voir les plus favorisés exonérés de l’effort commun et de subir le recul des services publics. Mais sans doute sont-ce des «forces mortes».
Rappelons au passage que la durée réelle du travail n’est pas de 35 heures mais de 37,3 heures. Quant aux fonctionnaires, lesquels faut-il supprimer ? Les policiers ? Les militaires ? Les profs ? Les infirmières ? Et faut-il tailler dans les dépenses d’armement qui font largement vivre les entreprises Dassault ? Les réponses manquent…
Mais, s’il veut vraiment redresser la France, rendre le pays réellement dynamique et attractif, il devra faire preuve de davantage d’audace encore et opter résolument pour un impôt sur le revenu moderne, universel, proportionnel, simple et efficace: la flat tax. Pourquoi? Le système actuel, marqué par un impôt sur le revenu à taux progressif (il s’alourdit au fur et à mesure que les revenus augmentent), n’est ni juste ni efficace. Trop concentré sur quelques-uns, il décourage l’initiative et bride l’activité. À tel point que l’État, particularité bien française, s’est retrouvé dans l’obligation de créer 100 milliards de dispositifs fiscaux - les fameuses «niches» - pour redonner d’une main aux Français ce qu’il leur prend de l’autre! C’est le serpent qui se mord la queue.
Il est temps de réformer ce système absurde et d’opter résolument pour une fiscalité modérée à taux constant. L’assiette devrait être celle de la CSG, pour financer à la fois la Sécurité sociale et le budget. Alors que dans beaucoup de pays une flat tax unique est en vigueur (13 % en Russie, 15 % à Singapour et à Hong-kong), on pourrait appliquer en France trois taux, ce qui permettrait à tous les contribuables, et pas seulement aux plus riches, d’être bénéficiaires. Par exemple:
- zéro impôts pour les contribuables gagnants jusqu’à 1 500 euros net par mois (ils seraient dès lors libérés de tout impôt sur le revenu comme de la CSG) ;
- 13 %, y compris la CSG, pour tous les revenus compris entre 1500 et 4000 euros (c’est le niveau de l’impôt déjà acquitté par un salaire de 1 500 euros net) ;
- et enfin 25 % pour tous les revenus supérieurs à 4 000 euros net.
L’État n’y perdrait rien côté recettes, car il pourrait récupérer une grande partie des 100 milliards consacrés aujourd’hui aux niches fiscales, devenues sans objet du fait de la baisse du taux moyen d’imposition. Au total, ce sont 50 à 80 milliards de recettes fiscales supplémentaires qui pourraient rentrer dans ses caisses, pour compenser la baisse des différents impôts sur les particuliers et les entreprises et rétablir enfin l’équilibre budgétaire.
Une telle réforme relancerait immédiatement le pouvoir d’achat pour tous, la croissance et l’emploi. A contrario, si le président de la République ne met pas en place l’impôt à taux constants, s’il conserve en l’état la fiscalité actuelle, quelles que soient les décisions qu’il prendra par ailleurs, il échouera comme ses prédécesseurs à redresser notre économie. Ce serait gravement dommageable pour la France, et pour lui.
L’idée d’une «flat tax», déjà mise en œuvre par Emmanuel Macron pour les revenus du capital, est un vieux dogme libéral. Margaret Thatcher en avait fait un de ses chevaux de bataille. Rappelons que l’impôt progressif est une anciene conquête du mouvement républicain et socialiste (il date en France de 1914 et sa progressivité de 1917, contre 1842 en Grande-Bretagne). Rappelons aussi qu’il n’a pas empêché les économies concernées de croître, parfois très rapidement. Pendant les Trente Glorieuses, il n’y avait pas de «flat tax». Aux Etat-Unis, après le New Deal et jusque dans les années 70, le taux marginal de l’impôt sur le revenu s’est maintenu à près de 80%. L’idée que l’impôt proportionnel favorise l’expansion est un pur argument «idéologique», selon la terminologie de Serge Dassault. Rien de tangible ne vient l’étayer. Depuis que les taux d’imposition ont baissé, la croissance des pays développés est d’ailleurs plus faible qu’auparavant. Beaucoup d’économistes pensent que l’inégalité des revenus est plutôt un frein à l’activité (en ralentissant la consommation). Mais ce sont sans doute des «idéologues»…
En d’autres termes, la seule réforme fiscale efficace, la seule «remise à plat» qui permettra de ranimer la confiance, et donc la croissance, c’est la baisse des impôts pour tous.
Surtout pour les riches, en l’occurrence…
Cela suppose de n’oublier personne, et surtout pas les plus modestes, qui contribuent par leur travail à l’effort collectif. Leur pouvoir d’achat doit être soutenu.
Ah !
Comment? En renforçant, notamment, les mécanismes d’intéressement et de participation. Insuffisamment utilisés depuis de Gaulle, ils font de l’ensemble des salariés (et non de leurs «représentants» syndicaux qui bien souvent ne représentent qu’eux-mêmes) les vrais partenaires de la direction, ce qui est le meilleur moyen de supprimer la lutte des classes dans les entreprises. Concrètement, il faut supprimer le forfait social qui réduit la participation des salariés et revoir la formule de calcul, inchangée depuis 1967, de manière à ce que la réserve de participation soit au moins égale aux dividendes distribués. C’est la règle que j’applique depuis plus de vingt ans chez Dassault Aviation, à la grande satisfaction de tout le personnel. «Ce qu’il y a de bien dans votre système, m’a dit un jour un délégué, c’est que nous ne travaillons plus seulement pour le patron mais aussi pour nous.» Le profit partagé est la règle d’or de toute gestion participative, et la garantie d’un bon climat social. Emmanuel Macron affiche son intention d’avancer dans cette voie. On ne saurait trop l’y encourager.
Sur ce chapitre, Serge Dassault fait œuvre d’une plus grande ouverture. Un meilleur partage des profits est effectivement souhaitable et Dassault, pour le coup, semble montrer l’exemple. Un bon point pour lui…
Souhaitons, enfin, que ne soit pas laissé sans réponse l’échec de l’Éducation nationale, qui atteint aujourd’hui des proportions dramatiques. Depuis qu’on a supprimé les redoublements, les notes, les examens et les prix, les enfants, désormais dispensés de ce qui s’appelait naguère le «certificat d’études», entrent trop souvent au collège «unique» sans savoir ni lire, ni écrire, ni compter. La formation professionnelle et l’apprentissage sont laissés en jachère, en dépit des innombrables plans qui prétendent les relancer. N’étant formés à aucun emploi, les jeunes s’ennuient et sortent de l’Éducation nationale à 16 ans ou plus, sans diplôme, sans ambition, et surtout sans métier. 140 000 jeunes quittent ainsi chaque année le système scolaire sans avoir la possibilité de gagner leur vie. 20% des étudiants abandonnent l’université sans rien d’autre en poche qu’un bac dévalué.
Serge Dassault, oublie de citer les efforts du gouvernement précédent, qui a ramené le nombre des «décrocheurs» de 200 000 à 140 000. Mais cela pourrait affaiblir le raisonnement.
Nombre d’entre eux tombent dans la drogue et la délinquance, sources d’argent facile. Il devient alors impossible de les réinsérer. Mais qu’attendons-nous pour réagir? De toute urgence, il faut rétablir à la fin de l’école primaire un examen, inspiré de ce qu’était autrefois le certificat d’études. Supprimer le collège unique et rebâtir une filière d’apprentissage digne de ce nom, si nous voulons offrir à tous les enfants de France un avenir et un métier. Nous assurer que les jeunes qui entrent à l’université sont réellement capables de suivre les enseignements qui leur seront prodigués. Et supprimer totalement cet absurde tirage au sort qui décourage les meilleurs et conduit les moins bons à un échec assuré.
En ce domaine, comme en de nombreux autres, le gouvernement semble sur la bonne voie. Je forme le vœu que les premiers pas accomplis dans le bon sens par Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, ou par son homologue en charge de l’Enseignement supérieur soient suivis de beaucoup d’autres.
Jean-Michel Blanquer est décidément consacré dans son rôle d’idole de la droite pédagogique. Dassault veut aller beaucoup plus loin en supprimant le «collège unique» mis en place sous Valéry Giscard d’Estaing. C’est un fait qu’il n’a guère favorisé l’égalité des chances puisque l’accession des enfants de classes pauvres à l’enseignement supérieur ne s’est pas améliorée depuis quarante ans (en proportion), ce qui explique les mauvais classements du système français dans les enquêtes internationales. Mais le retour aux deux filières anciennes est très contestable : il revient à consacrer dans l’institution scolaire une forme de sélection sociale qu’on cherche à combattre. Il consiste à rendre les armes faute de résultats suffisants. Rappelons qu’aux temps bénis dont parle Dassault, l’enseignement secondaire était de facto réservé aux enfants des classes diplômées (cadres, bourgeoisie, enfants d’enseignants…). L’effort progressiste a consisté à lutter contre cette sélection sociale et à élever le niveau moyen. Il a partiellement échoué, tout en ouvrant le baccalauréat beaucoup plus largement, ce qui est un progrès. Dassault propose un retour en arrière qui officialiserait ce qui est aujourd’hui latent. C’est un Gribouille nostalgique.
Tony Blair l’a dit un jour: «La bonne politique n’est ni de gauche ni de droite, c’est celle qui marche.» Il avait raison, et Emmanuel Macron a raison de s’en inspirer.
Tony Blair a dit cela, effectivement. Mais il a aussi investi massivement dans les services publics, ce qu’on oublie toujours de rappeler.
En ce début d’année 2018, souhaitons donc que les bonnes intentions se confirment, que les premières réussites s’amplifient et que jamais ne manque à cette nouvelle équipe le courage d’agir, loin des a priori partisans, dans le sens du seul intérêt national.
Si le gouvernement se défaisait des «a priori partisans», il ne mettrait en œuvre aucune des mesures proposées par Serge Dassault.
Tel est, à l’aube de l’année nouvelle, le vœu que je forme pour notre pays. En mon nom, et au nom de tous les journalistes et collaborateurs du Groupe Figaro, je voudrais y joindre, chères lectrices, chers lecteurs, pour vous, vos familles ainsi que pour tous ceux qui vous sont chers, mes vœux les plus sincères de bonheur et de succès.
Les lecteurs du Figaro seront sensibles à ces vœux. Les autres en apprécieront la courtoisie mais se garderont d’y adhérer.
Voilà. L’exercice était un peu long. Mais il peut aussi permettre de s’épargner des efforts : à peu de chose près, Serge Dassault écrit tous les ans le même papier. A l’avenir, ceux qui auront lu cette lettre pourront se dispenser de lire la prose annuelle du patriarche. Et comme nous lui souhaitons longue vie, cela leur économisera beaucoup de temps…

Laurent Joffrin

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MessagePosté le: Jeu 4 Jan - 16:06 (2018)    Sujet du message: Le phénomène Macron Répondre en citant

La lettre politique
de Laurent Joffrin
Macron : circulez, il n'y a rien à voir
En formulant ses vœux à la presse, le président de la République a disserté avec brio sur la montée des démocraties «illibérales», sur la prolifération des «fake news» et sur les problèmes économiques des médias. Il a émis plusieurs idées justes ou intéressantes, même si elles se heurteront à des difficultés d’application considérables, par exemple dans la définition des «fausses nouvelles» qu’il voudrait sanctionner en période électorale, sachant qu’il existe déjà des lois réprimant la diffamation. Un passage de son intervention a été moins commenté, celui où il stigmatise la «confidence» pratiquée dans les «antichambres», intimement liée selon lui à la «connivence» qu’on reproche souvent aux journalistes dans leurs rapports avec les hommes politiques. Seule compte, dit-il, «la parole officielle», et non «le contexte» dans lequel elle est prononcée. S’il s’agit de stigmatiser les anecdotes futiles ou insignifiantes dont se repaît parfois la presse, pourquoi pas? Les rumeurs, les ragots, les historiettes émanant de l’Elysée n’ont pas forcément l’intérêt qu’on leur prête, même elles donnent parfois une épaisseur humaine à l’exercice du pouvoir.
En revanche, ce monopole donné à «la parole officielle» pose problème. Bannies seraient donc les confidences livrées par des conseillers ou des ministres sur le fonctionnement interne du pouvoir, au nom d’un refus de la connivence et de la «petite phrase» anonyme sujette à caution et à scepticisme. La question est plus grave qu’on pourrait le penser. Cette opacité revendiquée dans la prise de décision est-elle légitime? Prenons un ou deux exemples. Dans l’affaire de Notre-Dame-des-Landes, est-il seulement futile ou anecdotique de savoir où en est le débat interne sur le futur projet? Savoir si Nicolas Hulot, hostile au projet, l’emporte sur Jean-Yves Le Drian, avocat historique du même projet, si l’un ou l’autre envisage de démissionner si l’arbitrage lui est défavorable, n’est-ce pas une interrogation politique légitime? La description des débats internes au gouvernement sur cette question n’est-elle pas utile à la formation du jugement public? D’autant que ces rapports de force politiques peuvent aussi éclairer la décision finale.
Autre exemple: les circulaires Collomb sur l’intervention de la police dans les centres d’accueil pour migrants peuvent susciter des oppositions internes à l’équipe Macron-Philippe. Certaines se sont déjà exprimées au Parlement. Il faudrait donc s’abstenir d’essayer d’en savoir plus sur les arguments des uns et des autres, sachant qu’une opposition aux circulaires prend plus de poids si elle apparaît à l’intérieur même du gouvernement? N’est-ce pas le rôle de la presse, justement, que de rechercher sur ce point des confidences internes qui nourriraient l’information du public?
Emmanuel Macron répond: circulez, il n’y a rien à voir. C’est le réflexe compréhensible de tout responsable d’organisation qui ne souhaite pas voir étaler en place publique les dissensions qu’il rencontre à l’intérieur de son équipe. Cela se comprend. Est-ce pour autant légitime? Le Président dénonce les artifices de la confidence politique et la vacuité des propos de coulisse. Est-ce pour assainir la relation presse-pouvoir? Ou bien, plus prosaïquement, pour protéger le pouvoir de la curiosité de la presse?
Et aussi
• La firme Apple veut interdire à l’association Attac de pénétrer dans ses magasins pour dénoncer l’évasion fiscale massive dont elle se rend coupable. Apple invoque un «risque imminent pour la société». Le risque est en effet majeur: imaginons qu’elle soit obligée de payer des impôts comme tout le monde. Où irait-on?
• Après que Libération a calculé l’économie faite par Muriel Pénicaud sur son impôt sur la fortune grâce à la réforme Macron, la ministre a déclaré qu’elle en verserait le montant à des associations engagées pour l’économie sociale et solidaire. Manifestement, elle n’y avait pas pensé avant…


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MessagePosté le: Ven 5 Jan - 17:35 (2018)    Sujet du message: Le phénomène Macron Répondre en citant

La lettre politique
de Laurent Joffrin
L'islam, encore et toujours
Emmanuel Macron veut dépassionner le débat sur l’islam. Il l’a dit dans un long discours sur la laïcité prononcé devant les autorités religieuses de France et il a évidemment raison. L’hystérie qui s’empare du débat public autour de cette question atteint parfois les sommets du grotesque. Non qu’elle soit secondaire. Mais elle met en jeu beaucoup d’affects et peu de réalités. Dès qu’on y jette un regard froid, dès qu’on s’attache au réel, elle révèle un accord bien plus large qu’on ne croit. Citons quelques pommes de discorde.
- Sur le voile islamique, objet de tant d’envolées sonores, il est en fait entendu – et accepté – par une nette majorité de Français que les signes religieux ostentatoires doivent être prohibés dans l’administration et les salles de classe, autorisés ailleurs, même sur les plages. Certains demandent leur réintroduction dans les écoles ; d’autres, à l’inverse, voudraient étendre l’interdiction du voile à l’université : ils sont ultraminoritaires dans les deux cas et personne ou presque parmi les leaders politiques du pays ne songe sérieusement à imposer l’une ou l’autre mesure.
- La construction de mosquées suscite parfois des polémiques. Elles sont circonscrites et personne ou presque ne propose de les interdire. A l’inverse, les musulmans évitent en général, par souci d’apaisement, l’érection de minarets très visibles.
- L’immense majorité de l’opinion refuse l’ingérence de la religion dans les programmes d’enseignement, y compris parmi les musulmans. A la différence de ce qui existe aux Etats-Unis, aucune force organisée, notable, ne demande que le créationnisme, par exemple, soit enseigné à l’école, encore moins à égalité avec la théorie de l’évolution. Le corps enseignant maintient avec courage l’intégrité des programmes établis par l’autorité républicaine.
- La viande halal – ou casher – a droit de cité. Le débat se réduit en fait à une discussion sur les conditions d’abattage, par souci de limiter la souffrance animale. Beaucoup de responsables religieux sont ouverts au compromis sur ce point. De même, les menus de cantine scolaire sont progressivement adaptés pour tenir compte des traditions culturelles en matière d’interdits alimentaires (l’école avait déjà admis ce principe en servant du poisson le vendredi pour tenir compte de la tradition catholique).
- Les religions sont consultées systématiquement lors de la préparation de lois de bioéthique. Mais personne ou presque n’exige que leurs demandes soient acceptées par principe. Les élus sont libres de légiférer comme ils l’entendent.
- La grande majorité de l’opinion s’accorde pour refuser les exigences intégristes à l’hôpital ou en matière de sport à l’école. Les conflits se résolvent la plupart du temps par la discussion. Evidente, la poussée fondamentaliste est largement contenue, sinon rejetée la plupart du temps.
- Protecteurs des religions et de la liberté de culte, les principes laïques sont en fait massivement approuvés par l’opinion et chez une majorité de musulmans.
- Les indices de tolérance entre communautés, mesurés par les sondeurs ou les sociologues, sont orientés à la hausse malgré les attentats ; les agressions contre les musulmans ont nettement baissé entre 2015 et 2016.
- Deux points noirs persistent ou s’étendent : l’emprise intégriste sur certaines cités, celle que décrivent par exemple Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué dans leur livre sur Trappes ; l’antisémitisme, qui connaît un regain alarmant. Ce n’est pas rien… Mais la puissance publique et les municipalités s’efforcent de les combattre. C’est une lutte nécessaire et constante. Personne ne peut dire qu’elle est perdue d’avance.
Irénisme ? On le dira. Mais les Cassandre doivent, pour réfuter ce constat, y opposer des faits tangibles et non des fantasmes. Les difficultés sont réelles, parfois inextricables ; encore faut-il, pour les résoudre, les évaluer à leur juste proportion.
Et aussi
Faire revenir les «revenants», ces jihadistes français, femmes ou hommes, prisonniers en Irak et en Syrie ? Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a posé un critère utile : ils peuvent être jugés sur place si les garanties de droit en vigueur dans les démocraties leur sont appliquées. Aujourd’hui, nous n’y sommes guère. Des procès tenus en France, aussi bien, auraient la vertu pédagogique et informative qui est propres à la bonne administration de la justice.
On oublie, en tout cas, de relever un paradoxe. Ainsi ces terroristes qui n’avaient que haine et mépris envers la République française, jusqu’à prendre les armes contre elle, jusqu’à à se faire les complices d’attentats ignobles perpétrés contre leurs compatriotes, découvrent soudain ses vertus. Vaincus, ils ont changé d’idée. On aurait pu penser, avec une pointe d’ironie, qu’ils auraient préféré comparaître devant un tribunal islamique… Bizarrement, ils s’en remettent maintenant à l’état de droit laïque et républicain qu’ils vouaient aux gémonies, à des tribunaux composés de mécréants, à un Etat français par ailleurs qualifié de raciste et de post-colonial. Cela tend à prouver que le courage des fanatiques a ses limites. Ou que la défaite est parfois mère de sagesse.


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MessagePosté le: Ven 12 Jan - 12:49 (2018)    Sujet du message: Le phénomène Macron Répondre en citant

La lettre politique
de Laurent Joffrin
Ma et Cron vont en bateau
Il y a deux syllabes dans Macron. Ma et Cron. Ma est soft, bienveillant, arrangeant, enclin à l’indulgence, comme Mama Mia, maternel, malléable, ma chérie. Cron est dur, rêche, pointu, rigide, comme le croc ou le cric, le cri ou le crack. Il y avait dans En marche (qui commence par Ma), cette volonté d’accueil, d’ouverture, de compromis qui compensait la fermeté du réformateur activiste et du président impérieux. Mais de plus en plus, on le voit, Cron l’emporte sur Ma. A l’étranger, en Chine par exemple, Cron préfère de loin à la realpolitik au droit des populations, le calcul géopolitique ou commercial aux plaintes des prisonniers ou aux demandes des opprimés. Dans le social, Cron prévoit de renforcer comme jamais le contrôle des chômeurs, menacés de sanctions diverses s’ils ne remplissent pas exactement les obligations qui leur incombent, soumis à la surveillance étroite de Pôle Emploi qui maniera sans hésiter à leur encontre le coup de règle sur les doigts. Et en matière d’immigration, Cron se dispose à mettre en place des dispositifs contraignants que la droite elle-même n’a jamais osé appliquer, intrusion dans les centres d’accueil, doublement de la durée de rétention pour les sans-papiers, raccourcissement des délais de recours. Dans ces trois domaines, c’est Cron qui mène la danse. Ma, lui, se tourne vers l’entreprise, le start-uper, l’investisseur, objets de toutes les sollicitudes. Ma et Cron sont toujours là. Mais ils ne s’adressent pas aux mêmes personnes. Ma dorlote les premiers de cordée, Cron contrôle ceux qui ont lâché la corde. Et si Ma continue à laisser à Cron la bride sur le cou, c’est un projet de société qui se dessine. Efficace mais dur, compétitif et sélectif. Macron est populaire. Mais Cron ?
Et aussi
La direction de France 3 Auvergne a suspendu la diffusion d’une série sur les réalisations du président de la région, Laurent Wauquiez. Jurant que ledit Wauquiez n’est pas intervenu pour demander cette suspension, la direction explique que les sujets étaient «déséquilibrés». Soit. Mais la vraie question n’est pas celle-là : étaient-ils véridiques, vérifiés, honnêtes ? La vérité est parfois elle-même déséquilibrée. Difficile de le savoir, de toute manière : on ne les verra pas.
Les services consulaires des Etats-Unis ont classé en «catégorie 2» la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne pour mettre en garde les touristes américains sur l’insécurité qui régnerait dans ces trois pays. Les attentats qui s’y sont déroulés expliqueraient ces avertissements alarmistes. On ne sait à quel niveau seraient classés les Etats-Unis par les mêmes services consulaires, quand on sait que l’insécurité est en moyenne dix fois supérieure là-bas à ce qu’elle est en Europe…

Laurent Joffrin

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MessagePosté le: Mer 17 Jan - 13:19 (2018)    Sujet du message: Le phénomène Macron Répondre en citant

La lettre politique
de Laurent Joffrin
«Grand remplacement» ?
Même si elle est l’une des sciences sociales les plus fiables, la démographie est aussi une usine à fantasmes. Cette règle ne manquera pas de se vérifier avec la publication par l’Insee des chiffres annuels de la population française. On y apprend que la natalité est en baisse, à 1,88 enfant par femme (les femmes travaillent et sont souvent précaires : elles ont moins d’enfants), que la population française croît moins vite (0,3% par an contre 0,5% auparavant) et que le solde migratoire occupe une place plus grande dans cette progression (quelque 60 000 étrangers en plus, une fois calculée la différence entre les entrées et les sorties). Aussitôt, le prisme déformant des préjugés entre en action.
- Les écologistes et autres décroissants seront ravis : les hommes et les femmes formant la principale espèce prédatrice de la planète, moins y en aura, mieux ce sera.
- Les avocats de la grandeur française trembleront : moins de Français, moins de puissance pour la patrie. Ceux-là devraient souhaiter que l’immigration supplée une natalité déficiente.
- Mais ce sont souvent des obsessionnels de l’identité : l’immigration venant au secours de la démographie française, le spectre du «grand remplacement» grandit un peu plus dans leur esprit paniquard.
Tous, à vrai dire, se trompent.
- C’est le mode de vie productiviste qui fait des dégâts sur la planète. S’il change, la question du nombre passe au second plan.
- La prospérité d’une nation dépend de la qualité de ses habitants et non de leur quantité. La formation, la compétence, la créativité, sont autrement importantes que le nombre des habitants, qui évolue de toute manière très lentement. Il y a aujourd’hui plus de 67 millions de Français, chiffre conséquent à l’échelle européenne. Qu’il y en ait à l’avenir un peu plus ou un moins ne change pas les données du problème.
- Quant au «grand remplacement», c’est une fable. Il se fonde sur l’idée que moins de 10% de musulmans vont à terme submerger les 90% qui ne le sont pas. Le raisonnement repose sur une fécondité supérieure des femmes étrangères venant du Sud (qui ne sont pas toutes musulmanes, loin de là) par rapport à celui des Françaises. Or l’écart entre le taux de natalité des femmes immigrées et celui des autres, réel à la première génération (du simple au double environ), disparaît à la seconde et, a fortiori, à la troisième. Dans leur immense majorité, les musulmans se fondent dans la population. Le mot même de remplacement est faux par nature : les immigrés s’ajoutent aux autres, ils ne s’y substituent pas. Cet ajout de population pose moins de problèmes par le nombre que par la concentration des pauvres (qui sont souvent musulmans) dans certains quartiers. C’est affaire d’emploi, de sécurité, de lutte contre la discrimination, et d’urbanisme. Non de natalité.
Mais ce sont là arguments rationnels. Ils glissent sur l’esprit malade des identitaires comme l’eau sur les plumes d’un canard. Même au pays de Descartes, l’usine à fantasmes ne s’arrête jamais.
Et aussi
• Il apparaît, selon Buzzfeed, que le FN a entièrement fabriqué une «fake vidéo» qui montre un faux membre de la direction de France Télévisions accusant Delphine Ernotte de faire la campagne d’Emmanuel Macron. Bidonnage, complotisme, manipulation : le FN n’est plus à ça près. Mais à écouter Marine Le Pen dans ses discours les plus solennels, on se dit : une «fake news» de plus ou de moins…
• On s’étonnait hier de l’impunité dont voulait bénéficier Mathieu Gallet, président de Radio France, condamné en première instance pour favoritisme, en regard du sort réservé aux ministres placés dans la même situation que lui. Françoise Nyssen, qui jouait hier les Ponce Pilate, s’est réveillée. Elle demande à l’intéressé de «tirer les conséquences» de la décision qui le frappe. En clair, de démissionner. Sauf à introduire une inégalité de traitement entre politiques et administratifs de haut vol, on voit mal comment il pourrait en être autrement.


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 20:38 (2018)    Sujet du message: Le phénomène Macron

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