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HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHEISMES
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Pierre-Elie
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MessagePosté le: Sam 11 Mar - 13:11 (2017)    Sujet du message: HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHEISMES Répondre en citant

LE 11  MARS 2017.




A force de discuter avec des musulmans, mais aussi avec des jeunes de toutes les croyances, 
je me suis aperçu que beaucoup n'avait aucune notion de chronologie,
ni de la logique qu'il faut mettre en oeuvre pour comprendre l’enchaînement des faits historiques. 


J'ai fini par écrire une synthèse,
une frise du temps,
qui reprend tout ce que la science, l'histoire et l'archéologie 
nous apprennent de la réalité de la naissance de nos grands monothéismes,
essentiellement le judaïsme, le christianisme et l'islam.


Vous pouvez télécharger ce texte en PDF en cliquant sur ce lien :
HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHÉISMES



Il est possible de l'imprimer pour pouvoir le lire plus confortablement en format livre.
Il n'est pas imprimé, il n'est donc pas en vente en librairie,
 mais disponible gratuitement sur le net.
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L'histoire, l'archéologie et les sciences peuvent-elles nous apprendre quelque chose sur la naissance des monothéismes ? Télécharger gratuitement en cliquant sur HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHÉISMES.


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MessagePosté le: Dim 12 Mar - 11:38 (2017)    Sujet du message: HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHEISMES Répondre en citant

SOMMAIRE GÉNÉRAL






INTRODUCTION 




PARTIE I : LA NAISSANCE DU JUDAÏSME
De la création à l'an – 7 


1 . LA CRÉATION
De 13 milliards d'années à 3000 avant Jésus-Christ 
2 . ABRAHAM ET LES PATRIARCHES
De 3000 à 1700 avant Jésus-Christ 
3 . L'EXODE ET L'INSTALLATION DES HÉBREUX EN CANAAN
De 1700 à 1025 avant Jésus-Christ  
4 . LES DEUX ROYAUMES HÉBRAÏQUES : DAVID, SALOMON, LA REINE DE SABA...
De 1025 à 727 avant Jésus-Christ  
5 . LA CROYANCE EN UN DIEU DES COMBATS : LE DERNIER ROYAUME HÉBRAÏQUE
CELUI DE JUDA, MET LA BIBLE PAR ÉCRIT
De 727 à 7 avant Jésus-Christ  








PARTIE II : LA NAISSANCE DU CHRISTIANISME
De – 7 à l'an 150 


6 . LA NAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST : HUMANITÉ, DIVINITÉ
De 7 avant Jésus-Christ à 30 après  
7 . LE CHRIST ET LA LOI : IL LA MAINTIENT POUR LES JUIFS, L'ACCOMPLIT ET
LA TRANSGRESSE AVEC SES DISCIPLES
De l'an 31 à l'an 33 après Jésus-Christ 
8 . LE CHRIST INSTAURE LA NOUVELLE ALLIANCE POUR L'HUMANITÉ
Avril 33  
9 . LES DÉBUTS DE L'ÈRE CHRÉTIENNE
De l'an 33 à l'an 150  







PARTIE III : LA NAISSANCE DE L'ISLAM
De l'an 150 à 632 


10 . LES RELIGIONS PRÉISLAMIQUES
De l'an 150 à l'an 610 
11 . MOHAMED À LA MECQUE
De l'an 610 à l'an 622  
12 . MOHAMED À MÉDINE
De l'an 622 à l'an 632 






PARTIE IV : QUE VONT FAIRE LES HOMMES
DE LEURS CROYANCES SPÉCIFIQUES  ?
de l'an 632 à nos jours 


13 . DEUX CIVILISATIONS S’AFFRONTENT
De l'an 632 à l'an 1099 
14 . DEUX VISIONS DE LA SCIENCE
De l'an 1099 à l'an 1798
15 . LA DÉMOCRATIE : JUSTICE... ÉGALITÉ ET LIBERTÉ ?
De l'an 1798 à nos jours 






CONCLUSION 
BIBLIOGRAPHIE
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Dernière édition par Pierre-Elie le Jeu 16 Mar - 14:22 (2017); édité 1 fois
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MessagePosté le: Dim 12 Mar - 11:45 (2017)    Sujet du message: HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHEISMES Répondre en citant

INTRODUCTION




Le monothéisme est la foi en un Dieu unique. S'il peut sembler banal de croire en un seul Dieu, l’émergence d'une telle croyance n'est pas si ancienne que cela, surtout si on la met en perspective avec l'histoire - ou la préhistoire – humaine.







Aurochs de Lascaux (15 000 ans avant le présent).


La croyance en un Dieu unique n'est pas une croyance universelle. Ni les animistes, ni les hindouistes, ni les shintoïstes, ni les bouddhistes, ne croient en un Dieu unique individualisé. L'idée d'un Dieu unique a donc émergé dans l'histoire de l'humanité comme un concept original et atypique.
Depuis quelques dizaines d'années, en Europe, les brassages culturels ont mis - ou remis - en présence les trois grands monothéismes historiques : le judaïsme, le christianisme et l'islam. S'interroger sur les répercussions de ces religions sur les civilisations est d'autant plus intéressant que ces rencontres culturelles suscitent des émotions contrastées. Face à l'évolution brutale des structures traditionnelles, certains semblent pris d'une inquiétude sans doute irraisonnée et d'autres semblent témoigner d'un enthousiasme peut-être naïf.
Dire qu'il n'y a qu'un seul Dieu est de l'ordre de la foi. Nous n'essayerons pas de démontrer une conviction qui, par nature, n'est pas rationnelle mais résulte d'un choix individuel. Il s'agit davantage de comprendre comment est défini ce Dieu unique dans les différents monothéismes et quelles sont les répercussions de ces perceptions multiples sur les civilisations. Pour étudier le contenu dogmatique de ces trois religions, leur livre saint et leur Tradition sont les sources naturelles. Par exemple, il semble légitime d'examiner ce que l'islam affirme de lui-même, d'abord dans le Coran, mais également dans les textes de la Sunna ; il ne serait pas logique d'essayer de comprendre l'islam à partir de ce qu'en disent les chrétiens. De même, le christianisme ne peut être compris d'après ce qu'en pensent les musulmans. Il faut regarder les Évangiles, les Épîtres et la Tradition chrétienne. Les religions, en particulier monothéistes, suscitent souvent l'inquiétude, comme si elles étaient porteuses de fanatisme ou d'intolérance. Elles sont suffisamment anciennes pour que leur analyse soit plus complexe et leur bilan plus contrasté.


L’histoire, qui aspire à restituer le passé, ne peut s’affranchir de la chronologie. Pour comprendre le passé, il faut saisir ses articulations logiques, et c'est bien la chronologie qui permet cet exercice trop oublié. Nous allons donc aborder les faits historiques par leur date de survenue, avant de les classer par thèmes. Par ailleurs, même dans une Histoire des monothéismes, il ne s'agit pas de réciter un conformisme de foi. L'histoire se veut une science et non une idéologie ou une croyance. Les outils qu'elle emploie sont donc objectifs. Depuis plus d'un siècle, toutes les ressources de la science se sont mises au service de l'histoire. L'ancienneté des sources est connue avec une précision de plus en plus fine. Parmi les techniques de datation, le dosage du carbone 14 est la méthode la plus connue. En outre, la méthodologie qui préside aux fouilles archéologiques est désormais suffisamment exigeante pour restituer l'âge des strates fouillées avec fiabilité. Dans un domaine complémentaire, l'épigraphie est l'étude des écritures anciennes sur supports non périssables : tessons de poteries, papyrus, parois rocheuses ou parchemins. La paléographie, l'étude de ces écritures passées, permet d'accéder à leur contenu. Ces textes conservent le témoignage des convictions et du savoir de nos lointains ancêtres, non tels que notre idéologie du XXIe siècle aimerait les imaginer, mais tels qu'ils étaient réellement.
Il ne s'agit donc pas seulement de regarder ce que disent les textes saints ou les traditions religieuses, mais de faire la synthèse de ce que nous ont appris la science et l'histoire. Par exemple, il existe des données objectives sur la création du monde. N'est-il pas intéressant de lire les textes saints en parallèle avec les événements objectifs que la cosmologie et l'astrophysique modernes nous ont appris à connaître ? Pour chaque période de notre histoire, que ce soit l'Exode conduit par Moïse, la fondation des Royaumes d'Israël et de Juda, la vie de Jésus ou celle de Mohamed, la science, l'histoire, l'épigraphie ou l'archéologie ont quelque chose à nous dire. Parmi ces personnages historiques, le prophète de l'islam est de nos jours nommé Mahomet en français. Ce nom n'est pas péjoratif, mais il incommode certains de nos lecteurs musulmans. En effet, il semblerait signifier en arabe « n'est pas loué » alors que Mohamed signifie « le digne de louange ». Le mot « Mahomet » provient en fait du nom turc Mehmet et n'a pas ce sous-entendu irrespectueux. Mais, soucieux de ne pas irriter inutilement les lecteurs musulmans pour une question de vocabulaire, nous nommerons donc le prophète de l'islam, Mohamed. Notre réflexion vise à mettre en évidence les liens entre les faits historiques et ne recherche pas une quelconque agressivité envers des hommes de foi.
Nos religions monothéistes, - essentiellement le judaïsme, le christianisme et l'islam - se disent inspirées par Dieu. Les historiens ne les qualifient pas de mythologies, car nos textes saints ne contiennent pas, ou peu, d'éléments fantastiques. Une lecture naturelle des textes saints peut donc conduire à rechercher leur contenu historique. En effet, la Bible et le Coran évoquent des événements qu'ils présentent comme réels et les archéologues ont confirmé leur survenue. Mais on doit également constater que ce n'est pas toujours le cas. Comment expliquer ce décalage ? L'hypothèse la plus vraisemblable veut que le passage du temps a rendu le souvenir des hommes imprécis ou même impossible. Il explique une restitution scripturaire s’apparentant à un mythe fondateur, plus qu'à la réalité.
On peut donc faire une lecture historique des textes saints, mais également une lecture de foi en supposant qu'ils exposent des vérités spirituelles. Ainsi la Bible ou le Coran nous diraient-ils quelque chose sur Ce Dieu unique et sur les moyens d’accéder au salut. Cette lecture symbolique est celle qui a été pratiquée par les chrétiens depuis les débuts du christianisme. Cela implique que les approximations historiques ou scientifiques de la Bible ne troublent pas les chrétiens. Ils cherchent davantage dans leur Texte Saint à connaître Dieu et Ses Lois, qu'à savoir comment le monde fonctionne. Déjà, Saint Augustin pratiquait-il cette lecture de la Bible, après l'avoir apprise de Saint Ambroise de Milan. La lecture symbolique de la Bible date de plus de 2000 ans : c'était déjà celle du peuple juif.
Une autre lecture, dite littérale, veut que les textes saints, Bible et Coran, soient parfaitement exacts, et ceci dans leurs moindres détails. La science des hommes se fourvoierait alors en croyant restituer un passé en contradiction avec la lettre des textes saints. Cette lecture n'est pas traditionnellement chrétienne. Seuls certains courants protestants l'ont réintroduite dans la spiritualité chrétienne. En revanche, elle est habituelle chez les musulmans, puisqu'ils considèrent le Coran comment étant sans aucune erreur. Ils ont donc de la peine à comprendre comment les chrétiens lisent la Bible. Ils imaginent ordinairement que les chrétiens lisent la Bible, comme eux-mêmes lisent le Coran.
Mais, que l'on parle de lecture spirituelle ou de lecture littérale des textes saints, ce sont là des lectures de croyants. Une lecture athée ou agnostique supposera simplement que les hommes qui ont rédigé ces textes y ont introduit leur imagination, leurs hypothèses spirituelles, leurs désirs inconscients ou peut-être même leurs idées politiques.


En tant que catholique, je ne prétends pas à une stricte neutralité, puisque j'ai une foi, mais les éléments, rapportés ici sont tous authentiques. Ils sont simplement classés par ordre chronologique, ce qui permet d’appréhender facilement l'évolution de chaque culture. Il est possible que ma façon de lire l'histoire suscite des réactions négatives. Peu importe. Il n'est pas nécessaire de vouloir à tout prix convaincre l'autre. Ceux qui cherchent la vérité avec honnêteté trouveront par eux-mêmes le chemin de la sagesse entre différents points de vue. Il y a quelques années, dans son livre La Bible, le Coran et la science, les écritures saintes examinées à la lumière des connaissances modernes, le Dr Maurice Bucaille s'est essayé à une démarche dans le même esprit, mais en présentant le point de vue musulman. Il a eu une audience internationale, y compris, naturellement, en terres de tradition chrétienne. Un regard chrétien qui aspire à l'objectivité en interrogeant les livres saints à la lumière de la science et de l'histoire, peut-il être accepté avec la même ouverture ?
L'idée de ce travail est née de multiples échanges sur des forums, en particulier lors de dialogues entre musulmans et chrétiens. Ces échanges ont parfois été vifs, mais toujours intéressants car chacun défendait la cohérence de sa propre foi. Il est utile de connaître l'autre, de lui parler et de prendre conscience que chacun prend évidemment au sérieux la révélation de sa propre religion. Il est également utile de percevoir à quel point la logique de l'autre peut être différente de la nôtre. Combien d'échanges inter-religieux deviennent des dialogues de sourds, simplement parce que l'on définit différemment le même concept. Comment définir la vérité, la liberté ou le libre-arbitre ? Finalement, qui est Dieu, pour un juif, pour un chrétien ou pour un musulman ?
Supposer qu'être monothéiste implique que l'on croie au même Dieu est naïf. En effet, plusieurs révélations ont raconté des dieux uniques. Elles sont suffisamment différentes pour n'avoir que peu de points communs ... en dehors de l'Unicité de Dieu. Nous serons donc amenés à percevoir comment ces divergences ont induit des civilisations différentes, tant dans leur perception de l'autre que dans leur relation à la science ou à la politique.




Notre récit commence à la Création et s'achève de nos jours …







Scène d'incantation ou de prière ? L'homme et le bison sont terrassés,
(Lascaux, 15 000 avant nos jours).
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Dernière édition par Pierre-Elie le Jeu 16 Mar - 15:31 (2017); édité 1 fois
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MessagePosté le: Dim 12 Mar - 11:56 (2017)    Sujet du message: HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHEISMES Répondre en citant

PARTIE I : LA NAISSANCE DU JUDAÏSME  




CHAPITRE 1. LA CRÉATION
De 13 milliards d'années à 3000 avant J.-C. 
http://apostats-de-lislam.xooit.org/t877-HISTOIRE-ILLUSTR-E-DES-MONOTHEISMES.htm#p10661


1. 1. Le Big bang 
1. 2 . L'apparition du système solaire 
1. 3. Les conditions de la vie sur terre  
1. 4 . Les mammifères apparaissent il y a 70 millions d'années 
1. 5. Les hominidés : la diversité humaine  
1. 6. L'évolution contredit la lecture littérale des textes saints. Ils ne sont donc pas parfaitement exacts  
1. 7. L’Homo sapiens 
1. 8. Adam et Ève … ou Ève et Adam ?  
1. 9. Les débuts de la spiritualité. La Chute ? 
1. 10. Astronomie et écriture : les sept corps célestes mobiles  
1. 11. La semaine de sept jours : les sept corps célestes mobiles  




CHAPITRE 2. ABRAHAM ET LES PATRIARCHES
De 3000 à 1700 avant J.-C.  


2. 1. Les premiers peuplements en Canaan à partir du IVe millénaire  
2. 2. À Sumer, en -2600, le premier récit de la création est mis par écrit 
2. 3. Sodome et Gomorrhe ont-elles été détruites en -2300 ?  
2. 4 . Les ziggourats, la Tour de Babel ?  
2. 5. Abraham, le père des trois monothéismes  
2. 6. Que dit le Coran de la descendance d'Abraham ?  
2. 7. D’où vient la croyance que les musulmans sont fils d'Ismaël ? 
2. 8. Agar et son fils Ismaël, ou comment ils sont abandonnés dans un désert 
2. 9. Le sacrifice d'Isaac ou d'Ismaël ?  
2. 10. Peut-on savoir quand et où a eu lieu la vie d'Abraham ?  
2. 11. Quand, pour la première fois a été mise par écrit la vie d'Abraham ? 
2. 12. Qu'est-ce que la Vérité selon les Textes saints ?  
2. 13. Canaan et l'Égypte entre 2000 et 1500  
2. 14. Joseph, l'arrière petit-fils d'Abraham en Égypte 
2. 15. L'histoire du Déluge, première mise par écrit au XVIIIe siècle avant J.-C. 
2. 16. Les premières lois écrites, le Talion  




CHAPITRE 3. L'EXODE ET L'INSTALLATION DES HÉBREUX EN CANAAN
De 1700 à 1050 avant J.-C. : page 45


3. 1. La chute des Hyksos en 1570 : le premier Exode ?  
3. 2. Entre -1500 et -1400, apparaissent les mots « PER-AÂ » et « YWH » 
3. 3. Akhenaton, et le premier monothéisme historique ?  
3. 4. La XIXe dynastie égyptienne commence en -1295. Ramsès Ier, protecteur de Moïse ?  
3. 5. Séthi 1er, pharaon de 1294 à 1279, fait travailler des Apirous à la construction de Pi-Ramsès et de Pitom  
3. 6. Ramsès II (1279-1213), propagandiste et architecte de génie 
3. 7. Les dix plaies d'Égypte, le papyrus Ipuwer 
3. 8. L'Exode 
3. 9. les « Dix Commandements » donnés à Moïse 
3. 10. Les Peuples de la mer : les Philistins apparaissent dans l'histoire en -1228  
3. 11. Mérenptah, le pharaon de l'Exode ?  
3. 12. Et les murailles de Jéricho s'effondrent !  
3. 13. Au XIIIe siècle avant J.-C., le peuple hébreu prend possession de sa Terre Promise 
3. 14. Entre 1250 et 1200 avant J.-C., Israël construit son premier lieu de culte sur le mont Ébal en Canaan  
3. 15. Israël et la Terre Promise, ou comment la linguistique entretient quelques hésitations sur sa localisation  
3. 16. La Terre Promise serait-elle l'Arabie ? La chronologie des sources épigraphiques donne la réponse 
3. 17. Un livre de Lois pour connaître les premiers Hébreux sédentaires  
3. 18. Au même moment, les Peuples de la mer s'installent sur le littoral  








CHAPITRE 4. LES DEUX ROYAUMES HÉBRAÏQUES : DAVID,
SALOMON, LA REINE DE SABA...
De 1025 à 727 avant J.-C.  


4. 1. Un peu de géopolitique du XIe siècle avant J.-C. au Moyen-Orient  
4. 2. Saül/Tālūt est sacré roi du royaume unifié des Hébreux en -1025 
4. 3. En -1005, David prend Jérusalem et fonde une dynastie royale remarquée à l'étranger 
4. 4. Le roi Salomon (970-931), bâtisseur de palais ou/et du Temple de Jérusalem ?  
4. 5. Salomon, le roi magicien ? 
4. 6. Salomon, roi sage, fidèle à Dieu et médiateur international ? 
4. 7. En 931, le Royaume hébraïque se scinde en deux, au nord le Royaume d'Israël, au sud celui de Juda  
4. 8. En 884, un roi bâtisseur règne en Israël et non dans le royaume rival de Juda 
4. 9. Le royaume d'Israël entre apostasie et difficulté militaire au IXe siècle  
4. 10. Jéroboam II, roi d'Israël de -788 à -747. Les premiers livres de la Bible sont écrits 
4. 11. Jonas, prophète inspiré et/ou personnage mythologique ? 
4. 12. Au VIIIe siècle, le Royaume d'Israël périclite favorisant le développement de celui de Juda  
4. 13. En 722, les dix tribus d'Israël disparaissent  
4. 14. À la fin du VIIIe siècle, des reines gouvernent en Arabie, mais Saba est dirigé par un homme 






CHAPITRE 5. LA CROYANCE EN UN DIEU DES COMBATS :
LE DERNIER ROYAUME HÉBRAÏQUE, CELUI DE JUDA, MET LA BIBLE PAR ÉCRIT
De 727 à 7 avant J.-C. 


5. 1. Ézéchias (727-698), le roi de Juda, réfléchit à la défaite d'Israël  
5. 2. Yahvé est-il le Dieu des combats ? En 701, Sennachérib donne une réponse négative à Ézéchias  
5. 3. Manassé (-698 à -642) : le pragmatisme politique ne serait-il pas également bénéfique ? 
5. 4. En 639, le roi Josias entre dans l'histoire en mettant la Bible par écrit  
5. 5. Sur quels arguments peut-on penser que la rédaction des premiers livres de la Bible date du roi Josias ?  
5. 6. L'empire assyrien tombe, l'empire Mède le remplace pour le malheur du roi Josias 
5. 7. La Chute du royaume de Juda. En 586, le Temple de Jérusalem est détruit et l'Arche d'Alliance disparaît 
5. 8. À Babylone, les Hébreux réfléchissent à l'action divine : vengeance, Providence divine et venue du Messie 
5. 9. Comment se manifeste la grâce de Dieu ? Isaïe et le serviteur souffrant 
5. 10. Au VIe siècle, Daniel : la résurrection des morts et la royauté spirituelle 
5. 11. Le livre de Daniel : le temps est linéaire 
5. 12. Le zoroastrisme au VIe siècle avant J.-C. : un autre monothéisme, issu de Perse 
5. 13. Influence du zoroastrisme sur les trois monothéismes les plus connus ?  
5. 14. Au VIe siècle, le Temple de Jérusalem est reconstruit. Le monothéisme juif est remarqué à l’étranger 
5. 15. L'attente messianique : le Messie doit-il être un vengeur et un chef militaire ? 
5. 16. Job, la question du mal est posée. La souffrance est-elle la conséquence des péchés de l'homme ?  
5. 17. Alexandre le Grand (356-323) :  
5. 18. La philosophie grecque : connaissance, citoyenneté, responsabilité :  
5. 19. Au IIe siècle, les juifs retrouvent leur autonomie politique : le Dieu des combats aurait-il enfin répondu ?  
5. 20. La dynastie hasmonéenne : le Dieu des combats a enfin répondu, une théocratie est née 
5. 21. Les romains dominent Israël et désignent Hérode, un juif iduméen, pour les représenter  
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MessagePosté le: Dim 12 Mar - 13:35 (2017)    Sujet du message: HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHEISMES Répondre en citant

1. 1. Le Big bang.


Il y a 13 milliards 800 millions d'années, la masse de l'univers est regroupée en un point infime.
Ce point explose.
Le temps et l'espace sont créés au même instant. On ne peut pas dire que l'explosion se passe dans l'espace... mais plus précisément que l'espace est créé au fur et à mesure que le « souffle » de l'explosion originelle s'éloigne de son point d'origine, ce qui élargit l '« espace » de l'univers. L'univers est donc courbe et en expansion.


Dès 1854, le mathématicien Bernhard Riemann suggère à partir du calcul théorique que l'univers est une sphère.
En 1917, le mathématicien Willem de Sitter prouve par le calcul que l'expansion de l'univers est possible.
En 1927, l’abbé Georges Lemaître, un physicien, suggère que la sphère de l'univers est de masse constante et en expansion.
Ces hypothèses de mathématiques et de physique théorique sont trop dérangeantes... Même Albert Einstein va douter que l'univers soit en expansion. En effet, si l'univers est en expansion, cela signifie qu'il a eu un début. L'origine de l'univers devient donc compatible avec un acte créateur unique, tel qu'il est raconté par les religions monothéistes.
Or, cette explosion a laissé un rayonnement fossile. Il est enregistré aux États-Unis par hasard en 1965 par deux ingénieurs radio, Allan Penzias et Robert Wilson. Ils construisaient une antenne pour le premier relais de communication téléphonique avec satellite pour la Bell Telephones Laboratories. Ils furent gênés par une onde parasite existant dans toutes les directions de l'univers : ils avaient découvert la preuve du Big bang. Le calcul théorique en avait eu l'intuition au début du XXe siècle ; Penzias et Wilson en observent la preuve en 1965. Notre univers est bien en expansion et il a eu un début unique et datable, il y a 13,8 milliards d'années.









Le fond cosmique diffus, trace fossile de l'activité magnétique de l'univers 300 000 ans après le Big bang (enregistré par le satellite Planck en 2011).
Aucun rayonnement n'a pu s’échapper de l'univers avant 300 000 ans, tant la densité de l'univers était forte. Cependant, en mars 2014, ont été
enregistrées les ondes gravitationnelles émises à la première seconde du Big bang. Le Big Bang n'est pas une hypothèse, mais une réalité.





La Bible raconte : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or, la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, l'esprit de Dieu tournoyait sur les eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit » et la lumière fut. » (Genèse 1, 1-3).















 Dieu Créateur ( Bible historiale de Guiard des Moulins, Paris, XIVe siècle ;
Bibliothèque nationale de France (BnF)).








La suite du texte de la Genèse raconte la création en six jours, chaque journée voyant la création d'une vie de plus en plus complexe jusqu'au sommet de la création, le sixième jour, avec la création de l'homme.
La création n'a pas eu lieu en six jours... puisque l'homme n’apparaît que 13 milliards d'années après les débuts de l'univers. Mais quelque chose de la vérité de la Création est présent dans la Bible. « « Que la lumière soit » et la lumière fut. » dit Dieu dans la Genèse. Raccourci saisissant du Big bang : moment initial et unique de l'univers. Toute la logique de l'évolution tient-elle dans ce premier instant, structuré par des lois mathématiques éternelles ? Ou bien Dieu a-t-Il dirigé l'évolution du monde au cours des millénaires ?
Le Coran explique : « Ceux qui étaient incroyants, n'ont-ils pas vu que les cieux et la terre formaient une masse compacte ? Ensuite nous les avons séparés et fait de l'eau toute chose vivante. Ne croiront-ils donc pas ? » (Sourate 21, 30). Le Coran, avec poésie, raconte également une Création divine en six jours (Sourate 7, 54).


Selon les scientifiques, le temps aurait été créé au moment du Big bang, dans le même mouvement que l'espace de l'univers était engendré par son expansion. Rien de matériel n'aurait préexisté à ce moment primordial, ni matière organisée en atomes, ni espace, ni temps. Tout de suite après, les atomes les plus simples, ceux d'hydrogène, constitués d'un atome avec un seul proton et un seul électron, fusionnent en atomes de plus en plus lourds. Les 92 corps simples naturels du tableau de Mendeleïev sont alors tous créés.


1. 2. L'apparition du système solaire.
Il y a 4,6 milliards d'années, la matière nébuleuse qui constitue notre futur système solaire s'effondre sur elle-même dans un gigantesque tourbillon. La densité est si forte en son centre que les atomes entrent en fusion : notre soleil s'allume. Il contient 99% de la masse du système solaire. Il peut brûler encore pendant 5 milliards d'années avant d'exploser en englobant tout notre système solaire qui sera alors détruit.
Cent millions d’années après que le soleil se fut allumé, le centième de matière résiduelle, à force de s'entrechoquer en tournant autour du soleil, finit par s'agglomérer en 8 planètes. En partant du soleil, elles ont été nommées : Mercure, Vénus, La Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. Pluton n'est plus une planète depuis qu'elle a été déclassée. Elle était trop petite. Résidu de la matière originelle tournoyante, les planètes sont toutes situées sur le même plan centré sur le soleil. Cela explique que, vues de la terre, elles semblent se déplacer à l'intérieur d'une bande. Cette bande correspond au zodiaque.









Le système solaire : toutes les planètes sont sur le même plan. En 2016, on a calculé par informatique la vraisemblance de l’existence 
d'une neuvième planète géante aux limites de notre système solaire. Pluton n'est plus considéré comme 
une planète, car de nombreux autres corps de sa taille existent au delà de Neptune.




La Terre a trois « couches ». Au centre, un noyau constitué de fer et de nickel, puis un manteau de fer, de silicium, de nickel, de souffre, d'oxygène, et finalement, à l'extérieur, la croûte de basalte, de silice et de magnésium. Le Coran raconte : « … et Nous avons fait descendre le fer, où se trouve une dure rigueur aussi bien que des avantages pour les gens. Afin que Dieu sache, qui dans l’invisible, Lui porte secours, ainsi qu’à Ses messagers. Oui, Dieu est fort, puissant. » (Sourate 57, 25).
Cette « descente » coranique du fer sur Terre, est interprétée par certains musulmans littéralement. Ils pensent que le fer est arrivé sur terre après l'apparition de notre planète, comme un cadeau d'Allah pour aider l'humanité. En fait, le fer, comme toute la matière, était bien dans l'espace avant l'agglomération des matériaux célestes en planètes, puisqu'il s'est formé juste après le Big bang comme tous les atomes des corps simples du tableau de Mendeleïev. Le fer existait donc dans l'espace avant la constitution de la Terre. Il a formé le noyau de la Terre, la zone la plus centrale, mais il n'est pas arrivé après la constitution de notre planète, et en particulier il n'est pas arrivé sur terre après la création de l'homme.
La Bible raconte la création des cieux. « Dieu dit : « Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux ». Et il en fut ainsi. Dieu fit le firmament, qui sépare les eaux qui sont sous le firmament avec les eaux qui sont au-dessus du firmament, et Dieu appela le firmament « ciel ». Il y eu un soir, il y eu un matin : deuxième jour. » (Genèse 1, 6-8).
Le Coran raconte qu'il existe sept cieux. « C’est Dieu qui a créé sept cieux et en a fait autant pour la Terre, et ses ordres descendent graduellement des Cieux vers cette dernière, afin que vous sachiez que sa puissance n’a point de limite et que sa science embrasse toute chose. » (Sourate 65, 12). Nous allons voir d'où provient cette croyance en sept cieux. Son origine est connue.
Voilà l'espace céleste, la terre et le ciel, créé par Dieu, si on en croit la Bible ou le Coran, ... ou par les suites du Big bang.




1. 3. Les conditions de la vie sur terre.
Trois conditions ont été nécessaires à l'apparition de la vie sur la Terre :
- Premièrement, la Terre est située dans la zone du système solaire où l'eau peut être liquide. Il n'y fait ni trop froid ni trop chaud. La vie s'y est développée à partir d'atomes d'azote, de carbone, d'hydrogène et d'oxygène. La vie est-elle arrivée dans des météorites sous forme d'acides aminés constitutifs de la molécule d'ADN ? Cela a été évoqué. Mais l'eau liquide est à la base de la vie, et seule notre terre dans notre système solaire est à la bonne température pour que l'eau y soit liquide.
La Genèse raconte : « Dieu dit : « Que les eaux qui sont sous le ciel s'amassent en une seule masse et qu'apparaisse le continent » et il en fut ainsi. Dieu appela le continent « terre » et la masse des eaux « mers », et Dieu vit que cela était bon. ». (Genèse 1, 9-10).
Le Coran rapporte : « Et c’est Lui qui donne libre cours aux deux ondes : celle-ci douce, rafraîchissante, celle-là, salée, amère. » (Sourate 25, 53). Le « Trône [de Dieu] était sur l'eau » (Sourate 11, 7) au moment où Il crée terre et cieux.
- Deuxièmement, notre système solaire est protégé par Jupiter. Cette planète géante à la périphérie du système solaire contient 75 % de la masse des planètes. Jupiter sert « d'aspirateur » au système solaire. Sa masse attire les météorites qui épargnent donc globalement la surface de la Terre.
- Finalement, la Terre est équilibrée par son satellite, la lune. Le mobile Terre-lune tourne de façon régulière. La Terre ne peut pas pivoter sur elle-même dans n'importe quelle direction. Les pôles glaciaires où la vie est difficile, se trouvent donc toujours aux mêmes endroits. Si les pôles se déplacent, cela se fait très progressivement. La vie a donc eu le temps de se développer.
La Terre fait un tour sur elle-même en 24 heures, sur un axe légèrement incliné et constant. Cette légère inclinaison explique la différence de longueur des jours au long de l'année et donc les saisons. Quand le pôle Nord est incliné vers le soleil, c'est l'été dans l'hémisphère Nord. Au pôle Nord, en été, la nuit n'existe pas pendant six mois. Quand, au bout de six mois, la Terre a parcouru une demi-orbite autour du soleil, elle présente son pôle Sud au soleil. C'est alors l'hiver dans l'hémisphère Nord et au pôle Nord, le jour disparaît : c'est la nuit polaire.


De l'eau liquide, de rares météorites, un axe de la Terre stable, quoique incliné : toutes les conditions étaient réunies pour permettre à la vie de se développer sur Terre. Il y a 3,8 milliards d'années, la vie apparaît sur Terre. C'est une certitude acquise par la géologie. En effet, les fossiles des premières bactéries ont été retrouvés dans le sol de l'Australie dans des strates précambriennes datées de 3,8 milliards d'années.
À ce jour, aucun scientifique n'a encore trouvé de vie extra-terrestre. Mais des conditions similaires à celles de la Terre existent certainement ailleurs... rien n'interdit qu'il y ait ou qu'il y ait eu une vie extra-terrestre. Que cette vie ait conduit à des êtres intelligents est une autre question.








Nos textes saints racontent la création de la vie. Dans la Bible : « Dieu dit : « Que la terre verdisse de verdure : des herbes portant semence et des arbres fruitiers donnant sur la terre selon leur espèce des fruits contenant leur semence. » et il en fut ainsi... et Dieu vit que cela était bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : troisième jour. » (Genèse 1, 11-13).
Yahvé agit donc par sa parole qui est créatrice. De plus, on voit que Dieu affirme que Sa création est bonne. À aucun moment de la Genèse, Yahvé ne dira créer le mal.
Le Coran raconte : « Renierez-vous Celui qui a créé la Terre en deux jours et allez-vous Lui assigner des rivaux ? C’est le Seigneur des mondes ! Il a établi sur la Terre des montagnes et a mis en elle plénitude de bénédiction, et y a réparti, en quatre jours d’égale durée, les ressources répondant aux besoins exacts des vivants. Il s'est occupé ensuite du ciel qui n’était qu’une nébuleuse, puis Il lui dit, ainsi qu'à la terre : Venez, tous deux, de gré ou de force. » - Tous deux dirent : « Nous venons tous, obéissants. » En deux jours, donc, Il les décréta sept cieux, assignant à chaque ciel une fonction bien déterminée. » (Sourate 41, 9-12).
Allah crée par Sa parole également selon le Coran. Sa création Lui permet d'affirmer sa Toute-Puissance : Il donne aux créatures de quoi vivre, mais c'est d'abord la domination d'Allah sur l'univers qui est affirmée.
Les textes saints racontent tous les deux une création dans le désordre. Le Coran affirme que les montagnes ont été créées avant le ciel (Sourate 41, 9-12). La Bible raconte que la terre existait avant le soleil (Ge 1, 1-4).


Mais Allah comme Yahvé demeurent à l'origine de la vie.




1. 4 . Les mammifères apparaissent il y a 70 millions d'années.
Il y a 70 millions d'années, une minuscule musaraigne émerge entre les pattes des dinosaures qui régnaient sur terre depuis 150 millions d'années.
Les dinosaures vont disparaître en un ou deux millions d'années. Après avoir percuté le sol, une météorite a sans doute envoyé dans l'atmosphère des millions de tonnes de poussières terrestres. Ou bien serait-ce un volcan géant (un point chaud) en Inde qui aurait obscurci le ciel avec ses émissions poussiéreuses ? La poussière, en filtrant le soleil, a fait disparaître les végétaux ; les dinosaures herbivores n'ont pu se nourrir et ont disparu, entraînant à leur suite les dinosaures carnassiers qui les mangeaient.


Les fossiles des ossements des dinosaures ont été retrouvés sur tous les continents. C'est grâce à eux que l'on a prouvé la dérive des continents. En effet, les mêmes espèces existent en Amérique et en Afrique. Les continents, avec tout ce qu'ils contiennent, ne sont pas stables, ils se déplacent en permanence. Au XVIe siècle, le premier, Abraham Ortell (1527-1598), un cartographe néerlandais, a remarqué que les côtes de l'Afrique et de l'Amérique s’emboîtaient.







Mappemonde d'Ortelius (1570).






Finalement, l'astronome allemand, Alfred Wegener (1880-1930) publie en 1912 sa théorie sur la dérive des continents. Les montagnes, en particulier, ne sont donc pas immobiles, même si le Coran le dit : « Et Nous avons placé des montagnes fermes dans la terre, afin qu'elle ne s'ébranle pas » (Sourate 21, 31) et « Il a jeté des montagnes immobiles sur la terre, sans quoi elles bougeraient et vous avec » (S. 16, 15). En fait, les montagnes sont en perpétuel mouvement. Elles s'érigent à la jonction de deux plaques tectoniques, soulevant les fonds marins, comme le prouvent les fossiles de coquillages découverts en altitude ; et elles se déplacent latéralement en suivant les plaques tectoniques.


Sans la disparition des dinosaures, les mammifères n'auraient jamais pu se développer.
Or, les textes saints ne racontent pas la disparition d'espèces permettant la vie humaine. Les livres saints racontent une création linéaire culminant avec l'apparition de l'homme. Ils perçoivent la nature, les végétaux et les animaux comme un cadeau divin pour la survie des hommes : Dieu, dans sa bonté, donne à l'homme de quoi vivre. Jamais, ni la Bible, ni le Coran, ne présentent une nature rivale pouvant interdire l'existence de l'homme. La création ne s'est donc pas passée réellement comme le racontent les livres saints.







Londres de nos jours. Sans la disparition des dinosaures, les
hommes ne seraient jamais apparus.








On peut alors supposer que les textes saints sont là pour nous donner d'autres informations que des connaissances scientifiques. Il semble naturel de conclure qu'ils peuvent nous apprendre quelque chose sur Dieu.
La Genèse de la Bible raconte : « Dieu dit : « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, bestioles, bêtes sauvages selon leur espèce. » et il en fut ainsi. Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce et toutes les bestioles du sol selon leur espèce, et Dieu vit que cela était bon. » (Ge 1, 24-25).
On constate à nouveau que la bonté de Dieu transparaît dans Sa création. Yahvé affirme ne créer que des choses bonnes.
Dans le Coran, la création d'Allah demeure la preuve de Sa toute puissance et de Sa grandeur : « Dieu : il n’y a de Dieu que Lui, le Vivant, l’Agent suprême. Somnolence ne le prend, non plus que sommeil. À Lui appartient ce qu’il y a dans les cieux et sur la terre. Qui oserait intercéder auprès de Lui, si ce n’est sur Sa permission, Lui qui sait l’imminent et le futur des hommes, alors qu’eux n’embrassent même pas une parcelle de sa connaissance, excepté ce qu’Il veut ? Son siège s’étend au ciel et à la terre, dont la sauvegarde ne lui coûte aucun labeur. Il est le Sublime, le Grandiose. » (Sourate 2, 255).
Dans Sa toute-puissance, Allah est à l'origine de tout, du bien comme du mal : « Je cherche protection auprès du Seigneur de la fente [de la graine qui germe], contre le mal qu'Il a créé. » (Sourate 113, 1-2). « Dis : « Quel est celui qui vous protégera de Dieu, s'Il vous veut du mal ou qu'Il vous veuille miséricorde ? » (Sourate 33, 17). « À Dieu la royauté des cieux et de la terre. Il crée ce qu'Il veut. Il fait don de filles à qui Il veut, et don de garçon à qui Il veut... et Il désigne stérile qui Il veut. » (Sourate (S.) 42, 49-50).


Allah, Le Dieu unique tout-puissant, crée le bien et le mal dans le Coran : tout vient de Lui ! Yahvé, Le Dieu des juifs et des chrétiens, ne crée que le bien dans la Bible. Ces deux conceptions de Dieu ne sont pas superposables. Pour expliquer ces différences, le Coran dit que les chrétiens et les juifs ont falsifié la Bible (Sourate 5, 13-15). Et les juifs, ainsi que les chrétiens, expliquent ces différences en affirmant que Mohamed n'est pas prophète selon les critères définis par la Bible (Ézéchiel 13, 2-3 ; Michée 3, 5-8 ; Zacharie 11,15-17 ; Jean 10, 11-18 ; Épître aux Galates 1, 6-9).
Notre propos n'est pas de dire qui a raison ou qui a tort, mais de constater les différences de croyances et de nous interroger sur leurs répercussions sur nos civilisations.






1. 5. Les hominidés : la diversité humaine.
Il y a 9 millions d'années, les hominidés apparaissent : leur nouvelle famille, issue d'ancêtres communs aux singes, se nomme Sahelanthropus tchadensis. Le premier fossile appartenant à cette branche a été découvert en 2001 au Tchad. Il a été appelé Toumaï. Toumaï s'est déjà écarté de la branche des gorilles et de celle des chimpanzés. Il possède des caractéristiques qui rendent possible qu'il soit notre lointain ancêtre, puisqu'il est bipède. Marcher debout laisse les mains libres pour d'autres usages et autorise le maniement d'outils. L'usage et la fabrication d'outils demandent une augmentation des aptitudes intellectuelles, ce qui favorise le développement du cerveau. Grâce à la datation par la demi-vie du béryllium 10, qui sert pour les datations très anciennes, on sait que Toumaï a vécu il y a 7 millions d'années (*).


Puis, descendants de Toumaï, plusieurs branches d'hominidés apparaissent de façon foisonnante. Certains d'entre eux sont nos cousins, d'autres nos ancêtres. Les australopithèques sont les plus connus grâce à Lucie. Ils ont vécu entre 4 et 3 millions d'années. Le fossile de Lucie a été découvert en 1974 par Yves Coppens. Elle est notre grande-tante plutôt que notre grand-mère, puisque nous ne descendons pas directement d'elle. En revanche, parmi les enfants de Toumaï se trouve Homo erectus, apparu il y a 2,5 millions d'années. C'est le premier être vivant de l'ordre des Homo : l'ordre des hommes. Il évoluera vers Homo habilis, il y a 1,5 million d'années. Puis l'Homo habilis se « transforme » en Homo sapiens sapiens, il y a 150 000 ans. Nous sommes tous des Homo sapiens sapiens.
Il y a 250 000 ans, l'Homo neanderthalensis, l'homme de Neandertal, apparaît en Europe. Il descend lui aussi de Toumaï, mais ses ancêtres se sont séparés de la branche ancêtre des Homo sapiens il y a cinq millions d'années. Il est donc notre cousin et non notre ancêtre. Il est robuste, vit en société, fabrique des outils, chasse petit et gros gibier, enterre ses morts et leur fait des offrandes : ocre, fleurs, outils. Il a donc des interrogations métaphysiques.









Enfant neandertalien reconstitué à partir de son crâne par Élisabeth Daynès.




Nous n'avons jamais retrouvé de production artistique qui puisse lui être attribuée avec certitude (peinture ou sculpture). Un enfant Neandertal a néanmoins été retrouvé enterré avec un collier de coquillages enfilés (**). L'homme de Neandertal est donc sensible à la beauté, mais il ne fabrique pas d’œuvres d’art ex nihilo. Son front fuyant en arrière montre qu'il est dénué de lobe frontal, aire dite « associative ». Cette aire cérébrale permet de faire la synthèse entre différentes formes d'intelligence. Son intelligence conceptuelle est donc limitée par rapport à la nôtre. Actuellement, on voudrait faire de l'homme de Neandertal un alter ego de l'Homo sapiens, mais aucune des productions artistiques ou technologiques de Neandertal n'a jamais égalé celles de l'Homo sapiens. Cependant l’étude récente de son génome a démontré en 2011 qu'il s'était reproduit avec Sapiens. Les unions sont habituellement stériles entre deux espèces différentes. Entre Sapiens en Neandertal, la différence n'était manifestement pas telle que leurs descendants n'aient pu survivre et se reproduire. Les Européens et les asiatiques actuels sont porteurs de 1 à 3 % de patrimoine génétique néandertalien.


L'homme de Neandertal vit auprès de l'Homo sapiens en Europe entre 45 000 et 28 000 ans. Il disparaît alors il y a 28 000 ans sans que l'on sache pourquoi. Il ne survit que sous forme de métissage chez les européens et les asiatiques.


Toumaï, les australopithèques, les Homo erectus, les Homo habilis et l'Homo neanderthalensis restent ignorés de nos livres saints.


* : Archéologia, juin 2008, n° 456, p. 10.
** : Le collier de Neandertal, Pr Juan Luis Arsuaga, ed Odile Jacob, août 2001.






1. 6. L'évolution contredit la lecture littérale des textes saints. Ils ne sont donc pas parfaitement exacts.
L'évolution a eu lieu. En effet, le fait que tous les êtres vivants, humains ou animaux, soient porteurs de matériel génétique identique le prouve. Par exemple, les gènes dits « de segment » sont communs à tous. Il s'agit de gènes qui ordonnent de fabriquer un segment du corps : l’œil, le bras, la jambe, etc... La mouche, la souris ou l'homme possèdent le même gène pour ordonner la fabrication de l’œil. Sans ce gène, l'animal est aveugle. Avec ce gène, il fabrique un œil qui sera le propre de son espèce en fonction d'autres gènes qui donnent le détail de sa constitution. Une expérience surprenante illustre ce fait. Elle date de la fin du XXe siècle. Le gène de segment « œil » d'une souris normale (un mammifère), a été transféré à une mouche embryonnaire (un insecte) dont la lignée est aveugle faute de gène « œil ». La mouche, grâce au gène de segment « œil » de souris, fabriquera un œil... mais bien un œil de mouche. Le gène de la souris lui a simplement permis de déclencher la fabrication de son œil. Ainsi, toutes les espèces animales sont-elles apparentées. L'évolution a bien eu lieu.
Mais par quels mécanismes s'est-elle produite ? Mystère ! Les mutations génétiques, quand elles se produisent de nos jours, conduisent toujours à des anomalies plus ou moins graves : mucoviscidose, myopathie... Penser que les seules mutations aient conduit à l'amélioration continue de l’intelligence des hominidés pendant neuf millions d'années paraît bien fragile, compte tenu de ce que l'on observe du résultat des mutations génétiques de nos jours. La sélection naturelle peut avoir préservé les mutations les plus adaptées à la survie, mais encore faut-il que ces mutations bénéfiques aient eu lieu. Cela laisse de l'espace au croyant pour penser que Dieu a « guidé » cette évolution en permettant des mutations positives.
Néanmoins, la notion d'évolution choque les croyants qui lisent leurs livres saints littéralement. La Création en six jours, racontée dans la Bible et le Coran, nous parle d'Adam, homme arrivé d'emblée identique à ce que nous sommes, ce qui est scientifiquement inexact. Et après Adam, d'autres espèces ont été créées : chats, éléphants, lapins... : l'homme n'est donc pas le dernier être vivant créé. De plus, entre Adam et l'origine du monde, 13 milliards 800 millions d’années se sont écoulés et non six jours... L'archéologie paléolithique montre donc que la création du monde ne s'est pas déroulée comme nous le racontent nos textes saints. Ni la Bible, ni le Coran ne sont conformes aux découvertes scientifiques.


Les textes saints n'auraient-ils pas autre chose à nous apprendre ? Dans la Bible, on a vu une création qualifiée de bonne par Dieu, mais ce n'est pas tout : « Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu'ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre. » Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu, il le créa, homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez, emplissez la terre et soumettez-là : dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre.... » Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était très bon. » (Genèse 1, 26-31).
L'homme et la femme ont reçu la terre en héritage. Ils en sont responsables à égalité, car ils sont ensemble à l'image de Dieu. Cela est confirmé ailleurs dans le Genèse : « Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et Il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné. L’homme donna des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages. » (Gn 2, 19).















Adam nomme les animaux, (fresque orthodoxe).










Selon la Genèse, l'homme est créé libre : il dispose de la Terre. Yahvé renonce à une partie de Sa toute-puissance pour déléguer à l'homme la responsabilité de la Terre. Dieu garde le pouvoir d'agir, ce que l’Église appellera la Divine Providence ; mais le libre arbitre de l'homme reste un don de Dieu et un absolu. En effet, le Dieu annoncé par la Bible est un Dieu bon. Il se préoccupe donc de Sa créature. Il interagit avec elle, répondant à ses prières et suscitant sa foi, mais Il agit toujours en respectant la liberté de l'homme, y compris quand l'homme l’exerce pour pécher.
Un Dieu ne créant que le bien et donnant la liberté aux hommes : voilà la conception de la Création pour les juifs et les chrétiens. Nous appellerons donc ce Dieu Unique « Yahvé ».
Dès qu'il raconte la Création, le Coran va développer une autre vision du Dieu unique. Nommons Le Allah :
« Et Allah apprit à Adam les noms, tous, puis Il les présenta aux Anges et dit : « Informez-moi des noms de ceux-ci si vous êtes véridiques ! » Ils dirent : « Pureté à Toi ! Nous n’avons de savoir que ce que Tu nous as appris ! C’est Toi le savant, le sage, vraiment ! » Il dit : « O Adam, informe-les de ces noms. » Puis quand celui-ci les eut informés de ces noms, Dieu dit : « Ne vous ai-Je pas dit que Je sais l’invisible des cieux et de la terre, oui, et que Je sais ce que vous divulguez et ce que vous cachez ? » » (S. 2, 31-33). Allah reste Tout puissant, Adam ne peut que répéter des noms des animaux sans avoir le droit de les choisir. Adam ne domine pas la Terre, c'est Allah qui y règne en maître. Ainsi les musulmans conçoivent-ils la Création.
Par ailleurs, nulle part le Coran ne signale qu'Adam a été créé à l'image d'Allah. Dans la conception coranique, Dieu n'étant en rien créé, aucun homme ne peut lui être comparable. Ce n'est que dans des hadiths que l'on trouve cette notion. Les hadiths racontent alors que Adam est un géant : « Allah a créé Adam à son image, et il avait soixante coudées de hauteur quand Il l'a créé, Il dit « Allez et saluez ce groupe d'anges qui sont assis et écoutez comment ils vous accueillent » (Al-Bukhārī, 6227 et Mouslim, 2841).









Lors de son voyage nocturne, Mohamed rencontre Adam qui a la taille d'un géant, ainsi que le disent
des Hadiths (Mir Haydar, Mira‘j-nameh, Herāt, Afghanistan, 1436 ; Bibliothèque nationale de France (BnF)).


À ceux qui pourraient être surpris de voir représenter Mohamed, il faut rappeler que, jusqu'au XVIe siècle,
le Prophète de l'islam a été dessiné sans réticence par les musulmans. Pour ne pas créer d'inutiles
polémiques, seules ses représentations réalisées par des musulmans ont été retenues ici.








Dans la Bible, Yahvé ne crée que le bien et un homme libre qui assume la responsabilité de la Terre.
Dans le Coran, l'homme reste dépendant d'Allah, seul Maître de la Terre, et Créateur du bien comme du mal.


Ces deux conceptions du Dieu unique sont radicalement différentes. Les musulmans peinent à reconnaître ces différences, puisque le Coran affirme que le Dieu unique de Mohamed et Celui des juifs est le même (Sourate 29, 46). Les contenus de la Bible et du Coran obligent néanmoins à contraster ces différences théologiques objectives.


Deux civilisations différentes vont naître de ces deux conceptions spirituelles !






1. 7. L’Homo sapiens.
Il y a 150 000 ans, Homo sapiens sapiens apparaît en Afrique. Il migre hors de ce continent en plusieurs vagues. L'origine africaine de l'humanité est corroborée par plusieurs études : la répartition des fossiles, l'étude des langues et l'analyse du patrimoine génétique. L'humanité se répand sur tous les continents en plusieurs émigrations, toutes parties du continent africain.
La particularité de l'Homo sapiens n'est pas la spiritualité, puisque l'homme de Neandertal a lui aussi des interrogations métaphysiques. La particularité de l'Homo sapiens est sa production artistique. La capacité créative de l'Homo sapiens a été parfaite d'emblée. Les grottes ornées en portent le témoignage par delà les millénaires. Son art est graphiquement élaboré et porteur de concepts et de symboles, comme le montre l'étude de la frise des chevaux de la grotte Chauvet qui date de 35 000 ans.









La frise des chevaux de la grotte Chauvet, peinte il y a 35 000 ans, est riche en symboles : chacun des chevaux est d'un âge
différent ; de plus, la position de leurs oreilles et de leur tête témoigne d'un état émotionnel différent : crainte, colère, attention...






Des fossiles de l'Homo sapiens ont été retrouvés sur tous les continents. L'Asie a connu de multiples branches d'hominidés arrivés sur son sol il y a 1 million d'années. L'Homo sapiens y vit depuis 50 000 ans. En Europe, l'Homo sapiens apparaît il y a 45 000 ans. L'homme de Neandertal y vivait depuis 150 000 ans et a vécu à ses cotés pendant 30 000 ans. Les Homo sapiens sont arrivés en Amérique, il y a 13 000 ans, venant de l'ouest par l'Asie. L'Amérique n'a pas connu d'autre hominidé que l'Homo sapiens.


L'étude de l'évolution des langues a montré qu'elles ont toutes une origine commune en Afrique. Seule la langue basque ne s'apparente à aucune autre langue. Certains signes ont fait penser que le basque est une langue paléolithique (de l'âge de la pierre). Ainsi, un mot comme « hache » se dit-il « pierre » en basque. Le basque daterait donc de l'époque où les haches étaient en pierre, donc d'une époque antérieure à l'âge du bronze...


Les études génétiques, possibles depuis quelques années, nous informent également sur les origines de l'homme.
La première étude concerne le patrimoine génétique des mitochondries, petits corpuscules inclus dans le cytoplasme des cellules, qui donnent des informations sur les lignées maternelles de l'humanité. La cellule est constituée d'un noyau (enfermant le patrimoine génétique) et du cytoplasme, le tout enfermé dans une membrane. Pour constituer un nouvel être, le père ne donne que le demi-noyau d’une cellule sans cytoplasme, alors que la mère donne un ovocyte : une cellule comprenant un demi-noyau et son cytoplasme avec les mitochondries. Or, les mitochondries contiennent du patrimoine génétique. L'étude de ce patrimoine génétique mitochondrial renseigne donc sur la filiation maternelle. Ainsi a-t-on pu savoir que la population européenne est venue d'Afrique en plusieurs vagues. L'Europe est peuplée des descendants de sept femmes seulement. La plus ancienne est arrivée en Europe il y a 45 000 ans et la plus récente il y a 8 000 ans *. Par ailleurs, l'étude des mitochondries nous a appris que les Basques n'ont aucune particularité génétique ; seule leur langue est originale.
La seconde étude génétique s'est attachée au chromosome Y. Le chromosome Y est propre aux hommes, il se transmet de père en fils. Il renseigne donc sur la filiation paternelle.















« L'homme ne descend pas du singe, mais l'homme est un singe » , a dit le paléontologue Jean Clottes. Néanmoins, seuls les hommes ont des
interrogations métaphysiques et non pas les animaux. Ici, linteau représentant en fait le dieu Thot sous l'apparence d'un singe sur le temple
de Medinet-Habou (Égypte, XIe siècle avant J.-C.). Effectivement, les animaux ne prient pas, mais l'homme de Neandertal probablement.


* : Les Sept Filles d'Ève : Génétique et histoire de nos origines, Bryan Sykes, trad. P.-E. Dauzat, Albin Michel, 2001.
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MessagePosté le: Lun 13 Mar - 07:42 (2017)    Sujet du message: HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHEISMES Répondre en citant

CHAPITRE 1  :  LA CRÉATION (suite)
13 MILLIARD D’ANNÉES A L'AN 3000 AVANT JC.




1. 8. Adam et Ève … ou Ève et Adam ?
Les dernières études sur l'ADN mitochondrial ont démontré un fait remarquable : tous les êtres humains descendent d'une femme unique qui a vécu il y a 150 000 ans environ en Afrique. Ce sont uniquement les filles de cette mère primordiale qui sont les mères de l'humanité, aucune autre femme n'ayant vu sa descendance survivre. Les généticiens pensent qu'il y a eu une sélection naturelle massive peu de temps après l'existence de cette « Mère primordiale ». Seuls ses descendants ont survécu. Ceux qui ne l'avaient pas eu comme ancêtre ont disparu. Pour donner un exemple – qui n'est qu'une simple hypothèse - on sait que 0,01 % des êtres humains ont l'aptitude de se protéger naturellement du virus du SIDA. Un SIDA paléolithique pourrait donc, en une ou deux générations, avoir détruit 99,99 % de l'humanité, ne laissant survivre que les enfants de la femme qui aurait développé par hasard la capacité génétique de résister à ce virus, et l'aurait transmise à ses enfants.


Le chromosome Y a été étudié en 2011. Les généticiens ont pu calculer que tous les hommes ont un père commun qui a vécu en Afrique il y a environ 142 000 ans. Seuls les enfants de ce « Père primordial » ont survécu et se sont reproduits. Les hommes qui ne lui étaient pas apparentés ont disparu.
Curieusement, l'humanité ne descend pas de multiples ancêtres dont des mutations similaires, en différents lieux du globe, auraient rendu la reproduction possible. Malgré la multitude des foyers humains, l'humanité entière a, dans ses ascendants - une mère et un père communs.
Les généticiens les ont évidemment appelés Adam et Ève !


Le père et la mère de l'humanité ont vécu au même endroit, en Afrique, et dans la même fourchette de temps, il y a environ 150 000 ans. Se sont-ils reproduits ensemble ou avec d'autres partenaires ? Impossible de le savoir pour l'instant. En tout état de cause, leurs enfants n'ont pas eu besoin de se reproduire entre frères et sœurs puisque d'autres hommes compatibles génétiquement existaient au même moment. La Bible l'avait déjà laissé imaginer, puisque Caïn, le fils d'Adam et d'Ève, épouse une femme qui n'est pas sa sœur (Genèse 4, 17).
Mais, si on en croit les calculs des généticiens, Ève aurait vécu 8000 ans avant Adam...
Si on veut absolument démontrer que la Bible a raison en tout, peut-on dire alors, que seul Adam, le premier homme, a reçu son âme humaine à sa naissance ? Son épouse est forcément une fille de la Mère primordiale, puisque seuls les enfants de cette femme vivaient du temps d'Adam. La femme d'Adam aurait alors reçu son âme humaine au moment où Yahvé la choisit comme épouse pour Adam.
Deux textes de la Création existent dans la Genèse.
Dans le premier, Adam et Ève sont créés au même moment, homme et femme, à l'image et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1, 27) ; ils sont aptes à communiquer avec Lui et sont responsables de la Terre. Ce récit signalerait donc la vocation spirituelle de l'humanité.
Le second récit de la création d'Adam et Ève serait plus factuel et raconterait le mariage d'Adam et d'Ève. Dans ce récit, Ève est tirée du côté d'Adam pour devenir son épouse (Genèse 2, 18-23). Elle est son égale, puisqu'elle provient de sa chair et de ses os. Selon ce second récit, Ève est créée et reçoit donc son âme au moment de son mariage avec Adam.



L'histoire d'Adam et d’Ève, de la naissance d’Ève de la côte d'Adam (en haut à droite), à la condamnation au travail hors du paradis (en bas à gauche)
(Haggadah de Sarajevo,  enluminure juive, 1350, Saragosse ; Musée national de Bosnie-Herzégovine). Le Coran évoque aussi la création
 d’Ève née d'Adam :  « Craignez votre Seigneur, qui vous a créés d'une personne unique, et d'elle son épouse » (S. 4, 1). 






Mais sans doute ne faut-il pas trop extrapoler à partir des textes saints ! On a vu que certaines affirmations de la Bible et du Coran sont inexactes, en particulier dans le récit de la création de l'univers, dans le décompte du temps écoulé depuis les origines du monde, dans l'ignorance de la diversité des hominidés, ainsi que dans la méconnaissance de l'évolution...
L’Église a toujours été confrontée au regard des scientifiques. Certaines des convictions de l’Église, basées sur une lecture trop littérale de la Bible, ont depuis longtemps été remises en cause, en particulier en cosmologie. Il faut néanmoins remarquer que l'Église pratique la lecture symbolique de la Bible depuis les débuts du christianisme, en particulier en ce qui concerne les sciences morales et la spiritualité. Elle l'a fait pour une raison simple : le Christ a parlé en paraboles. Il a donc immédiatement introduit une lecture symbolique de la parole divine dans la spiritualité chrétienne. Ce que Paul exprimera par une formule remarquable : « la lettre tue mais l'Esprit fait vivre » (2 Corinthiens 3, 6). Néanmoins, il a fallu, en ce qui concerne le savoir scientifique, que le progrès des connaissances contredise la lettre de la Bible pour que l’Église adapte son discours.
Cependant, l’Église avait affirmé, avant même que les scientifiques ne le démontrent, qu'Adam et Ève avaient existé. Cela était nécessaire à la théologie de la Chute et justifiait la Rédemption du Christ. Selon l’Église, Adam et Ève ont fauté et chuté, introduisant le mal et le péché dans le monde. Le Christ ne se serait incarné sur Terre que pour racheter ce péché originel (Romains 5, 20). Selon l'Église, seuls Adam et Ève ont reçu une âme immortelle. Eux seuls, et leurs descendants, sont donc promis à la vie éternelle. L’Église affirme, en outre, que l'action créatrice de Dieu a été nécessaire à la naissance d'Adam et Ève, mais rien n'exclut quelle ait eu lieu naturellement, fruit des relations de leurs parents. Ainsi, seul le don de leur âme immortelle aurait nécessité une action divine. De même, le Christ, Nouvel Adam, offrira toute sa vie l'apparence d'une filiation humaine naturelle... jusqu'au jour de sa résurrection.


Les musulmans, y compris de nos jours, pratiquent une lecture littérale du Coran, ce qui signifie, qu'à leurs yeux, le Coran ne contient aucune erreur. Ils interprètent seulement leur texte saint pour justifier ce qu'il pourrait contenir d'étrange, ou pour en adapter l'application à l'évolution des mœurs. Les musulmans n'ont donc jamais douté de l'existence d'Adam et de son épouse. Actuellement les musulmans sont majoritairement créationnistes. C'est-à-dire qu'ils croient que la Création s'est déroulée comme le raconte le Coran. Parmi les chrétiens, seuls certains courants protestants, en particulier évangélistes, adhèrent aussi globalement à la conception créationniste, fidèles en cela à une lecture littérale de la Bible.


1. 9. Les débuts de la spiritualité. La Chute ?
Dès son apparition, l'homme a des interrogations métaphysiques. Il fait des offrandes à ses morts. Il peint des grottes. Ses peintures sont symboliques et les thèmes ne sont pas choisis au hasard. Les animaux chassés se retrouvent sur les dessins : s'agit-il de rituels d’envoûtement pour favoriser la chasse ? Les hommes laissent la trace de leurs doigts dans les grottes et en particulier les enfants. S'agit-il d'un rituel d'intégration dans la communauté ? Ils sculptent des femmes généreusement enceintes. Cela correspond-il à un culte de la fécondité ?
L'homme a une vie morale. On ne retrouve pas de trace de coups violents sur les squelettes d'Homo sapiens. Les hommes ne se battent pas. Les cals de fractures correspondent à des séquelles d'accidents et non à des coups portés. On sait que les blessés étaient nourris, même quand ils étaient incapables de tout travail rentable, puisque l'on a retrouvé des traces de fractures consolidées sur les fossiles.
L'homme est faible. Il court moins vite que les animaux qu'il chasse. En Europe, il lutte contre le froid glaciaire. Néanmoins, par son intelligence et sa créativité, il a pris le dessus sur les forces de la nature. Il ne s'est pas adapté à son milieu, mais il a inventé des technologies pour le dominer. La puissance de son intelligence fait sa supériorité, bien davantage que sa force physique. Ceux qui, dans les millénaires à venir, imagineront une infériorité des femmes justifiée par leur moindre force, oublient sans doute que ce qui sépare l'homme de l'animal est la prédominance de son intelligence sur la force physique. Malgré sa faiblesse, l'homme s'est multiplié. Aujourd’hui, il emplit la Terre. Ira-t-il jusqu'à la détruire ? Il en a la capacité. En aura-t-il la tentation ?


Les textes sacrés présentent les débuts de la spiritualité de l'humanité comme une perte du contact avec Dieu, c'est la Chute. L'homme est renvoyé à la solitude de ses propres forces et quitte le paradis terrestre. 

Adam et Ève chassés du paradis (Fra Angelico, XVe siècle).





Dans la Bible, Dieu crée l'homme libre. L'homme se sert de sa liberté pour pécher. Dès sa Création, Adam est mis en contact avec un arbre interdit qui représente l'espace de liberté offert par Dieu à l'humanité. Dieu lui donne ainsi la possibilité de désobéir, même s'Il ne souhaite pas qu'il le fasse. « Yahvé Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder : « Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car, le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort. » (Genèse 2, 15-17). Adam et Ève vont donc pécher et manger du fruit défendu.
Dans la Bible, le mal est la conséquence du péché de l'homme et non d'un acte créateur de Dieu. Après la Chute, l'homme connaîtra les difficultés de la vie quotidienne : « À la femme, Dieu dit : « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ton désir te portera vers ton mari, et celui-ci dominera sur toi.  »... À l'homme, il dit : «... À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu'à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. » (Gn 3, 16-19). La concupiscence de la femme et la domination de l'homme sont conséquences du péché et non des vocations voulues par Dieu.

Dans le Coran, l'homme est créé sans libre-arbitre. La Chute renverra Adam à la vie terrestre où il profitera de l'existence avant d'être à nouveau mis en présence de Dieu : « « Ô Adam, habite le Paradis, toi et ton épouse : puis mangez tous deux, de partout à votre guise ; et n’approchez pas de cet arbre que voici, sinon vous serez tous deux du nombre des prévaricateurs. »
Puis le Diable, afin de leur rendre visible ce qui leur était caché, - leur nudité, - leur suggéra à tous deux, disant : « Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre qu’afin que vous ne deveniez pas des anges, ou d’éternels séjourneurs. ». Et il leur jura : « Oui, je suis pour vous du nombre des bons conseillers. ».
Alors, il les fit tomber par tromperie. Puis, lorsqu’ils eurent goûté de l’arbre, leurs nudités leur devinrent visibles : et ils commencèrent tous deux à y attacher des feuilles du Paradis. Et leur Seigneur les appela : « Ne vous avais-Je pas, vous deux, interdit cet arbre ? Ne vous avais-Je pas dit que le Diable était vraiment pour vous deux un ennemi déclaré ? »
- Tous deux dirent : « Ô notre Seigneur, nous nous sommes manqués à nous-mêmes. Et si Tu ne nous pardonnes pas et ne nous fais pas miséricorde, nous serons très certainement du nombre des perdants. »
- « Tombez, dit Dieu. Ennemis les uns des autres ! Et il y aura pour vous sur terre, halte et jouissance pour un temps.»
- « Là, dit Dieu vous vivrez, et là vous mourrez et de là on vous fera sortir. » » (S. 7, 19-25).
Une autre différence plus subtile apparaît déjà dans les deux textes. Dans la Genèse, Yahvé nomme l'arbre interdit. Il s'agit « de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ». Allah, lui, ne précise rien. De même, dans le Coran, le Diable ne tente pas davantage Adam en lui promettant la connaissance, alors que dans la Genèse, Ève désobéit pour goûter au « fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal » (Gn 3, 5).


On voit donc que, dès le récit de la Chute, le rapport à la connaissance est différent dans les deux grands courants monothéistes. Dans la Bible, l'homme a acquis consciemment le droit à la connaissance, même si c'est en péchant ; dans le Coran, l'homme semble méconnaître ses propres capacités intellectuelles, la toute-puissance reste la prérogative d'Allah. L'homme ne connaît que ce qu'Allah lui apprend et reste dépendant de Lui pour améliorer son sort.


On verra que ces deux conceptions n'ont pas été sans conséquences sur les relations à la science dans les civilisations chrétienne et musulmane.

Adam et Ève réduits au travail (mosaïque de la cathédrale de Monreale ;
près de Palerme en Sicile, XIIe siècle). 




1. 10. Astronomie et écriture : les sept corps célestes mobiles.
Depuis toujours, les hommes observent les étoiles. Ils font des calendriers dont les traces se retrouvent dans l'orientation des mégalithes et sur des pierres gravées. Sur le mont Bégo, dans les Alpes-Maritimes, au pied de la cime des Merveilles, les archéologues ont pu identifier un cadran solaire gravé 4000 ans avant J.-C.. Son gnomon dirigeait son ombre vers des poignards gravés. Un poignard est placé sur l’ombre du gnomon au solstice d'été, un autre sur l'ombre du 14 septembre, dates butoirs encadrant encore de nos jours le séjour des moutons en alpage. Même si cette civilisation n'a pas d'écriture, elle observe le ciel.


Vers 3400 ans avant J.-C., les Sumériens inventent l’écriture cunéiforme en Mésopotamie. Ils se servent de plaques d'argile crue. Lors des incendies accidentels, la cuisson des plaques assure leur conservation sur des millénaires.
Les fouilles en Mésopotamie ont permis de ramener au jour des tablettes d'argile, datées de -3 400, qui décrivent les sept corps célestes mobiles. En fait, à l’œil nu, le ciel semble immobile. Sans tenir compte des étoiles filantes qui sont fugaces, seuls sept corps célestes se déplacent dans un ciel immobile. Il s'agit du Soleil, de la Lune, de Mars, de Mercure, de Jupiter, de Vénus et de Saturne. Ils ont été observés par l'humanité depuis des millénaires ; mais il faut l'invention de l'écriture pour que leur observation laisse une trace durable.
Seule l'invention de la lunette astronomique à la Renaissance permettra d’observer que le ciel, dans son ensemble, est en mouvement. Grâce au télescope, on découvrira alors les autres planètes de notre système solaire et d'autres corps célestes mobiles, comme les lunes de Jupiter. Mais jusqu'à Galilée, seuls sept corps célestes semblent bouger dans un ciel immobile.


Dès que les Sumériens inventent l'écriture, ils notent leurs observations astronomiques* et ils signalent l'existence des sept corps célestes mobiles. Le chiffre sept, pour les sept corps célestes, gardera un pouvoir évocateur, et persistera de civilisation en civilisation. Ainsi, la semaine choisie par les Sumériens puis par les Babyloniens aura-t-elle sept jours. Déportés à Babylone, les hébreux adopteront, au contact de leurs vainqueurs, cette semaine sept jours. Au moment de rédiger la Genèse, ils montreront Yahvé se coulant obligeamment dans cette organisation du temps. Les Hébreux raconteront alors comment Yahvé a créé l'univers en six jours (plus un jour de « repos »). « Dieu conclut au septième jour l'ouvrage qu'Il avait fait. Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car Il avait chômé après tout son ouvrage de création. » (Gn 2, 2-4a). Le Coran reprendra le récit biblique de la création en six jours. Cependant, le Coran ne parle pas du « repos » de Dieu au septième jour. Les musulmans voient dans ce « repos divin » une perception anthropomorphique de Dieu qui démontrerait que la Bible ne raconte pas la vérité.


Néanmoins, le Coran exploite lui-aussi largement le symbolisme divin du chiffre sept. Il raconte une création en six jours, et garde une semaine de sept jours (S. 11, 7 ; S. 7, 54). Mais ce n'est pas tout. Il parle également de sept sphères (« Falak ») qui structurent le ciel : « Celui qui a créé sept cieux (Falak), posés les uns sur les autres, superposés sans que tu voies de faille en la création du très miséricordieux. Eh bien, tourne le regard. Est-ce que tu vois une quelconque brèche ? » (S. 67, 3). Le Coran évoque de multiples fois cette structure si particulière de l'univers en sept cieux ou sept sphères (Sourate 41, 12 ; S. 71, 15 ; S.23, 86 et S. 78, 12...).



Le palais de Mohamed surmonté des 7  cieux (Cachemire, 1808, Récit de la Vie de Mohamed ; BnF). Toutes les religions
ont enrichi leur texte fondateur d'histoires édifiantes plus ou plus mythologiques ; mais, ici, l'univers structuré en sept
cieux se trouve dans le Coran. « C'est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre. Puis, Il s'est établi vers
le ciel, et Il a arrangé sept cieux. Et Il connaît toute chose. » (S. 2, 29).







En fait, cette croyance en des cieux constitués de sept sphères emboîtées a une origine connue. Quand les Grecs comprennent que la Terre est une sphère, Platon évoque les sept cieux, chacun porteur d'une planète pour structurer le ciel.
Au IVe siècle avant J.-C., Platon écrit : « Dieu fit naître le soleil, la lune et les cinq autres astres, qu’on appelle planètes, pour les distinguer et conserver les nombres du temps. Après avoir formé le corps de chacun d’eux, le dieu les plaça, au nombre de sept, dans les sept orbites. » (Timée, 37c-38d).
Puis, aux premiers siècles de notre ère, les mouvements gnostiques reprennent cette croyance en sept cieux qui sont censés structurer l'espace, chacun porteur d'une planète. On voit, dans la théologie gnostique des premiers siècles de notre ère (entre les II et Ve siècle), apparaître le mythe qui sera exactement repris par le Coran.
Les sept cieux coraniques proviennent donc directement de l'existence des sept corps célestes mobiles, par l'intermédiaire de la lecture de Platon et de celle des mouvements gnostiques.



Le zodiaque avec les sept corps célestes mobiles représentés et surlignés (Dendera en Égypte, IIe siècle avant J.-C. ; musée du Louvre).




Ces sphères emboîtées resteront dans l'inconscient de l'occident. Ainsi Kepler (1571-1630) nourrira-t-il son imagination créative de l'illusion d'orbites planétaires inscrites dans des solides parfaits s’emboîtant autour du soleil. Cette vision poétique mais erronée ne l'empêchera pas de découvrir la véritable orbite des planètes en observant le ciel et en faisant des calculs.
Le zodiaque que tout le monde connaît par l'astrologie et la lecture de son horoscope, est la division en douze de la zone du ciel où évoluent les sept corps célestes mobiles. Les planètes sont en effet positionnées au voisinage d'un même plan autour du soleil. Le Zodiaque est donc une « bande » où se déplacent les seuls sept corps célestes mobiles visibles à l’œil nu. Toutes les civilisations l'ont remarqué... et chacune y a cherché un sens surnaturel pour nourrir sa spiritualité.


* : Les somnambules, p. 15, Arthur Koestler, Presses Pocket, 1985.


1. 11. La semaine de sept jours : les sept corps célestes mobiles.
Au troisième millénaire avant J.-C., les Chaldéens (en Mésopotamie, dans l’Irak actuel) sont les premiers à compter le temps à partir d'une semaine de sept jours. Ils associent tout de suite ces sept jours aux sept corps célestes mobiles.
Après la déportation à Babylone, au VIe siècle avant J.-C., les Hébreux empruntent à leurs vainqueurs assyriens la semaine de sept jours. Mais ils numérotent les jours pour éloigner leur dénomination de l'aspect païen des sept corps célestes mobiles (premier jour, deuxième jour, troisième jour...). Seulement ; alors, les Hébreux racontent la Création dans la Genèse, une création organisée sur sept jours, comme leur semaine.


La semaine de sept jours permet de subdiviser en quatre les mois lunaires de 28 jours. Cela pourrait sembler suffisant pour choisir une semaine de sept jours ; néanmoins, la semaine ne fait pas sept jours dans toutes les civilisations : elle varie entre cinq et dix jours selon les pays et les époques. L’Égypte antique choisit une semaine de dix jours. Les Grecs antiques ont une semaine de huit jours. Ils ne l'associent donc pas aux sept corps célestes mobiles, mais ils en connaissent l'existence.
Quand la semaine fait sept jours, elle est associée aux sept corps célestes mobiles. Les Romains adoptent la semaine de sept jours au IIe siècle après J.-C. et ils donnent le nom de leurs dieux/planètes tutélaires à chacun de ses jours. L'ordre des jours, du jour du soleil à celui de Saturne, a été défini pour des raisons ésotériques par Dion Cassius (155-235), qui, après une carrière de consul, a terminé sa vie en écrivant une Histoire romaine. Les lunettes astronomiques n'existaient pas encore pour apprendre à l'humanité que l'univers entier est en mouvement.
Nos langues européennes gardent toujours la trace de l'association des sept corps célestes mobiles aux sept jours de la semaine. Le Dimanche se dit sunday (en anglais) ou Zondag (en néerlanlais), c'est le jour du soleil. Les chrétiens ne virent pas d’inconvénient à nommer le jour de la résurrection du Christ, le jour du soleil. Le Christ, lumière du monde, est ressuscité un dimanche et les chrétiens n'y virent que la prescience de Dieu. Mais, dans certaine langue, dont le français, le jour du soleil est effectivement devenu le jour du Seigneur. Dominus en latin, pour seigneur, a laissé son nom au dimanche.
Le Lundi ou lunedi, lunes, monday, Montag, vient directement du nom de la lune.
Le Mardi, ou tuesday, Martes, martedi, provient de Mars.
Mercredi, wednesday, mercoledi s'inspire de Mercure.
Jeudi, giovedi, jueves rappelle Jupiter.
Vendredi, venerdi, Viernes commémore Vénus.
Samedi, saturday, sabato, Samstag, célèbre Saturne. Contrairement à ce que pensent certains, ce n'est pas le mot hébreu « sabbat », qui a donné son nom au samedi, mais c'est le nom de Saturne qui a donné son nom au sabbat.


Les musulmans, comme l'avaient fait les juifs bien avant eux, numéroteront les jours de la semaine pour s'affranchir de leurs dieux tutélaires païens, mais ils garderont la semaine de sept jours. Le dimanche est le premier jour de la semaine musulmane... Le vendredi, le sixième jour, porte le nom de « jour du rassemblement » ; c'est le jour de la prière.


 

Prêche dans une mosquée, le vendredi, jour de la prière (miniatures et calligraphie de Yahya ibn Mahmūd al-Wāsitī, Iraq, 1237 ; BnF).





Mais, nous savons maintenant pourquoi la Bible et le Coran racontent que la Création a eu lieu en six jours (plus un jour de repos divin dans la Genèse). Les rédacteurs de la Bible s'étaient adaptés à la culture de Babylone où ils étaient exilés, là où la semaine faisait sept jours pour suivre le rythme des seuls sept astres dont le mouvement est visible à l’œil nu. Avec sagesse, les hommes ont dispensé Dieu de toute action créative le septième jour, et se sont ainsi réservé à eux-mêmes le droit de se reposer un jour sur sept.


Le chiffre sept s'attache aux cieux immortels puisqu'il dénombre les sept corps célestes mobiles. Aux yeux des Hébreux préoccupés par la rédaction de la Genèse, le chiffre sept a donc semblé digne de représenter la Création de l'univers, celle de l'homme mais aussi celle des cieux insondables. Il semble bien que les créationnistes, qu'ils soient chrétiens ou musulmans, ignorent ces éléments.




La création du monde n'a pas eu lieu en six jours et les scientifiques l'ont désormais prouvé : elle s'est étalée sur 13 milliards d'années. La Création de Dieu en six jours, plus un jour de repos, est bien un mythe, et nous connaissons maintenant son origine : seuls sept corps célestes sont mobiles quand on regarde le ciel à l’œil nu et ils sont à l'origine de la semaine de sept jours.




Néanmoins, les enseignements spirituels de ce mythe gardent toute leur pertinence : dans la Bible, Yahvé crée le bien et la liberté ; alors que, dans le Coran, Allah crée le bien, le mal et des hommes sans libre arbitre.




Pour les croyants monothéistes, il y a certes un seul Dieu, mais à l'évidence plusieurs révélations. Les dieux qu'elles révèlent ne sont pas superposables et les civilisations qui naîtront de ces textes saints divergents témoigneront de ces différences.





Les métiers liés aux sept planètes (Mehmed ibn Emir Hasan al-Su’ūdī dans
Le Lever des astres chanceux et les Sources de la souveraineté, Istanbul, Turquie, 1582 ; BnF).

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MessagePosté le: Lun 13 Mar - 08:20 (2017)    Sujet du message: HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHEISMES Répondre en citant

CHAPITRE 2. ABRAHAM ET LES PATRIARCHES
De 3000 à 1700 avant J.-C. 






 2. 1. Les premiers peuplements en Canaan à partir du IVe millénaire.
Au IVe millénaire avant J.-C., la Mésopotamie et l’Égypte sont donc entrées dans l'histoire en inventant l'écriture. Il n'en est pas de même pour les habitants de ce qui deviendra la Terre Sainte.
Terre Sainte, Canaan, Palestine, Judée ou Israël, plusieurs noms pour le même territoire. Conservons son nom de Canaan puisqu'il était ainsi nommé dans l'antiquité.





La Terre Sainte (mosaïque de Madaba, VIe siècle ; Jordanie).




Entre -3 500 à -2 200, des peuples nomades se sédentarisent à l'ouest de la Mer Morte. Ils s'organisent en deux régions. Ils n'ont pas encore inventé l'écriture ; seule l'archéologie conserve donc la trace de leur existence.
La première région, celle du Sud, est escarpée et aride. Elle est centrée autour de la ville d'Aï*, actuellement nommée Khirbetet-Tell. Le site est situé au nord-est de l'actuelle Jérusalem. Aï s’étale sur 12 hectares ; elle est protégée par d'impressionnantes fortifications et contient un temple monumental. Aï règne sur un habitat dispersé et pauvre, peuplé essentiellement de nomades, comme le démontrent les sites archéologiques, sans constructions permanentes, seulement repérés par des tessons de poteries. Les frontières de cet état, marquées géographiquement par des escarpements, se retrouveront toujours dans les occupations ultérieures. Au premier millénaire, le Royaume hébreu de Juda aura les mêmes frontières.
Vers 2500 avant J.-C., au moins cinq villes sont installées près de la Mer Morte. Elles font un commerce prospère avec les pays environnants. La Mer Morte est séparée en deux par la péninsule El Lisan. Vers -2500, cette péninsule effondre lors d'un tremblement de terre. La Mer Morte s'étend alors plus au sud dans la faille d'Aqaba.


La seconde région, celle du Nord, est plus riche. Elle est densément peuplée et agricole. Elle possède plusieurs villes. L'une d'elle, Tell el Farah, est sur une voie de communication importante et deviendra la Tirça* biblique (1 Rois 16, 6), la première capitale du Royaume du Nord. Ce Royaume du Nord a aussi des frontières naturelles. Au premier millénaire, le futur royaume hébreu d’Israël aura les mêmes frontières.


Ces terres se désertifient vers -2 200. Les limites de ces deux états se maintiendront toujours lors des occupations suivantes en raison de frontières naturelles constituées d'escarpements rocheux.




* : La Bible dévoilée, p. 238, Israël Finkelstein, Neil Asher Silberman, folio histoire, 2002.




2. 2. À Sumer, en -2600, le premier récit de la création est mis par écrit.
En 3 200, l'écriture hiéroglyphique s'ébauche en Égypte.
En 2 800, les cités-états de Sumer, Ur et Uruk sont fondées.
Selon la Bible (Genèse 15, 7), Abraham serait né à Ur. Mais il est impossible de savoir à quel moment. Ur existera entre -2 800 et -300. D'ailleurs, peut-être la patrie d'Abraham n'est-elle pas Ur en Mésopotamie, mais Urfa (Sanliurfa) en Turquie ou encore Ura en Anatolie ? Nous n'avons aucune certitude objective. La naissance d'Abraham ne peut donc être, ni datée, ni localisée avec précision. Nous allons néanmoins analyser peu à peu les éléments de contexte qui pourraient nous renseigner sur Abraham.


En -2 600, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, un récit de la Création est mis par écrit à Sumer, état située entre le Tigre et l'Euphrate. Dans ce récit, le dieu An sépare le ciel de la terre. La civilisation sumérienne garde ce mythe comme un secret à ne transmettre qu'entre initiés : « Secret, l’initié le montrera à l'initié » précise une tablette qui raconte la création.
Un des dieux du panthéon sumérien, Enki, le dieu des eaux et de la sagesse, fabrique les hommes en les façonnant à partir d'argile afin de créer une race de serviteurs pour les dieux (*1). Les Sumériens ne croient donc pas que les hommes soient libres puisqu’ils sont créés pour être les esclaves des dieux (*2). C'est dans ce mythe que se trouve le premier récit – et non le dernier - de la création de l'homme à partir de l'argile. Il s'agit d'une affirmation erronée. L'argile est en silicate. Les êtres vivants sont constitués de carbone, d'oxygène, d'azote et d'hydrogène.
Un autre mythe destiné à un avenir exceptionnel est présent dans les légendes polythéistes sumériennes : celui du paradis terrestre. Le dieu Enki et son épouse sont installés par la grande déesse Niahursag dans un jardin où poussent huit plantes. Tentés par leur saveur, ils les gouttent, ce qui entraîne la colère de la grande déesse. Elle les maudit et les chasse du jardin. Ils perdent leur immortalité divine et rejoignent l'humanité mortelle (**). Trop d'éléments de ce mythe sumérien sont similaires au récit biblique de la Chute d'Adam et d’Ève pour que ce soit un simple hasard. En effet, dans la Bible, Adam et Ève ont eux-aussi été chassés du paradis terrestre après avoir mangé le fruit défendu et sont ainsi devenus mortels. Quand la Genèse est mise par écrit, ses rédacteurs se sont donc inspirés des mythes sumériens. À la suite du mythe du dieu Enki, les Hébreux racontent la création de l'homme à partir d'argile (Genèse 3, 17-19) et le paradis perdu avec la mortalité d'Adam et d’Ève, conséquences de leur péché. En fait, nous verrons que la Bible a recours aux mythes sumériens à chaque fois qu'elle s'interroge sur les origines du mal. Avec le mythe du paradis perdu, les hommes comprennent pourquoi ils doivent mourir. Mais, d'autres grandes questions existentielles vont être posées à partir du support mythologique sumérien : Pourquoi sommes-nous victimes de catastrophes naturelles ? Quel sens ont nos maladies ? Autant de questions éternelles auxquelles la Bible donnera une réponse en s’appropriant des mythes sumériens.
Cependant, si le récit de la Chute dans la Bible est mythologique, il rend compte de la conception de Dieu des Hébreux et non de la vision polythéiste et païenne des Sumériens. En fusionnant deux mythes sumériens, celui des hommes esclaves façonnés d'argile et celui d'Enki chassé du jardin de la Grande Déesse, les Hébreux racontent un conte fidèle à leur foi en Yahvé. Yahvé est unique, bon et créateur de la liberté humaine. Tout Puissant pour l'éternité, Yahvé choisit de renoncer à sa volonté omniprésente sur Terre pour ouvrir un espace au libre arbitre de l'homme... et l'homme se sert de sa liberté pour pécher, ce qui introduit la mort et le mal dans le monde. Les hébreux racontent donc l'histoire de la Chute, en se servant effectivement du support du mythe sumérien, mais en racontant une histoire fidèle à leur foi en un Dieu unique, créateur du bien et de la liberté.





Tablette akkadienne de 2300 avant J.-C., racontant le mythe d'Atrahasis. Il est noté lignes 212 à 218 :
« seront associés du dieu et de l'homme réunis en l'argile … afin que dans l'homme, il y ait un esprit », (BnF).








Mais que s'est-il réellement passé ? L'Adam et l'Ève historiques ont vécu 142 000 ans plus tôt. Leur histoire ne peut pas s'être conservée dans la mémoire des hommes. L'histoire du paradis terrestre provient de la mythologie païenne polythéiste sumérienne. En effet, comment imaginer que le vrai Dieu, le Dieu unique, ait d'abord révélé à des païens la vérité sur le récit de la Chute d'Adam, tout en leur laissant ignorer l'existence d'un seul Dieu et en leur laissant croire que l'homme avait été créé d'argile ?
Aucun croyant ne saura donc jamais ce qui s'est réellement passé entre Adam, Ève et leur Dieu, il y a 142 000 ans. La foi de l’Église – puisée dans la Genèse - dit qu'ils ont péché contre Dieu, inscrivant le péché originel au cœur de l'humanité. Il s'agit là de foi, et aucun support historique ne permet d'en rendre compte. L'histoire du paradis terrestre est donc un mythe dont on peut tirer un enseignement spirituel mais auquel il ne faut pas demander la restitution de faits historiques.
Témoignant de la permanence des mythes au travers des civilisations, le Coran s'inscrira dans cette lignée sumérienne polythéiste, mais probablement sans le savoir. Il choisira de transcrire dans ses sourates les mythes polythéistes qui lui sont parvenus par la Bible. En effet, la Bible est sa contemporaine, alors que le mythe d'Enki sumérien était oublié quand le Coran a été rédigé. Ce faisant, le Coran présentera comme des certitudes historiques ce qui ne sont que des mythes païens. Le Coran racontera ainsi comment Allah crée l'homme d'argile (S. 15, 26). « Et très certainement, Nous avons créé l'homme d'un choix d'argile » (Sourate 23, 12), et comment Adam et son épouse sont chassés du paradis après avoir goûté le fruit défendu (S. 20, 120-123). Les musulmans demeurent néanmoins convaincus qu'Adam était monothéiste, et qu'il a fondé la Kaaba après la Chute, mais cette foi ne repose que sur les textes saints musulmans.
Les croyances et les actes de l'Adam historique nous restent inaccessibles.


* : Mésopotamie, *1 : p. 436 / *2 : p. 401 ; Jean Bottéro, folio histoire, 1997.
** : L'histoire commence à Sumer, p . 194-195, Samuel Noah Kramer, champs histoire n° 298, 1993.




2. 3. Sodome et Gomorrhe ont-elles été détruites en -2300 ?
En -2500, la IVe dynastie règne en Égypte. Les pharaons Khéphren, Khéops et Mykérinos construisent les trois grandes pyramides du Caire. On ignore encore comment ils ont pu, techniquement, ériger de telles masses de pierres. Plusieurs barques solaires, intactes quoique démontées, ont été retrouvées dans des fosses près de la pyramide de Khéops. Elles nous informent très précisément sur les techniques de construction navale : aucune pièce de métal ne s'y trouve, ni en bronze, ni naturellement en fer, puisqu'il faudra encore mille ans pour que le fer soit utilisé par la métallurgie naissante.


En -2350, le Roi Sargon d'Akkad (2334-2279) unifie les villes états de Sumer et crée un pays, la Mésopotamie. Sa dynastie n'est pas très longue mais l'état créé va perdurer. La Mésopotamie sera l'état rival de l’Égypte des pharaons. En Mésopotamie, la dynastie du roi Sargon d'Akkad va être remplacée par celle d'Ur-Nammu.
C'est alors, au moment du changement dynastique, en -2350, qu'est détruite la ville d'Ébla en Syrie actuelle. Les archives de la ville sont brûlées : 14 000 tablettes d'argile se trouvent alors conservées sous les ruines, attendant les archéologues du XXe siècle. En 1975, ils découvriront des monceaux de tablettes d'argile datées d'entre 2400 et 2350 avant J.-C. et gravées en caractères cunéiformes. Elles leur apprendront les détails de la vie des villes-états de Sumer mais également leurs liens commerciaux avec les villes de Canaan.
Au XXe siècle, sur la péninsule El Lisan (sur la Mer Morte), dans l'Israël actuel, deux villes sont fouillées. On les a nommées Bab el Drha et Numeira. Elles ont été fondées aux alentours de 2500 avant J.-C.. Deux cent ans plus tard, en -2300, elles sont totalement détruites par un tremblement de terre.
Or, dans les archives d'Ébla, a été découverte une tablette d'argile présentant les voies commerciales entre la Mer Morte et la plaine salée du Sud. La 211e ville citée sur la tablette se nomme Sodome et elle est située sur la presqu’île d’El Lisan, à l'endroit précis où se trouve la ville de Bal el Drha.




 

Tablette d'Ébla nommant Sodome.




Les fouilles de Bab ed-Dhra (Sodome ?) et de Numeira (Gomorrhe ?) montrent qu'elles ont été détruites ensemble par un tremblement de terre et un incendie qui a ravagé jusqu'à leurs cimetières. C'est lors de ce tremblement de terre que la péninsule d’ El Lisan s'est effondrée et que la Mer Morte s'est répandue là où on la connaît de nos jours.


Ces villes sont-elles bien Sodome et Gomorrhe ? Si la traduction de la tablette d'Ébla est correcte, Sodome a bien existé. La région saturée de sel se prête facilement à la création de statues de sel qui peuvent évoquer des silhouettes de femmes. Le bitume affleure, prêt à s'embraser. Cela peut expliquer l'histoire de Loth, le neveu d'Abraham, qui fuit une ville embrassée : « Yahvé fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du souffre et du feu venant de Yahvé et il renversa ces villes et toute la plaine, avec tous les habitants des villes et la végétation du sol. Or, la femme de Loth regarda en arrière, et elle devint une colonne de sel. » (Genèse 19, 24-26).


La Sourate 11 (81-83) raconte la destruction par Allah d'une ville non nommée devant Loth qui fuit, prévenu par des anges : « Alors les anges : « O Loth, nous sommes vraiment les messagers de ton Seigneur. Ils ne sauront t'atteindre. Fais donc partir ta famille en fin de nuit. Et que nul d'entre vous ne regarde en arrière. Sauf ta femme ; en vérité, ce qui va leur arriver lui arrivera à elle… Puis, lorsque vint Notre Commandement, Nous mîmes la ville sens dessus dessous, et fîmes pleuvoir sur elle des pavés de glaise qui avaient été marqués, auprès de ton Seigneur. »
Dans le Coran, la femme de Loth ne semble pas disposer de son libre arbitre, elle est soumise à la décision d'Allah. Ainsi le Coran rend-t-il compte des actions des hommes : « Tout vient de Dieu. » (S. 4, 78). On a déjà vu qu'Allah est tout-puissant, l'homme ne sait que ce qu'Allah lui apprend. On voit ici que l'homme n'agit que dans l'espace autorisé par Allah. Cependant, un doute subsiste : Allah se contente-t-Il de savoir à l'avance que la femme de Loth va désobéir, ou bien décide-t-Il qu'elle va le faire ? La question du libre-arbitre animera les premiers siècles de l'islam et définira des doctrines islamiques différentes avant que le sunnisme ne triomphe.





Site de Bab el Drha - Sodome ?




Ces récits de la destruction de Sodome et Gomorrhe situeraient la vie des patriarches Abraham et Loth aux alentours de 2 300 avant J.-C., au moment de la destruction de Bab el Drha et de Numeira.
Le croyant ne peut que constater que deux villes ont bien été détruites ensemble près de la Mer Morte et que le témoignage de leur destruction des siècles après, dans le récit biblique de Sodome et Gomorrhe, est fidèle à la réalité archéologique. Comme si un témoin avait vécu ces événements au plus près, tout en sauvant sa vie pour les raconter.




2. 4 . Les ziggourats, la Tour de Babel ?
En -2112, en Mésopotamie, Ur-Nammu (-2112-2095) fonde l'empire d'Ur qui dure jusqu’en 2000 avant J.-C..
Ur-Nammu fait construire des ziggourats, des temples gigantesques en forme de pyramides en escalier. Leur dénomination sumérienne est « etemenanki » soit Maison du fondement du ciel et de la terre. Il s'agit de temples de forme pyramidale en briques crues ; le lieu de culte se trouve au sommet d'un empilement de sept terrasses, qui représentent ... les sept corps célestes mobiles. La plus ancienne est celle d'Ur qui n'a que trois terrasses. Mais rapidement, les ziggourats ont sept terrasses. Il en sera édifié pendant 1500 ans. Celles d'Uruk, Eridu, Nippur seront construites pendant le règne d'Ur-Nammu. Puis, peu à peu, au cours des siècles, chaque ville de l'empire construit une ziggourat. Au premier millénaire avant J.-C., il y en a une par ville.
Celle de Babylone est construite au VIe siècle avant J.-C. par Nabuchodonosor II. En fait, elle est édifiée au moment de l'exil du peuple juif à Babylone. Elle est dédiée au dieu Marduk et elle atteint 90 m de haut et a bien sûr sept terrasses, pour les sept corps célestes mobiles. Alexandre le Grand fera totalement détruire la tour de Babel/Babylone. Il n'en reste rien.


Le récit de la Tour de Babel dans la Bible (Genèse 11) ressemble étrangement à l'histoire de la ziggourat de Babylone, construite par les peuples prisonniers de guerre de Nabuchodonosor dont le peuple hébreux fait partie. En effet, la Genèse a été rédigée pendant et après l'exil des Hébreux à Babylone (VIe siècle avant J.-C.). Les Hébreux ne pouvaient qu'être fortement impressionnés par cette construction gigantesque. Ils racontent finalement une histoire qui ressemble à ce qu'ils vivent, perdus dans une ville cosmopolite où ils sont déportés avec de multiples peuples parlant de nombreuses langues. Ils présentent la Tour de Babel comme la marque de l'orgueil de l'humanité qui est punie par Dieu. Dieu trouble la parole humaine, chacun parle désormais une langue différente. Les hommes ne peuvent plus se comprendre. « [Les hommes] se dirent l'un à l'autre : « Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! ». La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Ils dirent » Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! ... Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties... : « Allons, Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendant plus les uns les autres » » (Gn 11, 3-4).







La Tour de Babel (maître flamand, 1570).








L'islam n'évoque que rapidement la Tour de Babel sous la plume de al-Bukhārī : « On mentionne que 'Alī - que Dieu soit satisfait de lui ! - répugna à faire la prière dans les ruines de Babel. » (Hadith Authentique, 194/810 - 256/870). Le Coran ne parle pas de la Tour de Babel. Dans le Coran, la seule tour hérétique du Coran est celle construite par un certain Hāmān. Selon le Coran, Hāmān serait un conseiller du pharaon contemporain de Moïse (Sourate 28, versets 6, 8, 38 ; S. 29, 39). Néanmoins, on peut lire le récit de Hāmān dans le Coran en parallèle du récit de la Tour de Babel dans la Bible, les mêmes éléments s'y retrouvent : les briques cuites, la tour pour monter vers le ciel, le rébellion envers Dieu. « Pharaon dit : « Cohorte de grands, je ne connais pas de dieu, pour nous, autre que moi. Allume-moi donc du feu sur la glaise, Hāmān, puis construis-moi une tour : peut-être monterai-je jusqu'au dieu de Moïse ! Je le pense cependant du nombre des menteurs. » (S. 28, 38). Dans le Coran, il s'agit donc également d'atteindre Dieu par ses propres moyens en construisant une tour, comme dans le Genèse. Mais le Coran place l'épisode en Égypte du temps de Moïse, l'auteur du Coran semblant faire un amalgame entre l'histoire de la Tour de Babel et celle de Moïse.


Il est donc difficile de se servir de l'histoire de la Tour de Babel pour dater le début de l'histoire des patriarches. D'autant que l'histoire de la Tour de Babel dans la Genèse ressemble finalement trop à l'histoire de la Ziggourat de Babylone contemporaine de l'exil des Hébreux du VIe siècle pour qu'elle puisse servir à dater l'histoire de la Genèse.
Il semble bien qu'il ne s'agisse que d'un mythe inventé au VIe siècle avant J.-C., qui explique à quel point les hommes se perdent quand ils veulent atteindre Dieu par leurs propres moyens... Et perdus, les Hébreux l'étaient effectivement au moment de leur déportation ! Ils avaient été dépouillés de tout : de leur Temple, de leurs prêtres, de leur royaume et de leur liberté. Le Dieu des combats auquel ils avaient cru, avait fait défaut. Il ne leur restait plus que leur force spirituelle.
L'histoire de la Tour de Babel dans la Genèse n'est-elle pas qu'une tentative désespérée, mais Ô combien poétique, pour rationaliser le désastre de la déportation des Hébreux à Babylone au VIe siècle avant J.-C., et leur permettre d'en tirer un fruit spirituel ? Les croyants gardent, eux, la conviction que seul Dieu pouvait - au milieu d'un tel désastre humain - inspirer une telle parabole pour enseigner et entretenir la confiance.




2. 5. Abraham, le père des trois monothéismes.
Dans la Bible, la vie d'Abraham contient un élément primordial : c'est à lui que Dieu révèle qu'Il est Unique et que l'on peut entrer en communication avec Lui.
Les chrétiens voient aussi, dans l'apparition dont bénéficie Abraham au chêne de Mambré, la première annonce du Dieu Unique-Trinité : « Yahvé apparut à Abraham aux Chênes de Mambré, tandis qu’il était assis à l’entrée de la tente, au plus chaud du jour. Ayant levé les yeux, voilà qu’il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. » (Genèse 18, 1-2). Quand Dieu choisit d’apparaître à Abraham, Abraham voit trois hommes... Cela prendra tout son sens pour les chrétiens après la venue du Christ et la révélation du Dieu Unique en Trois Personnes divines.





Trois anges de même âge et éternellement jeunes apparaissent à Abraham qui se prosterne devant eux : les chrétiens
y voient l'expression de la Divinité. Dieu est unique et Trois Personnes divines vivent en Lui
(mosaïque de la cathédrale de Monreale ; près de Palerme, Sicile, XIIe siècle).




En revanche, pour juifs et musulmans, la Trinité apparaît comme une entorse à l’unicité de Dieu. Pour eux, ce sont des anges qui sont apparus, comme le confirme le Coran : « Et très certainement Nos anges sont venus à Abraham avec la bonne nouvelle, en disant : « Paix ! » - Il dit : « Paix ! » et il ne tarda pas à apporter un veau rôti aux pierres chauffées. Puis, lorsqu’il vit que leurs mains ne l’atteignaient pas, il les trouva insolites et ressentit de la peur vis- à-vis d’eux. Ils dirent : « N’aie pas peur. Oui, nous sommes envoyés vers le peuple de Loth. ». Sa femme était debout. Alors elle rit. Nous lui annonçâmes donc Isaac, et au-delà d’Isaac, Jacob. » (Sourate 11, 69).


Dieu, dans la Bible, promet à Abraham une descendance innombrable. La Promesse qui lie Abraham à Dieu est éternelle. Abraham a deux enfants. Le premier, Ismaël, est né de sa servante Agar ; le second, Isaac, est né de son épouse Sara. Tous les deux sont destinés à un avenir prestigieux, mais seul Isaac bénéficie de la promesse d'Alliance spirituelle avec Dieu. Selon la Bible, Ismaël n'est promis qu'à une réussite humaine : « Abraham dit à Dieu : « Oh ! Qu’Ismaël vive devant ta face ! » Mais Dieu reprit : « Non, mais ta femme Sara te donnera un fils, tu l’appelleras Isaac, et j’établirai mon alliance avec lui, comme une alliance perpétuelle, et avec sa descendance après lui. En faveur d’Ismaël aussi je t’ai entendu : je le bénis, je le rendrai fécond, je le ferai croître extrêmement, il engendrera douze princes et je ferai de lui une grande nation. Mais mon alliance, je l’établirai avec Isaac, que va t’enfanter Sara, l’an prochain à cette saison. » (Genèse 17, 18-22).
Cette Alliance est inscrite dans la chair des petits garçons par la circoncision au huitième jour (Gn 17, 11-14). Dans la Bible, les enfants de la promesse spirituelle sont d'Isaac ; tandis qu'Ismaël, le fils de l'esclave Agar, est le père d'une nation nombreuse. Les juifs se disent fils d’Abraham par Isaac. Leur Alliance avec Dieu est donc éternelle selon la promesse qui leur a été faite.
Les chrétiens pensent, eux, être les fils de la Promesse faite à Abraham par leur fidélité à « l'esprit » de l'Alliance et non par la filiation de la chair. Dans l’épître aux Romains, Paul affirme : « Car tous les descendants d'Israël ne sont pas Israël. De même que pour être de la postérité d'Abraham, tous ne sont pas ses enfants ; mais c'est par Isaac qu'une descendance portera son nom, ce qui signifie : ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, seuls comptent comme postérité les enfants de la promesse. ». (Romains 9, 6-8). Paul confirme : « Si vous appartenez au Christ vous êtes donc de la descendance d'Abraham, héritiers selon la promesse. » (Galates 3, 28).
Les musulmans, de nos jours, se disent fils d’Abraham par Ismaël. Abraham est donc appelé le père des trois monothéismes.


2. 6. Que dit le Coran de la descendance d'Abraham ?
Selon le Coran, les fils d'Abraham sont d'abord Isaac, puis Ismaël qui est signalé tardivement comme fils d'Abraham. Dans le Coran, à la période mecquoise de la révélation de Mohamed, seul Isaac est signalé comme fils d'Abraham. « Nous lui donnâmes de surcroît Isaac et Jacob. » (S. 21 ; 72-73). Les sourates 6. 84 et S. 19, 49 le confirment. La Sourate 6, 86 cite Ismaël dans la liste des prophètes, mais sans dire qu'il est fils d’Abraham*. La sourate 14 de la fin de la période mecquoise place bien Ismaël dans la descendance d'Abraham, mais certains spécialistes (dont J. Chabbi) doutent que ce verset soit mecquois. « Louange à Dieu, qui, en dépit de la vieillesse, m'a donné Ismaël et Isaac. » (S. 14, 39) *.
Ce n'est que dans des versets récités à Médine, qu'Ismaël est enfin placé sans ambiguïté dans la descendance d'Abraham (Sourate 2, 130-134)*.





La prédication d'Abraham est représentée par une construction cubique (Le Lever des
astres chanceux et les Sources de la souveraineté, Istanbul, 1582 ; BnF).


Selon le Coran, le petit fils d'Abraham est Jacob, le fils d'Isaac.
Isaac donne naissance à Jacob, comme le signale son nom qui apparaît après celui de son père Isaac*. « Lorsqu’ [Abraham] se fut séparé de [ses parents restés polythéistes], et de ce qu'ils adoraient au lieu de Dieu, Nous lui fîmes don d’Isaac et de Jacob ; et de chacun nous fîmes un prophète. » (Sourate 19, 49). Cela est repris Sourate 21, (72-73). Jamais Ismaël n'est cité comme ayant engendré un enfant. Cela n'interdit pas qu'il en ait, mais le Coran ne le dit pas.
Mais, si Ismaël a engendré des enfants, il est clairement signalé dans le Coran, qu'aucun ne peut être prophète. En effet, selon le Coran, le don de prophétie et la révélation du Livre sont donnés à son frère Isaac, au fils d'Isaac, Jacob et aux enfants de Jacob ! « Et Nous donnâmes Isaac et Jacob, et désignâmes dans sa descendance la fonction de prophète et Le Livre. » (S. 29, 27). Selon le Coran, Mohamed le Prophète serait donc un descendant d'Isaac, et non d'Ismaël ! Mohamed est, en effet, pour les musulmans, le sceau des Prophètes (S. 33, 40), le dernier d'entre eux, celui qui reçoit la révélation la plus accomplie et le Livre par excellence : le Coran.


Selon le Coran, les arrières petits-fils d'Abraham sont douze, ce sont les fils de Jacob.
Selon le Coran, les descendants d'Abraham à la troisième génération sont les membres des Tribus. Les Tribus, les « asbāt » est le pluriel de « sibt »*, le petit fils. En fait, dans le Coran,les seuls descendants d'Abraham proviennent de Jacob : « Abraham enjoignit à ses enfants, de même que Jacob : « Oui, mes enfants, Dieu a fait choix pour vous d'une religion, ne mourez point, donc, que vous ne soyez des Soumis ! » Étiez-vous là quand la mort se présenta à Jacob, quand il dit à ses enfants : « Qu'adorerez-vous, après moi ? » Eux de dire : « Nous adorerons Celui qui pour toi est Dieu, Dieu aussi pour tes pères Abraham et Ismaël et Isaac, Dieu unique à qui nous sommes soumis ! » (S. 2, 130-134).
Ce verset parle donc des enfants de Jacob. Ismaël y est signalé comme un des pères de Jacob (S. 2, 133), alors que c'est clairement son frère Isaac qui l'a engendré* (S. 29, 27). Le Coran place donc bien Ismaël dans la famille de prophètes issus d'Abraham, mais Ismaël est l'oncle de Jacob et non son père biologique, … à moins d'une contradiction flagrante du Coran !
Le Coran confirme que les 12 Tribus sont dans la filiation d'Abraham : elles sont placées après le nom de Jacob* : « Dis : « Nous croyons en Dieu et en ce qu'on a fait descendre sur Abraham et Ismaël et Isaac, et Jacob et les Tribus » (Sourate 3, 84). Après le nom d'Ismaël, jamais le nom d'un fils n’apparaît, c'est son frère Isaac qui est nommé : « Nous avons fait révélation à Abraham, et à Ismaël, et à Isaac, et à Jacob, et aux Tribus, et à Jésus, et à Job et à Jonas et à Aaron et à Salomon. » (Sourate 4, 163). Dans ce verset, l'ordre chronologique des prophètes est partiellement erroné, mais peu importe.
Les Tribus sont bien douze : « Nous les découpâmes en douze, par tribus, par communautés. » (S. 7, 160).


Selon le Coran, Isaac est donc le seul à avoir engendré un petit-fils à Abraham : Jacob. Jacob porte le nom caractéristique d’« Israël » (S. 19, 58). Jacob est le père des 12 tribus d'Israël (S. 7, 160). Isaac et sa descendance sont les seuls qui bénéficient du don de prophétie et de l'aptitude à recevoir le Livre (S. 29, 27).*





Jacob, le fils d'Isaac, surveillant un troupeau (Chirāz, 1520 ; BnF).


* : Le Coran décrypté : figures bibliques en Arabie , p. 53 à 64, Jacqueline Chabbi, Fayard, 2008.




2. 7. D’où provient la croyance que les musulmans sont fils d'Ismaël ?
Le Coran ne donne aucun enfant à Ismaël et aucun qui serait prophète. La conviction que les arabes sont fils d'Ismaël ne se trouve donc pas dans le Coran. En fait, il s'agit d'une conviction chrétienne et juive, née bien avant l'apparition de l'islam et qui puise ses racines dans la Bible.
À la mort de Mohamed, la conquête arabe déferle sur le Moyen-Orient. Les chrétiens sont assiégés dans Jérusalem. À Noël 634, ils ne peuvent se rendre à Bethléem pour fêter la naissance du Sauveur ! Ils vont rechercher une explication dans la Bible pour se rassurer sur la volonté divine. Dans la Bible, Ismaël a de nombreux enfants. C'est clairement dit. Dieu dit à Abraham, dans la Genèse (17, 20) : « En faveur d'Ismaël aussi, je t'ai entendu : je le bénis, je le rendrai fécond, je le ferai croître extrêmement. Il engendrera douze princes et je ferai de lui une grande nation. ».
Même si le Coran ne donne aucune descendance à Ismaël, les juifs et les chrétiens n'ont aucun doute. Ils savent qu'Ismaël bénéficie d'une promesse de bénédiction et de réussite humaine. Ismaël ne bénéficie pas de l'Alliance spirituelle, mais bien de la promesse de réussite humaine (Genèse 17, 18-22). Il aura des fils qui régneront ! D'ailleurs, des « ismaélites » apparaissent de temps en temps dans l'Ancien Testament (Psaume 83(82), 7 ; Genèse 37, 27). Ils composent un peuple non défini assimilé aux ennemis d'Israël (Psaume 83(82), 7). Pour les juifs et pour les chrétiens, ces ismaéliens se confondent avec les arabes, dès avant la prédication de Mohamed *. Au VIIe siècle, les arabes conquérants vont donc tout de suite être assimilés aux descendant d'Ismaël. Ainsi en témoigne une couverture d’Évangile recopié en 682 après J.-C. : « Ce livre du Nouveau Testament a été achevé en l'année 993 des Grecs, qui est l'an 63 des Mahgrāyē (les « conquérants arabes »), les fils d’Ismaël, fils d'Agar et fils d'Abraham. » (Crone-Cook, Hagarism, 1997, p.160, n° 54 ; Griffith, The Prophet Muhammad, 1983, p. 122-123, n° 3)**.


Mais un texte chrétien s'était déjà fait plus précis, et avait attribué la paternité de Mohamed à Ismaël. La chronique du Patriarche arménien Sebèos a été rédigée en 660 après J.-C.. Elle parle des conquérants arabes comme étant « Ismaélites » ou « Fils d’Ismaël » ou « Hagarachs » (étymologie : Agar). Sebèos confirme que Mohamed est marchand et fils d'Ismaël : « Il y avait un des enfants d'Ismaël, du nom de Mohamed, un marchand ». (Histoire d'Héraclius, p. 95)**. Voilà Mohamed pourvu d'un ancêtre dont jamais personne n'avait parlé auparavant, et en particulier pas le Coran. Mohamed est devenu un enfant d'Ismaël !
L'auteur, Sebèos, retrouve dans la Genèse la prédiction d'une famille triomphante, celle d'Ismaël**. Ismaël y est montré comme « un maître onagre, sa main contre tous et la main de tous contre lui » (Genèse 16, 12). La chronique de Sebèos est la première occurrence historique de l’appartenance de Mohamed à la descendance d'Ismaël. Quand elle est écrite, Mohamed était mort depuis 28 ans.


Le Coran, lui, ne signale jamais que les arabes adeptes de Mohamed descendent d'Ismaël, ni de sa mère Agar, ni même d'Abraham. Agar n'est jamais nommée dans le Coran. Son nom provient de la Genèse. En particulier, dans le Coran, Mohamed lui-même, n'est pas signalé comme descendant d'Ismaël. Sa position de « sceau des prophètes », en ferait même un descendant d'Isaac (Sourate 29, 27) !
Soucieux de rationaliser ce qui leur arrivait au moment de la conquête arabe, les chrétiens ont retrouvé dans leur croyance ancestrale une justification à la puissance des arabes. Les arabes n’étaient pas les fils de la promesse spirituelle liée à Isaac, mais ceux d'Ismaël à qui Dieu avait promis une postérité princière. La victoire des musulmans du VIIe siècle était ainsi expliquée et remise à sa juste place : il s'agissait seulement d'un succès humain et nullement d'un accomplissement spirituel. En effet, aux yeux des chrétiens et des juifs, Ismaël a été exclu de l’Alliance spirituelle par Dieu lui-même : « En faveur d’Ismaël aussi je t’ai entendu : je le bénis, je le rendrai fécond, je le ferai croître extrêmement, il engendrera douze princes et je ferai de lui une grande nation. Mais mon alliance, je l’établirai avec Isaac, que va t’enfanter Sara, l’an prochain à cette saison. » (Genèse 17, 20-22). Finalement, en nommant Mohamed « fils d'Ismaël », les chrétiens affirment que Mohamed ne bénéficie d'aucune Alliance spirituelle avec Dieu !
Les musulmans oublieront rapidement que, dans le Coran, Ismaël n'a pas d'enfant et que seuls les enfants d'Isaac sont prophètes (S. 29, 27). Ils reprendront à leur compte la légende imaginée par les chrétiens et affirmeront descendre d'Abraham par Ismaël, et Mohamed lui-même deviendra fils d'Ismaël.





Les nations réunies dans le sein d'Abraham
(enluminure d'une Bible du XIIe siècle).


Que Mohamed descende d'Ismaël, est maintenant un dogme en islam. Peu de musulmans savent que cela provient d’une interprétation chrétienne qui est en contradiction avec le Coran et qui nie la réalité du prophétisme de Mohamed.




* : Antiquités juives, Flavius Josephe. Livre I, Chapitre XII, 4, 220-227.
** : Les fondations de l'islam, entre écriture et histoire, p. 37, Alfred-Louis de Prémare, éditions du Seuil, 2002.




2. 8. Agar et son fils Ismaël, ou comment ils sont abandonnés dans un désert.
Pour la Genèse (21, 9-2), Abraham abandonne Agar et Ismaël à Bercheba, dans le désert de Juda, lieu bien localisé par les historiens dans la région de Jérusalem, à 1000 km au nord de la Mecque. Néanmoins aucune fouille n'a pu retrouver de vestiges confirmant une occupation humaine à Bercheba qui serait aussi ancienne.





Agar secourue par l'ange (Tattarescu, 1870).


Selon le Coran, Abraham met sa descendance à l’abri à la Mecque. Le Pr J. Chabbi remarque que la forme grammaticale du verset du Coran est formelle, c'est la totalité de sa descendance qu'Abraham met à l’abri à la Mecque, donc ses deux fils, Ismaël et Isaac. « Mon Seigneur, s’exclame Abraham, rends ce pays sûr et épargne-moi et épargne à mes fils d’adorer des idoles »... « Notre Seigneur, j’ai installé ma descendance dans un val sans culture, près de Ta demeure bien protégée [la Ka’ba] pour qu’ils accomplissent la prière. Fais que le cœur des hommes des tribus locales ait de l’inclinaison pour eux et veuille bien pourvoir à les nourrir des fruits de la terre. » (Sourate 14, 35 et 37 ; traduction J. Chabbi).
Pour le Coran, la Mecque est déjà un lieu sacré et peuplé quand Abraham y arrive : il prie Allah de rendre ses habitants favorables à ses enfants ! On voit donc mal comment Agar s'y serait trouvée seule, dans un désert, en train de mourir de soif ! C'est pourtant ce que va raconter la Tradition musulmane ! Cependant, l'origine de cette croyance a été retrouvée en 1933, par Sidersky, dans des textes du Midrash juif du IIe siècle. Ce sont donc, en fait, des légendes juives tardives, celles qui parlent d'Agar et de sa recherche d'un puits, qui ont inspiré la Tradition musulmane *. Ici aussi, les récits de la Tradition sont en contradiction avec le Coran.


La Tradition musulmane a été fixée par al-Bukhārī au IXe siècle. Bukhārī développe l'histoire d'Agar alors que le Coran ne cite jamais son nom. Dans son Hadith qualifié d'Authentique ou Salih, (6/396-397 ; 3364), il raconte que Sara, l'épouse légitime d'Abraham, est stérile. Elle incite Abraham à avoir un enfant d'Agar, leur servante. Il s'agit d'Ismaël. Mais, une fois la promesse miraculeuse de Dieu réalisée, Sara devient à son tour mère d'Isaac. Sara demande alors à Abraham de chasser Agar et Ismaël. Voici le seul contenu commun entre les écrits de Bukhārī et la Bible.
Al-Bukhārī raconte également qu'Agar est une fille de sang royal, réduite en esclavage chez Pharaon. Abraham l'a reçue en cadeau lors de son séjour en Égypte. Toujours selon al-Bukhārī qui écrit au IXe siècle, Abraham laisse Agar et Ismaël dans le désert de la Mecque. Agar, assoiffée, court sept fois entre les collines de Safā et Marwah. Enfin, un ange lui indique un puits. Une eau pure et fraîche coule au cœur même du désert inhospitalier d'Arabie. Le puits de zemzem, qui irrigue toujours la Mecque, vient d'être découvert.
La découverte de ce puits est célébrée chaque année lors du pèlerinage, le Hajj, de la Mecque. La course entre les deux collines Safā et Marwah (sa'īy, سَعْيي, course, effort, recherche) reprend la course d'Agar et symbolise la vie spirituelle du musulman, centrée sur son effort et sa recherche de la Volonté d'Allah. Au XIIe siècle, l'exégète musulman de Bagdad, al-Djawzī, explique la valeur spirituelle du pèlerinage à la Mecque. Il s'agit de se mettre en état de dépendance et de renoncer au bien-être corporel. Le pèlerin effectue des rituels que la raison ne comprend pas. Il marche entre Safā et Marwah et lapide des stèles : autant de rites qui défient le bon sens mais démontrent sa parfaite soumission à Allah (Mouthir al-azam as-sakin, 1/285-286).
On voit à travers l'exemple d'Agar, dont l’existence est ignorée du Coran, comment la Tradition islamique se réappropriera les éléments religieux préislamiques de la Mecque, centrés sur le culte de l'eau. En effet, la Mecque est une déclivité où les eaux s'accumulent. La présence de cette eau salvatrice au cœur d'un des déserts les plus arides de la planète est à l'origine du culte de la Kaaba préislamique. Ainsi, la Tradition musulmane fait-elle la synthèse des différentes croyances ancestrales et des affirmations coraniques pour fonder sa foi et enrichir ses rituels.




* : Les origines des légendes musulmanes dans le Coran et dans les vies des prophètes, p. 50-51, Sidersky, Paris, 1933.




2. 9. Le sacrifice d'Isaac ou d'Ismaël ?
Selon la Genèse (22, 1-14), Ismaël et sa mère esclave Agar sont déjà abandonnés dans le désert de Judée, quand Dieu demande à Abraham le sacrifice d'Isaac sur une montagne. Isaac est donc « son unique » fils (Genèse 22, 1), maintenant qu'Ismaël a été abandonné. Les juifs affirment que le sacrifice d'Isaac a eu lieu sur le mont du Temple, à Jérusalem, donc sur une montagne. « Il arriva que Dieu éprouva Abraham et lui dit : « Prends ton fils, ton unique, que tu chéris, Isaac, et va-t'en au pays de Moriyya, et là tu l'offriras en holocauste sur une montagne que je t'indiquerai. » (Genèse 22, 1-2). Abraham prouve son obéissance en partant pour sacrifier Isaac dans un long voyage de trois jours. Il monte avec Isaac sur la montagne du sacrifice. « Puis, l'Ange dit : « N’étends pas la main contre l'enfant ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique. » Abraham leva les yeux et vit un bélier, qui s'était pris par les cornes dans un buisson.... L'Ange de Yahvé dit : « Je jure par moi même, parole du Yahvé : parce que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable de la mer et ta postérité conquerra la porte de ses ennemis. Par ta postérité se béniront toutes les nations de la terre parce que tu m'as obéi. » (Genèse 22, 12-14).
L'Ange confirme à Abraham que, grâce à son obéissance, sa descendance par Isaac sera innombrable.





Le sacrifice d'Isaac (mosaïque de pavement,VIe
siècle après J.-C., synagogue de Beth Alpha ; Israël).




Le Coran reprend le même plan que la Genèse. Le fils sacrifié est celui de la naissance miraculeuse, donc Isaac (S. 11, 71). Le texte coranique ne laisse aucune ambiguïté, même si l'enfant n'est pas nommé (Sourate 37, 99-109). Il ne saurait donc s'agir d’Ismaël qui est né sans intervention divine. La fin rappelle, comme dans la Genèse, la promesse qui s’étend sur la descendance d'Isaac. Ismaël est absent du récit :
« Et Abraham dit : « Oui, je vais vers mon Seigneur : Lui me guidera. Seigneur, fais-moi don d’un qui soit parmi les gens de bien. ». Nous lui fîmes donc bonne annonce d’un garçon patient.
Puis, quand celui-ci en fut à courir avec lui, Abraham dit : « O mon petit, oui, je me vois en songe en train de t’immoler, vois donc quelle est ton opinion. ». Lui de dire: « O mon cher père, fais ce qui t’est commandé : tu me trouveras, si Dieu veut, du nombre des endurants. »
Puis quand tous deux se furent soumis, et qu’il l’eut jeté sur le front, voilà que Nous l’appelâmes : « Abraham ! Tu as bien réalisé la vision. Oui, c’est ainsi que Nous payons les bienfaisants. » C’était là, certes oui, l’épreuve manifeste. Nous le rançonnâmes d’une énorme immolation. Et c’est à lui que Nous laissâmes la postérité. Paix sur Abraham... Oui, il était de Nos enclaves croyants. Et Nous lui fîmes bonne annonce d’Isaac comme d’un prophète d’entre les gens de bien ; Et Nous versâmes, sur lui et sur Isaac, plénitude de bénédiction. Il y a cependant, dans leur descendance, le bienfaisant et aussi celui qui manifestement se manque à lui-même. » (Sourate 37, 99-109).


Isaac sera donc prophète en récompense de son obéissance. Une fois de plus, il est rappelé que le « bienfaisant » est dans sa descendance, ce qui suggère que Mohamed fait partie des descendants d'Isaac. Nulle part Ismaël n'est nommé dans le Coran quand le sacrifice de l'enfant est évoqué, nulle part la Mecque n'est citée. Imaginer que l'enfant proposé au sacrifice ait été Ismaël, et que le lieu du sacrifice ait été la Mecque, tient de la pure extrapolation. La Tradition musulmane tardive affirme néanmoins que l'enfant proposé au sacrifice était Ismaël, et qu'Isaac est né secondairement en récompense de la soumission d'Abraham. Elle affirme également que le sacrifice a eu lieu à la Mecque.


C'est de nos jours ignoré, mais dans les 150 premières années de l'Hégire, la version biblique a prévalu chez les musulmans. L'ouléma musulman Ibn Hanbal (780-855) a conservé le récit non extrapolé et raconte bien que c'est Isaac qui est sacrifié. Il écrit plus précocement qu’al-Bukhārī (810-870). Dans les siècles qui suivent, les exégètes musulmans, après avoir accepté le fait qu'ils étaient enfants d'Ismaël, affirmeront avec conviction que l'enfant proposé au sacrifice était Ismaël. Les musulmans délocaliseront alors le lieu du sacrifice et le placeront à la Mecque.


Mais, que ce soit dans la Bible ou dans le Coran, Abraham reçoit deux révélations majeures : Dieu est unique et Il refuse les sacrifices humains. Dès les premiers moments de Sa rencontre avec Abraham, Dieu exprime sa bonté fondamentale et son amour de l'humanité.





Abraham offre son fils en sacrifice (1583 ; musée des arts islamiques,
Istanbul). Est-ce Isaac ou Ismaël ? Les musulmans eux-mêmes ne sont pas d'accord.






2. 10. Peut-on savoir quand et où a eu lieu la vie d'Abraham ?
L'existence d'Abraham n'a jamais été prouvée par l'archéologie.
Quand Dieu se révèle unique, cela ne laisse aucune trace. De même, Dieu teste l’obéissance d’Abraham en lui demandant de sacrifier son fils Isaac. Ce sacrifice n'a laissé qu'une marque spirituelle pour signaler aux hommes que Dieu ne voulait pas de sacrifice d'enfant. Les juifs, et les chrétiens, pensent que le sacrifice du bélier a eu lieu à Jérusalem sur le mont Moriah (2 Chroniques 3, 1), là où le Temple hébraïque a été construit ; les musulmans pensent qu'il a eu lieu à la Mecque, qui est un point-bas où se collecte les eaux. Ni les uns ni les autres n'ont apporté de preuves archéologiques à leurs affirmations.


Le Coran relate qu'Abraham a fondé la Kaaba de la Mecque comme un refuge sûr (S. 14, 35-37). Mais aucune fouille n'a été effectuée à la Mecque pour le confirmer. La trace la plus antique de l'existence de la Mecque date de Claude Ptolémée, géographe astronome, du IIe siècle après J.-C.. Il a dressé une carte de l’Arabie qui n'existe plus que dans des copies du XVe siècle. La Mecque y est reconnue sous le nom « Macoraba ». C'est la première fois que la Mecque est citée par écrit. Seules des campagnes de fouilles permettraient d'en connaître l'ancienneté avec certitude. Mais l'Arabie Saoudite refuse de se confronter aux vérités archéologiques et interdit de fouiller ses villes saintes.





Reproduction du XVe siècle de la carte perdue de Ptolémée qui avait été faite, elle, au IIe siècle (British Library).








La tombe d'Abraham et de sa famille serait près d'Hébron, là où serait morte Sara (Genèse 23, 1-3), et plus précisément à Mambré dans la grotte de Makpéka (Genèse 23, 19 ; Genèse 25, 9) : elle n'a pas été retrouvée. Le Sanctuaire actuel appelé le Tombeau des patriarches a été construit par les Croisés sur des restes de murs datant d'Hérode, c'est à dire sur des murs contemporains du Christ. Il est donc trop jeune de 2000 ans pour prétendre héberger les dépouilles d'Abraham et de Sara. Le Tombeau des patriarches a été transformé en mosquée après la conquête de Saladin.





Le Tombeau des Patriarches à Hébron est récent. Sa partie la plus ancienne (les fondations) a été
construite par Hérode, 2000 ans après la période la plus probable de la vie d’Abraham.




En 1967, Moshé Dayan, le général israélien, en fit explorer la crypte après avoir conquis Hébron. L'entrée était si étroite, qu'on a dû envoyer une fillette. La seule inscription trouvée au fond est une phrase du Coran affirmant l'unicité de Dieu. Des fouilles au cœur du tombeau transformé en mosquée, au plus profond de la crypte, seront-elles un jour possible ? Les musulmans montreront-ils toujours la même réticence à se confronter aux découvertes archéologiques ?


De l'histoire d'Abraham telle que la relatent la Bible et le Coran, seule la destruction de Sodome et de Gomorrhe pourrait servir à dater et à localiser la vie des Patriarches ! Et même l'identification de Sodome n'est pas certaine : il faut pour cela que la traduction de la tablette d'Ébla soit exacte ! La chronologie donnée par la Bible fait penser qu'Abraham a vécu vers 2000 avant J.-C.. La destruction de Sodome a eu lieu en -2300, selon la tablette d'Ebla. Mais, un autre tremblement de terre a eu lieu au XVIIIe siècle avant J.-C. en Canaan et pourrait correspondre également au récit biblique de la destruction de Sodome et Gomorrhe. La période où a vécu Abraham ne peut pas être mieux précisée, elle se situe entre -2300 et -1800.
En 2200, les terres à l'ouest du Jourdain et de la Mer Morte (futur Canaan) se désertifient. Si Abraham a vécu à ce moment, sa foi a été conservée par un peuple nomade qui rayonnait dans toute la région et n'a pas laissé de trace décelable. La Genèse (21, 33) signale qu'Abraham « plante un tamaris à Bersabée et [qu']il y invoque le nom de Yahvé ». Ce genre de culte ne laisse aucune trace.
L'existence d'Abraham n'est donc pas invraisemblable, mais elle n'est pas démontrée.




2. 11. Quand, pour la première fois, a été mise par écrit la vie d'Abraham ?
En fait, ce n'est qu'après une longue période de transmission orale que l'histoire d'Abraham a été mise par écrit dans la Bible. Plusieurs indices indiquent qu'elle a été rédigée au premier millénaire avant J.-C., soit plus de 1000 ans après la vie d’Abraham
Isaac croise « Abimélek, roi des Philistins » dans la Genèse (26, 1). Or, les Philistins ne sont arrivés au Moyen Orient qu'à partir du XIIe siècle avant J.-C.*.
Jacob, le petit fils d'Abraham, est qualifié d'« araméen » dans le Deutéronome (26, 5) (*1). Les araméens n'apparaissent qu’en 1100 avant J.-C.. Cela montre clairement que le récit a été écrit bien plus tard.
La référence aux chameaux de la caravane du serviteur d'Abraham (Gn 24, 10-14), prouve également que la rédaction de la Genèse date du premier millénaire avant J.-C. puisque cet animal n'était pas domestiqué auparavant (*1).





Rebecca rencontre les serviteurs d'Abraham qui voyagent à dos de dromadaire … selon
la Genèse... (mosaïque de la cathédrale de Monreale, XIIe siècle ; Sicile).




Le petit fils d'Isaac et de Rebecca se nomme « Édom » (*2). Or, Édom devient un royaume au VIIIe siècle avant J.-C. selon les archives assyriennes et les fouilles archéologiques. La région d'Édom n'est occupée et ses villes ne sont créées qu'au VIIIe siècle.
La Genèse n'a donc pu être écrite qu'après le VIIIe siècle avant J.-C.. Les éléments culturels qui s'y trouvent, démontrent une telle datation.
La Bible a été écrite par des générations d’hommes que les croyants pensent inspirés par Dieu. Mais, elle a été écrite des centaines d'années après les événements rapportés. Le passage des générations a fait son œuvre et explique l'approximation des détails. Seul l'enseignement spirituel garde une valeur éternelle ; les éléments culturels, scientifiques ou historiques de la Bible proviennent des hommes qui l'ont écrite. De plus, la Bible raconte une longue histoire qui n'est pas achevée quand commence sa rédaction. Les plus anciens livres de la Bible ont été écrits au VIIIe siècle avant J.-C.. L’Ancien Testament ne sera achevé qu'au IIe siècle avant J.-C.. Le Nouveau Testament, qui raconte la vie du Christ et des premiers chrétiens, a été rédigé dans la seconde moitié du premier siècle. Selon les plus récents avis des spécialistes, les épîtres de Paul ont été rédigées entre l'an 50 et l'an 64, et les évangiles entre 61 et 65. Nous verrons comment ces datations ont été déterminées quand nous raconterons les débuts du christianisme. L’Apocalypse de Jean a été rédigée un peu plus tard, à la fin du premier siècle, avant le décès de Jean. À la fin du premier siècle, la rédaction de la Bible était achevée, même si sa réunion en un seul livre a pris encore quelques dizaines d'années.
Les auteurs de la Bible sont donc multiples et sa rédaction s'est étendue sur 1000 ans. Les juifs et les chrétiens pensent que ses auteurs sont inspirés par Dieu. Nous avons vu qu'ils ont eu quelques intuitions remarquables : le Big Bang, un ordre dans la création à peu près respecté, l'existence d'Adam et d'Ève... Croire la Bible inspirée par Dieu, c'est reconnaître que le contenu de la Bible n'est pas que le fruit de l'imagination des hommes, de leur intuition ou de leur intelligence. Croire la Bible inspirée par Dieu, c'est confesser qu'il a fallu l’intervention de Dieu pour que les auteurs de la Bible racontent si justement certains faits scientifiques, certes, mais, aussi, particulièrement, les vérités divines.
Cependant, les textes saints ne disent pas exactement la vérité, et en particulier la vérité scientifique. Ils contiennent également quelques approximations historiques... Nous en avons vu certaines, nous en verrons d'autres, tant dans la Bible que dans le Coran.




* : La Bible dévoilée ; *1 : p. 478 / *2 : p. 113 ; I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.




2. 12. Qu'est-ce que la Vérité selon les Textes saints ?
La vérité pour un scientifique est ce qui peut se démontrer par le calcul ou l'observation. Un esprit scientifique recherche la vérité sans préjuger du résultat. Les mathématiques, l'observation de la réalité et les expériences reproductibles sont les seuls outils pour connaître la vérité. Aucun texte saint n'a de valeur scientifique en soi, ni ne peut définir la vérité pour un scientifique : l'observation de la réalité prime et seule la logique permet de comprendre cette réalité. Un scientifique ignore la vérité qu'il cherche. Il peut avoir une intuition, mais il pose alors une hypothèse et procède à une expérimentation pour la vérifier. Il doit être capable d'abandonner son hypothèse de départ et la juger erronée, si l'expérience la contredit.


La vérité des croyants est autre, elle est définie par le texte saint ou la tradition de chacun.
Les juifs sont à la recherche de la Loi orale de Moïse depuis l’émergence du rabbinisme à la fin du premier siècle.





Moïse au buisson ardent : sa parole représente la Loi orale - vérité suprême- que recherchent les juifs
mosaïque de la synagogue de Doura Europos, peinte en 246 ; musée de Damas, Syrie).


Pour les juifs, la vérité n'est donc pas dans la lettre de la Bible, mais dans un message oral à redécouvrir
par l'étude de la Thora, contenue dans les 5 premiers livres de la Bible.


La loi orale de Moïse est par définition non écrite et demande à être découverte au fils des siècles. La Bible contient la Loi écrite de Moïse, et c'est par son étude que les juifs pieux peuvent découvrir cette Loi Orale.


Les chrétiens puisent leur définition de la Vérité dans le Nouveau Testament : « Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » (Jean 14, 6).



Le visage du Christ reconstitué par des ingénieurs
de la NASA à partir du Suaire de Turin.
Jésus incarne la Vérité des chrétiens.


On verra en analysant les dernières données scientifiques, que l'authenticité du Suaire est probable. Nous avons
donc retenu cette reconstitution pour illustrer l'incarnation de la vérité pour les chrétiens.




La Bible est donc un livre écrit par les hommes qui raconte le chemin de l'humanité vers Dieu. Ces hommes sont inspirés par Dieu, selon les exégètes chrétiens, et ils disent des vérités inspirées et en particulier sur Dieu, mais ils restent des hommes. Pour les chrétiens, la Bible conduit donc à la vérité et au salut, mais la Bible n'est pas elle-même la vérité et le salut. La Vérité (et le salut) des chrétiens, -selon la définition proposée par la Bible-, c'est le Christ.


Les juifs, comme les chrétiens, sont donc à la recherche d'une vérité qui n'est pas close. La Vérité des juifs est la Loi orale de Moïse. La Vérité des chrétiens est le Christ, personne complexe qu'ils croient à la fois homme et Dieu.


C'est une différence fondamentale avec l'islam qui offre une vérité définie et connue : le Coran. Pour les musulmans, le Coran est la Vérité absolue, donnée directement par Dieu et sans erreur aucune. « Ceux qui ont rejeté le Coran, quand il leur est parvenu, ne savaient-il pas que ce Livre est d’une valeur inestimable, inaccessible à toute erreur d’où elle vienne, descente de la part d'un Sage, d'un digne de louange. » (S. 41, 41-42). « Ne méditeront-ils donc pas le Coran ? S’il avait été d’un autre que Dieu, ils y auraient trouvé maintes contradictions. » (S. 4, 82).
Le Coran contient néanmoins des erreurs dans différents domaines de la science ou de l'histoire. Nous en avons déjà vu quelques-unes : les hommes créés d'argile (Sourate 23, 13), la création en 6 jours (S. 41, 12 ; S. 71, 15 et S. 78, 12) ou les montagnes immobiles (Sourate 21, 31). Le Coran va retrouver une cohérence en appelant le croyant à la soumission. « ... Et Nous avons fait l'orientation à quoi tu te tenais (la mauvaise orientation de Mohamed en prière à la Mecque) que pour savoir qui suit le Messager et qui tourne les talons. Est-ce si exorbitant ? Pas pour ceux que Dieu guide. » (S. 2, 143). La soumission aux « erreurs » ou aux « imperfections » de la révélation de Mohamed permet donc d’identifier les vrais croyants.
Cette exigence est confirmée : « C'est Lui (Allah) qui a fait descendre sur toi le Livre : il s'y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d'autres versets qui peuvent prêter à d'interprétations diverses. Les gens, donc, qui ont au cœur une inclinaison vers l'égarement, mettent l'accent sur les versets à équivoque, cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation, alors que nul n'en connaît l'interprétation, à part Allah. Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent : « Nous y croyons : tout est de la part de notre Seigneur ! ». Mais, seuls les doués d'intelligence s'en rappellent. » » (S. 3, 7). Le Coran lui même signale donc qu'il contient des versets contradictoires : le Coran porte en lui même sa propre contradiction... Les hommes pieux sauront ne pas en discuter et croire que tout vient d'Allah démontrant ainsi leur parfaite soumission à Dieu.

Cette consigne coranique de vérifier la soumission des croyants par l’acception des approximations du Coran, disparaîtra au IIIe siècle de l'Hégire quand le Coran acquerra le statut de Livre Incréé. Retrouver la cohérence de la révélation coranique deviendra le travail des savants musulmans : les oulémas, les seuls autorisés à interpréter le Coran. De nos jours, les sunnismes nient même que le Coran contienne des contradictions, alors que le Coran lui-même dit en contenir (S. 2, 106 : « Si Nous abrogeons un quelconque verset ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur, ou un équivalent. » et S. 16, 101). Tout le travail d'interprétation des sunnites consiste, de nos jours, à démontrer l'absolue véracité du Coran.





Le Coran bleu de Kairouan (IXe siècle). Le Coran incarne la Vérité pour les musulmans.




Portées par ces convictions radicalement différentes, des civilisations différentes vont émerger, chacune soutenue par sa propre logique. Le judaïsme est basé sur l'étude qu'accomplit chaque homme à la recherche d'une Loi orale inconnue. Le christianisme est basé sur la recherche de la vérité, celle qui rend libre (Jean 8, 32) et qui s'est incarnée dans le Christ (Jean 14, 6). L'islam est basé sur la soumission à Allah qui va jusqu'à justifier les incohérences du Coran, livre qui définit la vérité pour les musulmans.




2. 13. Canaan et l'Égypte entre 2000 et 1500.
Les fouilles d'Israël ont renseigné sur l'habitat de Canaan entre 2000 et 1500 avant J.-C..
De -2000 à -1550, a lieu la seconde vague d'occupation des « Hautes Terres » de Canaan, à l'intérieur des terres, loin du littoral, à l'Ouest de le mer morte et du Jourdain.
Vers -2000, Jérusalem est fondée. Elle se nomme Urushalim dans les archives égyptiennes*. Manéthon, l'historien grec contemporain d'Alexandre le Grand, racontera au IVe siècle que Jérusalem a été fondée en -1570, à la fin de la dynastie Hyksos d'Égypte. Mais, l'archéologie a démontré que Jérusalem est plus ancienne. Hébron est également créée, ainsi que Sichem, la principale ville au nord.
L'archéologie a retrouvé 220 sites d'habitation sur cette période (-2000 à -1550). Les villes que les Hébreux occuperont plus tard existent déjà, mais leurs habitants ne respectent pas encore la Loi de Moïse puisqu'on trouve des ossements de porc dans leur logement. Le Nord est à nouveau plus riche : les fermiers sont plus nombreux que les nomades. Le peuple de la région Sud est essentiellement nomade, comme en témoigne le grand nombre de sépultures par rapport au nombre d'habitations permanentes. Abraham et son clan y ont-ils vécu en nomades ? Aucune certitude à ce sujet, mais la vie nomade y est majoritaire*.


Les archives égyptiennes signalent également de nombreuses villes sur la bande littorale fertile, au bord de la méditerranée. Les pharaons les craignaient*. Elles sont occupées par des peuples marins qui vivent de commerce. Parmi eux, les phéniciens sont les plus connus.


À partir de - 1800, des habitants de Canaan émigrent vers l'Égypte, ce que des fouilles dans le delta du Nil ont permis d'établir grâce au style des poteries, typiquement cananéennes. Leurs rites funéraires et leur architecture confirment cette origine. Cette immigration a été pacifique et progressive. Aucune trace de violence ni de combats n'a été retrouvée.


Aux alentours de - 1800, les premières traces d'écriture en proto-hébreu apparaissent en Égypte. F.W.P. Petrie découvre en 1905 sur le plateau de Sarabit-el-Khadim, dans une région minière du Sinaï, la première trace d'écriture dite protosinaïtique. Elle est inspirée d'une simplification des hiéroglyphes. Elle peut tout exprimer avec une vingtaine de signes, ce qui en fait une écriture alphabétique commode. Elle est en usage auprès des marchands et des ouvriers venant de Canaan pour travailler en Égypte. Au cours du XXe siècle, de multiples inscriptions en protosinaïtique seront découvertes en Égypte. On en trouve jusque dans la vallée des Rois. Aucune ne date d'avant -1800. Aucun autre pays ne contient d'inscription dans cet alphabet qui soit plus ancienne.





Sphinx de Serabit el-Khadim porteur d'une inscription en proto-synéraïque vers 1800 avant J.-C..



Détail de l'inscription dédicace à la déesse Hathor en proto-syrénaïque. Si cette écriture a donné naissance aux écritures hébraïque,
grecque et arabe, ceux qui l'ont inventée étaient toujours polythéistes et païens. Ils rendent ici hommage à Hathor.




Cette écriture est l’ancêtre du phénicien, du grec, de l’hébreu et de l'arabe. Mais un alphabet commun n'est pas une origine ethnique commune. En effet, le choix d'un alphabet s’apparente à un « transfert technologique », et non à une filiation humaine ou spirituelle. Que l'arabe soit mis par écrit au VIIIe siècle après J.-C. grâce à un alphabet issu du protosinaïtique, ne signifie donc nullement que les ancêtres des arabes vivaient en Égypte en -1800. Les hommes qui inventent cet alphabet ne peuvent pas davantage être qualifiés d'Hébreux. Leurs pratiques religieuses sont polythéistes et ils ne respectent pas l'interdit sur le porc. Il s'agit donc simplement de migrants venant de Canaan qui s’approprient et adaptent les hiéroglyphes.
En Canaan, les sites de peuplement seront abandonnés vers -1550. Il persistera 25 sites d'habitation pendant les quatre siècles suivants. Vers -1500, à l'aube de la sédentarisation des Hébreux dans leur terre promise, Canaan et ses Hautes Terres sont désertiques*.




* : La Bible dévoilée, p. 237, Israël Finkelstein, Neil Asher Silberman, folio histoire, 2002.




2. 14. Joseph, l'arrière petit-fils d'Abraham en Égypte.
L’Égypte, avec ses richesses et sa production alimentaire garantie par les crues du Nil, a servi de refuge pour des populations victimes de sécheresses ou de catastrophes pendant toute l'antiquité. Cela est évoqué dans la Genèse (12, 10).
Les cananéens immigrés s’intègrent peu à peu à l’élite égyptienne. Ils gagnent les sphères du pouvoir et finissent par remplacer la dynastie régnante. Simples immigrants et travailleurs affamés, ils prennent peu à peu le pouvoir. L’Égypte se morcelle. Le Sud reste sous la domination des princes de Thèbes, d'origine égyptienne. Le Nord, le delta du Nil, est entre les mains d’une dynastie d’origine cananéenne, les Hyksos : la prise de pouvoir a été pacifique.
L’histoire de Joseph racontée dans la Bible et le Coran est tout à fait compatible avec l’arrivée d’immigrés cananéens chassés de leur pays par la famine et qui s’implantent peu à peu au plus haut de l’état égyptien.


S'il n'y a pas de preuve directe de l’existence de Joseph, douzième fils de Jacob-Israël, fils d’Isaac, fils d’Abraham, il n'existe pas non plus d’invraisemblance historique et sociologique dans le récit qui est fait de sa vie. Cela a conduit les historiens à considérer que la vie de Joseph pouvait avoir eu lieu à cette période de l’histoire égyptienne, pendant la dynastie Hyksos fondée en Égypte par un peuple d'origine cananéenne.





Joseph, devenu ministre de Pharaon, accueille ses onze frères en Égypte lors
de la famine en Canaan et il les nourrit, (Haggadah de Sarajevo, enluminure
juive de 1350, Saragosse ; Musée national de Bosnie-Herzégovine).




La Sourate 12 signale que Yūsuf (Joseph) enfant est vendu pour quelques pièces de monnaie à un égyptien. « Ils le vendirent à vil prix, pour quelques drachmes comptées. » (S. 12, 20 ; traduction Muhammad Hamidullah). Il s'agit d'un anachronisme du Coran. Ce n'est qu'en 560 avant J.-C. que la première monnaie a été frappée dans le royaume de Lydie (en Turquie actuelle). Aucune pièce de monnaie n'a jamais été frappée avant cette date. De plus, les égyptiens n'ont connu les pièces de monnaie qu'avec la conquête grecque d’Alexandre le Grand en 332 avant J.-C.. Auparavant, ils pratiquaient le troc, parfois avec des échanges de morceaux de métal, mais ce n'était pas des pièces de monnaie. Cet anachronisme coranique est directement inspiré de la Bible. En effet, la Genèse raconte également que les frères de Joseph le vendent « aux ismaéliens pour 20 sicles d'argent » (Gn 37, 28). Le sicle d'argent n'est pas une pièce ; c'est un certain poids d'argent qui sert aux transactions depuis la troisième dynastie d'Ur de Mésopotamie (2112 à 2004 avant J.-C.). La « drachme » du Coran était certes en argent (comme le sicle), mais il s'agit d'une pièce de monnaie, une pièce contemporaine de Mohamed : c'est la pièce d'argent frappée par la dynastie perse sassanide qui a régné de 224 à 651 après J.-C..





Drachme d'argent de Shapur Ier (240 à 272 après J.-C.dynastie sassanide).
 La drachme d'argent sassanide est une pièce toujours utilisée à l'époque de Mohamed.






Nous avons vu que, pour les musulmans, le Coran est parfait, donné sans erreur et directement par Allah (S. 41, 41-42). Un mode de raisonnement typique de l'islam veut donc que l'on parte du contenu du Coran pour définir la vérité. Le verset : « Ils le vendirent à vil prix : pour quelques drachmes comptées. » (S. 12, 20) suffit pour démontrer à certains musulmans que des pièces frappées existaient du temps du patriarche Joseph. Ce mode de raisonnement, qui semble incohérent aux non musulmans, perdure de nos jours chez bien des musulmans.




2. 15. L'archéologie a retrouvé l'histoire du Déluge datée au XVIIIe siècle avant J.-C..
La dernière glaciation, nommée glaciation de Würm, s'est terminée il y a 10 000 ans. Dans les millénaires qui suivent, le réchauffement climatique provoque des inondations. Des tsunamis recouvrent des îles et les littoraux. Que ce soient des inondations saisonnières ou des débâcles dues à la fin de la glaciation, toutes les civilisations portent dans leurs mythes le souvenir d'inondations dévastatrices.
La première mise par écrit de l'histoire du déluge qui soit parvenue jusqu'à nous, date du XVIIIe siècle avant J.-C.. Elle a été retrouvée dans les ruines de Mari, une ville de Mésopotamie. L'épopée d'Atrahasis, ou Poème du Super-sage, a été rédigé en akkadien, une langue sémitique. On en possède 1200 vers. Il s'agit d'une légende qui s'inspire de l'épopée de Gilgamesh, un roi sumérien ayant vécu en 2650 avant J.-C.. L'histoire retrouvée à Mari est parcellaire. Les versions écrites antérieures sont perdues. Le texte intégral le plus ancien parvenu jusqu'à nous provient des archives d’Assourbanipal à Babylone (VIIe siècle avant J.-C.)*.
Le héros du déluge akkadien ne s’appelle pas Noé, mais Utnapishtim. Les dieux mésopotamiens, Anu, Ninurta, Ennugi et Enlil, fatigués d'une humanité trop nombreuse et trop bruyante, décident de la faire disparaître. Utnapishtim est informé du projet divin par Ea, le dieu de la sagesse, qui lui conseille : « Démolis ta maison pour te faire un bateau ! Renonce à tes richesses pour te sauver la vie ! Détourne-toi de tes biens pour te garder sain et sauf ! Mais embarque avec toi des spécimens de tous les animaux. » (traduction Jean Bottéro).
Le texte sumérien poursuit : « Six jours et sept nuits durant, bourrasques, pluies battantes, ouragans et déluge continuèrent de détruire la terre » avant de s'apaiser. Le « bateau s'échoue » au sommet d'une montagne. « Quand l'aube du septième jour se leva, je lâchai une colombe et la laissai partir. Elle s'envola, mais ne trouvant pas d'endroit où se poser, revint. Puis je lâchai une hirondelle. Elle s'envola, mais ne trouvant pas d'endroit où se poser, revint : je lâchai un corbeau, il vit que les eaux s'étaient retirées, il mangea, il vola alentour, il croassa et ne revint pas. Alors, j'ouvris tout aux quatre vents, j'offris un sacrifice et versai une libation au sommet de la montagne. »


Tous ces éléments du Déluge, tels que les ont rapporté les Sumériens polythéistes, seront repris dans la Bible dans l'histoire de Noé, grand ancêtre mythique qui reprend le rôle d'Utnapishtim. Le mythe d'Utnapishtim/Noé existe donc depuis au moins le XVIIIe siècle avant J.-C....
La Genèse a été rédigée au VIe siècle avant J.-C., après la déportation des Hébreux à Babylone. Les Hébreux avaient forcément pris connaissance de ce mythe primordial babylonien. L'histoire de Noé est alors introduite dans la Bible. « Yahvé vit que la méchanceté de l'homme était grande sur la terre et que son cœur ne formait que de mauvais desseins à longueur de journée. Yahvé se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre et il s'affligea dans son cœur. Et Yahvé dit : « Je vais effacer de la surface de la terre les hommes que j'ai créés,- et avec les hommes les bestiaux et les bestioles et les oiseaux du ciel, - car je me repens de les avoir faits ». Mais Noé avait trouvé grâce aux yeux de Yahvé... » (Gn 6, 5-8). Selon la Bible, les hommes ont péché, ils méritent donc la mort. Noé, comme dans le mythe sumérien, construit un bateau, une arche, pour protéger un couple de chaque espèce *. Ainsi, comme pour l'histoire du Jardin d’Éden, ce deuxième mythe sumérien sert-il de support aux interrogations métaphysiques du Peuple Élu. Face à une catastrophe naturelle qui est responsable : Dieu ? Le péché des hommes ? Le hasard des événements ?







L'Arche de Noé (Simon de Myle, XVIe siècle).






À la suite de la Bible, le Coran va lui aussi reprendre le même mythe païen 13 siècles plus tard. « Noé dit : « Seigneur ! Oui, ils m'ont désobéi et ils en ont suivi un dont les biens et les enfants n'ont fait qu'accroître sa perte... Ils ont dit : « N’abandonnez jamais vos dieux, et n'abandonnez jamais Wadd ni Suwâ, ni Yaghouth et Ya'ouc et Nasr, » lesquels cependant en ont certes égaré beaucoup... À cause de leurs fautes, ils ont été noyés, puis on les a fait entrer au Feu. » (S. 71, 21-25). Selon le Coran, les hommes sont restés polythéistes (comme les compatriotes de Mohamed qui refusent sa prédication) et ils méritent de mourir puis d'être damnés. Noé embarque avec un couple de chaque animal (S. 11, 40) sur son Arche : « Nous le portâmes sur un objet de planches et de clous » (S. 54, 13). La Genèse (6, 14) indiquait que l'Arche était en bois résineux et en roseaux enduits de bitume, ce qui est davantage conforme aux techniques de l'antiquité. En effet, dans l'antiquité, les vaisseaux étaient dépourvus de pièces métalliques ; leurs bordages étaient maintenus par des ligatures végétales ou des tenons de bois, jamais par des pièces métalliques **. Les clous du vaisseau de Noé constituent donc un anachronisme du Coran.





Noé construit son arche avec scies et clous comme on le fera après l'âge du fer, au cours
du premier millénaire (Habīb os-Siyar, Vol.1, XVIe siècle ; Palais du Golestān).




L'histoire de Noé ne contient donc pas d'événements réels. Il s'agit de la reprise, dans la Bible puis le Coran, du mythe polythéiste d'Utnapishtim, présent dans l'épopée de Gilgamesh. Cependant une histoire, un mythe, une légende ne sont pas forcement sans intérêt. Si leur intérêt ne peut plus provenir du détail de la chronologie des faits - ceux-ci étant imaginaires - leur intérêt provient de leur message, de leur morale et des interrogations qu'ils contiennent. On comprend que le mythe de Noé ait été repris par toutes les cultures tant les questions qu'il pose sont essentielles. Face à une catastrophe, quelle en est la cause, qui en est responsable ? Le choix arbitraire des dieux ou de Dieu ? Le péché de l'homme ? Le hasard de la nature ?
Les trois monothéismes principaux répondront différemment. Pour les juifs, une catastrophe est l'expression de la justice immanente de Dieu. Pour les chrétiens, les hasards de la nature y contribuent également. Pour les musulmans, une catastrophe naturelle provient du choix arbitraire d'Allah, tout-puissant sur terre comme au ciel. Ces perceptions différentes justifieront certainement le fatalisme musulman et sans doute également la culpabilité judéo-chrétienne.
Pour les chrétiens, et aussi pour les juifs, apparaît une autre lecture face à un texte à l'évidence mythologique : il est de leur devoir d'en rechercher le contenu prophétique. Face aux péchés pratiqués universellement par tous les hommes, ce texte nous annonce qu'un homme sans péché viendra un jour sauver l'humanité entière … Jésus, un jour, emportera l'humanité dans l'arche du baptême, ce qui nous fera participer de sa propre sainteté pour accéder à la vie éternelle … En attendant ce salut éternel, cette Rédemption acquise par la grâce du Christ, Dieu s'engage à ne pas nous traiter selon nos fautes (Genèse 7, 21 ; Gn 9, 15). Pendant toute l'histoire des hommes, nous verrons donc les méchants sembler triompher, et les innocents se faire martyriser, face à un Dieu en apparence silencieux et passif ! C'est le prix à payer, pour que notre existence semble juste aux yeux de Dieu, Lui qui est saint, alors que nous sommes tous sans exemption pécheurs.
 



* : Mésopotamie, p. 438 ; Jean Bottéro, folio histoire, 1997.
** : Dossiers Archéologie, n° 364, juillet/août 2014, p. 10 à 19.




2. 16. Les premières lois écrites, le Talion.
En 1750 avant J.-C., le code d'Hammourabi est mis par écrit sur une stèle de 2,25 m de haut. La stèle est conservée au musée du Louvre. Elle a été érigée par le roi Hammourabi de Babylone. Il ne s'agit pas à proprement parler de lois, mais d’exemples de jugements rendus par le roi. Il s'agit donc une jurisprudence. Nous y voyons apparaître la première occurrence historique de la loi du Talion. Le Talion n’est donc pas une révélation du Dieu unique ou une invention du monothéisme, mais une pratique humaine issue de l’expérience législative d'un roi polythéiste.


Certains jugements du code d'Hammourabi ressemblent à des lois ordonnées dans le livre de l'Exode biblique.
L'article 206 du code d'Hammourabi dit « Si, lors d'une querelle, un homme frappe accidentellement un autre homme avec une pierre ou son poing et l'oblige à s'aliter, il lui paiera la perte de son temps et les frais du médecin. ».
L'Exode (21, 18-19) reprend : « Si des hommes se querellent et que l'un frappe l'autre avec une pierre ou avec le poing de telle sorte qu'il n'en meure pas mais doive garder le lit, s'il se relève et peut circuler dehors avec sa canne, celui qui l'a frappé sera acquitté. Il devra seulement lui payer son chômage et le faire soigner jusqu'à guérison. ».
En fait, toutes les lois humaines, parfois antérieures au code d'Hammourabi, comme le code d'Ur-Nammu en -2100, présentent des articles comparables. La particularité de la Bible est ailleurs. La spécificité des lois prescrites dans le livre de l'Exode biblique est son insistance sur les rapports des hommes avec Dieu et l'importance attachée à la vie humaine. Le Talion y est préconisé, c'est exact, mais c'est celui qui a fauté qui est puni, jamais sa famille.


Dans le code d'Hammourabi, un homme qui tue le fils d'un autre, verra son propre fils exécuté. Dans la loi dite « de Moïse », c'est le responsable du crime qui est puni, pas sa famille.


Le Christ ira plus loin. Il abolit le talion en appelant à pardonner. En fait, le Christ ne se préoccupera jamais de législation, qu’il laisse aux hommes le soin d'établir, mais il signalera les grands principes moraux : « Vous avez entendu qu'il a été dit : « Œil pour œil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis ... de ne pas riposter au méchant. » (Matthieu 5, 39).







Stèle du code d'Hammourabi a été érigée en 1750 avant J.-C. (Le Louvre).






Dans le Coran, l'archaïsme d'Hammourabi persiste. L'épouse d'un homme coupable du meurtre d'une femme peut être exécutée à la place de son mari : « Ô les croyants ! On vous a prescrit le talion au sujet des tués : homme libre pour homme libre, esclave pour esclave, femme pour femme. » (S. 2, 178). Le Talion est néanmoins aménagé dans le Coran pour qu'une compensation financière remplace l’exécution du coupable ou celle d'un membre de sa famille. « Mais celui à qui son frère aura pardonné en quelque façon doit faire face à une requête convenable et doit payer des dommages de bonne grâce. Ceci est un allègement de la part de votre Seigneur et une miséricorde. Donc, quiconque, après cela, transgresse, aura un châtiment douloureux. » (S. 2, 178). La jurisprudence musulmane aura tendance à punir le coupable en même temps que sa famille.




On le voit le Talion trouve ses origines dans la législation et la jurisprudence humaine, et non dans une révélation divine. Le Talion est issu du paganisme et des civilisations polythéistes.




Le Christ seul l'abolira.
_________________
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Dernière édition par Pierre-Elie le Jeu 16 Mar - 14:39 (2017); édité 1 fois
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MessagePosté le: Lun 13 Mar - 12:55 (2017)    Sujet du message: HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHEISMES Répondre en citant

3. L'EXODE ET L'INSTALLATION DES


HÉBREUX EN CANAAN




De 1700 à 1025 avant J.-C.


3. 1. La chute des Hyksos en 1570 : le premier Exode ?


De 1670 à 1570, la dynastie des Hyksos d'origine cananéenne règne au nord de l’Égypte. Sa capitale est Avaris (Tell ed-Daba) dans le delta du Nil.
Joseph, douzième fils de Jacob-Israël, peut effectivement avoir fait partie des cananéens arrivés au pouvoir en Égypte (Genèse 41, 37-49). Son existence telle qu’elle est relatée dans la Bible est compatible avec l'histoire des Hyksos.
À partir de 1670, les Hyksos transfèrent à l’Égypte l'art équestre, la technique des chars, du bronze et des arcs composites. Avant la dynastie Hyksos, les égyptiens n'avaient pas domestiqué le cheval et n'avaient pas de chars. Les magnifiques bas-reliefs du temple de Louxor, où Ramsès II guerroie du haut de son char lors de la bataille de Qadesh, ne seront sculptés que 300 ans plus tard. Des égyptiens, les Hyksos adoptent les hiéroglyphes... et le culte de leurs dieux. Les Hyksos n'ont laissé aucune preuve archéologique qu'ils adhéraient aux convictions monothéistes d'Abraham. Les fouilles de leur habitat démontrent qu'ils adoraient de multiples idoles*.
En 1600, le volcan de Santorin (une île appartenant de nos jours à la Grèce) explose. Un tsunami part des Cyclades et déferle sur la Crète, la Grèce Mycénienne, la Turquie actuelle et le Moyen-Orient. Certains ont suggéré que ce tsunami, avec son flux et son reflux, aurait pu causer la destruction de l'armée du pharaon lancée à la poursuite des Hébreux.



 Des barques de Santorin qui ont permis aux habitants de fuir le
 cataclysme de -1600 (Akrotiri à Santorin, XVIIe siècle avant J.-C.).


Amosis, le prince égyptien de Thèbes, a gardé la souveraineté sur le Sud de l’Égypte. En 1570, il se révolte et chasse les Hyksos qui tiennent le Nord de l’Égypte et le delta du Nil. Il les pourchasse jusqu'à Sharuhen près de Gaza, en Canaan. L'archéologie montre que Tell ed-Daba, la capitale Hyksos, a été abandonnée brutalement*.
Il s’agit historiquement du premier départ précipité de sémites de l’Égypte vers Canaan. Est-ce le souvenir de cette fuite, préservé oralement par des populations nomades, qui deviendra dans les siècles à venir le récit de l'Exode ? Mais la fin par les armes de la dynastie Hyksos qui dominait l’Égypte n'a pas grand chose à voir avec la fuite de travailleurs maltraités ! De plus, les archives égyptiennes ne mentionnent jamais « Israël » à cette époque.


Le Coran et la Bible racontent que le pharaon est mort dans la poursuite des Hébreux. Nous sommes historiquement au seul moment où un souverain égyptien est mort au combat. Le père d'Ahmosis, Seqenenre Taâ, a eu le crane fracassé par de multiples coups avant de mourir. Il a été embaumé en catastrophe : la technique de sa momification le prouve. Il est mort en combattant les Hyksos. Les archives égyptiennes l'évoquaient et sa momie le confirme. Elle se trouve aujourd'hui conservée au Caire.


Est-ce lui, Seqenenre Taâ, le « pharaon » mort pendant le passage de la mer rouge par les Hébreux ? Mais il n'est pas mort noyé : il a eu le crane fracassé à coups de masse ! De plus, il n'était pas pharaon puisqu'il n'était que prince de Thèbes. C'est son fils Ahmosis qui deviendra le fondateur d'une dynastie évoquée sous le nom de « per-aâ ».


La date de l'Exode n'est donc pas aisée à déterminer.
Selon le premier livre des Rois, l'Exode aurait eu lieu en -1440. « En la quatre-cent-quatre-vingtième année après la sortie des Israéliens du pays d’Égypte, en la quatrième année du règne de Salomon, … [Salomon] bâtit le Temple de Yahvé. » (1Rois 6, 1). Cela est en contradiction avec d'autres passages de la Bible qui font de la dynastie des Ramsès, celle de l'exode de Moïse (Exode 1, 11). Or la dynastie des Ramsès ne commence que 150 ans plus tard. En fait, il s'agit d'une date symbolique : 480 ans séparent l'exode à Babylone, au VIe siècle avant J.-C., de la construction du Temple par Salomon au Xe siècle avant J.-C. ; 480 ans sont donc censés avoir séparé la construction du Temple de Salomon, de l’Exode hors d'Égypte. Il s'agit d'une interprétation mystique et sans fondement historique. Les auteurs de la Bible ont ainsi choisi la date symbolique de -1440 pour situer l'Exode.


La chronologie de la Bible est ainsi partiellement fausse... L'histoire coranique de la mort du Pharaon de Moïse par noyade également ! Effectivement, le Coran affirme que Pharaon est mort noyé (S. 17, 103) et que son corps a été retrouvé (S. 10, 92), mais aucune momie de pharaon n'a montré de traces de mort par noyade. Ces textes, la Bible et le Coran, ne permettent donc pas de dater l'Exode avec précision, puisque les deux contiennent des erreurs et des approximations.
Nous alors voir si nous pouvons découvrir autrement la date de l'Exode des Hébreux hors d’Égypte... à supposer qu'il ait bien eu lieu.



Ahmès-Néfertari est la fille de Seqenenre Taâ et l'épouse de son frère Ahmosis. La momie
au crâne défoncé de Seqenenre Taâ est facile à trouver sur internet, mais elle est particulièrement laide.




* : La Bible dévoilée, p. 96, I. Finkelstein, Neil Asher Silberman, folio histoire, 2002.


3. 2. Entre -1500 et -1400, apparaissent deux mots : le mot « PER-AÂ » et Celui de « YWH ».
En 1500, le mot « per-aâ » apparaît. Ahmosis a fondé le Nouvel Empire. Sa maison royale est nommée « per-aâ » en égyptien, soit la Grande Maison. Le mot deviendra « pharaon » sous la plume de Manéthon, l'historien grec du IIIe siècle avant J.-C.. Le terme pharaon sera repris dans la Septante (traduction grecque de la Bible datant du IIe siècle avant J.-C.). Le nom de Pharaon choisi pour désigner le souverain égyptien est donc un mot grec du IIIe siècle qui transcrit le mot égyptien « per-aâ » désignant l'administration égyptienne.
Le Coran ne cite le mot de « Pharaon » qu'en lien avec Moïse (Sourate 20, 24). Le souverain de Yūsuf/Joseph est très justement nommé « le roi » dans le Coran (Sourate 12, Yūsuf, 43). Les musulmans y voient un signe de la véracité de l'inspiration divine du Coran puisque, à cet endroit, il ne commet pas d'anachronisme. L'Exode sous le règne d'un « Pharaon », comme nous le raconte le Coran, ne peut donc avoir eu lieu qu'après -1500, puisqu'avant -1500 le concept de pharaon n'existait pas. Mais on peut remarquer tout de suite qu'aucun pharaon n'est mort au combat ou noyé après 1500...


Au XVe siècle, un peuple nomade apparaît dans les archives égyptiennes, juste après la défaite des Hyksos : le peuple Shosou. Shosou signifie vagabonds, personnes qui passent. Il s'agit de pasteurs nomades aisés. Lors du règne de Toutmôsis II (-1491-1479), une inscription à El-Kab raconte des échauffourées entre les troupes de Pharaon et les Shosous. Elle est datée de -1490. Ramsès III fera un raid contre eux et décrit le pillage de leurs « campements de tentes, de leurs biens, mais aussi de leurs troupeaux qui étaient innombrables. »*. Les Shosous sont donc des nomades aisés.
Or, en Nubie, sur les murs du sanctuaire de Soleb édifié par Amenhotep III (1400-1370 avant J.-C.), une inscription hiéroglyphique passionnante a été déchiffrée. Au milieu d'une liste nommant des « Shosous » associés à leurs dieux habituels, on trouve signalé « Ywh au pays des Shosous ».






Temple de Soleb construit par Aménophis III. 



 Détail de l'inscription des shosous de Yahvé.
C'est la plus ancienne trace découverte du nom de Yahvé : elle a été gravée entre 1400 et 1370 avant J.-C..




Il existe donc vers - 1400 des nomades qui adorent Ywh. Le nom du Dieu unique d'Israël vient d’apparaître. Le tétragramme sacré sans voyelle en hébreu, « Yhwh », sera retranscrit en Yahvé lors de la traduction en grec de la Bible. Le mot Yhwh n'est pas fait pour être prononcé. Il signifie « Je suis Celui qui est » ou plus simplement « Je suis ».
Selon la Bible, Dieu aurait révélé Ce nom à Moïse : « Je suis Celui qui est » dit Dieu à Moïse (Ex 3,14) lors de la révélation du buisson ardent. « Dieu parla à Moïse et lui dit : « Je suis Yahvé. Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme El Shaddaï, mais mon nom de Yahvé, je ne le leur ai pas fait connaître. » (Exode 6, 2-8). Il s'agit d'un anachronisme de la Bible, puisque le nom de Ywh, apparaît en 1400 dans le Temple de Soleb, alors que la dynastie des Ramsès n'a pas encore commencé. Or, on verra qu'un verset de la Bible associe sans doute possible l'histoire de Moïse à la dynastie des Ramsès. Mais nous avons vu que, même si elle est inspirée par Dieu (selon les croyants), la Bible a été rédigée par des hommes. À l'évidence, elle contient quelques inexactitudes.


Ce tétragramme Yhwh n'est jamais prononcé par les juifs à haute voix, ils ne l'écrivent pas davantage. Seuls les grands prêtres, pendant les 1000 ans où les juifs auront un Temple, prononceront Ce Nom Très Saint. Ils ne le feront qu'une fois par an, après la fête de Kippour qui scelle la réconciliation du Peuple Élu avec Son Créateur. Ils ne Le prononcent que dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem.
En bon juif, Jésus ne nomme pas davantage Le Dieu qu'il vient révéler. Il n'a jamais prononcé Son nom, ni Celui de « Yahvé », ni Celui de « Trinité ». Il décrit les Trois Personnes divines. Il vit même une intimité particulière avec Elles, puisqu'il nomme Dieu le Père, Abbā, soit papa ; et l'Esprit de Dieu, le Paraclet, soit le Consolateur. Il révélera le concept de « Trinité » à ceux qui sont devenus ses disciples, mais il n'a pas donné le nom de « Trinité » à Dieu. C'est au IIe siècle, que les chrétiens inventeront le mot grec Τριας / Trias qui deviendra Trinitas en latin, pour désigner le Dieu unique Trinité révélé par le Christ. Néanmoins, si Jésus ne prononce jamais le nom de Dieu, il dira une fois le fameux « Je suis » dans le Temple de Jérusalem, après avoir pardonné à la femme adultère. En cela, il se conduit en Grand Prêtre. Il le prononcera au Temple... mais il se l'appliquera à lui-même : « Avant qu'Abraham existât, Je suis » , répondra-t-il aux juifs qui veulent savoir qui il est (Jean 8, 57). Avec cette simple phrase, le Christ affirme deux choses : il est le Grand Prêtre parfait et il est Dieu**. Si cette phrase nous paraît anodine de nos jours, ce n'est pas le cas pour les juifs qui sont ses contemporains et qui partagent la même foi et les mêmes connaissances théologiques. Ils comprennent parfaitement que Jésus vient d'affirmer sa divinité. Devant un tel blasphème, ils cherchent à le lapider (Jean 8, 59).


« JE SUIS », « YWH ». Les Shosous adorent-ils d'autres dieux en même temps que Ywh ? Depuis combien de temps L'adorent-ils ? Impossible de le savoir. Mais en - 1400, le nom de « YWH » vient d’apparaître dans l'épigraphie, Il est le dieu (le Dieu unique ?) d'une tribu nomade.


* : La Bible dévoilée, p. 164, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.
** : L'enfance de Jésus, p. 377, Joseph Ratzinger, 2012, Flammarion.


3. 3. Akhenaton, et le premier monothéisme historique ?
De -1355 à -1328, le pharaon Akhenaton règne en Égypte.
Il fonde le premier monothéisme dont l'existence est démontrée avec certitude : le culte d'Aton, le disque solaire. Ce monothéisme est une croyance en élaboration et elle évolue pendant toute la vie du pharaon. Initialement, Akhenaton explique qu’Aton est le premier dieu, créateur des autres dieux. Au début de sa vie, la doctrine d'Akhenaton est donc polythéiste.
Akhenaton fonde sa nouvelle capitale, Amarna (Tel el Amarna de nos jours). Elle sera maudite et abandonnée après sa mort quand les prêtres d'Amon reprendront leur suprématie spirituelle. Son sol, vierge de toutes autres constructions, offrira un terrain d'exploration passionnant pour les archéologues du XXe siècle.





Akhenaton et son épouse adorent Aton,
(stèle découverte à Amarna).



Les offrandes sont offertes à Aton pour célébrer sa perfection mais non pour le nourrir. Il ne s'agit donc pas d'une simple idole mais d'un dieu désincarné. Akhenaton est le seul à connaître Aton et il lui sert d'intermédiaire. Ainsi, l'explique le Grand hymne à Aton rédigé par Akhenaton. Akhenaton est davantage qu'un Grand Prêtre. Il se considère comme une émanation de dieu : il est associé au dieu Shou. Néfertiti sa grande épouse royale est, elle, associée à la déesse Tefnout.*
À Amarna, les notables prient devant des stèles privées représentant la famille royale (Akhenaton, Néfertiti et leurs filles). Le peuple, lui, en dehors d'Amarna, continue son culte polythéiste centré sur l'adoration d'Amon.
Le monothéisme d’Akhenaton est donc à relativiser. Aton n'est un Dieu unique qu'à l'origine du monde. Il crée ensuite les autres divinités, reflets de la multiplicité des formes divines. Néanmoins, la multitude des dieux est peu à peu oubliée au cours de son règne au profit d'un dieu qui domine, Aton. À la fin de sa vie, il semble bien que la foi d'Akhenaton, de sa famille et peut-être de ses notables, soit devenue monothéiste.*


Akhenaton se replie sur sa capitale et ne combat pas pour maintenir ses frontières. Il a de nombreux échanges diplomatiques avec ses voisins.
En 1887, une paysanne égyptienne découvre trois cent quatre vingt tablettes sur le site d'Amarna. Les archives d'Akhenaton avec ses échanges diplomatiques sont restées intactes. On y retrouve la confirmation de l'existence du royaume Hittite, en Turquie actuelle. Akhenaton entretient également une correspondance avec les petits potentats cananéens qui lui sont soumis. Ceux-ci vivent dans deux cités-états : Sichem, au nord, et Urushalim, au sud (qui deviendra Jérusalem). Leur correspondance permet de bien connaître la vie en Canaan où personne ne respecte la Loi de Moïse. De plus, les archives d'Akhenaton ne contiennent pas le nom d'Israël. Le fait qu'aucun Hébreu ne vive en Canaan sous Akhenaton contredit l'idée que le départ des Hyksos correspond à l'Exode.
L'archéologie nous a appris que les habitants de Canaan se répartissent entre huit bourgades qui regroupent 1500 habitants**. Mais ce nombre de 1500 habitants peut sans doute être doublé en raison de populations non sédentaires. Les archives d'Amarna parlent en effet de deux peuples nomades (**1) :
D'une part, les Apirous sont présentés comme des hors-la-loi et des déclassés qui ont fui les villes cananéennes et les impôts excessifs. Ils se sont réfugiés à l’intérieur de Canaan, dans les Hautes terres quasiment désertes ou ont émigré vers l'Égypte qui les recrute comme manœuvres. Certains philologues pensent que l’étymologie du mot « hébreu » vient du mot « Apirou » (**2).
D'autre part, les Shosous, des pasteurs nomades aisés, vivent entre Canaan et la Jordanie. On a vu que certains Shosous adorent déjà Yhwh depuis un siècle, sans que l'on puisse dire s'ils sont monothéistes.


Les Apirous ou les Shosous sont-ils les ancêtres des Hébreux ? C'est possible. Canaan est alors un désert peu peuplé, organisé autour de villes-états de la taille de simples bourgades, où la majorité des habitants est nomade (**2).
À la mort d'Akhenaton, le clergé d'Amon restaure le culte centré sur Amon et tente de détruire jusqu'au souvenir du pharaon maudit qui avait voulu le faire disparaître. Sa capitale Amarna est abandonnée. Plus personne ne s'y installera.
Ensuite, se succèdent plusieurs jeunes souverains à la tête de l’Égypte, dont Toutankhamon. La dynastie des Thoutmosis est en déclin. Un de ses généraux fait un coup d'état. Le général Horemheb prend alors le pouvoir, devient pharaon et fonde une ville dans le delta du Nil... la ville de Pitom.


* : Archéologia, n° 461, décembre 2008, p. 16, article de M.-A. Calmettes.
** : La Bible dévoilée, **1 : p. 126 / **2 : p. 164 ; I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


3. 4. La XIXe dynastie égyptienne commence en -1295. Ramsès Ier, protecteur de Moïse ?
En -1295, Ramsès Ier, qui était le vizir d'Horemheb, prend sa suite et monte sur le trône d’Égypte. Il est déjà âgé et règne moins de deux ans. Il fonde cependant une prestigieuse dynastie égyptienne : la XIXe dynastie, celle des Ramsès. Sa momie a été retrouvée ; elle est conservée au Caire. Elle ne porte pas de trace de noyade, et encore moins de noyade associée à un accident de char.
L’étymologie du nom de « Moïse » est typique des noms de la dynastie des Ramsès. Il provient du mot égyptien « Mosé ». Mès (enfant), mésy (mettre au monde) sont des suffixes retrouvés dans de nombreux noms égyptiens. Ainsi Thomès signifie-t-il « né de Thot », Ramès « né de Ra ». Ces mots sont typiques de la dynastie des Ramsès (*1). De plus, à partir de Ramsès Ier, de jeunes sémites venant de Canaan sont fréquemment éduqués à la cour des pharaons et accèdent à de hautes fonctions (*1). Moïse, encore enfant, pourrait en avoir fait partie. Les archives égyptiennes gardent le souvenir de grandes dames égyptiennes adoptant leurs jeunes « esclaves » et leur attribuant une part d'héritage (*1). Ces jeunes sémites arrivent enfants à la cour de Ramsès Ier : ils ne sont pas nourrissons. Ils sont assez jeunes pour être formés au métier de scribe et assez âgés pour être autonomes. Qu'une fille de Pharaon adopte un jeune sémite éduqué à la cour n'a donc rien d’invraisemblable (*1).




Moïse sauvé des eaux par la fille
de Pharaon (Edwin Long, XIXe siècle).


Néanmoins, la splendide histoire de Moïse nourrisson abandonné par sa mère dans une corbeille, au fil du Nil, pour lui épargner la condamnation des premiers-nés mâles, est un mythe. Les égyptiens n'ont jamais eu ce genre de pratique (*2). Pourtant le Coran affirme : « Pharaon fit le hautain sur la terre, il désigna en sections des habitants, cherchant à affaiblir l'un des groupes, égorgeant ses garçons et laissant vivre les filles » (S. 28, 4 et S. 7, 127). Une fois de plus, la Bible a induit le Coran en erreur en racontant : « Pharaon donna alors cet ordre à tout son peuple : « Tout fils qui naîtra, jetez-le au Fleuve, mais laissez vivre toute fille » » (Exode 1, 22).





Pharaon recense les femmes enceintes pour pouvoir exécuter les garçons nouveaux-nés
(fresque de 246 après J.-C., synagogue de Doura Europos ; musée de Damas, Syrie).


On peut être d'autant plus certain que le récit de Moise abandonné dans une corbeille est un mythe qu'on a retrouvé la même histoire dans une tablette sumérienne datée de – 2371. Elle raconte que le roi Sargon d'Akkad avait été abandonné par sa mère quand il était nouveau-né. Sa mère l'avait placé dans une corbeille de roseaux et laissé dériver au fil du fleuve. Il avait été recueilli par un jardinier. Devenu adulte, il était devenu échanson à la cour de Kish, avant de redevenir prince grâce à la protection de la déesse Ishater (**). L'histoire de Moïse est donc directement inspiré de cette légende polythéiste.
Une part de la vie de Moïse, telle que la raconte la Bible (Exode 2, 1-1) et à sa suite le Coran (S. 28, 7-13), est donc mythologique, puisqu'inspirée de la légende du roi Sargon d'Akkad.



La mère de Moïse le place dans une corbeille, comme l'avait fait la mère du roi Sargon d'Akkad dans un mythe polythéiste
païen du XXIVe siècle avant J.-C., (fresque de 246 après J.-C., synagogue de Doura Europos ; musée de Damas, Syrie).


* : Ramsès II, *1 : p130 / *2 : p. 131 ; Christiane Desroches Noblecourt, Flammarion, 2007.
** : Encyclopedia Universalis, Jean Bottero, Les collections de l'Histoire, n° 22, janvier, mars 2004.


3. 5. Séthi 1er, pharaon de 1294 à 1279, fait travailler des Apirous à la construction de Pi-Ramsès et de Pitom.
De 1294 à 1279, Séthi Ier, fils de Ramsès Ier, règne en Égypte.
Son règne se passe en conflits militaires, particulièrement au Moyen-Orient. Les Shosous, les pasteurs cananéens, attaquent des places fortes égyptiennes du delta du Nil. Sethi Ier les en déloge, puis implante des places fortes égyptiennes au pays de Canaan mais il ne colonise pas ce territoire pauvre * .
Séthi Ier lutte également contre une révolte d'Apirous qui avaient attaqué la ville de Raham alliée des égyptiens. La tutelle de l’Égypte s’étend alors jusqu'au Liban actuel et jusqu'au Royaume de Moab, l'actuelle Jordanie. On le voit, la puissance dominante en Canaan est alors l’Égypte et elle le restera encore un siècle * .



Hathor accueille Séthi Ier dans l'au-delà (vers 1293 avant J.-C. ; Le Louvre).


Séthi Ier ramène en Égypte des prisonniers de guerre Apirous pour en faire des travailleurs forcés *. Les Apirous vont devoir accomplir les durs travaux que réclame son programme de construction. Le papyrus de Leide (I 348, verso 6, 6-7), daté du règne de Ramsès II, fils de Séthi Ier, raconte que des « Apirous » sont enrôlés pour « tirer les pierres vers le pylône du palais de Ramsès II ». Cela correspond à ce que raconte la Bible de la situation difficile des travailleurs cananéens vivant en Égypte. La notion d'esclavage en Égypte n'avait cependant pas le même sens que ce que l'on imagine de nos jours. L’esclave dans l’Égypte antique ne perdait pas sa place dans l'humanité et pouvait recouvrer la liberté. L'archéologie en donne la preuve. Si-Bastet, le barbier de Toutmôsis III (1458 à 1455), écrit : « J'ai un esclave qui m'a été affecté et qui s'appelle luwy-Amun. Je l'ai capturé moi-même quand je suivais le Chef [en campagne]… On ne doit pas le battre et aucune porte du palais ne doit lui être interdite. Je lui ai donné la fille de ma sœur Nebetto, dont le nom est Takament, comme épouse. Elle aura une part dans (ma) succession de la même façon que mon épouse et ma sœur. » **. L'esclave égyptien pouvait donc hériter de son maître et épouser ses parentes.


Le travail manuel des esclaves demeurait néanmoins extrêmement pénible, au point que des écrits vantent l'avantage d'être scribe pour échapper à sa pénibilité. Un texte très ancien, de la XIIe dynastie (entre -2000 et -1800), retranscrit les conseils du scribe Khéty adressés à son fils Douaouf : « Vois-tu, il n'y a pas de métier qui soit exempt d'un chef, sauf celui de scribe, car le scribe est son propre chef. Si donc tu sais écrire, tout ira très bien pour toi ; il ne doit pas y avoir d'autres métiers à tes yeux. » (La Satire des Métiers).









Les hébreux fabriquent les briques pour pharaon (Pentateuque dit de Tours,
réalisé au VIe siècle en Afrique du Nord ou en Syrie ; BnF).


La construction de la ville de Pi-Ramsès débute sous Sethi Ier, fils de Ramsès 1er : l'archéologie l'a confirmé. La ville de Pitom, fondée par Horemheb est toujours en chantier. La construction de ces deux villes, Pi-Ramsès et Pitom, est évoquée dans l'Exode : « On imposa donc à Israël des chefs de corvée pour lui rendre la vie dure par les travaux qu'ils exigeaient. C'est ainsi qu'il bâtit pour Pharaon les villes-entrepôts de Pitom et de Ramsès » (Ex. 1, 11). Ce verset permet de supposer que la vie de Moïse s'est déroulée pendant la dynastie des Ramsès, la XIXe dynastie égyptienne. L’étymologie du nom de Moïse l'avait déjà suggéré.
Pi-Ramsès sera abandonnée en -1069 à la fin de la XXe dynastie quand la capitale sera transférée à Tanis en raison de l'assèchement du bras du Nil qui l'irriguait. Pitom, soit PR-ITM (signifiant Temple du dieu Atoum) a été signalée dans un texte égyptien du XIIIe siècle et a rapidement disparu.
Même si la Bible contient souvent des erreurs de chronologie, le fait de parler de ces deux villes aussi précisément, alors qu'elles avaient totalement disparu depuis des siècles quand la Bible a été écrite au VIIe siècle, tend à prouver qu'il s'agit d'un souvenir conservé dans la tradition orale par delà les siècles. Cela renforce l'idée que l'Exode aurait eu lieu entre les règnes de Séthi Ier ou de son fils Ramsès II, les bâtisseurs de Pi-Ramsès et de Pitom.
Pour compliquer les choses, l'honnêteté oblige à dire qu'il y a eu un autre Pi-Ramsès et d'autres Pitom, qui existaient toujours dans le delta du Nil, au moment de la mise par écrit de l'Exode (au VIIe siècle avant J.-C.). Est-ce simplement le hasard si l'auteur de l'Exode est tombé juste en citant le nom de villes réellement construites sous Ramsès II ? Où bien est-ce un souvenir conservé par la mémoire orale par delà les siècles ?


L'archéologie ne peut rien nous dire de plus de la vie de Moïse. Ce que l'on sait de ce personnage extraordinaire provient des textes saints. La Bible, puis le Coran, racontent que Moïse tue un surveillant de chantier qui maltraite un hébreu réduit en esclavage (Ex. 2, 11-12 et S. 28, 15). S'agit-il d'un Apirous contraint de travailler en Égypte ? Après son crime, Moïse fuit la colère de Pharaon (Ex 2, 11-16 ; S. 28, 22) et se réfugie au pays de Madian où il se marie. En Égypte, les Hébreux sont toujours assujettis à de durs travaux et ils appellent Dieu à l'aide (Ex 2, 23). Dieu répond au Peuple Élu en s'adressant à Moïse. C'est la célèbre rencontre du « buisson ardent » (Ex 3, 13-15 ; Sourate 20, 9-48 ; S. 28, 30-35). Lors de la rencontre du Buisson ardent, Dieu annonce qu'Il va libérer les Hébreux de l'esclavage. Dieu rappelle la promesse faite à Abraham dans la Genèse : « J'établirai mon alliance entre moi et toi et ta race après toi, de génération en génération, une alliance perpétuelle, pour être ton Dieu et celui de ta race après toi. À toi et à ta race après toi, je donnerai le pays où tu séjournes, tout le pays de Canaan, en possession à perpétuité, et je serai votre Dieu. » (Genèse 17, 7-8). De nos jours, c'est sur ce verset que les juifs puisent leur légitimité à vivre en Israël. Il s'agit de leur Terre Promise de Canaan qui leur est attribuée à perpétuité par Yahvé Lui-même. Lors de sa rencontre avec Dieu au Buisson ardent, Moïse reçoit la confirmation que la terre de Canaan va lui être remise pour le Peuple Élu libéré de l'esclavage : « Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel, vers la demeure des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizzites des Hivvites et des Jébuséens.... Maintenant, va, je t'envoie auprès de Pharaon, faire sortir d’Égypte mon peuple, les Israélites. » (Ex 2, 8-10).




Moise au Buisson ardent, (Haggadah de Sarajevo, réalisée
en 1350 à Saragosse ; Musée national de Bosnie-Herzégovine).


Yahvé signale à Moïse que ceux qui lui voulaient du mal en Égypte sont morts (Ex 4, 18) et qu'il peut rentrer. Moïse pourrait avoir profité de la mort de Séthi Ier pour retourner en Égypte sauver son peuple (Ex 2, 23).
Ces événements, s'ils ont eu lieu, n'ont laissé aucune trace, ni épigraphique, ni archéologique.
On le voit, au travers des découvertes archéologiques et des faits historiques, l'existence de Moïse reste vraisemblable, même si elle n'est pas démontrée. Une partie est bien mythologique (la corbeille sur le Nil) mais une autre peut s'être réellement déroulée. Si Moïse a existé, le plus vraisemblable est de conclure que c'est au début de la XIXe dynastie, celle des Ramsès.


* : La Bible dévoilée, p. 127-129, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.
** : Urk, Urkunden des Ägyptischen Altertums, G. Steindorff (Leipzig and Berlin, 1906-1958), volume IV, p. 1369.


3. 6. Ramsès II (1279-1213), propagandiste et architecte de génie.
La momie de Séthi Ier est conservée de nos jours au Caire. Elle ne porte aucun signe de mort par noyade, ni de marque de traumatisme. Séthi Ier est décédé de mort naturelle à environ 50 ans. Commence alors le long règne de Ramsès II, qui s'étend de 1279 à 1213.
Ramsès II affirme sa suprématie sur la Jordanie et le Liban actuels et sur Canaan. Aux confins Est de son royaume, il perd Qadesh au début de son règne, en 1274 avant J.-C.. Son expansion a été contenue par le royaume du Hatti ou hittite, superpuissance rivale située dans l'actuelle Turquie. Ramsès II fait raconter la bataille de Qadesh sur les murs d'Abou Simbel et de Louxor, dans un extraordinaire exercice de propagande politique. Il est montré triomphant de ses ennemis, alors qu'il a dû fuir piteusement après être tombé dans un piège grossier. De prétendus transfuges de l'armée hittite l’avaient convaincu d'attaquer à un endroit où lui était tendue une embuscade. Le poète Pantaour raconte la bataille de Qadesh sur les murs du temple de Louxor. Il souligne le rôle du dieu Amon qui serait venu, au cœur de la bataille, au secours de Ramsès II pour lui permettre de triompher. Le dieu Amon dit à Ramsès : « Je suis avec toi, je suis ton père et ma main est avec toi. Je vaux mieux que des centaines de milliers d'hommes. Je suis le maître de la victoire. ».





Ramsès II combat sur les murs d'Abou Simbel, (XIIIe siècle avant J.-C.).


L'idée qu'un dieu soit combattant et conduise ses fidèles à la victoire est donc née avant la rédaction de la Bible et même avant que le Peuple Élu n'ait mené aucune guerre. L'idée d'un Dieu des combats semble bien être issue du paganisme.


Ramsès II continue les travaux de construction à Pi Ramsès et à Pitom. Les Apirous contraints au travail forcé œuvrent toujours pour lui.
En la septième année de son règne, Ramsès II lutte en Canaan, repoussant d'autres tribus d'Apirous. Nous sommes en 1272. L'égyptologue Christiane Desroches Noblecourt pose l'hypothèse que nous sommes au seul moment de son règne où il pourrait être logique que Ramsès II s'oppose au départ d'ouvriers immigrés souhaitant revenir en Canaan (*). Il se serait agi de ne pas déranger les mouvements militaires et de ne pas donner de renforts à ses adversaires. Les archives égyptiennes ne signalent cependant pas le refus d'un pharaon de laisser partir des travailleurs immigrés. Il n'y a donc qu'une simple compatibilité entre l'histoire de l'Exode racontée par la Bible et la situation géopolitique du règne de Ramsès II.
Moïse est-il revenu à la cour de Ramsès II pour lui demander en vain de laisser les Apirous repartir ? On peut simplement remarquer que la durée des règnes des pharaons permet d'imaginer que Moïse enfant a été éduqué à la cour de Ramsès Ier, pour fuir jeune adulte pendant le règne de Séthi Ier, avant de revenir dans son âge mûr à la cour de Ramsès II.


Aucune trace non plus, dans les archives égyptiennes, de Hāmān, conseiller du Pharaon contemporain de Moïse, dont le Coran parle à de nombreuses reprises (Sourate 28, versets 6, 8, 38 ; S. 29, 39). Dans le Coran, Pharaon lui ordonne de construire une tour pour défier le Dieu de Moïse. En fait, Haman est le nom du vizir de l'empire perse sous le règne d'Assuérus ou A'hashverosh (en hébreu : חַשְׁוֵרוֹשׁ) qui persécutait les Hébreux, mais au Ve siècle avant J.-C.. On parle de lui dans le Livre d'Esther. Il est donc le conseiller d'un souverain perse et non celui d'un pharaon. Le Livre d'Esther dans la Bible raconte des événements qui se sont déroulés huit siècles après l'Exode. L'histoire Hāmān dans le Coran est à transposition au règne de Pharaon de l'histoire décrite dans le livre d'Esther. C'est donc un anachronisme du Coran. L'histoire de Hāmān dans le Coran est la synthèse du mythe de la Tour de Babel, de l'histoire d'Assuérus et de celle de Moïse.


La sociologie de la cour de Pharaon, décrite par le Coran, est également erronée. Le Coran parle de l'assemblée des anciens, notables qui conseillent Pharaon (S. 28, 20 ; S. 28, 38). Il s'agit d'une structure tribale typique de la société où vit Mohamed. Dans l'Arabie du VIIe siècle, le consensus était recherché par la discussion entre les chefs de tribus. Aucune archive égyptienne n'a permis de retrouver une structure comparable dans le gouvernement pharaonique. Le pharaon est tout-puissant. Il délègue la gestion des affaires courantes à un noble de confiance nommé le tayty-sab-tjaty. L'appellation de vizir a traduit le titre de « tayty-sab-tjaty » à l'époque contemporaine par simple assimilation au vizir de l'empire ottoman. « Un homme vint du bout de la ville en courant. Il dit « Ô Moïse, en vérité, la cohorte des grands tient conseil à ton sujet pour te tuer. Sors donc... » (S. 28, 20, trad. Hamidullah). Il s'agit donc là encore d'un anachronisme du Coran. Au VIIe siècle après J.-C., Mohamed transfère à la civilisation pharaonique une structure sociologique qu'il connaît. Aucun de ces éléments ne sont suffisamment objectifs pour nous permettre de dater l'exode.


* : Ramsès II, p135, Christiane Desroches Noblecourt, Flammarion, 2007.


3. 7. Les dix plaies d'Égypte, le papyrus Ipuwer.
L'Exode, aux chapitres 7 à 13 et la Sourate 7, (133) racontent les dix plaies d’Égypte. Il s'agit de catastrophes naturelles, envoyées par Dieu selon la Bible et le Coran, pour contraindre Pharaon à laisser partir Moïse à la tête de son peuple. Or, on a retrouvé un papyrus daté du XIIIe siècle avant J.-C., donc contemporain du règne de Ramsès II, appelé papyrus Ipuwer (Papyrus n°344 ; Musée de Leiden, Pays-bas) qui peut être lu en parallèle du texte de la Bible.





Papyrus d'Ipuwer, (XIIIe siècle avant J.-C. ; musée de Leiden).


Plusieurs catastrophes surviennent en Égypte :
L'eau est souillée :
Le Papyrus Ipuver (2-5, 6, 10 et 3-10-13) raconte : « La peste s'est abattue sur tout le pays. Il y a du sang partout. Le fleuve est de sang. Les hommes ont peur de goûter l'eau. Les humains ont soif d'eau. »
L'Exode (7, 20-24) reprend : « Toute l'eau du fleuve fut changée en sang... Le fleuve puait... Tous les Égyptiens creusèrent le sol aux abords du Nil pour trouver de l'eau potable, car ils ne pouvaient boire l'eau du fleuve. »



Les 10 plaies d'Egypte : l'eau changée en sang (haganah de Sarajevo).


Les récoltes sont détruites : le Papyrus Ipuwer (5, 12) raconte : « En vérité, ce que l'on voyait hier a disparu aujourd'hui. La campagne est désertée et la cueillette du lin abandonnée. ».
L'Exode (9, 23-32) reprend : « Et le feu courait le long du sol... il y eut de la grêle et du feu mêlé à la grêle, une grêle très forte... Et la grêle frappa toute l'herbe des champs et brisa tous les arbres des champs... Et le lin et l'orge furent frappés, car l'orge était en épis, et le lin en fleurs. ».
Les troupeaux sont décimés :
Le Papyrus Ipuwer (5, 5) raconte : « Le cœur de tous les animaux pleure. Les troupeaux gémissent... (9, 2-3) ...Vois, les troupeaux sont abandonnés, et il n'y a personne pour les rassembler. Il y aura une peste très grave. ».
L'Exode (9, 19-21) reprend : « Rassemble à la hâte tes troupeaux, et tout ce que tu possèdes dans les champs...Et celui qui n'écouta pas la parole de l’Éternel, laissa ses serviteurs et ses troupeaux dans les champs. ».
Le jour disparaît :
Le Papyrus Ipuwer (9, 11) raconte : « Le pays est sans lumière. ».
L'Exode (10, 22) reprend : « Et il y eut une obscurité épaisse sur tout le pays d’Égypte. ».
Les enfants décèdent :
Le Papyrus Ipuwer (5, 6) raconte : « En vérité, les enfants des princes sont précipités contre les murs ». (6, 12) : « En vérité, les enfants des princes sont jetés dans les rues ». (6, 3) : « La prison est en ruine ». (2, 13) : « Partout le frère enterre son frère ». (3:14) : « Des gémissements s'élèvent dans tout le pays, se mêlant aux lamentations ».
L'Exode (12, 29-30) reprend : « il arriva, au milieu de la nuit, que l’Éternel frappa tous les premiers-nés dans le pays d’Égypte, depuis le premier-né du Pharaon qui était assis sur son trône, jusqu'au premier-né du captif qui était dans la prison... il n'y avait pas de maison où il n'y eût un mort... il y eut un grand cri en Égypte ».
Une colonne de feu s'élève :
Le Papyrus Ipuwer (7, 1) raconte : « Vois, le feu s'élève dans le ciel. Ses flammes se dirigent vers les ennemis du pays. ».
Exode (13, 21) reprend : « Le jour dans une colonne de nuée pour leur indiquer la route, et la nuit dans une colonne de feu, pour les éclairer, afin qu'ils puissent marcher de jour et de nuit. ».


L'histoire des 10 plaies d’Égypte est-elle un récit poétique antique connu, repris dans l'Exode ? Ou bien est-ce la description d'une succession d'accidents réels et exceptionnels auxquels les Hébreux ont donné une interprétation spirituelle ? Est-ce Dieu qui a agi pour sauver son peuple ?
Un seul fait est certain : il existe un papyrus du XIIIe siècle avant J.-C. qui raconte les Dix plaies d’Égypte telles que les racontera la Bible 700 ans plus tard.


À la suite de la Bible, le Coran reprendra le récit des dix plaies d’Égypte en limitant leur nombre à cinq : « Nous avons alors envoyé sur eux l'inondation, les sauterelles, les poux, les grenouilles et le sang, comme signes explicites. Mais ils s'enflèrent d'orgueil et demeurèrent un peuple criminel. » (S. 7, 133).


3. 8. L’Exode.
Au sujet de l'Exode des Hébreux, plusieurs questions restent pendantes. Où sont allés les Hébreux en quittant l’Égypte et par où sont-ils passés ?
La mer qui sépare l’Égypte et la péninsule arabique est la mer Rouge. C'est une faille, profonde de 2500 mètres en son point le plus bas. Son assèchement est impossible, quelle que soit la conjonction d'éléments naturels, vents ou marées. En revanche, là où le canal de Suez a été creusé, existait une succession de lacs entourés de roseaux, dans lesquels se cachaient les fugitifs pour échapper aux gardes égyptiens. Les archives égyptiennes en conservent le témoignage. L'Exode (14, 21) dit qu'un fort vent d'Est soufflait quand Israël passa à pied sec poursuivi par Pharaon. Un de ces lacs s'est-il retrouvé à sec ? Cela est perçu comme un miracle par les Apirous en fuite. Peut-être n'était-ce qu'un simple phénomène météorologique ? Les égyptiens auraient été arrêtés par les eaux montantes sans qu'ils considèrent cet événement comme extraordinaire. En effet, ils n'ont rien noté dans leurs archives, eux qui écrivaient tout. L'exode par la mer de Roseaux et la ligne de forteresses égyptiennes, tel que le raconte la Bible (Ex 15, 22), n'a laissé aucune trace ; ni dans les archives égyptiennes (*1), ni dans le sol fouillé par les archéologues.





Moïse frappe les flots avec son bâton pour ouvrir la mer rouge 
(Synagogue de Doura Europos, 246 ; Syrie).


Pour le Coran, Pharaon est bien mort noyé à la tête de son armée (S. 7, 103), et son corps a été retrouvé : « Rebelles et transgresseurs, Pharaon et ses armées les poursuivirent donc. Puis, quand la noyade l'eut atteint, il dit : « Je crois qu'en vérité il n'y a de Dieu que Celui en qui ont cru les enfants d'Israël. Et je suis du nombre des soumis. » - « Quoi ? Maintenant ? Alors qu'auparavant tu as désobéi... ! Et bien, Nous allons te sauver aujourd'hui quant à ton corps, afin que tu sois un signe pour ceux d'après toi. » (S. 10, 90-92). La conviction des musulmans que le Coran est parfait et sans erreur, fait que, de nos jours encore, le peuple égyptien est toujours à la recherche d'un signe de noyade sur une momie de pharaon. Les momies des pharaons ont effectivement été retrouvées... mais aucune ne porte de trace de noyade, ni de mort violente. Aucun égyptologue n'a pu en convaincre, ni les égyptiens, ni les musulmans qui s’intéressent à ce sujet. Le contenu du Coran est par définition exact pour les musulmans, et ils en deviennent incapables d’accepter des vérités objectives qui contrediraient le contenu de leur texte saint.
En fait, Ramsès II n'est pas mort à la tête de son armée. Il est mort en -1213 d'un abcès dentaire, compliqué d'ostéite qui a rongé sa mâchoire inférieure. La lésion est toujours visible sur sa momie. Elle l'a certainement fait souffrir atrocement dans les semaines qui ont précédé son décès. Il était alors âgé de plus de 90 ans. C'était un vieillard aux articulations bloquées par une spondylarthrite ankylosante évolutive. Il était grabataire depuis des années, sans doute depuis une vingtaine d'années et ne pouvait plus marcher. Il était probablement à peine conscient, soigné, lavé et nourri comme un dieu vivant depuis des mois. Sa momie a été étudiée en France en 1974 et les résultats de l'autopsie sont probants, même après 3200 ans. Il lui était tout à fait impossible de monter sur un char dans les années précédant son décès **.


La Bible signale que les Hébreux ont nomadisé pendant 40 ans dans le Sinaï. Le don de la manne et des cailles (Exode 16, 9-16 ; Sourate 2, 57 ; S. 7, 160) aurait permis aux Apirous/Hébreux de se nourrir. Ce sont des phénomènes naturels. Les cailles s'abattent au sol épuisées après la traversée de la méditerranée lors de leur migration et la manne correspond à la sève comestible d'un arbuste du désert. Interventions divines ou phénomènes naturels, ces faits exceptionnels n'ont laissé aucune trace, ni archéologique, ni épigraphique, mais ont pu faire forte impression sur le peuple d'Israël au point qu'il en ait gardé la mémoire sur des générations.


Si l'exode a eu lieu, les Hébreux/Apirous étaient de toute façon fort peu nombreux, puisque leur fuite n'a laissé aucune trace archéologique dans la Sinaï. La Bible affirme que « six cent mille hommes de pied – rien que les hommes, sans compter leurs familles » (Ex 12, 37) ont séjourné pendant 40 ans dans le Sinaï. Mais aucune trace n'a été retrouvée d'un tel séjour ni au Sinaï, ni ailleurs (*2). Depuis 150 ans, le Sinaï a été en vain exploré à la recherche des traces de l'Exode. Les techniques archéologiques sont aujourd'hui si précises que le moindre foyer antique peut être analysé. Le chiffre de 600 000 est donc exagéré. Si des Apirous ont fui l’Égypte, ils n'étaient qu'une poignée.
Les Hébreux vont bientôt apparaître de façon certaine dans l'histoire et effectivement avec un bien plus petit effectif.
Quand l'Exode a-t-il eu lieu ? À la fin de la dynastie des Hyksos, sous Ramsès II ou bien plus tard ? L'archéologie n'apporte pas de certitude puisqu'aucun pharaon n'est mort au combat, ou noyé, ce qui nous aurait permis de dater le départ des Hébreux.


* : La Bible dévoilée, *1 : p. 101 / *2 : p.104-105. I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.
** : Ramsès II, p. 246 ; Christiane Desroches Noblecourt, Flammarion, 2007.


3. 9. les « Dix Commandements » donnés à Moïse.
Moïse aurait reçu les Dix Commandements écrits au Sinaï (Exode 24, 12-18 ; Sourate 7, 145) au cours de la longue errance de 40 ans du peuple hébreu et avant son implantation en Canaan.
Selon la Bible, à la demande de Dieu, Moïse serait monté seul sur une montagne du Sinaï. Là, il aurait rencontré Dieu face à face et reçu les Tables de l'Alliance, avec les Dix Commandements, écrits par Dieu Lui-même. Cela n'a laissé aucune trace archéologique. Les Tables de l'Alliance, écrites par Dieu, auraient pu perdurer, mais l'Arche qui les contenait (Ex. 25, 10-21) a été détruite au VIe siècle avant J.-C. par Nabuchodonosor. Les Tables de l'Alliance n'ont jamais été retrouvées.
 

Moise reçoit les dix commandements consignés sur les Tables de la Loi
(Haggadah de Sarajevo, 1350 ; Musée national de Bosnie-Herzégovine).


Les Dix Commandements demandent d'adorer Yahvé, Dieu unique, d’honorer ses parents, de ne pas voler, de ne pas tuer de ne pas mentir, de ne commettre ni adultère, ni faux témoignage. Il s'agit de règlements moraux universels qui ne contiennent aucun interdit vestimentaire ou alimentaire. Les Dix Commandements seront repris par les chrétiens, par les musulmans... et même par les bouddhistes. Le seul commandement oublié par les chrétiens est celui qui interdit la représentation du vivant : « Tu ne te feras pas de sculpture sacrée ni de représentation de ce qui est en haut dans le ciel, en bas sur la terre et dans l'eau plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant elles et tu ne les serviras pas, car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux » (Ex 20, 4-5). Ce commandement avait donc pour objet d'interdire la fabrication d'idoles. Pour les chrétiens, être monothéiste suffit au respect de ce commandement. Les Dix Commandements sont d'une étonnante universalité et ils resteront adaptés aux exigences morales de l'humanité jusqu'à aujourd'hui.
Ces commandements ont une particularité : Dieu les donne au Sinaï après avoir libéré son peuple de l'esclavage. L'homme libre a besoin de la loi, pour se diriger. Il n'est plus un esclave dépendant d'un maître. La libération de l'esclavage d'Égypte est fondatrice dans le judaïsme. Elle est commémorée lors de la Pâque juive (Pessa'h) le quatorzième jour du mois de Nizan (au printemps). Le don de la Loi ne vient qu'en second et est fêtée 50 jours plus tard, lors de la fête des Prémices. Il s'agit de la Pentecôte, Chavouot. Toute la spiritualité juive est nourrie et fondée sur la Pâque commémorant la libération de l'esclavage du Peuple Élu.
Les chrétiens sont, quant à eux, libérés de l'esclavage de la mort et du péché par le sacrifice du Christ sur la Croix. « La loi de l'Esprit qui donne la vie dans le Christ, t'a affranchi de la loi du péché et de la mort » (Romains 8, 2). Les chrétiens voient dans la libération de l'esclavage d’Égypte, l'annonce prophétique de la libération radicale qui sera réalisée par le Christ sur la croix. Selon les Évangiles, le Christ ressuscite le lendemain de la Pâque juive, jour qui deviendra la Pâque chrétienne. Les chrétiens fêtent donc leur libération lors des Pâques chrétiennes, accomplissement de la Pâque juive. La Pentecôte, 50 jours après, commémore le don de l’Esprit Saint. Celui-Ci dirige les chrétiens maintenant que la Loi est abolie. Le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte marque l’accomplissement et le dépassement du don de la Loi qui est célébré le même jour par les juifs. Les deux fêtes de Pâques et de la Pentecôte se complètent et se répondent, dans le judaïsme comme dans le christianisme. Elles ont une signification spirituelle comparable : la libération offerte par Dieu puis le moyen de se diriger saintement.


Le Coran raconte également le don de la Loi au Sinaï (Sourate 17, 2), mais il ne retient pas la signification spirituelle de la libération de l'esclavage. Selon le Coran, l'homme est l'esclave d'Allah : « Oh mes esclaves, craignez-moi donc ! » (S. 39, 16). Selon le Coran, la Loi que l'homme reçoit de Dieu, est forcément parfaite, puisque d’origine divine. Il est donc légitime de s'y soumettre. De plus, l'homme n'a pas à exercer son libre arbitre sur le monde (S. 2, 31-33). Allah possède seul le pouvoir d'agir : « - Dis : « Tout vient de Dieu. » » (S. 4, 78) ; ce qui implique le bien comme le mal. Allah est Tout Puissant et rien ne se passe sur terre sans son autorisation. Allah parle dans le Coran par Mohamed une fois pour toutes (S. 33, 40) et agit dans le monde par les événements, bons ou mauvais.


La Loi que Moïse aurait reçue de Dieu au Mont Sinaï, n'a pas laissé de trace archéologique, mais a fondé un rapport à la Loi différent dans le judaïsme, le christianisme et l'islam. Le judaïsme et le christianisme voient dans la Loi une conséquence logique de la liberté offerte par Dieu. Les musulmans y trouvent des raisons de se soumettre à Allah dans un esclavage spirituel légitime.
Les civilisations qui en découleront, en conserveront la trace.


3. 10. Les Peuples de la mer : les Philistins apparaissent dans l'histoire en -1228.
À partir de -1250, les Peuples de la mer apparaissent progressivement en Canaan. On les appellera Philistins. L’étymologie du mot palestinien provient du mot philistin. Mais une origine étymologique n'est pas une origine ethnique. Le mot « Palestine » est employé pour la première fois au Ve siècle avant J.-C., par Hérodote, pour désigner le territoire autour de la bande de Gaza actuelle. Ce mot a été employé dans les empires romain, byzantin puis ottoman pour désigner le même territoire, sans tenir compte de la religion de ses habitants. Depuis le mandat britannique de 1920, il tend à désigner une terre revendiquée par les arabes, qu'ils soient chrétiens ou musulmans, en opposition aux juifs qui nomment ce même territoire, Israël.
En 1228 avant J.-C., les Philistins sont mentionnés pour la première fois dans les annales de Mérenptah, le prince héritier de Ramsès II. On peut remarquer qu'aux environs de 1230, les archives de Ramsès II laissent la place à celles de son fils, le prince héritier Mérenptah. En fait, on voit là confirmation de ce qu'on avait déjà pressenti avec l'étude de sa momie : 15 ans avant son décès, Ramsès II avait laissé la réalité du pouvoir à son prince héritier, Mérenptah. Ramsès II s’enfonce doucement dans la sénescence, comme en témoigne sa momie montrant de multiples lésions d'athérosclérose des artères cérébrales. Il devient peu à peu grabataire et sera soigné et soulagé avec les meilleures drogues dont disposent les médecins égyptiens. Ramsès II ne peut plus depuis longtemps monter sur un char quand la mort le rejoint en -1213...





La momie de Ramsès II, (musée égyptien du Caire).


Ramsès II est décédé en -1213 à plus de 90 ans, des suites
d'un abcès dentaire. Il était grabataire depuis des années.


En 1228, donc, les philistins laissent une trace objective de leur arrivée au Moyen-Orient dans les archives de Mérenptah. Pendant le siècle qui suit, ils installent des comptoirs sur le littoral, de la Turquie actuelle à la Libye. Ils arrivent en bateau d'une région inconnue ; mais leurs poteries, après leur installation, signalent une origine égéenne (grecque). Ils pillent, attaquent et détruisent les royaumes existants. Seule l’Égypte va résister, mais elle va perdre ses extensions territoriales, tant à l'est qu'à l'ouest, de la Syrie à la Libye, en passant par Canaan.


Dans tout le bassin méditerranéen, une page se tourne. C'est la fin de l'âge de bronze. Des empires s’effondrent. Le Royaume hittite, dans l'actuelle Turquie, disparaît à jamais. Quand le Livre de l'Exode sera mis par écrit, au VIIe siècle avant J.-C., les Hittites n'existaient plus depuis 600 ans. Ils sont pourtant cités parmi les peuples qui occupent Canaan avant l'arrivée des Hébreux (Ex 3, 8). La transmission orale semble, ici, avoir été parfaite. D'autant que l'existence d'un royaume du « Hatti » est confirmée par les archives d’Akhenaton découvertes à Amarna. La raison de la brutale disparition du royaume hittite (ou du Hatti) reste inconnue, malgré les multiples campagnes de fouilles qui ont permis de dater si précisément sa fin. A-t-il été victime de crises de succession sanglantes, ou bien d'une période de sécheresse en Anatolie, ou bien encore de l'invasion des fameux Peuples de la mer ? D'autres pays vont disparaître, ainsi la Sardaigne, victime d'un raz-de-marée qui la recouvre presque en totalité.
On ignore si des catastrophes naturelles, une crise économique, ou la ruine des Hittites sont les responsables des brusques mouvements migratoires en méditerranée. Ou bien si, au contraire, ce sont les mouvements des Peuples de la mer qui ont été à l'origine de la ruine de ces empires. En tout état de cause, l'émergence des Peuples de la mer signe la fin d'une époque. Ils arrivent par bateaux avec femmes et enfants à la recherche d'une terre d'accueil qu'ils sont prêts à conquérir par les armes.


Les peuples de la mer arrivent au Moyen-Orient (Temple de Medinet Habou, XIIe siècle avant J.-C.).


Canaan est toujours sous domination égyptienne. Elle reste divisée en trois parties. La bande côtière sur le littoral avec ses ports pratique le commerce international au milieu de riches terres agricoles. Les Peuples de la mer, les Philistins, s'y installent après une prise de pouvoir destructrice. Les cananéens sont repoussés, et parmi eux les phéniciens, qui vivent dans les ports centrés sur le Liban actuel. Plus à l'Est, à l’intérieur des terres, les Hautes Terres, restent toujours isolées par des reliefs naturels. Autour de la cité-état de Sichem au nord, une population éparse vit dans une région de collines. Au Sud, la cité-état de Urushalim (Jérusalem) règne sur la partie la plus aride, la plus pauvre et la plus escarpée. Les peuples de la mer les épargnent, elles sont peu accessibles et trop pauvres pour les intéresser.
À la fin du XIIIe siècle avant J.-C., à la veille de l'installation des Hébreux, les Hautes Terres sont quasiment désertiques en dehors des ces deux minuscules cités-états, Sichem et Urushalim.
Sur le littoral, les Philistins commencent à arriver.


3. 11. Mérenptah, le pharaon de l'Exode ?
De 1213 à 1203 avant J.-C., Mérenptah, le fils de Ramsès II règne en Égypte. Il a assumé une longue régence, au moins 15 ans avant la mort de son père. De nos jours, la momie de Mérenptah est conservée au Caire. Il est mort à plus de 70 ans, obèse, souffrant d'arthrose et d'athérosclérose. Lui non plus n'a pu monter sur un char pour suivre sur des kilomètres, à la tête de l'armée égyptienne, quelques manœuvres Apirous en rupture de contrat pour finir noyé. Sa momie, elle non plus, ne montre ni signe de noyade, ni marque d'accident. On possède d'ailleurs un témoignage archéologique exceptionnel qui récuse qu'il soit mort au combat contre Israël. Nous allons le voir.


En racontant la mort de Pharaon noyé dans son char, le Coran a probablement été influencé par une exagération biblique. L'Exode (14, 27-28) raconte : « Moïse étendit la main sur la mer et, au point du jour, la mer rentra dans son lit. Les Égyptiens en fuyant la rencontrèrent, et Yahvé culbuta les Égyptiens au milieu de la mer. Les eaux refluèrent et recouvrirent les chars et les cavaliers de toute l'armée de Pharaon, qui avaient pénétré derrière eux dans la mer. Il n'en resta pas un seul ».
Le Coran reprend l'idée que Pharaon est mort au combat. « Pharaon, donc, voulait les éloigner de la terre. Alors Nous les noyâmes tous, lui et ceux qui étaient avec lui. » (S. 17, 103). On ne comprend pas bien de quelle terre Pharaon voulait les éloigner, puisque les Hébreux étaient en train de fuir, mais qu'importe ! L'affirmation de la mort par noyade de Pharaon est reprise dans les Sourates 20 (78) et 2 (50). Le Coran prétend que le corps de Pharaon a été retrouvé : « Et bien Nous allons te sauver aujourd'hui quant à ton corps, afin que tu sois un signe pour ceux d'après toi » (S. 10, 92). La Sourate 26 (59) informe que les Hébreux héritent de lui : « De quoi [Pharaon], Nous fîmes héritiers les Enfants d'Israël. ». Néanmoins, les hébreux n'héritent pas des biens de pharaon, puisqu'ils n'ont fondé aucune dynastie régnante en Égypte. C'est bien en Canaan qu'ils vont s'installer.
Si Mérenptah est le pharaon de l'exode, son engagement personnel dans la guerre contre les Hébreux est différent de ce que nous racontent la Bible et le Coran. Il n'est pas mort noyé, mais il s'est bien battu contre Israël et son rôle est essentiel dans l'histoire qui nous occupe : il nous donne la première preuve historique de l’existence du peuple d'Israël, en se vantant de l'avoir détruit. En -1207, ce pharaon fait en effet graver une stèle pour commémorer sa victoire militaire sur les villes de Canaan : c'est la stèle dite « de Mérenptah ». Elle fait état d'un peuple, Israël vaincu en même temps que les autres peuples de Canaan : « Canaan a été razziée de la pire manière. Ashqélôn a été enlevée. Gézer a été saisie. Yeno‘am est comme si elle n'avait pas existé. Israël est dévasté ; sa semence n'existe plus. Huru est devenue une veuve du fait de l'Égypte… »*. Mérenptah meurt 4 ans après en 1203.



La stèle de Mérenptah (musée égyptien du Caire).




Ironie de l'histoire : cette stèle, en annonçant la destruction d'Israël, témoigne pour la première fois de l'existence du peuple hébreu et cela pour les millénaires à venir ! C'est le plus ancien témoignage écrit du mot « Israël » qui soit parvenu jusqu'à nous.
Il est à noter que les habitants de Canaan sont désignés sur la stèle par leurs villes de résidence – Ashqélôn, Gézer...- mais qu'Israël n'est pas désigné par une cité. En -1207, Israël était donc probablement un peuple nomade séjournant en Canaan.
En 1207 avant J.-C., Israël vit déjà en Canaan. En 1207, Israël existe donc.
Depuis combien de temps ? Peut-être l'archéologie va-t-elle nous en apprendre davantage ?


* : La Bible et l'archéologie, p.78, Théo Truschel, Faton, novembre 2010.


3. 12. Et les murailles de Jéricho s'effondrent !
Nous sommes entre 1250 et 1200 avant J.-C..


Nous laissons maintenant les conjectures pour les certitudes archéologiques. Les proto-Hébreux vont apparaître dans les strates archéologiques des Hautes Terres, région à l'ouest de la mer morte et du Jourdain, qui reste à distance du littoral où vivent les Philistins. Avant la sédentarisation des Hébreux, ces terres étaient désertiques, seules deux villes-états y subsistaient, Sichem et Urushalim, regroupant à peine 2000 habitants.


Le Coran (S. 26, 57-59) annonce qu’Israël hérite des dépouilles de Pharaon après sa noyade ; mais le Peuple Élu s'installe bien en Canaan et non en Égypte.
Dans la Bible, le livre de Josué raconte comment Josué, le successeur de Moïse, conquiert par la force le pays de Canaan. Il extermine ses habitants dans ce que l'on appellerait de nos jours une purification ethnique, afin de laisser aux Hébreux la terre promise vierge de toute occupation païenne. Jéricho est censée être protégée par de formidables murailles. Elles s'effondrent au son des trompettes devant le Peuple Élu en prières (Josué 6).
Le Coran évoque également cette entrée en Canaan souhaitée par Moïse (S. 5, 20-26). Sa prise de possession aurait nécessité de franchir les murailles d'une ville (qui n'est pas nommée dans le Coran) tenue par des hommes très puissants.


L’idée d'hommes puissants, de géants, provient d'un récit de l'Ancien Testament (Nombres 13, 33). Dans le livre des Nombres, on raconte que Moïse souhaite envoyer le Peuple Élu au combat pour occuper sa Terre Promise. Il envoie quelques éclaireurs au devant de l'armée. Ceux-ci, peu motivés pour la guerre, racontent au retour de leur mission que des géants tiennent le pays. Il s'agit de décourager le Peuple Élu... qui va donc continuer à errer quelques années supplémentaires dans le désert.





Josué et son compagnon au pays des géants de la tribu des Ād : ils récupèrent une grenade géante
('Ağayib al-maḫlūqāt par Mahmūd Hamadānī, manuscrit persan, 1577 ; BnF).


Or, l'archéologie a prouvé que Jéricho n'existait plus au XIIIe siècle, au moment où l'on assiste à la sédentarisation du peuple hébreu. Un siècle avant, au XIVe siècle, c'était une petite bourgade dépourvue de murailles qui avait été abandonnée et non détruite. La strate archéologique a été fouillée et en témoigne. La ville réapparaîtra plus tard pour devenir une métropole. Mais au moment de l'arrivée des Hébreux en Canaan, Jéricho n'existait plus depuis un siècle*.



Prise de Jéricho. Les hébreux font le tour de la ville en portant l'Arche d’Alliance :
 les murailles . s’effondrent (Jean Fouchet, XVe siècle).


D'autres villes, censées avoir été détruites par Josué, avaient également cessé d'exister depuis des siècles : Aï, sur le tertre de Khirbet et-Tell et la citée des Gabaonites, localisée à El-Jîb*.
Haçor, Béthel, Lakish, Gézer sont également censées avoir été détruites par Josué. Elles seront effectivement ravagées par des envahisseurs, mais ce sera bien après l'arrivée des Hébreux en Canaan. Leurs destructions s'étaleront sur un siècle et ceux qui les ont détruites s'y installeront en maîtres : les traces archéologiques qu'ils laisseront prouvent qu'ils n'étaient pas Hébreux*.


En fait, le récit biblique de la conquête de Canaan par le peuple Hébreux est faux, et cela s'explique facilement : la Bible, et en particulier le livre de Josué, ont été écrits des siècles après les événements racontés. Un détail de la Bible prouve qu'elle a été écrite très tardivement par rapport aux événements relatés. Le Livre de Josué raconte que Josué enterre des rois vaincus dans une caverne refermée par de grandes pierres, « pierres », dit le texte de la Bible, qui « y sont restées jusqu'à ce jour » (Josué 10, 27). De quel jour parle la Bible ? Manifestement, de celui où a été écrit le texte ! Cela signale sans aucun doute que le livre a été écrit bien après les événements racontés *.
Aucune ville n'a vu ses murailles s’effondrer pour permettre aux enfants de Moïse de s'installer en Canaan. L'archéologie a fait s'effondrer pour toujours les murailles de Jéricho ! L'extraordinaire puissance évocatrice de la destruction de Jéricho restera pour toujours ce qu'elle est : un merveilleux poème qui évoque la toute-puissance de Dieu.


Sur ce point, la Bible et le Coran donnent des informations erronées : les Hébreux n'ont pas détruit les cananéens pour prendre leur place. Canaan était un désert quand les Hébreux s'y sont sédentarisés.


* : La Bible dévoilée, p 135, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


3. 13. Au XIIIe siècle avant J.-C., le peuple hébreu prend possession de sa Terre Promise.
Loin de la conquête sanglante de Josué soutenu par un Dieu vengeur et exterminateur, (conquête racontée par la Bible dans le Livre de Josué), l'archéologie a montré tout autre chose.


À partir de 1200 avant J.-C., des petits villages s’installent peu à peu dans les hautes terres de Canaan et évoluent en marge des cités du littoral, cananéennes (phéniciennes) ou égéennes (philistines). Les structures les plus anciennes des hautes terres sont en bordure du désert, là où l'on peut cultiver et faire paître les troupeaux. Les villages sont constitués de petites maisons adjacentes qui encerclent une grande cour ovale (comme à Izbet Sartah (*1)).



Plan d'Izbet Sartah (d'après le résultat des fouilles archéologiques).





Inscription en protocananéen retrouvée à Izbet Sartah (– 1200 avant J.-C.).


Ce plan circulaire témoigne de l’origine des premiers habitants. Ce sont des pasteurs nomades. Les tentes des bédouins sont ainsi installées en cercle pour contenir le bétail. Il s'agit donc d'un peuple de nomades qui se sédentarisent peu à peu (*1).
La stèle de Mérenptah l'avait déjà suggéré : Israël n'est pas un peuple citadin. Aucune ville n'était attachée à son nom, contrairement aux autres peuples vaincus par les égyptiens.


Ces villages des proto-Hébreux ne diffèrent pas vraiment des villages de leurs voisins de Moab, ou d'Ammon. Un seul détail les identifie comme différents des autres : ils respectent l'interdit du porc ( * 2).
À partir du XIIIe siècle avant J.-C. et jusqu'à nos jours, les Hébreux n'élèvent pas et ne consomment pas de porc. Des ossements de chèvres, de moutons, de bovins sont retrouvés lors des fouilles. Mais aucun ossement de porc n'a été retrouvé dans ces villages des Hautes Terres. Le porc était largement élevé et consommé par leurs voisins, que ce soient par les cananéens du littoral, par les Moabites, par les habitants de la péninsule arabique ou par les Égyptiens. Seuls les proto Hébreux n'en consomment pas (*2).
Voilà comment a été démontrée l'apparition dans l'histoire du peuple hébreu respectant la Loi de Moïse : par l'interdit touchant au porc. Avant sa sédentarisation, aucun critère discriminant n'a permis de repérer le Peuple Élu. À noter que cet interdit pesant sur le porc n'a pas été imposé par Yahvé lors du don des Dix Commandements. Les Tables de la Loi ne contiennent aucun interdit alimentaire, aucune restriction vestimentaire et aucun rituel de purification. Peut-on supposer que l'origine nomade des hébreux explique cet interdit ? Le porc n'est pas un animal adapté à la vie nomade, contrairement aux bovins ou aux ovins. Quelle que soit l'origine de cet interdit, il sert de nos jours à identifier les communautés hébraïques dans les strates archéologiques.


Autre particularité, mais qui sera moins durable : la civilisation d'Israël est pacifique (*3). Les villages n'ont pas de murailles. Ils n'ont pas d'armement, alors qu'on en trouve lors des fouilles des villages cananéens du littoral. Il n'existe aucune trace de destruction par le feu signalant des mouvements militaires. Ils vivent paisiblement en autarcie, associant élevage et culture de céréales. Ils vivent simplement, dans une relative pauvreté : aucun bijou, ni objet de luxe ou d’artisanat d'importation n'a été retrouvé. Ils habitent dans de petites maisons identiques, ce qui révèle une civilisation relativement égalitaire.*
Leurs villages se multiplient sans dépasser 250 localisations en Canaan. Aucun n'a plus de 200 habitants. Au Xe siècle avant J.-C., les Hébreux sont moins de 40 000. Ces villages ont deux autres particularités : ils ne possèdent ni temple, ni structure publique*. Plusieurs de ces villages resteront habités jusqu'à l'époque monarchique, au premier millénaire avant J.-C., moment où les archives préciseront que leurs habitants sont hébreux depuis toujours.
Les Hébreux viennent de se sédentariser en Terre Sainte, en Canaan. Nous sommes en 1200 avant J.-C.. Ils sont pacifiques et pauvres, respectent l'interdit sur le porc et sur la représentation du vivant et ne pratiquent ni culte païen, ni culte domestique.


* : La Bible dévoilée, * : p.177 / * 2 : p. 188 / * 3 : p. 174 ; I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


3. 14. Entre 1250 et 1200 avant J.-C., Israël construit son premier lieu de culte sur le mont Ébal en Canaan.
Le culte des premiers Hébreux est difficile à connaître avec certitude puisqu'ils ne pratiquaient pas l’écrit assez couramment pour que l'on ait retrouvé des inscriptions qui nous renseignent.
Leurs tombes montrent qu'ils enterraient leurs morts sans offrande mortuaire, ce qui les éloigne des pratiques païennes de leurs voisins *. Ils ne pratiquaient pas l'art de la statuaire ; aucune sculpture n'a été retrouvée et en particulier aucune sculpture de dieux. En fait, les fouilles des villages des proto-Hébreux n'ont permis de retrouver qu'une seule statue : celle d'un taureau dans un village minuscule*. Y-avait-il déjà un interdit sur la représentation du vivant ? Cela est possible, puisque les voisins des Hébreux pratiquaient, eux, couramment l'art de la sculpture.


Le seul autel hébraïque de cette époque qui ait été identifié a été retrouvé sur une montagne, et non dans un village*.
Le mont Ébal a été fouillé à de nombreuses reprises au XXe siècle : il est couronné d'une structure en pierres qui ne ressemble à rien de connu pour cette époque. Des fragments de plâtre subsistent dans les interstices de cette construction bâtie en pierres brutes, non taillées, avec un plan incliné qui mène au sommet. Pendant longtemps, sa signification est restée incomprise. Aucune inscription ne permettait de savoir quel peuple l'avait construit ou quelle était sa fonction. Puis, en 1983, un archéologue, David Etam, fait le lien entre cette construction étrange et le texte de l'Ancien Testament où sont décrites les caractéristiques de l'autel réclamé par Yahvé. « Alors Josué édifia un autel à Yahvé, Dieu d’Israël, sur le mont Ébal, comme Moïse serviteur de Yahvé, l'avait ordonné aux Israélites, selon qu'il est écrit dans la Loi de Moïse : un autel de pierres brutes que le fer n'aura pas travaillées. Ils y offrirent des holocaustes à Yahvé et immolèrent des sacrifices de communion. » (Josué 8, 30-35). Et le Deutéronome (27, 1-10) ajoute : « ...tu dresseras de grandes pierres, tu les enduiras de chaux. »
Plus tard, le Saint des Saints du second Temple construit à Jérusalem (au VIe siècle avant J.-C.) aura exactement la même structure. Nous sommes donc en présence d’un autel typiquement hébraïque, comme aucune autre culture n’en a édifié.


De nombreux ossements de daims, boucs, moutons et bovins, tous mâles et approximativement âgés d'un an ont été retrouvés calcinés au mont Ébal. Deux scarabées égyptiens fabriqués sous Ramsès II (-1279-1213) ont été retrouvés, l'un à l’extérieur de l'autel, l'autre dans une cuvette de pierre qui servait de réceptacle aux offrandes. Serait-ce l'offrande d'un dernier attachement au paganisme ? Des céramiques, dont les tessons ont été retrouvés en quantité, confirment l'occupation entre le XIIIe siècle et le XIIe siècle avant J.-C..



Le Temple du mont Ébal (vu du ciel) a été en activité à partir de - 1250.


Vers -1250, sur le mont Ébal, les Hébreux, arrivés d’Égypte avec quelques souvenirs du règne de Ramsès II, ont donc construit un autel carré, en pierres non taillées, enduit de plâtre. Ils y ont sacrifié de jeunes animaux tous mâles, sauf des porcs, pendant au moins deux siècles.
Actuellement, les historiens sont arrivés à un consensus. Si l'Exode de Moïse a bien eu lieu, cela s'est passé pendant le règne de Ramsès II. L’Exode pourrait avoir eu lieu la septième année de son règne, en 1272, moment d'un conflit entre l’Égypte et Canaan**... Mais Ramsès II n'est pas mort en poursuivant les Hébreux, il est mort en – 1213, à plus de 90 ans. Les Hébreux étaient déjà arrivés en Canaan, puisque le Temple du mont Ébal existait depuis déjà quelques années. Les Hébreux subiront une défaite face à Mérenptah en -1207, en même temps que les autres habitants de Canaan. Ils attendront encore quelques années pour se sédentariser dans leurs premiers villages, à partir de -1200.
Voilà ce que l'archéologie peut nous apprendre : la longue errance de 40 ans au désert a même trouvé une vraisemblance, et pourrait correspondre à la période de nomadisme qui a précédé leur sédentarisation.

* : La Bible dévoilée, p. 174. I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.
** Ramsès II, p. 135 ; Christiane Desroches Noblecourt, Flammarion, 2007.


3. 15. Israël et la Terre Promise : la linguistique nourrit-elle quelques hésitations sur sa localisation ?
Le Coran ne donne aucune localisation précise à la Terre Promise. Les hébreux sont convaincus qu'il s'agit de Canaan, la terre d'Israël, et l'archéologie a largement confirmé cette conviction. Mais, pour les musulmans, les preuves archéologiques ne sont pas suffisantes, le Coran est d'un niveau de véracité supérieure à toutes les preuves humaines, scientifiques ou archéologiques. Or, ce que le Coran dit de la Terre Promise des hébreux est contradictoire. En fonction de la période de la révélation, mecquoise ou médinoise, Mohamed donne des versions différentes.


Lors de la révélation mecquoise, Mohamed suggère que cette terre promise serait l'Égypte dans sa totalité : « Pharaon, donc, voulait les éloigner de la terre. Alors Nous les noyâmes tous, lui et ceux qui étaient avec lui. Et après lui, Nous dîmes aux Enfants d'Israël : « Habitez la terre » ! » (S. 17, 103)*. Pharaon semble même vouloir « éloigner » les enfants d'Israël et Allah semble s'y être opposé. C'est exactement l'histoire inverse à celle de la Bible, dans laquelle Pharaon souhaite initialement garder les hébreux en esclavage, avant d'accepter à contrecœur de les voir partir. Selon le Coran, les enfants d'Israël seraient donc restés en Égypte ! Un autre verset mecquois confirme cette version : Israël hériterait des dépouilles de Pharaon ! « Nous fîmes donc sortir [Pharaon et les rassembleurs] des jardins et des sources et des trésors et d’un noble lieu, comme cela ! De quoi Nous fîmes héritiers les Enfants d’Israël. » (S. 26, 57-59).
Selon les sources historiques sûres, la domination de l'Égypte s'étend sur la terre de Canaan entre 1290 avant J.-C. sous Séthi 1er et 1176 avant J.-C., sous Ramsès III. C'est effectivement pendant cette période qu'a lieu l'Exode. À partir de 1250 avant J.-C., des proto-Hébreux se sont sédentarisés progressivement dans les Hautes Terres de Canaan. Si on fait la synthèse entre les données archéologiques et le Coran, Canaan serait donc la partie d'Égypte reçue par les Hébreux. Ce n'est pas tout à fait satisfaisant, puisque le verset, en citant les dépouilles de Pharaon, suggère que les Hébreux ont hérité en totalité de Pharaon, ce qui est historiquement faux.


À Médine, la version que le Coran présente de l'exode s'est modifiée. Mohamed raconte cette fois-ci que les Hébreux ont traversé la mer pour rejoindre leur Terre Promise : « Et Nous fîmes traverser la mer aux enfants d'Israël. Rebelles et transgresseurs, Pharaon et ses armées les poursuivirent donc. » (S. 10, 90)*.
Il ne s'agit plus de l’Égypte mais d'un autre territoire : « O mon peuple! Entrez dans la terre sacrée, que Dieu vous a prescrite. » (S. 5, 21). La terre offerte n'est pas libre mais occupée par une autre peuple : « Ils disent : O Moïse, il y a là un peuple, - de vrais tyrans. Non, jamais nous n'y entrerons, qu'ils n'en sortent. S'ils en sortent, alors, oui, nous sommes pour entrer. » (S. 5, 22). Ils doivent d'ailleurs se battre pour y entrer : « Franchissez leur porte ; puis quand vous l'aurez franchie, en vérité vous serez dominants » (S. 5, 23). La mort de pharaon n'a donc pas suffi pour qu'ils héritent tranquillement de ses dépouilles : il s'agit donc d'un autre territoire.
Dans la nouvelle présentation médinoise, les Hébreux s’installent donc maintenant hors d'Égypte ! Le récit du Coran ressemble cette fois-ci davantage à la Bible. Ne serait-ce pas la conséquence de la rencontre de Mohamed avec les juifs de Médine ?


Il y a quelques années, dans son ouvrage La Bible est née en Arabie, le professeur d'épigraphie Kamal Salibi a posé l'hypothèse que la Terre promise où se seraient installés les Hébreux en quittant l’Égypte, serait en fait en Arabie Saoudite actuelle ! Ses arguments reposent sur une similitude de certains noms entre le texte de la Bible et des localités d'Arabie antique **. Par exemple, le Pr Salibi pense que Moïse aurait fui vers le massif montagneux de Seir dans l'ouest de l'Arabie, qui aurait été confondu avec le mot Sinaï. Il faut cependant remarquer que la migration de 600 000 familles à travers le Sinaï pendant 40 ans, telle que l'a racontée le livre de l'Exode, n'a jamais eu lieu ; les fouilles en auraient retrouvé des traces. En revanche l'archéologie nous a appris que les Hébreux n'étaient que quelques centaines quand ils se sont sédentarisés en Canaan au XIIIe siècle avant J.-C.. Une poignée de nomades aurait donc pu traverser le Sinaï sans laisser de traces. Mais, s'ils avaient été à Seir, sans passer par le Sinaï, avant d'arriver en Canaan, cela signifie qu'ils auraient traverser la mer rouge à pied sec qui est profonde de 2500 mètres dans sa faille centrale. Cela s'apparente à de l'alpinisme...


 

Le Sinaï, l’Égypte, l'Arabie et la mer rouge vus par satellite. En rouge la montagne de Seir, en vert le Sinaï, en
bleu, l'endroit le plus vraisemblable du passage des hébreux.



Dans la montagne de at-Tā'if, près de la Mecque, une tribu arabe se nomme « Al Afram ». Ce nom ressemble à celui d' « Éphraïm », nom d'une tribu installée en Israël depuis le XIIIe siècle avant J.-C. ! Or au VIIIe siècle avant J.-C., plusieurs vagues de déportation ont éparpillé les enfants d'Israël dans tout le Moyen-Orient, jusqu'à l'Égypte. La Tribu d'Éphraïm est partie avec les autres. Que certains de ses membres se soient finalement installés dans la montagne d'at-Tā'if est possible, mais ne suffit pas à prouver que l'Exode du XIIIe siècle avant J.-C. a eu lieu vers l'Arabie ! Cela tendrait en revanche à démontrer que des membres de la Tribu d'Éphraïm ont été chassés au VIIIe siècle de Canaan pour devenir les « Al Afram » en Arabie.
Le mot « Téhom » dans la Bible hébraïque signifie « abîme ». Avant la création, « Les ténèbres couvraient le Téhom » (Genèse 1, 2). Les damnés tombent au Téhom, loin de Dieu (Ps 88, 12 ; Job 26, 6 ; Job 26, 22 ; Pr 15, 11 ; Pr 27, 20).
Dans le sud-ouest de l'Arabie existe une terre nommée Tihama. La racine arabe est « THM » : qui signifie faille qui ne retient pas l'eau, c'est la même racine que le mot Tehom. Un « THM » est un abîme sans fond : une faille dans laquelle l'eau disparaît en Arabie, un néant où règne le mal dans la Bible. Mais une racine étymologique identique ne prouve pas une localisation géographique commune, mais simplement une proximité linguistique entre les deux langues, l'arabe et l'hébreu. Si l'hypothèse du Pr Salibi était exacte, la terre appelée Tihama en Arabie serait donc le Téhom biblique. Cela ferait de l'Arabie Saoudite le lieu de la damnation des âmes perdues, et non la Terre promise. Comme quoi, selon l'interprétation adoptée, on obtient des résultats opposés...
Ces raisonnements basés sur la linguistique ne sont pas suffisants. Pour qu'ils soient autre chose qu'une hypothèse, encore faudrait-il qu'ils soient confirmés par des preuves archéologiques et le respect de la chronologie.


* : Le Coran décrypté, p. 199, Jacqueline Chabbi, Fayard, 2008.
** : La Bible est née en Arabie, Kamal SalibiGrasset, 1986.


3. 16. La Terre Promise serait-elle l'Arabie ? La chronologie des sources épigraphiques donne la réponse.
Certains pensent ainsi que la Terre Promise des Hébreux s'était trouvée en Arabie.
Revenons à la chronologie des sources épigraphiques au Moyen-Orient. Seules ces sources sont susceptibles de prouver objectivement quelle était la localisation de la Terre promise aux Hébreux quand ils ont quitté l’Égypte. En effet, l'archéologie a démontré que les traces objectives de la sédentarisation des Hébreux se trouvent en Canaan et non en Arabie. Nous allons voir que les plus anciens écrits en langues sémites trouvés en Arabie sont de 1000 ans plus tardifs que les preuves de l'installation des Hébreux dans les Hautes Terres de Canaan.
On a ainsi vu qu'une écriture inspirée d'une simplification des hiéroglyphes est apparue au XVIIIe siècle avant J.-C. en Égypte : l'écriture sinaïtique. Elle est l’ancêtre commun des alphabets hébreu, grec, phénicien et arabe. Ces langues elles-mêmes n'existaient pas encore au XVIIIe siècle. C'est uniquement quand elles seront mises par écrit, bien plus tard, qu'elles emprunteront l'alphabet sinaïtique en l'adaptant.
L’écrit sinaïtique lui-même est très rarement utilisé hors d’Égypte où il a laissé peu de traces, les supports utilisés étant fragiles. Le premier écrit en alphabet sinaïtique trouvé hors d’Égypte l'a été en Palestine. Il s'agit d'une tablette découverte à 'Ayn Shams en 1933. Elle a été datée du XIIIe siècle avant J.-C. par le Pr. A. Lundin, un savant soviétique.



 Vase et inscription hébraïque découvert à Lachis
entre Jérusalem et Gaza, (XIIIe s. avant J.-C.).




À partir de -1200, les phéniciens utilisent cet alphabet couramment.
Au Xe siècle, les grecs mettent en place leur alphabet et développent leur écrit.
À partir du IXe siècle, des ostraca sont utilisés en Canaan. Ce sont des tessons de poterie qui servent de support à des messages rédigés en hébreu. Ils signent le passage à l'écrit du peuple hébraïque. Au fil des siècles, ils deviendront de plus en plus nombreux.
Au IXe siècle avant J.-C., les arabes n'ont pas encore laissé de traces écrites. Le mot « arabe » n'existe d'ailleurs pas encore.
À partir du IXe siècle, l’hébreu laisse des traces épigraphiques en continu en Canaan.
Pendant les derniers siècles avant J.-C., la langue hébraïque parlée évolue vers l'araméen qui sera la langue parlée par le Christ. L'araméen d'Édesse deviendra le syriaque, langue qui sera parlée par les chrétiens du Moyen-Orient. Au Moyen-Orient, au moment où Mohamed donnera sa prédication, le peuple dominant, le plus riche, le plus instruit et le plus citadin parle syriaque.


À partir du IIe siècle avant J.-C., l'écriture sud-arabique, inspirée de l'alphabet de 'Ayn Shams, se développe au Sinaï, en Palestine et en Syrie. Elle sert à mettre par écrit l'ensemble des langues arabes regroupant de multiples dialectes. L'arabe classique – qui est par définition l'arabe du Coran - fera bien plus tard partie de ce groupe, mais il ne sera inventé qu'entre les VIIe et VIIIe siècles après J.-C., au moment de la rédaction du Coran**.
Plusieurs écritures appartiennent à cette famille sud-arabique.
Les plus anciennes écritures sud-arabiques ont été retrouvées dans l’ouest de l'Arabie, elles sont dites tamoudéennes. Dieu y est appelé « DTM ». La déesse Ilat est dénommée « Ilt ». L'ancienneté maximale de cette écriture est le VIe siècle avant J.-C. : on a en effet découvert au nord de l'Arabie le dessin d’un char qui pourrait être assyrien. Mais la plupart sont nettement plus tardives et datent du premier millénaire après J.-C. : les variétés d'écritures tamoudéennes étaient plus cursives dans le Nord de l'Arabie, et plus monumentales dans l'Oasis d'Hismā.
Dans l'ordre chronologique, on trouve ensuite l'écriture nabatéenne, appartenant également au groupe sud-arabique. En 106 avant J.-C., le Royaume nabatéen de Pétra, en Jordanie actuelle, conquiert l'oasis d'Hégrā au nord de l'Arabie. Les inscriptions nabatéennes découvertes Hégrā sont rédigées dans la langue de Pétra et donc forcement postérieures à 106 avant J.-C., date où Pétra impose sa domination à Hégrā*. L'alphabet arabe découlera un jour d'une adaptation de l'alphabet nabatéen.
Plus récentes, d'autres écritures datent de l'empire romain. Elles ont été découvertes dans le Hedjāz, la région de la Mecque et de Médine, exactement dans l’oasis de Taymā au nord-ouest de Yathrib (Médine). Elles sont en effet écrites en araméen dit d’empire (il s'agit de l'empire romain), transposé dans un alphabet de la famille sud-arabique.
Ensuite, de nombreuses inscriptions dites safaïtiques ont été retrouvées en Syrie et en Jordanie. L'une est datée de 132 après J.-C.. Son auteur se nomme « un nabatéen de la tribu de Ruwahu ». Près du village de Rushayda en Syrie, une inscription signale la victoire de César ; elle date donc de la domination romaine. Une autre est associée à sa traduction en grec. Une autre parle des membres de la dynastie hérodienne*.
Ce n'est qu'au IVe siècle après J.-C. que l'on trouve enfin une écriture appartenant à des juifs en Arabie. En effet, à partir de 275 le royaume Himyarite se constitue au Sud de l’Arabie. Il se convertit au judaïsme en 380. Il va dominer l'Arabie jusqu'en 571. Il emploie un alphabet sud-arabique. Les traces épigraphiques du Yémen et d'Arabie du Sud datent de ce royaume. Cet alphabet est à l’origine du syllabaire éthiopien. La foi de ce royaume est juive mais ses sujets sont arabes et leur langue appartient à la famille des dialectes arabes. Voilà comment des juifs ont vécu en Arabie. Il ne s'agit nullement de l'Exode de Moise vers l'Arabie au XIIIe siècle avant J.-C., mais de la conversion d'un peuple arabe au judaïsme en 380*.


Le Coran sera écrit en alphabet syriaque, délaissant l'alphabet sud-arabique qui disparaîtra au Xe siècle. Ce choix peut sembler étrange. En effet l'écriture sud-arabique du royaume Himyarite aurait été bien mieux adaptée à la mise par écrit du Coran, puisque l'arabe dialectal de Mohamed et la langue de ce royaume appartenaient au même groupe linguistique. Il semble que les rédacteurs du Coran ait choisi l'écriture du peuple dominant politiquement et économiquement, plutôt que l'écriture la mieux adaptée à la transcription de l'arabe. Telle est l'hypothèse de Christian Robin, directeur du laboratoire d'études sémitiques anciennes au Collège de France. En effet, les langues sud-arabiques ont 29 consonnes, là ou le syriaque n'en a que 22. Le choix de l'alphabet syriaque pour la mise par écrit du Coran explique une partie des ambiguïtés du Texte saint, la même lettre signifiant plusieurs sons**.


Les traces épigraphiques de la présence de juifs en Arabie sont donc postérieures à la rédaction de la Bible. Toutes ces preuves montrent que l'Exode a eu lieu vers la Palestine et non vers l'Arabie. Si un royaume juif a bien existé en Arabie, c'est uniquement entre 300 et 571 avec le royaume Himyarite.


Le Pr Salibi ne peut donc pas se contenter de faire des recherches linguistiques sur l'origine étymologique des mots, les traces épigraphiques et leur datation objective ne peuvent pas être oubliées. Les Hébreux ne sont donc pas installés en Arabie en fuyant Ramsès II au XIIIe siècle avant J.-C. mais ils sont allés en Canaan...
Si les hébreux ont fait un crochet par l'Arabie lors de leurs pérégrinations nomades, cela n'a laissé aucune trace. Que cette hypothèse soit développée de nos jours provient uniquement des luttes anti-sionistes et non de l'objectivité historique.


* : La Bible et l'archéologiep. 27, Théo Truschel, Faton, novembre 2010.
** : cours de François Bron, Section des Sciences historiques et philologiques à l’EPHE.


3. 17. Un livre de Lois pour connaître les premiers Hébreux sédentaires.
Le livre de l'Exode (aux chapitres 20 à 23) présente le Code de l'Alliance comme ayant été donné par Moïse. C'est en fait invraisemblable. Le Code de l'Alliance (qu'il ne faut pas confondre avec les dix commandements donnés par Dieu à Moïse au Sinaï) correspond aux besoins législatifs d'une société de pasteurs-agriculteurs, et non aux besoins du peuple nomade et ouvrier que dirigeait Moïse.
Ce code pourrait dater, dans sa version orale, de l'installation des Hébreux dans les Hautes Terres. Il serait donc postérieur à Moïse. C'est ce que pensent les spécialistes de la Bible. Il contient les premières règles d'interdits alimentaires (Exode chapitres 22 et 23)
La vie rustique d'agriculteurs pratiquant la polyculture vivrière et l'élevage de petit et de gros bétail (excepté le porc) y est décrite par le biais de la Loi. Les rituels religieux sont précisés et ils sont encore très agricoles. L'Exode (23, 14-19) décrit la fête des Azymes de Pâque (pour célébrer l'Exode), la fête des Prémices (pour commémorer les premiers fruits de la terre au printemps et le don de la Loi) et des Récoltes (lors des moissons).
La législation du mariage, de l'esclavage, de la réparation des crimes et délits nous donne un bon aperçu du quotidien. On vole du bétail et on se fait encorner par des bœufs plus ou moins pacifiques ; on fait paître son bétail dans la vigne du voisin et on séduit sa fille. Il est conseillé de ne pas mentir quand on est appelé à témoigner, de bien traiter l'étranger de passage en souvenir de la servitude en Égypte. Il est conseillé de prêter son argent sans garder en gage le dernier vêtement qui réchauffe le pauvre.
Des conseils agronomiques sont donnés qui rendent bien compte de ce que l'archéologie nous apprend d'une population nomade qui se sédentarise peu à peu. La terre reste en jachère une année sur sept pour laisser paître le bétail qui fume la terre au passage. L'alliance entre les pasteurs et agriculteurs est donc organisée. Les pasteurs-producteurs de viande viennent chercher leurs céréales auprès des agriculteurs. Puis, peu à peu, ils ensemencent eux-mêmes quelques champs et laissent une partie de la famille derrière eux pour les surveiller, puis reviennent pour la moisson. À terme, ils se sédentarisent, gardant leur bétail et cultivant leurs champs.


La Bible nous apprend que les Hébreux sont dirigés par des juges. Mi-prophètes, mi-rois, ils sont choisis par Dieu à chaque génération pour corriger le peuple qui se fourvoie dans des pratiques païennes. Leurs épopées sont racontées dans le Livre des Juges qui couvre une période allant de 1150 avant J.-C., à -1025, date qui marque le début de la royauté hébraïque. Pendant cette période se situe le combat homérique de Samson qui extermine 1000 Philistins avec une mâchoire d’âne avant d'être trahi par son épouse d'origine philistine, Dalila (Juges 13, 1 à 16, 31). En fait, l'archéologie a prouvé qu'il n'y avait pas eu de combat dans les Hautes-Terres de Canaan. De plus, l'étymologie du mot Samson, Shamshon, (en hébreu :שמשון), s'apparente au nom de Shamash, le dieu du soleil de Babylone. L'histoire de Samson serait donc un mythe.



Dalila a attaché Šamsūn pour lui couper les cheveux ('Ağayib al-maḫlūqāt par Mahmūd Hamadānī, manuscrit persan, 1577 ; BnF).
Šamsūn n’apparaît pas dans le Coran mais son existence mythique a été reprise par la Tradition musulmane.


S'il n'est pas impossible que le peuple hébreu ait été infidèle à Yahvé au point que Dieu lui ait donné des juges, aucune trace archéologique ne le démontre. L'archéologie nous a appris que les Hébreux n'avaient pas de culte domestique, qu'ils respectaient l'interdit sur le porc, qu'ils étaient pacifiques, qu'ils enterraient leurs morts sans offrandes et célébraient leur foi en un lieu unique de culte. Est-il invraisemblable d'imaginer que les multiples infidélités racontées dans le Livre des Juges soient simplement une transposition de ce qui se passait au moment de la rédaction de la Bible ? D'autant que le Livre des Juges rend uniquement les tribus Nord, celles du futur Israël, responsables d'apostasie, alors que celles du Sud, celles de Juda, en sont innocentes*. Or, on sait que se sont des héritiers de Juda qui ont mis la Bible par écrit et non des fils d'Israël... Comment ne pas faire le lien entre ces deux faits !


En l'an -1025, à l'aube de l'unification de leur territoire en royaume, ces villages regroupent au maximum 45 000 habitants. Ils sont sous la dépendance de leur deux cités-états, Sichem et Urushalim, toujours contrôlées par l’Égypte.


* : La Bible dévoilée, p. 192, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


3. 18. Au même moment, les Peuples de la mer s'installent sur le littoral.
À partir XIIe siècle, le littoral cananéen évolue autrement. Les Peuples de la mer attaquent en Méditerranée, apportant la ruine des royaumes existants. Seule l’Égypte va résister. Il est probable qu'il ne s'agit pas d'une fédération unique de pirates, mais des populations civiles composées de familles entières, chassées par différentes catastrophes, qui ont conflué vers l’Égypte, grenier à blé de l'antiquité.
En -1176, Ramsès III (1184-1153 avant J.-C.) vainc une confédération regroupant « des Peuples de la mer ». Il raconte sa victoire sur les murs du Temple de Medinet-Habou : « Les étrangers venus du nord voient leurs terres trembler, leur pays est détruit, leurs âmes sont dans la peine. Les étrangers ont conspiré dans leurs îles, mais pendant ce temps, la tempête engloutissait leur pays. Leur capitale est détruite (…) Noun [l'océan] est sorti de son lit et a projeté une vague énorme qui a englouti leur pays (...) Aucun pays ne peut résister devant leurs armes (…) Ils ont fondu sur l’Égypte, mais les flammes les attendaient à leur arrivée. Leur confédération rassemble les Philistins, les Zekker, les Shekel, les Denyen et les Weshesch, terres unies. ».-


En -1176, l’Égypte leur est fermée, Ramsès III les a vaincus ; mais les Philistins s’installent au sud de la côte levantine. L'Égypte sauve son territoire, mais perd ses états tampons du Moyen-Orient.
Les guerres de conquête des Peuples de la mer continuent jusqu'en -1130. Chypre est détruite et le royaume du Hatti disparaît. Mycène a vécu. Ougarit, grand comptoir maritime du Nord de Canaan n'est que ruine, ainsi que Megiddo et Haçor, Ashdod et Eqrôn*. Ces villes cananéennes du littoral, prospères sous protection égyptienne, sont détruites. La Bible en attribue la destruction à Josué, mais l'archéologie démontre que ce ne sont pas des Hébreux qui les ont conquises. En effet, elles ont été reconstruites dans un style différent du style cananéen antérieur. Elles montrent une architecture et des poteries typiquement égéennes, c'est à dire grecques. Leur destruction est donc le fait des Peuples de la mer*. De plus, les archives de Chypre contiennent une lettre du roi d'Ougarit, sur la côte de Canaan, décrivant son effroi devant l’arrivée de ces marins *.


Les souverains des quatre cités de Canaan : Haçor, Aphek, Lakish et Megiddo sont nommés dans le Livre de Josué, comme ayant été vaincus par Josué lors de la conquête de Canaan par les Hébreux. En fait, ces villes ont été détruites par le feu, à tour de rôle, tout au long du XIIe siècle avant J.-C.. Ce siècle de destructions est d'une durée trop longue pour être l'œuvre d'un seul homme*.
Quand la Bible a été rédigée, l’existence de ruines impressionnantes subsistant dans le paysage a-t-elle créé le besoin d'attribuer leur origine à un ancêtre devenu mythique, en l’occurrence Josué ?


Mais Josué, s'il a existé, n'a pas éradiqué la population des Hautes Terres, ni exterminé ses rois, ni détruit les murailles de Jéricho, ni rasé ces villes. Les Hautes Terres étaient désertiques, les murailles de Jéricho n'existaient pas et les villes détruites l'ont été par d'autres. Yahvé n'a donc aidé, ni Josué, ni les juges, dans leurs œuvres de destruction massive, puisque celles-ci n'ont pas eu lieu.


Ce sont les philistins, les Peuples de la mer, qui ont détruit Canaan.



Bataille navale entre égyptiens et Peuples de la mer, (Temple de Medinet Habou ; Égypte).



Mais pourquoi la Bible a-t-elle raconté ces massacres de masse et ces guerres incessantes ?
Pourquoi attribuer à ses propres ancêtres des destructions commises par d'autres ?
N'y-a-t-il pas eu d'autres raisons à ce choix éditorialiste que la persistance dans le paysage de ruines impressionnantes ?




La Bible dévoilée, p 146, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.
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MessagePosté le: Lun 13 Mar - 14:19 (2017)    Sujet du message: HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHEISMES Répondre en citant

CHAPITRE 4 : 
LES DEUX ROYAUMES HÉBRAÏQUES : DAVID, SALOMON, LA REINE DE SABA...
De -1025 à -727.


4. 1. Un peu de géopolitique du XIe siècle avant JC au Moyen-Orient.
4. 2. Saül/Tālūt est sacré roi du royaume unifié des Hébreux en -1025.
4. 3. En -1005, David prend Jérusalem et fonde une dynastie royale remarquée à l'étranger.
4. 4. Le roi Salomon (970-931), bâtisseur de palais ou/et du Temple de Jérusalem ?
4. 5. Salomon, le roi magicien ?
4. 6. Salomon, roi sage, fidèle à Dieu et médiateur international ?
4. 7. En 931, le Royaume hébraïque se scinde en deux, au nord le Royaume d'Israël, au sud celui de Juda.
4. 8. En 884, un roi bâtisseur règne en Israël et non dans le royaume rival de Juda.

4. 9. Le royaume d'Israël entre apostasie et difficulté militaire au IXe siècle.
4. 10. Jéroboam II, roi d'Israël de -788 à -747. Les premiers livres de la Bible sont écrits.
4. 11. Jonas, prophète inspiré et/ou personnage mythologique ?
4. 12. Au VIIIe siècle, le Royaume d'Israël périclite favorisant le développement de celui de Juda.
4. 13. En 722, les dix tribus d'Israël disparaissent.
4. 14. À la fin du VIIIe siècle, des reines gouvernent en Arabie, mais Saba est dirigé par un homme.

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MessagePosté le: Lun 13 Mar - 14:44 (2017)    Sujet du message: HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHEISMES Répondre en citant

4. LES DEUX ROYAUMES HÉBRAÏQUES : DAVID,
SALOMON, LA REINE DE SABA ...




De 1025 à 727 avant J.-C.




4. 1. Un peu de géopolitique du XIe siècle avant J.-C. au Moyen-Orient.
En -1100, apparaissent les araméens dans les territoires au nord d'Israël, dans l'actuelle Syrie. Leurs royaumes, celui de Aram-Damas en particulier, seront en liens avec le royaume d’Israël et de celui de Juda jusqu'au VIIe siècle. L'Ancien Testament dit que Jacob, le petit fils d'Abraham et sa femme Léa, côtoient des araméens. Jacob est un « araméen errant » selon le Deutéronome (26, 5). Si la chronologie et les filiations bibliques étaient exactes, cela ferait du petit-fils d'Abraham quelqu'un ayant vécu après le XIIe siècle avant J.-C.. Cela est invraisemblable, puisque les Hébreux sont déjà installés en Canaan. En fait, le Deutéronome a été mis par écrit bien après et se trompe sur la chronologie.
La mention de Jacob comme « araméen errant » prouve donc que le texte biblique a été écrit après le XIIe siècle, puisque le mot araméen n'existait pas avant. C'est ainsi que procèdent les exégètes pour dater un texte : ils regardent son contenu culturel. En appliquant la même méthode au Coran, on voit que la rédaction finale du Coran date d'au moins un siècle après la mort de Mohamed. Ainsi, la Sourate 3, al Imran, parle-t-elle du dinar comme d'une pièce courante. Or le dinar n'a été frappé pour la première fois qu'en 697 par le calife Abd-al-mālik ; Mohamed est mort en 632. « … si tu lui confies un dinar, il ne te le rendra que si tu l'y contrains. » (Sourate 3, 75). On peut ainsi dater le contenu et la rédaction finale du Coran à une période beaucoup plus tardive que ce que raconte la Tradition musulmane. De même, les nombreux hadiths (même ceux dits Sālih, soit authentiques), contiennent le mot « dinar », alors que ni Mohamed, ni ses contemporains n'ont pu prononcer ce mot qui n'existait pas. Les pièces contemporaines de Mohamed étaient le denier d'or byzantin et la drachme d'argent sassanide. Le mot « dinar » arabe provient étymologiquement du mot « denier » byzantin, inspiré lui-même du mot latin « denarius », mais ce n'est néanmoins pas la même monnaie, ni le même mot. L'analyse du contenu culturel d'un texte est donc un des procédés mis en place par les exégètes pour en dater la rédaction.


En -1050, la répartition des peuples en Canaan n'a pas changé. Les reliefs organisent les limites territoriales.
D'un coté, le littoral partagé entre, d'une part, les phéniciens (d'origine cananéenne) qui vivent dans des comptoirs maritimes centrés sur le Liban actuel : Tyr, Sidon, Acre et Dor ; et d'autre part, les Philistins (les Peuples de la mer) qui vivent maintenant dans cinq grandes villes : Gaza, Ashkelon, Ashdod, Ekron et Gath.



Vaisseau phénicien, (bas relief du IIe siècle
avant J.-C., Sidon ; musée national de Beyrouth).






De l'autre coté, les Hautes Terres où les 12 tribus d'Israël se partagent un territoire pauvre loin du littoral. Au nord, les dix tribus hébraïques d’Israël (Ruben, Isaacar, Zabulon, Dan, Nephtali, Gad, Ascher, Ephraïm, Manassé, Benjamin) sont installées autour de la ville de Sichem. Au Sud, les deux dernières tribus (Juda et Siméon) sont regroupées autour d’Urushalim/Jérusalem. Les 12 tribus hébraïques des Hautes Terres vont maintenant acquérir leur souveraineté sur les deux cités états de Sichem et de Urushalim qui les contrôlent toujours sous protection égyptienne.



Moïse frappe le rocher pour donner à boire aux 12 Tribus lors du séjour au Sinaï, (fresque
de la synagogue de Doura Europos, en 246 ; musée de Damas, Syrie).




Sur la période de -1250 à -1025 avant J.-C., les hébreux ont vécu pacifiquement en Canaan, isolés de leurs voisins païens du littoral et sans autonomie politique. Si leur monothéisme n'est pas prouvé par l'archéologie, rien, dans les vestiges qu'ils ont laissés, ne montre de pratiques païennes et polythéistes. Ni ex voto, ni vases de libations, ni statues d'idoles, ni offrandes dans les tombes, ni stèles, ni pieux sacrés, ni autels païens, rien qui démontre un quelconque paganisme. Les Hébreux n'ont pas de pratique païenne. Ils rendent un culte centralisé sur le mont Ébal. Ce culte ne les rattache à aucun autre courant religieux : il se peut donc que le peuple hébreu ait été monothéiste dès le XIIIe siècle avant J.-C..
La Bible l'affirme, et rien n'interdit que ce soit exact.

4. 2. Saül/Tālūt est sacré roi du royaume unifié des Hébreux en -1025.
De -1025 à -1005 s'étend le règne de Saül (Tālūt, pour le Coran).
Le Premier Livre de Samuel nous apprend que le Peuple Élu ne souhaite plus être dirigé par un juge-prophète (1 Samuel, 1-9). Il désire un roi pour organiser sa protection contre les Philistins. Par son prophète Samuel, Dieu avertit des inconvénients d'avoir un roi : le peuple sera assujetti aux impôts, aux corvées et à la conscription militaire (1 Samuel 8, 10-18). Mais, comme les autres, le Peuple Élu désire avoir un roi pour faire la guerre... (1 Samuel 8, 20). Le prophète Samuel sacre donc Saül roi d'Israël (1 Samuel 10, 1). La Bible raconte les multiples guerres de Saül contre les Philistins dans les deux livres de Samuel. Son règne n'aurait été que guerres incessantes et massacres de masse. En fait, les fouilles archéologiques ont contredit la version biblique. Pendant le règne de Saül, le développement des Hautes Terres de Canaan se poursuit paisiblement. Il n'existe aucune trace de destructions, ni de combats datés de cette époque *. Que les Hébreux aient été inquiets de la présence des Philistins au point de souhaiter être dirigés par un roi, pourquoi pas ? Mais Saül n'a mené aucune guerre. La Bible a, semble-t-il, extrapolé une fois de plus.



Saül tue Nalash et les Ammonites en pratiquant un art de la guerre tout à fait médiéval (avec sa pointe d'humour). L'iconographie, comme
souvent les textes écrits, nous renseigne davantage sur leurs auteurs que sur la réalité des faits qu'ils décrivent
(Bible de Maciejowski, enluminée en France en 1250 ; Pierpont Morgan Library, New York).


La Bible raconte le départ à la guerre des fils de Jessé (1 Samuel 17, 13-19). Leur plus jeune frère encore enfant, David, les accompagne. Il relève le défi du combat singulier contre le « champion (il s'appelait Goliath, le Philistin de Gat), qui montait des lignes philistines » (Samuel 17, 23-53). Avec sa fronde, David touche le géant au front avant même que Goliath ait pu l’approcher et il le tue. Les Philistins se débandent : « Les hommes d'Israël et de Juda … poursuivirent les Philistins jusqu'au approches de Gat et aux portes d'Éqrôn. Des morts Philistins jonchèrent le chemin depuis Shaarayim jusqu'à Gat et Éqrôn. Les Israélites revinrent de cette poursuite acharnée et pillèrent le camp philistin. » (1 Samuel 17, 52-53). Il semble bien que ce ne soit qu'un mythe, puisque personne ne s'est battu à cette époque.



David contre le géant Goliath (détail de la Bible
d’Étienne de Harding, XIIe siècle ; Bibliothèque municipale de Dijon).


Le Coran reprend la légende biblique avec une allusion à ce formidable combat de David contre Goliath (Sourate 2, 247-249). « Puis, au moment de partir avec les troupes, Tālūt (Saül) dit : « Voici : Dieu va vous éprouver au moyen d'une rivière : quiconque y boira, donc, n'est pas des miens, et qui n'y goûtera pas est des miens ; - passe pour celui qui puise un coup dans le creux de sa paume. » - Ensuite, ils burent : sauf un petit nombre d'entre eux. Puis, lorsqu'ils l'eurent franchie, lui et ceux des croyants qui l’accompagnaient, ils dirent : « Nous voilà sans force aujourd’hui contre Goliath et ses troupes ! » Ceux qui pensaient qu'ils auraient à rencontrer Dieu dirent : « Combien de fois une bande peu nombreuse a, par permission de Dieu, vaincu une bande très nombreuse ! Et Dieu est avec les endurants. » (S. 2, 249).



David terrasse Goliath grâce à sa fronde ('Ağayib al-
maḫlūqāt par Mahmūd Hamadānī, manuscrit persan, 1577 ; BnF). 
« David tua Goliath et Dieu lui donna la royauté et la sagesse » (S. 2, 251).




Le Coran mentionne que David, inspiré par Dieu, a inventé les cottes de mailles (S. 21, 80). « Fabrique des cottes de mailles complètes, et mesure bien les mailles. » (S. 34, 10-11). Aucune cotte de mailles n'a, bien sûr, été retrouvée datée de la vie de David. Ce n'est que plusieurs siècles plus tard que la technologie pour fabriquer du fil de fer a été inventée par les Celtes en Europe. La plus ancienne cotte de mailles retrouvée date de III siècle avant J.-C.. Les archéologues l'ont découverte à Ciumesti en Roumanie. Ce sont les romains qui utiliseront ensuite couramment le fil de fer pour fabriquer des cottes de mailles. Il s'agit donc d'un anachronisme du Coran.
D’après la Bible, dans les deux livres de Samuel, Saül meurt au combat ainsi que son fils Jonathan.
À la fin de son règne, la royauté ne se transmet pas à l'un des fils de Saül. Saül s'est révolté contre Dieu et le prophète Samuel cherche le futur roi en dehors de la famille royale. Guidé par Dieu, Samuel le trouve dans la famille de Jessé : c'est son plus jeune fils qui est choisi. Il s'agit de David.

* : La Bible dévoilée : les nouvelles révélations de l'archéologie, p. 205, Finkelstein, Silberman, folio histoire, 2002.


4. 3. En -1005, David prend Jérusalem et fonde une dynastie royale remarquée à l'étranger.
De -1005 à -970, le roi David règne sur les Hautes Terres de Canaan et sur les Hébreux.



Samuel sacre David roi d'Israël au milieu de ses frères
fresque de 246, synagogue de Doura Europos ; musée de Damas).






La Bible raconte que David, associé à des exclus, à des personnes ruinées (1 Samuel 22) s'empare de Jérusalem sans réel combat (2 Samuel 5, 6-10). David y fait construire un palais : « Hiram, roi de Tyr, envoya des messagers à David, et du bois de cèdre, et des charpentiers et des tailleurs de pierres, qui bâtirent une maison pour David. ». (2 Samuel 5, 11). Le Livre des Chroniques, écrit des siècles plus tard, reprend exactement le même texte, à tel point qu'il ne peut s'agir que d'une recopie et non d'une confirmation par d'autres témoins : « Hiram, roi de Tyr, envoya des messagers à David, et du bois de cèdre, et des tailleurs de pierres et des charpentiers, pour lui bâtir une maison. » (1 Ch. 14, 1). En 2005, l'archéologue israélienne Eilat Mazar a retrouvé près du mont du Temple un palais qu'elle pense avoir été construit au XIe siècle, au cours du règne de David. Mais aucune preuve de datation n'a convaincu les autres archéologues. Le palais construit par David à Jérusalem, selon la Bible, semble bien mythique (*1). En fait, au temps de David, Jérusalem est une petite citadelle sur la corniche sud-est de la Jérusalem actuelle. Des fouilles ont retrouvé des tessons datant d'avant le règne de David, et d'autres datés d'après, mais presque rien de son règne (*2). Les tessons de poterie sont en terre cuite. La date de leur dernière cuisson peut être facilement déterminée par électroluminescence. Leur étude est donc un excellent moyen pour dater une strate archéologique. Lors du règne de David, Jérusalem était dépourvue de constructions grandioses. Elle n'était qu'un simple village d'où régnait une élite peu nombreuse sur quelques communautés éparses (*2).
La dynastie que fonde David ne modifie pas la vie de Canaan. Au Xe siècle, dans les strates archéologiques n’apparaît aucune modification causée par la violence. Le règne de David n'a pas commencé par une période de conquêtes militaires sanglantes, comme l'affirment la Bible (2 Samuel 8 et 2 ; Samuel 21) et le Coran (S. 2, 251). En fait, Philistins et Hébreux coexistent pacifiquement. « Saül a tué ses milliers et David ses myriades », résume pourtant le premier livre de Samuel (29, 5). Il s'agit bien d'une exagération et l'on peut se demander pourquoi ceux qui ont mis par écrit la Bible ont eu besoin d'aménager à ce point la vérité. L'oubli avait-il fait son œuvre quand la Bible a été mise par écrit, ou bien y-a-t-il eu d'autres raisons pour que les rédacteurs de la Bible transforment ainsi la réalité historique ?
La Bible attribue à David la rédaction de 20 psaumes sur les 150. Le Coran lui en attribue la totalité (S. 4, 163 et S. 17, 55). Tous les psaumes ne sont pas de David, comme en témoigne leur contenu culturel. Par exemple, le Psaume 137(136) évoque la déportation à Babylone au VIe siècle. En fait, le livre de Samuel raconte, qu'à un moment, David chante un psaume d'action de grâce, et nullement que tous les psaumes de la Bible sont de lui : « David adressa à Yahvé les paroles de ce cantique, quand Yahvé l'eut délivré de tous ses ennemis et de la main de Saül. Il dit : « Yahvé est mon roc et ma forteresse, et mon libérateur, c'est mon Dieu.... » » (2 Samuel 22, 1-2).


Malgré ces approximations, l’existence de David n'est pas mythique ; elle a été confirmée par deux sources extra-bibliques. Deux pierres gravées par des royaumes voisins parlent de la dynastie de David. Elles sont datées du IXe siècle. Un siècle après son règne, le souvenir de David a perduré chez ses voisins. Ils savent que c'est lui qui a fondé la dynastie hébraïque.
La première pierre est la stèle dite de Mésha, datée de 850 avant J.-C.. Mésha régnait sur le royaume de Moab au IXe siècle. Elle mentionne la « maison de David » à la ligne 31.



Stèle de Mésha (850 avant J.-C. ; musée du Louvre).






L'autre stèle est celle de Dan. Elle provient du royaume de Syrie. Elle est gravée sur une plaque de basalte noir. Elle est rédigée en araméen et date d'environ 835 avant J.-C.. Elle relate la victoire d'Hazaël, roi de Syrie, contre le royaume du Nord (Israël) coalisé avec le royaume du Sud, de la « maison de David », c'est à dire le royaume de Juda. Elle a été découverte en 1993 sur le site biblique de Tel Dan dans le nord d'Israël.



Stèle de Dan : « La maison de David » est surligné.




Les seuls faits archéologiques objectifs montrent donc que David, fils de Jessé, règne sur une population pauvre, isolée et analphabète. Sa capacité économique, architecturale et militaire est limitée. Son existence est néanmoins démontrée par des sources extra-bibliques : il a fondé la dynastie royale des Hébreux.
Le prophète Nathan prédit que cette dynastie régnera pour l'éternité. La royauté éternelle du Messie est déjà annoncée. « Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi, ton trône sera affermi à jamais. » (2 Samuel 7, 16). Cette prophétie sera appliquée au Christ par les chrétiens.


* : La Bible dévoilée, *1 : p. 223 / *2 : p. 209 ; I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


4. 4. Le roi Salomon (970-931), bâtisseur de palais ou/et du Temple de Jérusalem ?
De -970 à -931, règne Salomon, le fils de David. Roi sage, sa mémoire s'est conservée par delà les siècles.... néanmoins, plusieurs questions se posent.
Salomon a-t-il fait construire un Temple à Jérusalem ?
La Bible le dit et précise que cela a été sa première décision, prise dès le début de son règne : « Voici ce qui concerne la corvée que le roi Salomon leva pour construire le Temple de Yahvé. » (1 Rois 9, 15). Nous sommes en -969.
Mais l'archéologie n'a pas confirmé la Bible. Si le premier Temple de Jérusalem a été construit par Salomon, il n'en subsiste rien*. Il est vrai que les fouilles sont interdites sur l'esplanade du Temple à Jérusalem en raison de l'implantation des lieux de culte musulman. Selon la Bible, Salomon est un roi pieux. Sa première décision aurait été de faire construire un Temple pour héberger l'Arche d'Alliance qui a été donnée à Moïse par Dieu. La Bible rapporte que la construction du Temple dure 40 ans. Il est effectivement possible qu'il ne reste rien de la construction de Salomon, puisque le Temple a été plusieurs fois ravagé et reconstruit. Mais il faudrait le vérifier. Les musulmans sont réticents à toute vérification archéologique. La perception que les musulmans ont de la vérité - elle serait exprimée dans le Coran - leur rend difficile toute démarche objective qui contredirait leur texte saint.



Le Temple de Salomon imaginé au IIIe siècle, (fresque de 246,,synagogue de Doura Europos musée de Damas, Syrie).




En -700, il est en revanche certain qu'il y a un temple à Jérusalem. Les données archéologiques montrent la désaffection des autres lieux de culte à Yahvé sur le territoire de Juda, en confirmant ce que dit la Bible. La Bible raconte que le roi d'alors, Ézéchias, centralise le culte à Jérusalem (2 Rois 18, 1-4) (*1).
Il n'existe aucune preuve formelle de l’existence d'un Temple à Jérusalem datant Salomon. Son royaume était pauvre et peu peuplé. Les tessons de poterie datés du XIe siècle sont rares. Si Salomon a fait construire un temple, il devait être minuscule, à l'image de son royaume (*1).
Le Coran, lui, ne cite jamais Jérusalem. Néanmoins, Salomon est bien un roi bâtisseur dans le Coran, mais il construit des « palais ». Aucune indication coranique ne précise que Salomon ait bâti un lieu de culte.


Salomon a-t-il fait construire les palais de Megiddo, d'Haçor et de Gézer ?
Israël a largement été fouillé depuis un siècle. Des palais somptueux ont été retrouvés à Megiddo, à Haçor, à Gézer. Ils ont été initialement attribués à Salomon puisque la Bible le raconte. « Voici ce qui concerne la corvée que le roi Salomon leva pour construire le Temple de Yahvé, son propre palais, le Millo et le mur de Jérusalem, Haçor, Megiddo, Gézer. » (1 Rois 9, 15).
Mais le carbone 14 a prouvé qu'ils n'avaient été construits que 70 ans après la mort de Salomon (*2). Aucune construction majestueuse remontant à Salomon n'a jamais été découverte en Israël. Salomon n'est donc pas un roi bâtisseur. Pourtant, à la suite de la Bible, le Coran évoque les talents de bâtisseur de Salomon (S. 34, 13 ; S. 27, 44 ...).


La Bible nous donne donc des informations erronées sur les travaux de construction de Salomon et il semble bien que ces erreurs se soient transmises au Coran.


* : La Bible dévoilée ; *1 : p. 205 / *2 : p. 221 ; I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


4. 5. Salomon, le roi magicien ?
L'archéologie a démontré que Salomon n'avait rien construit, ni dans les lieux cités par la Bible, ni ailleurs.
Le Coran raconte, comme la Bible, que Salomon est un roi bâtisseur. Mais le Coran présente le roi Salomon autrement que ne le fait la Bible : Salomon est décrit comme un roi magicien (Sourate 38, 37). Suite à une grâce de Dieu, « avec la permission de son Seigneur », « bi-idhn rabbi-hi », il commande aux djinns (Sourate 21, 82 ; S. 27, 17), au vent (S. 21, 81 ; S. 38, 36 ; S. 34, 12), aux oiseaux (S. 27, 14-22) ... et il convertit la reine de Saba (S. 27, 17-44) !
En fait, l'idée que Salomon soit un magicien trouve ses origines dans plusieurs textes écrits plus de 1000 ans après la mort de Salomon. Il s'agit de textes du Midrash juif et de textes apocryphes chrétiens écrits entre les IIe et Ve siècles. Au début du premier millénaire après J.-C., le Testament de Salomon est le premier récit parlant de l’anneau magique qui permettait à Salomon de gouverner les diables. Les constructions attribuées à Salomon semblaient alors suffisamment impressionnantes pour qu'un pouvoir surnaturel ait été supposé nécessaire à leur édification. Dans le Coran, les diables deviennent des djinns, mais leur fonction est la même. Grâce au travail des djinns, le Coran nous raconte que Salomon détient des moyens technologiques hors du commun. Les djinns fondent pour lui de la chaudronnerie (Sourate 34, 13) (*1). Plusieurs « mihrāb » (*1) sont bâtis, qui demeurent des constructions mystérieuses. Ce sont des palais pour les traducteurs actuels, mais ils peuvent être compris aussi comme un renfoncement contenant le trône, ou une galerie (S. 34, 13) (*1). Les djinns construisent également un « sarh » (*1). S’agit-il d'une tour ? C'est possible, puisque la tour que fait bâtir en briques d’argile le Pharaon adversaire de Moïse est elle aussi désignée par le terme de « sarh » (S. 40, 36 ; S. 38, 38) (*2).



La prédication de Salomon ; au premier plan, deux djinns, (Le
Lever des astres chanceux et les Sources de la souveraineté, 1582 manuscrit ottoman ; BnF).






Le palais de Salomon dispose d'un dallage extraordinaire. Il est tellement transparent* que la reine de Saba le prend pour de l'eau et relève sa jupe pour ne pas se mouiller (S. 27, 44).
Les légendes musulmanes ultérieures affubleront la reine de Saba de pieds d’âne ou de pieds de chèvre. Il s'agit de reprises de textes midrashiques juifs des premiers siècles. Un texte chrétien du IIe siècle reprend les mêmes histoires fabuleuses sur la reine de Saba et la transforme en être fantastique. Il s'agit d'un ouvrage de zoologie écrit à Alexandrie par Physiologos le Naturaliste. Cet ouvrage, écrit en grec, propose une synthèse de la zoologie grecque et de l’ésotérisme égyptien.
Dans le Coran, Salomon exerce également son pouvoir magique sur les oiseaux. Cette suggestion se trouve dans l'Apocalypse syriaque de Baruch, écrite entre les IIe et Ve siècles. Au chapitre II (27-25) de l'Apocalypse syriaque de Baruch, on voit que le messager de Salomon est un oiseau, un aigle ou une huppe. L’oiseau raconte qu’il a vu la reine adoratrice du soleil sur son trône. La huppe messagère de Salomon sera reprise dans le Coran qui en fait un récit plein de fantaisie : « [Salomon] passa en revue les oiseaux, puis il dit : « Qu'ai-je à ne pas voir la huppe ? Est-elle des absents ? Très certainement je la châtierai d'un grand châtiment ! Ou très certainement je l'égorgerai ! Ou bien elle m'apportera une raison évidente. » Mais elle n'était pas restée loin. Elle dit en effet : « J'ai vu ce que tu n'as point vu et j'apporte de Saba une nouvelle certaine : Oui, j'ai trouvé qu'une femme y règne cependant que toutes choses lui ont été données, et elle a un énorme trône. » (S. 27, 20-22).



« Un éfrit de djinn dit [à Salomon] : « Je t'apporterai [la reine de Saba] avant que tu ne te lèves de ta place : je suis fort, certes oui, digne de confiance ! »
(Sourate 27, 39). Le roi Sulaymān (Salomon) voit arriver Balqīs (la reine de Saba), portée par un djinn. Ses oiseaux le conseillent fidèlement, un
de chaque coté de sa tête ('Ağayib al- maḫlūqāt par Mahmūd Hamadānī, manuscrit persan, 1577 ; BnF).


Le Coran et la Tradition musulmane ont donc largement puisé leurs inspirations dans des récits ésotériques des IIe au Ve siècles après J.-C., tant juifs que chrétiens, qui ne peuvent donc prétendre à aucune vraisemblance historique. En effet, ces textes ésotériques ont été écrits plus de 1000 ans après la mort de Salomon et ne sont confirmés par aucune source contemporaine de Salomon.


Contrairement au Coran, la Bible n'a pas inventé de roi magicien et elle ne décrit, ni djinns soumis, ni oiseaux qui parlent. Mais elle invente Salomon, roi bâtisseur, puissant et respecté de ses voisins. Elle a un tout petit peu exagéré son importance... Aucun palais n’a été construit par Salomon. L'archéologie est formelle. La Bible et le Coran font erreur.
Quant à Salomon qui commande aux oiseaux et au vent.... ce ne sont que légendes tardives, des mythes sans fondement historique qui semblent bien avoir contaminé le Coran, au contenu pourtant supposé parfait par les musulmans.


* : Le Coran décrypté : figures bibliques en Arabie, *1 : p 286-291 / *2 : p 144 ; Jacqueline Chabbi, Fayard. 2008.


4. 6. Salomon, roi sage, fidèle à Dieu et médiateur international ?
La Bible raconte le jugement de Salomon (1 Rois 3, 16-28) et la visite de la reine de Saba (1 Rois 10). Selon la Bible, Salomon est un sage qui attire ses voisins païens par son rayonnement spirituel et humain.


Aucune trace d’alphabétisation n'a pourtant été retrouvée en Israël datant de son règne. Jamais aucune archive royale compatible avec un état puissant et citadin n'a été mise au jour. Aucune stèle gravée, aucune tablette d'argile, aucun ostracon n'a été déterré. Ce qu'on appelle ostraca sont des fragments de poteries brisées qui servent de support à l'envoi de messages. Ils perdurent au delà des siècles et peuvent être datés avec une grande précision. Les sujets de Salomon étaient donc analphabètes et n'avaient pas d'administration.
Les archives des royaumes voisins, et en particulier celles de l’Égypte, ont été largement retrouvées, mais jamais il n'est fait mention de Salomon. Le roi sage et puissant qui attire par son rayonnement les peuples étrangers n'était pas connu de ses voisins (1 Rois 5, 9-14 et Sourate 21, 78-79). David, le père de Salomon, a été signalé sur deux stèles gravées, Salomon n'a laissé aucune trace.



Le célèbre jugement de Salomon, au cours duquel le roi, par ruse, identifie la vraie mère d'un enfant, (ivoire du XIe siècle ; musée du Louvre)
En fait, il n'existe aucune preuve archéologique du rayonnement international de Salomon.






De plus, aucune reine de Saba n'a existé au temps de Salomon. Le commerce du royaume d'Israël avec la péninsule arabique dont la reine de Saba est issue, ne s'est développé que deux siècles plus tard, au VIIIe siècle, quand le royaume d'Édom a bénéficié des caravanes assyriennes. Les habitants de l'Arabie du Xe siècle étaient peu nombreux et nomades. Ils n'entretenaient aucun échange international et pas davantage avec le royaume hébraïque. Aucune reine pourvue de tous les biens ne régnait alors sur eux du haut d'un trône somptueux, malgré ce qu'en raconte le Coran : « ...Une femme y règne cependant que toutes choses lui ont été données, et elle a un énorme trône. » (S. 27, 22). Le mythe de la reine de Saba est donc un anachronisme de la Bible qui s'est transmis au Coran (1 Rois 10 ; Sourate 27, 44).


Le Coran et la Bible se sont quelque peu laissés emporter par leur enthousiasme au sujet de Salomon : l'un et l'autre se trompent à son sujet : il n'est ni un roi architecte, ni un sage au rayonnement international.


Néanmoins, la Bible ne se trompe pas toujours, elle affirme que Salomon devient infidèle à Yahvé à la fin de sa vie, et l'archéologie confirme cette information. « Quand Salomon fut vieux, ses femmes détournèrent son cœur vers d'autres dieux et son cœur ne fut plus tout entier à Yahvé son Dieu. » (1 Rois 11, 4). Pour plaire à ses épouses étrangères, il multiplie les lieux de cultes païens. « C'est alors que Salomon construisit un sanctuaire à Kemosh, l'abomination de Moab, sur la montagne à l'orient de Jérusalem et à Milkom, l'abomination des Ammonites. Il en fit autant pour toutes ses femmes étrangères qui offraient de l’encens et des sacrifices à leurs dieux. » (1 Rois 11, 7-8).


L'archéologie confirme la Bible, le paganisme gagne tout Israël pendant le règne de Salomon**. Les fouilles montrent qu'entre les Xe et VIIe siècles avant J.-C., coexistent des cultes polythéistes (hauts-lieux, pieux sacrés, sacrifices d'enfants à Baal, prostitution sacrée) avec le culte à Yahvé. On a découvert des figurines de terre cuite de déesses de la fertilité, des encensoirs et des vases de libations**. Cela confirme ce que la Bible dit de ces multiples cultes polythéistes qui existaient dans le Royaume de Salomon (1 Rois 14, 22-24 et 2 Rois 16, 2-4). Pendant les trois siècles précédents, les proto-hébreux n'avaient pratiqué aucun culte païen ou polythéiste qui ait laissé de traces identifiables. À partir de Salomon, il va en être autrement.
Le Coran en reste, lui, à la perception du roi sage et du roi magicien. L'auteur du Coran ignore manifestement que Salomon a été infidèle (S. 2, 102 et S. 38, 30). Salomon a été apostat, la Bible l'évoque et l'archéologie le confirme. « Alors que Salomon n'a jamais mécru ! » affirme pourtant le Coran (S. 2, 102).



Salomon prophète de l'islam (Chirāz, Iran, 1610 ; BnF).






* : cours sur les civilisations du Proche-Orient, M. François Bron, 2002.
** : La Bible dévoilée, p. 362, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


4. 7. En 931, le Royaume hébraïque se scinde en deux, au nord le Royaume d'Israël, au sud celui de Juda.


Enfin, en 926, l’Égypte remarque qu'un royaume existe en Canaan et nous donne, pour la première fois, la confirmation d'un événement raconté par la Bible. Nous sommes en 926. Nous entrons dans une période où les récits bibliques vont devenir de plus en plus exacts historiquement et pourront être confirmés par des sources non hébraïques.


De -945 à -924, le pharaon Chéchonq Ier, de la XXIIe dynastie, règne en Égypte. Chéchonq part en guerre sur les terres de Canaan. La raison de son intervention est inconnue ; mais il détruit largement et Israël et Juda. Cette victoire est mentionnée sur un mur du temple d'Amon à Karnak qui raconte sa campagne militaire.



Le pharaon Chéchonq triomphant sur Juda et Israël en -926 
(temple de Karnak en Égypte).


Cette inscription de Karnak confirme le texte biblique. En effet, le premier livre des Rois (14, 25) raconte également que Chéchonq a triomphé du Roi Roboam, le fils de Salomon, dans la cinquième année de son règne, soit en -926.


Le royaume de Juda, au sud, est dévasté par la pharaon Chéchonq. Juda peine à s'en remettre. Le royaume reste rural, pauvre, non alphabétisé et sans lien politique ou commercial avec ses voisins (*1). De - 931 à -914, Roboam, le fils de Salomon le gouverne, mais sa souveraineté est, en fait, limitée au seul royaume de Juda. En effet, selon la Bible, dès la mort de son père, Roboam a écrasé ses sujets d’impôts et le royaume d'Israël a fait sécession.
Juda compte 4000 personnes tout au plus. Jusqu'au VIIe siècle, sa spiritualité reste polythéiste. Jérémie (Jr 11, 13), Ézéchiel (Ez 8) et les livres des Rois critiquent ces cultes rendus aux dieux des peuples voisins : Milkon dieu d'Ammon, Kemosh dieu de Moab et Astarté déesse des Sidoniens (1 Rois 11, 5 et 2 Rois 23, 13). Ézéchiel déplore même que ce soit dans le Temple de Jérusalem que l'on vénère Tammuz, un dieu mésopotamien. L'archéologie confirme les critiques des prophètes. Même si on prie toujours Yahvé, on le fait dans de multitudes sanctuaires familiaux où d'autres divinités sont vénérées. La déesse Ashera est présentée comme l'épouse de Yahvé par une inscription du VIIIe siècle dans le site de Kuntillet Ajrud (dans le Sinaï).



« Yahweh et son Askerah » (inscription du
VIIIe siècle ; Kuntillet Ajrud, Sinaï).




Dans la Shefelah, riche plaine agricole de Juda, on a retrouvé une inscription reprenant la même croyance. Il est question de « Yahvé et son Asherah »(*2).


Le mécontentement des prophètes rappelle la nécessité d'adorer Yahvé, le Dieu unique. Ils n'étaient pas écoutés et, en cela, l'archéologie confirme la Bible ; mais ils appelaient à n'adorer qu'un seul Dieu. Le monothéisme existait bien, mais il était la conviction de quelques prophètes et était peu suivi par le peuple.
Le Royaume de Juda sera gouverné de père en fils pendant quatre siècles.


Le royaume d’Israël au Nord.
Sous la tutelle de Chéchonq, Jéroboam, un fidèle du pharaon, fonde une dynastie régnant sur les dix tribus du Nord. Jéroboam installe sa capitale à Sichem et la fait fortifier.
Le royaume d'Israël du Nord est peuplé de 40 000 personnes. Grâce à ses terres arables, il développe la culture de l'olivier et de la vigne qui favorise le commerce avec ses voisins. Ses contacts commerciaux internationaux l'enrichissent mais contribuent à répandre chez lui les cultes païens de ses voisins.
Pour permettre à son peuple de prier sans se rendre à Jérusalem, Jéroboam crée deux lieux de culte consacrés à des veaux d'or : un à Béthel, l'autre à Dan (1 Rois 12, 28-30). Ce culte est païen et une prophétie, racontée dans le Premier livre des Rois (13, 1-2), annonce qu'un roi nommé Josias détruira Béthel(*3). Cette prophétie du livre des Rois se réalise exactement trois siècles après. Le temple de Béthel est détruit par le roi Josias... Mais peut-on vraiment appeler cela une prophétie ? En effet, la Bible ne sera mise par écrit qu'après la destruction de Béthel par le roi Josias. De plus, on verra que c'est ce même roi Josias qui ordonnera la mise par écrit de la Bible ! Voilà qu'une prophétie annonce l'existence de Josias, sa piété et ses œuvres, trois siècles avant son règne... mais c'est lui qui l'a faite écrire !


Nous avons vu que la plupart des informations de la Bible, quand elles n'ont pas été confirmées par l'archéologie, sont vraisemblables et jamais fantastiques comme c'est le cas dans d'autres religions antiques. Cela a suffi pour que les historiens ne prennent pas la Bible pour un livre mythologique. Mais, on voit maintenant que la volonté politique du roi en place au moment de la rédaction de la Bible a pu influer sur son contenu. Si on est croyant, entrer dans le détail de l'histoire du peuple qui a écrit la Bible permet donc de trier ce qui vient de son humanité de ce qui vient réellement de Dieu.
Dans la Bible, il y a des erreurs chronologiques, des exagérations et des oublis historiques, mais pas seulement. On y trouve manifestement aussi la trace des convictions du roi qui a ordonné sa rédaction.


* : La Bible dévoilée, *1 : p. 250 / *2 : p 262 / *3 : p 255 ; I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


4. 8. En 884, Omri, un roi bâtisseur, règne en Israël et non dans le royaume rival de Juda.
Omri est commandant en chef des armées du royaume d'Israël. En 884, il est porté au pouvoir par le peuple après une succession de coups d'état. Il fonde une dynastie remarquable à la tête du royaume d'Israël, celle des Omrides. Le Livre des Rois, qui sera rédigé deux siècles après par les scribes du royaume voisin, mais rival de Juda, n'a pas de mots trop durs pour qualifier son gouvernement ; mais l'archéologie a parlé.


Omri règne de 884 à 873. Il fonde une nouvelle capitale : Samarie. Son palais est somptueux. Il est installé sur le sommet d'une colline. Des travaux de terrassement impressionnants ont créé une plate forme artificielle qui n'a pas d'équivalent à l'époque. Le palais de 2 500 m2, est construit en pierre de taille et orné de chapiteaux sculptés. Une multitude d'ivoires sculptés datés du VIIIe siècle furent retrouvés dans les ruines. Il est probable qu'ils aient orné des meubles*. La Bible en 1 Rois 22, 39 l’appelle « la maison d'ivoire ». Le prophète Amos (Am 3, 15) parle des lits d'ivoire. Des centres administratifs sont construits autour, témoignant de l'alphabétisation progressive des israélites du Royaume des Omrides.



Un ivoire découvert à Samarie, la capitale
d'Omri (IXe siècle avant J.-C.).


Samarie n'est pas la seule ville construite par Omri. Il fait construire également un palais en pierre de taille à Megiddo. La porte est défendue par une entrée à triple tenaille. Le célèbre bâtiment à piliers devait servir d'écurie. On retrouve la même architecture dans la ville d'Haçor dont le bâtiment à piliers devait servir d’entrepôt. La ville de Dan bénéficiera également des prouesses architecturales d'Omri avec ses fortifications, son podium de pierre de taille et ses bâtiments monumentaux. Ces cités sont approvisionnées en eau grâce par d'énormes tunnels qui permettent de soutenir de longs sièges*. La datation au carbone 14 est formelle, ces palais datent d'Omri et non de Salomon 70 ans plus tôt.
Yigaël Yadin (1917-1984), l'archéologue qui fouilla Megiddo, a fait remarquer que, sur la stèle de Mèsha, le roi de Moab écrit qu'il a emmené des prisonniers israélites pour construire des citernes dans son pays. Les sujets d'Omri avaient de réelles compétences en hydrologie. Nul besoin de djinns, ou d'anneaux magiques : les sujets du roi Omri étaient de bons techniciens.



Vue aérienne de Megiddo.


Des mines de cuivre à Khirbet en-Naha, en Jordanie actuelle, ont été fouillées depuis 2005. On a supposé qu'elles dataient de David ou de Salomon puisque la Bible parle des importations de métaux précieux de Salomon (1 Rois 9, 28). Le Coran signale lui-aussi que les djinns pratiquent de la métallurgie pour Salomon (Sourate 34, 13). Mais, il semble bien que ces interprétations soient fausses. La strate la plus profonde, donc la plus ancienne du site de Khirbet en-Naha, montre effectivement une occupation humaine au Xe siècle - par datation de résidus organiques au carbone 14 - mais elle ne montre aucun résidu d'activités sidérurgiques. Au Xe siècle, les hommes n'ont fait que séjourner en ce lieu où la présence de cuivre était alors inconnue. L’activité métallurgique commence après, au IXe siècle. Nous sommes à nouveau sur une période contemporaine du roi Omri et non du roi Salomon qui est mort en 931. Ces mines de cuivre pourraient d'ailleurs avoir appartenu initialement au Royaume d'Édom et non à un des deux royaumes hébraïques. Une fois de plus, le souci des croyants de voir confirmer la Bible - ou le Coran – est déçu. En effet, une datation au carbone 14 est incontestable sur les résidus carbonés.
Au IXe siècle, Omri étend son royaume et prend possession d'une partie du Royaume de Moab. La stèle de Mèsha raconte cette conquête d'Omri. Elle nous renseigne sur l'extension maximale du royaume Israël. Le royaume d'Omri allait du Nord de la Syrie à la Transjordanie jusqu'au littoral cananéen. Ce n'est qu'alors que le site de Khirbet en-Naha s'est trouvé inclus dans le royaume d'Omri, ce qui explique probablement que les résidus de boucherie ne montrent pas d'ossements de porc dans la strate contemporaine de l'activité sidérurgique. Cela pourrait témoigner d'une occupation hébraïque sous le roi Omri, donc au IXe siècle.


Le royaume d'Omri, en s'étendant, englobe des populations non hébraïques. Cela renforce les pratiques polythéistes. Les mariages mixtes introduisent l’idolâtrie au plus haut de l'état. Ce paganisme est critiqué par la Bible. Est-ce pour cela que les réussites d'Omri sont attribuées à un autre ? Mais la réussite économique, politique, militaire et architecturale d'Omri ne fait aucun doute. Les infidélités spirituelles d'Omri semblent bien avoir fait oublier ces succès à ses biographes.


On sait enfin qui a construit les bâtiments attribués à tort à Salomon par la Bible et le Coran : à un roi d'Israël nommé Omri. Le Salomon historique fait bien pâle figure à coté d'Omri, roi ignoré du Coran et décrié par la Bible. C'est pourtant à lui, et non à Salomon, que devrait revenir la gloire de roi bâtisseur, le Carbone 14 l'a démontré. Dans la Bible, le règne d'Omri est résumé en quatre versets (1 Rois 16, 23-27). La seule construction qui lui soit attribué est celle de Samarie. L'élément marquant de son règne est la colère de Yahvé face à « ses vaines idoles ». Là encore, l'idéologie du roi Josias, roi de Juda, semble bien avoir influé sur la façon dont il a fait raconter l'histoire du Peuple Élu en général et celle du royaume rival d'Israël en particulier.


* : La Bible dévoilée, p. 245, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


4. 9. Le royaume d'Israël entre apostasie et difficulté militaire au IXe siècle.
Achab, le fils d'Omri, gouverne de 873 à 852. Il épouse la célèbre Jézabel, une cananéenne polythéiste (1 Rois 16, 30-33). Elle le pousse à apostasier le Dieu unique. Les prophètes Élie et son disciple Élisée rappellent alors l'importance du culte rendu à Yahvé. Le monothéisme semble ne plus être que la conviction de quelques prophètes (1 Rois 18, 20-40 ; Sourate 37, 123-130).
Deux royaumes voisins vont entrer en conflit avec le royaume d'Israël : celui d'Assyrie et celui d'Aram-Damas.
En -853, le roi assyrien Salmanosar III attaque Achab et ses alliés à la bataille de Qarqar. Le combat est évoqué sur la stèle Monolith Inscription découverte en 1840 par l'anglais Austen Layard. Salmonosar III se flatte d'avoir vaincu : « Les 1 200 chars, 1 200 cavaliers et 20 000 guerriers du roi Adadezer, de Damas ; les 700 chars, 700 cavaliers et 10 000 guerriers du roi Irhuleni, d'Hamath ; les 2000 chars et 10 000 guerriers du roi Achab, l’Israélite ; les 500 guerriers de Que ; les 1 000 guerriers de Musri ; les 10 chars et 10 000 guerriers d'Irqanata ».



La stèle dite « Monolith Inscription » (British Muséum)




.
En fait, Salmanosar est contraint de regagner l'Assyrie. La charrerie du royaume d'Israël l'a vaincu. Achab, malgré ses multiples apostasies, est un puissant souverain capable de maintenir les frontières du royaume agrandi par son père Omri *.
En 853, le mot « arabe » apparaît dans les archives du roi d'Assyrie Salmanazar III : « Douze rois se sont levés contre l’Assyrie, Gindibu’ l’arabe s’est joint avec 1000 chameaux lors de la bataille de Qarqar »**. Auparavant jamais le mot « arabe » n'était apparu dans aucune langue, aucun pays, aucune archive. En citant la bataille de Qarqar, les archives de Salmanazar III permettent de dater avec précision l'apparition de ce terme : l'an 853. Il sera repris dans l'Ancien Testament à quelques occasions (2 chroniques 17, 11 ; 2 chroniques 21, 16 ; Néhémie 4, 1 ; Jérémie 25, 24). Il désigne des adversaires d'Israël. Mais, en 853, la Bible n'est pas encore écrite. Ce mot est donc d'origine assyrienne. Les arabes apparaissent avec l'élevage du chameau qui est domestiqué au début du premier millénaire avant J.-C.. Son utilisation pour traverser les déserts crée une population vivant d'élevage et de commerce caravanier : les bédouins.
Le nom d' « arabe » restera entaché d'un certain mépris jusqu'au IIe siècle après J.-C., moment où les habitants de la péninsule arabique l'adopteront pour se nommer eux-mêmes. Il deviendra alors source de fierté pour ceux qui se désignent ainsi. Mais le mépris qui s'attache à la vie bédouine et qui expliquait le sens péjoratif du mot « arabe », va persister. On peut remarquer que, de nos jours, dans les pays musulmans, les bédouins, les habitants nomades du désert, sont toujours l'objet d'une certaine condescendance de la part des « arabes » devenus citadins. Les arabes sont donc issus d'une population sémite vivant au moyen orient en -1000 qui s'est structurée autour de la domestication du chameau et des perspectives économiques qu'elle offrait. Les arabes n'ont donc, ni particularité ethnique, ni spécificité religieuse.



Abū Zaïd en voyage (Le Makamat de Hariri, peintures exécutées par Yahyā-ibn- Mahmūd- al-Wāsitī, 1237 ; BnF).
Au cours des siècles, les dromadaires sont restés étroitement liés à la culture arabe et à son développement économique.






De 851 à 842, le fils d'Achab, Joram, gouverne le royaume d'Israël. De lui commence le déclin d'Israël.
Hazael, roi de l’état voisin d’Aram-Damas, l'attaque et prend la ville de Dan en Israël. En – 835, il y érige une stèle qui raconte comment Hazael a tué le roi Joram. La stèle de Dan a été retrouvée en 1993. La Bible raconte que, blessé par Hazael, Joram est achevé dans un coup d'état (1 Rois 19, 17). Hazael contrôle une partie d'Israël dont il dévaste les villes. Les araméens resteront maîtres de Jezréel, de Tel Rehov, de Beth-Shéân et de Tanak, comme en témoignent les ostraca, postérieurs à 835, écrits en araméen *.


Le Royaume d'Israël subsiste néanmoins, diminué, autour de Samarie, sa capitale. Le Royaume d'Israël a largement apostasié et il a été vaincu : Yahvé l'aurait-Il puni ?
La question de la Justice divine et de sa manifestation par des punitions dès ici-bas, va se poser au Peuple Élu.


* : La Bible dévoilée, p. 272, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.
** : cours sur les civilisations du Proche-Orient, M. François Bron, 2002.


4. 10. Jéroboam II, roi d'Israël de -788 à -747. Les premiers livres de la Bible sont écrits.
Le Royaume d'Israël vit regroupée autour de Samarie, sa capitale. Jéroboam II encourage l'enrichissement de son Royaume. Excellent stratège, il reprend de nombreux territoires.
Trois prophètes vivent sous son règne : Amos, Osée et Jonas. Il semble bien que les prophéties d'Amos et d'Osée ont été mises par écrit de leur vivant. Ce sont donc les plus anciens textes écrits de la Bible.
Amos est un berger vivant à la limite du désert de Juda.

Amos représenté en berger (Bible de Souvigny, XIIe siècle).


Amos n'a aucune complaisance pour le clergé corrompu. Il critique la somptuosité des cérémonies religieuses qui font oublier l'intériorité de la spiritualité (Amos 2, 6 ; Am 5, 21-25 ; Am 6, 4). Amos critique les nobles du Royaume d'Israël, enrichis par le commerce d'huile d'olive avec les pays voisins : « Couchés sur des lits d'ivoire, vautrés sur des divans, ils mangent les agneaux du troupeau et les veaux pris à l'étable. Ils braillent au son de la harpe ; comme David, ils inventent des instruments de musique ; ils boivent le vin dans de larges coupes ; ils se frottent des meilleures huiles. » (Am 6, 4-6). Cette description du niveau de vie des nobles du Royaume du Nord d'Israël est confirmée par l'archéologie.
Amos critique ceux qui font preuve de cruauté après avoir amassé des richesses. « Écoutez ceci, vous qui écrasez le pauvre et voudriez faire disparaître les humbles du pays, vous qui dites : « Quand donc sera passée la néoménie [nouvelle lune] pour que nous vendions le grain, et le sabbat que nous écoulions le froment ? Nous diminuerons la mesure, nous augmenterons le sicle, nous fausserons les balances pour tromper. Nous achèterons les faibles à prix d'argent et le pauvre pour une paire de sandales ; et nous vendrons les déchets du froment. » (Amos 8, 4-6).


Au VIIIe siècle, Osée prophétise également dans le Royaume du Nord, le royaume d'Israël. Il critique, comme Amos, les alliances avec Asur et les exportations d’huile vers l’Égypte qui favorisent le paganisme. Ce commerce d'huile est confirmé par la découverte d'ostraca du VIIIe siècle décrivant des échanges commerciaux. Osée critique les cultes païens qui accompagnent ces échanges. « Assur ne nous sauvera pas, nous ne monterons plus sur des chevaux, et nous ne dirons plus « notre Dieu ! » à l’œuvre de nos mains. » (Os 14, 4).
Toutes les prophéties d'Osée sont centrées sur l'amour de Dieu. Par Osée, Dieu parle à son peuple : « Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde et tu connaîtras Yahvé… » (Osée 2, 21-22).
Là où les fils d'Israël imaginent un Dieu vengeur qui punit les pécheurs par la cruauté des événements, Osée prophétise au nom d'un Dieu qui a une autre conception du châtiment : Il envoie des semonces par ses prophètes. « Les fils d'Israël se disaient entre eux : « Allons ! Revenons au Seigneur ! C'est lui qui nous actuellement déchirés, c'est lui qui nous guérira : lui qui nous a meurtris, il pansera nos blessures. Après deux jours il nous rendra le vie, le troisième jour, il nous relèvera et nous vivrons en sa présence. Efforçons-nous de connaître le Seigneur ; sa venue est aussi certaine que celle de l'aurore, elle sera bienfaisante pour nous comme l'ondée, comme les pluies du printemps qui arrosent la terre. » Et Dieu répondit : « Que vais-je te faire, Éphraïm ? Que vais-je te faire, Juda ? Votre amour est fugitif comme la brume du matin, comme la rosée qui s'évapore à la première heure. Voilà pourquoi je vous ai frappés par mes prophètes, je vous ai massacrés par les paroles de ma bouche. Car c'est l'amour que je désire, et non les sacrifices, la connaissance de Dieu, plutôt que les holocaustes. » (Osée 6, 1-6). Dès les premiers écrits bibliques, le Dieu vengeur et vindicatif que craignent les Hébreux, explique qu'Il agit par Sa parole, transmises par Ses prophètes.


Amos et Osée évoquent l'Exode hors d’Égypte, comme un événement trop connu pour qu'on y revienne (Amos 2, 10 et 9, 7 ; Osée 11, 1). Le texte de l'Exode ne sera mis par écrit qu'un siècle plus tard ! Mais on voit au travers des prophéties d'Amos et d'Osée que le récit de l'Exode existait déjà dans la tradition orale, bien avant sa mise en forme définitive dans la Bible. Amos raconte : « Et moi [Yahvé], je vous avais fait monter du pays d’Égypte, et pendant quarante ans, menés dans le désert, pour que vous possédiez le pays de l'Amorite. » (Amos 2, 10).


Les Livres d'Osée et d'Amos sont les plus anciens les textes de la Bible mis par écrit. Ils réclament au Peuple Élu un monothéisme strict, célèbrent l'Exode comme un événement majeur de leur foi et rappellent l'amour bienveillant de Dieu pour son peuple. Ils réclament un culte spirituel intériorisé, plutôt que des rituels extérieurs. Ils exigent la justice, plutôt que des sacrifices. Leurs prophéties annoncent déjà la spiritualité chrétienne.
Ni Osée, ni Amos ne sont connus du Coran.


4. 11. Jonas, prophète inspiré et/ou personnage mythologique ?
Après Osée et Amos, le dernier prophète du règne de Jéroboam II est Jonas.
Le Livre des Rois contient l'histoire officielle des deux royaumes hébraïques, Juda et Israël. Le récit du Livre des Rois relatant la vie de Jonas est sobre et dépourvu de fantastique. Jonas prédit que le souverain Jéroboam vaincra l’Assyrie, en Mésopotamie, et qu'il retrouvera son territoire. La seule référence de la Bible à la vie réelle du prophète Jonas tient en un verset : « C'est lui (le roi Jeroboam) qui recouvra le territoire d'Israël, depuis l'Entrée de Hamat jusqu'à le mer de la Araba selon ce que Yahvé, Dieu d'Israël, avait dit par le ministère de son serviteur le prophète Jonas, fils d'Amittaï, qui était de Gat-Hépher » (2 R. 14, 25). Jonas signifie « colombe » en Hébreu. Le nom de son père, « Amittaï » signifie « Dieu est vérité, Dieu est fidélité ». Leur ville d'origine Amittaï se trouve en Galilée.


Le Livre dit « de Jonas », est, lui, beaucoup plus tardif. Il est écrit au Ve siècle avant J.-C.. Il raconte l'épopée du prophète Jonas fuyant devant la volonté divine, au point de se retrouver dans le ventre d'une baleine !
Trois cent ans plus tard, la biographie de Jonas est devenue une histoire extraordinaire qui parle à l'imagination et qui fait, depuis lors, rêver les enfants sous toutes les latitudes. Le Livre de Jonas est donc la chronique de la vie devenue légendaire du prophète Jonas dont parlait si sobrement le Livre des Rois. Il nous apprend comment Dieu appelle sans cesse les hommes avec amour, même si cela suscite l'incompréhension.


Dans le livre dit de Jonas, le prophète reproche même sa bienveillance à Dieu : « Jonas en eut un grand dépit et se fâcha. Il fit une prière à Yahvé : « Ah, Yahvé,... c’est pourquoi je m’étais d’abord enfui à Tarsis ; je savais en effet que tu es un Dieu de pitié et de tendresse, lent à la colère, riche en grâce et te repentant du mal. Maintenant, Yahvé, prends donc ma vie, car mieux vaut pour moi mourir que vivre. » » (Jonas 4, 1-3).
Yahvé n'est effectivement pas un Dieu vengeur. Face au reproche de Jonas, Yahvé fait preuve de pédagogie. Il invente un stratagème pour lui faire comprendre Sa miséricorde : « Yahvé répondit : « As-tu raison de te fâcher ? » Jonas sortit de la ville et s’assit à l’orient de la ville ; il se fit là une hutte et s’assit dessous, à l’ombre, pour voir ce qui arriverait dans la ville. Alors Dieu fit qu’il y eut un ricin qui grandit au-dessus de Jonas, afin de donner de l’ombre à sa tête et de le délivrer ainsi de son mal. Jonas éprouva une grande joie à cause du ricin. Mais à la pointe de l'aube, le lendemain, Dieu fit qu'il y eu un ver qui piqua le ricin, celui-ci sécha... Jonas fut accablé. Il demanda la mort et dit : « Mieux vaut pour moi mourir que de vivre, Dieu dit à Jonas : « As-tu raison de te fâcher pour ce ricin ? Il répondit : « Oui, j'ai bien raison d'être fâché à mort. » Yahvé répartit : « Toi, tu as de la peine pour ce ricin... et moi, je ne serais pas en peine pour Ninive, la grande ville, où il y a plus de cent vingt mille êtres humaines qui ne distinguent pas leur droite de leur gauche. » (Jonas 4, 4-11).



Jonas avalé par la baleine (enluminure allemande, XVIe siècle ; Erfurt).








La Bible n'est pas habituellement un récit mythologique ou fantastique. La légende de Jonas, avec le séjour dans le ventre de la baleine est une exception notable : elle est écrite trois siècles après la vie du prophète Jonas historique.


Le Coran parle aussi de Jonas, soit Yūnus en arabe, autrement nommé Dhou'n-Noun, « l'homme au poisson » (Sourate 21, 87 ; S. 68, 48). Le Coran raconte son séjour dans le ventre d'un poisson : « Et Jonas fut, certes oui, du nombre des Envoyés. Quand il s'enfuit vers l'arche comble ! Puis on tira au sort, et il fut de ceux qu'on devait jeter à la mer. Puis un poisson fit une bouchée de lui qui se blâmait. Puis, s'il n'avait pas été de ceux qui chantent pureté, il serait demeuré dans son ventre jusqu'au jour où l'on ressuscite. Puis nous le jetâmes sur la terre nue, indisposé qu'il était. Et Nous fîmes pousser au-dessus de lui un plant de courge, et l'envoyâmes vers cent mille hommes ou plus. » (Sourate 37, 139-147).
L'histoire de Jonas dans le ventre de la baleine est un récit trop tardif pour prétendre à l'authenticité. Au fil des siècles, la vie du prophète Jonas historique est devenue mythologie. Cela en fait un conte philosophique. Son intérêt se trouve donc dans l'enseignement spirituel qu'il contient. Les chrétiens verront dans le séjour de Jonas dans l'estomac de la baleine une annonce prophétique de la mort et la résurrection du Christ. Pour les musulmans, sa place dans le Coran en fait-elle un récit véridique ? Leur conception du Coran, incarnant la vérité parfaite, peut le laisser supposer.



Yūnus, Jonas, avalé par  le poisson, ('Ağayib al- maḫlūqāt par Mahmūd
Hamadānī, manuscrit persan, 1577 ; BnF).


En -747, Jéroboam II, le roi d'Israël, décède : le déclin de son royaume s'annonce.


4. 12. Au VIIIe siècle, le Royaume d'Israël périclite favorisant le développement de celui de Juda.


Au VIIIe siècle avant J.-C., le royaume d'Israël compte 350 000 habitants. C'est le pays le plus peuplé du Moyen Orient. Son voisin et frère dans la foi, le royaume de Juda, est moins peuplé, 40 000 habitants. Il est misérable. Malgré la puissance du royaume d’Israël, l’Assyrie est la puissance dominante du Moyen-Orient. À partir de -745 jusqu'à -727, le roi Téglat-Phalasar III (Pûlu pour la Bible) règne en Assyrie. Achaz (743-727), le roi du pauvre royaume de Juda, choisit d'être son vassal. Il restera en dehors des conflits qui se préparent et sauvera ainsi son Royaume.


Téglat-Phalasar III marche sur le royaume d'Israël pour contraindre son roi Menahem (747-737) à lui payer tribut. Israël n'a pas retrouvé sa magnificence de l'époque omride ; elle vit regroupée autour de Samarie, cultivant et commerçant. L’invasion de l'Assyrie la conduit à la ruine. L'archéologie raconte les derniers moments, terribles, du royaume d'Israël. Le Deuxième Livre des Rois (2 R. 15, 29) relate la même histoire que l'archéologie. Megiddo fut préservée pour en faire un centre administratif. Quelques années après, les archives assyriennes signalent qu'un gouverneur assyrien y siège (*1). Seule Samarie, la capitale du royaume d'Israël, garde une autonomie factice au milieu d'un royaume envahi. Un bas-relief assyrien datant de Téglat-Phalasar III raconte : « Les terres de la maison d'Omri, toutes ses cités, je les ai rasées jusqu'au sol dans mes campagnes précédentes... J'ai pillé ses troupeaux, épargnant seulement Samarie l'isolée. »


Des réfugiés du royaume d'Israël fuient vers le Royaume de Juda. Il est resté à l'écart du conflit puisqu'Achaz a choisi d'être vassal de Téglat-Phalasar III. La population du royaume de Juda croît brutalement, passant de 40 000 à 120 000 habitants. Les fermes se multiplient dans les campagnes. Lakish, la seconde ville du royaume après Jérusalem, passe du statut de petit village à un centre administratif protégé par une formidable muraille. Le commerce, en particulier d'huile d'olive et de vin, se développe avec l'empire Assyrien (*2).
L’alphabétisation progresse avec l'apparition de sceaux et d'ostraca que l'archéologie a retrouvés.



Sceau de Hâgab (VIIe siècle avant J.-C., découvert à Jérusalem).
Le royaume de Juda s'alphabétise enfin et des traces épigraphiques sont désormais retrouvées.


Le Royaume de Juda a enfin la capacité de se conduire en état, avec une administration, des archives, des villes, des circuits commerciaux et des productions centralisées de poteries (*2). Cette capacité commerciale et administrative du royaume de Juda, que la Bible fait remonter à Salomon, n'existe dans les faits qu'à partir du règne Achaz, 250 ans plus tard.

Ostracon de la fin du VIIIe siècle qui annonce un don de trois sicles au temple de Yahweh. 
Cela démontre l'existence au VIIIe siècle d'un temple à Yahweh. 
Avec l'adoption de l'écriture, la civilisation de Juda est mieux connue.


Achaz accepte une pluralité de cultes, celui de Yahvé y compris. L'archéologie a retrouvé de multiples figurines de terre cuite témoignant du culte à de multiples divinités (*2). Le règne d'Achaz est un succès économique. Il a sauvé Juda grâce à sa politique de compromission et a permis le développement de son royaume. Cependant, Achaz a été aussi peu fidèle que son voisin Israël … La Bible ne va donc prendre en compte que ses apostasies et oublier ses succès. Même si la Bible est mise par écrit par ses descendants, son impiété les conduit à critiquer l'ensemble de son règne (Is 22, 15-16 ; 2 R 16, 2-4).


Juda vit, Israël survit, les deux ont pourtant apostasié Yahvé, le Dieu Unique. Dieu punit-Il le méchant et récompense-t-Il le juste au travers des hasards de la guerre ? Ces questions se posent ! Pour l'instant, on voit que les auteurs de la Bible le pensent et présentent leurs récits pour qu'ils correspondent à leurs convictions. Israël l'infidèle est détruite, elle a été punie par Dieu. Achaz a apostasié, son règne est présenté comme un échec total par la Bible, et ceci sans tenir compte de ses réussites économiques et politiques.

* : La Bible dévoilée ; *1 : p. 398 / *2 : p. 401 ; I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


4. 13. En 722, les dix tribus d'Israël disparaissent.
Yahvé semble bien punir le méchant dès cette terre : le royaume d'Israël a apostasié et il va être totalement détruit !
Osée (-732-724) est le dernier roi d'Israël. Il a conservé Samarie, la capitale et sa région. Il règne sur un royaume réduit à peu de chose. Lors de la succession de Téglat-Phalasar III (745-725), Osée tente un coup de force : il cesse de payer tribut à son successeur, Salmanasar V. Celui-ci réagit immédiatement. Samarie est prise après un siège de trois ans qui sera achevé par Sargon II, son fils.
Sargon II, successeur de Salmanasar V en 722, prend possession de Samarie et déporte ses artisans et ses élites.
En -721, Sargon II se vante dans ses archives d’avoir déporté 27 280 habitants et formé un bataillon royal de chars avec 200 soldats d'Israël. La Bible (2 Rois 17, 6) signale l'installation des dix tribus dans « Halah, sur le Habor, fleuve de Gozân, et dans les villes des Mèdes. ».



Sargon II (Bas-relief du palais de
Dur-Sharrukin ; musée du Louvre).




On estime que, sur un total de 200 000 habitants, 40 000 ont été déportés d'Israël vers l'Assyrie*. Les Dix tribus d'Israël disparaissent de l'histoire. Il est même possible que l'une de ces tribus ait émigré au nord-est de l'Inde. En 1950, certains membres de la tribu des Bnei Menashe en Inde (les « enfants de Menashe ») ont constaté que certaines de leurs coutumes ancestrales étaient proches de la Loi de Moïse. Certains ont obtenu d’émigrer vers Israël après s'être convertis au judaïsme officiel, mais leur origine hébraïque reste néanmoins débattue. On peut cependant remarquer que, lors de la fondation du bouddhisme au VIe siècle avant J.-C., le prince indien Siddhartha reprendra exactement les Dix Commandements hébraïques.
Les 10 tribus perdues d'Israël évoquées au XXe siècle, par Marc Chagall, pour un hôpital de Jérusalem.
Sargon II, fidèle à sa politique de brassage des populations, installe des étrangers à la place des élites israélites déportées. La Bible les nomme : ce sont « des gens de Babylone, de Kute, d'Avva, d'Hamat et de Sepharvayim » (2 R 17, 24). L'archéologie confirme la présence de Babyloniens en Samarie par la découverte d'inscriptions cunéiformes et de poteries typiquement assyriennes*. Les paysans restent sur place. Il est probable que ce sont les descendants de ces paysans qui pratiqueront un judaïsme un peu particulier dans quelques siècles et que l'on appellera les samaritains.


C'est la fin du royaume d'Israël et la disparition des dix tribus ! Quand les scribes du royaume de Juda, le second royaume hébraïque, raconteront cette destruction, ils chercheront l'explication de sa faillite dans les apostasies d'Israël. Ils minimiseront leurs propres fautes, puisqu'eux-mêmes sont toujours autonomes. S'ils sont toujours libres, sans doute n'ont-ils pas péché tant que cela... Ils ne parviendront pas à raconter les succès d'Israël, ni ses prouesses architecturales, ni ses réussites économiques, ni ses victoires militaires. Toute leur lecture consistera à expliquer la destruction du royaume d'Israël en suivant un principe simple : Dieu récompense le bon et punit le méchant. Par Sa justice immanente, Dieu agirait donc dès cette terre...


* : La Bible dévoilée, p. 334, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


4. 14. À la fin du VIIIe siècle, des reines gouvernent en Arabie, mais Saba est dirigé par un homme.
En -753, Rome est fondée. En -750, Athènes l'est à son tour.


Au milieu du VIIIe siècle, les exploits du roi de Sukhu sont racontés sur des tablettes cunéiformes retrouvées dans les fouilles d'Ana en Mésopotamie. « Le roi [Sukhu] a pillé une caravane de 200 chameaux venant du royaume de Saba »*. C'est la première mention du royaume de Saba. Il a donc fallu attendre le VIIIe siècle pour qu'existe enfin un royaume de Saba, deux siècles après Salomon.



Inscription de la ville de Sirwah évoquant les sabéens et leurs conflits régionaux (VIIIe siècle).
Le royaume de Saba n'a laissé aucune trace archéologique avant le VIIIe siècle avant J.-C..


Quelques générations de commerce caravanier à dos de chameaux ont été nécessaires pour que la richesse créée par les arabes permette l'organisation d'un royaume. Mais ce commerce international ne laissera de traces significative qu'à partir du VIIe siècle. Près de Gaza, à Tell Jenmed, on a en effet retrouvé des ossements de chameaux et de dromadaires tous adultes, signalant des animaux voués au commerce caravanier et non à l'élevage**. Au VIIIe siècle, le roi assyrien Téglat-Phalazar III qualifie Gaza, de « poste de douane de l'Assyrie » **.
Dans la péninsule arabique, des structures étatiques se mettent en place. Les archives des royaumes voisins en gardent le souvenir. Dans les archives de Sargon II, datées de 715 avant J.-C., on a retrouvé le nom d'un des souverains du royaume de Saba : « Ita'amra le Sabéen ». Il est « mukarib » et non roi *. Ce n'est que quelques siècles plus tard que le souverain de Saba deviendra roi *. Il n'y a donc ni roi, ni reine, dans le royaume de Saba.


Cependant, à la fin du VIIIe siècle, plusieurs reines des arabes sont signalées dans les archives assyriennes*. Zabibê est reine des arabes aux alentours de 733*. Samsi est une reine révoltée contre le roi d’Assyrie Téglat-Phalasar III. Les archives de Téglat-Phalasar signalent qu'elle s’est enfuie dans le désert comme « une ânesse sauvage »**. En 690, une autre reine arabe, Te el Ronou, lutte contre les armées assyriennes qui conquièrent l'oasis de Dūmat, dans l'Arabie Saoudite actuelle. Des statues de divinités arabes sont alors ramenées en Assyrie*.


Voilà ce que l'archéologie peut nous apprendre : nous sommes à la fin du VIIIe siècle. Ces reines arabes semblent avoir fait grande impression sur les auteurs de la Bible. Dans quelques années, la rédaction de la Bible commencera et ces reines y trouveront une représentante emblématique en la personne de la reine de Saba, séduite et convertie par Salomon. Mythique reine de Saba ! Effectivement, elle l'est bien ! Le royaume de Saba n'est pas dirigé par une femme mais par un homme, qui n'est pas roi mais mukarib ; et Salomon est mort depuis 200 ans quand des reines apparaissent en Arabie !
La mise en perspective des événements historiques objectifs avec leur récit dans les livres saints apparaît bien cruelle pour les croyants. Le Coran - incarnation de la Vérité parfaite, du moins aux yeux des musulmans - n'a évité, ni les mythes, ni les approximations, ni les erreurs... et en cela, il s'est bien souvent inspiré des mythes, des approximations et des erreurs de la Bible. On peut admettre que cela soit douloureux pour les croyants, mais tous les faits relatés plus haut sont exacts. Pour les chrétiens, ce dilemme se résout plus facilement que pour les musulmans. En effet, les Évangiles donnent la définition de la Vérité parfaite : c'est le Christ lui-même, et non directement la Bible qui a été écrite par des hommes, inspirés certes, mais qui restent des hommes.
Mais ne peut-on pas imaginer qu'il reste un espace pour la foi ? Dieu a créé les hommes libres. Il vient vers eux par Ses Prophètes. Puis, Il laisse à ses créatures la liberté de comprendre Son message, d'y réfléchir et de le mettre en œuvre. Si Dieu inspire les prophètes, eux-mêmes prennent la parole avec leurs propres mots pour répercuter la parole divine. Les hommes y réfléchissent et posent des hypothèses.
La Bible raconte ce chemin spirituel.... jusqu'où nous conduira-t-il ?


Jusqu'au Christ, pensent les chrétiens.


Jusqu'à Mohamed, répondent les musulmans.





Salomon rencontre la reine de Saba grâce au talent de Piero della Francesca (1452 ; Arezzo, Italie).
Salomon a régné de -970 à -931 et des reines ne sont signalées en Arabie qu'après -733.






* : cours de M. François Bron, 2002, sur les civilisations du Proche-Orient.
** : La Bible dévoilée, p. 398 ; , I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.
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MessagePosté le: Lun 13 Mar - 14:46 (2017)    Sujet du message: HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHEISMES Répondre en citant

CHAPITRE 5 : LA CROYANCE EN UN DIEU DES COMBATS : 
LE DERNIER ROYAUME HÉBRAÏQUE, CELUI DE JUDA, MET LA BIBLE PAR ÉCRIT. De - 727 à – 7.

5. 1. Ézéchias (727-698), le roi de Juda, réfléchit à la défaite d'Israël.
5. 2. Yahvé est-il le Dieu des combats ? En 701, Sennachérib donne une réponse négative à Ézéchias. 
5. 3. Manassé (-698 à -642) : le pragmatisme politique ne serait-il pas également bénéfique ?
5. 4. En 639, le roi Josias entre dans l'histoire en mettant la Bible par écrit.
5. 5. Sur quels arguments peut-on penser que la rédaction des premiers livres de la Bible date du roi Josias ?
5. 6. L'empire assyrien tombe, l'empire Mède le remplace pour le malheur du roi Josias.
5. 7. La Chute du royaume de Juda. En 586, le Temple de Jérusalem est détruit et l'Arche d'Alliance disparaît.
5. 8. À Babylone, les Hébreux réfléchissent à l'action divine : vengeance, Providence divine et venue du Messie.
5. 9. Comment se manifeste la grâce de Dieu ? Isaïe et le serviteur souffrant.
5. 10. Au VIe siècle, Daniel : la résurrection des morts et la royauté spirituelle.
5. 11. Le livre de Daniel : le temps est linéaire.
5. 12. Le zoroastrisme au VIe siècle avant JC : un autre monothéisme, issu de Perse.
5. 13. Influence du zoroastrisme sur les trois monothéismes les plus connus ?
5. 14. Au VIe siècle, le Temple de Jérusalem est reconstruit. Le monothéisme juif est remarqué à l’étranger.
5. 15. L'attente messianique : le Messie doit-il être un vengeur et un chef militaire ?
5. 16. Job, la question du mal est posée. La souffrance est-elle la conséquence des péchés de l'homme ?
5. 17. Alexandre le Grand (356-323).
5. 18. La philosophie grecque : connaissance, citoyenneté, responsabilité
5. 19. Au IIe siècle, les juifs retrouvent leur autonomie politique : le Dieu des combats aurait-il enfin répondu ?
5. 20. La dynastie hasmonéenne : le Dieu des combats a enfin répondu, une théocratie est née.
5. 21. Les romains dominent Israël et désignent Hérode, un juif iduméen, pour les représenter.
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MessagePosté le: Lun 13 Mar - 15:27 (2017)    Sujet du message: HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHEISMES Répondre en citant

5. LA CROYANCE EN UN DIEU DES COMBATS : LE DERNIER ROYAUME
HÉBRAÏQUE, CELUI DE JUDA, MET LA BIBLE PAR ÉCRIT






De 727 à 7 avant J.-C.


5. 1. Ézéchias (727-698), le roi de Juda, réfléchit à la défaite d'Israël.
Jusqu'ici, Juda a vécu dans l'ombre du royaume d'Israël, son puissant voisin qui est désormais anéanti. Le Royaume de Juda va maintenant prendre sa revanche humaine et spirituelle et laisser une trace dans l'histoire de l'humanité en commençant la rédaction de la Bible.


De -727 à -698, Ézéchias, le fils d'Achaz, règne sur le Royaume de Juda. Il cherche une explication à la destruction d'Israël. Il pense la trouver dans ses apostasies répétées. Culte au veau d'or à Béthel et à Dan, multiples cultes païens : Dieu aurait puni les infidélités d'Israël (2 Rois 17, 7 à 2 Rois 20, 21).
Ézéchias en conclut que seul le retour au monothéisme strict peut sauver les Hébreux. Il fait donc détruire les temples dédiés aux autres divinités et cherche à centraliser le culte rendu à Yahvé. Tous les temples dédiés à Yahvé hors de Jérusalem sont également détruits et seul subsiste le Temple désormais unique de Jérusalem. Les fouilles confirment que les temples hébraïques hors de Jérusalem à Arad, à Tel Beer Sheva et à Lakish* - quoique dédiés à Yahvé - sont détruits sous le règne d'Ézéchias.
Puis Ézéchias, roi de Juda, invite le peuple vaincu d’Israël à venir fêter la Pâque chez lui à Jérusalem : « Ézéchias envoya des messagers à tout Israël et Juda, et écrivit même des lettres à Éphraïm et à Manassé » (2 Chroniques 30, 1).



Grenade d'ivoire datée d'Ézéchias, avec une inscription précisant qu'il s'agit d'une offrande au temple de
Yahweh. Cela donne une preuve absolue de l'existence d'un temple dédié à Yahweh sous le règne d’Ézéchias.










Maintenant qu'Ézéchias a démontré sa fidélité à Yahvé, Dieu devrait le soutenir. La Bible se fait l'écho de cette conviction : « C'est en Yahvé, Dieu d'Israël, qu’Ézéchias mit sa confiance. Après Lui, aucun roi de Juda ne lui fut comparable et pas plus avant lui. Il resta attaché à Yahvé sans jamais se détourner de lui et il observa les commandements que Yahvé avaient prescrits à Moïse. Aussi Yahvé fut-il avec lui et il réussit dans toutes ses entreprises. Il se révolta contre le roi d'Assyrie et ne lui fut plus soumis. C'est lui qui battit les Philistins jusqu'à Gaza, dévastant leur territoire, depuis les tours de garde jusqu'aux villes fortes. » (2 Rois 18, 5-8).
L'aide de Dieu en récompense de la piété irait donc jusqu'à donner le droit, le pouvoir et la possibilité de ravager le territoire de ses voisins et de s'y installer en maître. Voilà ce qui semble être l'hypothèse spirituelle des Hébreux quand ils racontent l'histoire d’Ézéchias. Le texte des Rois va même jusqu'à nous apprendre qu'Ézéchias a ravagé le territoire des Philistins jusqu'à Gaza...
Ézéchias se prépare militairement. Il fortifie ses villes. Il s'assure de l'adduction d'eau en vue d'un siège prolongé. Le deuxième livre des Rois (20, 20) raconte qu'Ézéchias construisit « la piscine et le canal pour apporter l'eau dans la ville ». Ce tunnel a été retrouvé au XXe siècle à Jérusalem. Il fait 512 mètres de long et un homme tient debout dedans : une inscription dite de « Siloé » raconte sa construction*.



Le tunnel de Siloé construit sous Ézéchias



 et détail de l'inscription de Siloé découverte au fond du tunnel.




Ézéchias organise la rébellion. En 705, il s'allie avec les ennemis de l'Assyrie, l’Égypte et la Phénicie, puis il part au combat.
Ézéchias est fidèle à Yahvé, de plus il s'est bien préparé. Selon son hypothèse, ou plutôt celle du Livre des Rois, il devrait triompher.


* : La Bible dévoilée, p. 382, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


5. 2. Yahvé est-il le Dieu des combats ? En 701, Sennachérib donne une réponse négative à Ézéchias.
Au alentours de -704, Ézéchias part au combat contre l'assyrien Sennachérib...
Mais en -701 Sennachérib triomphe de lui. Le royaume de Juda est ravagé. Sennachérib renonce à prendre Jérusalem mais il pille le pays. L'archéologie montre que la plaine de la Shefalah, riche terre agricole de Juda, ne s'en est jamais remise. Un tiers de la population disparaît. Ses habitants ont été tués ou ont dû émigrer. Ses meilleures terres sont données aux Philistins des cités états du littoral*. Le pauvre Ézéchias n'a pas dominé les Philistins comme il le souhaitait (2 Rois 18, 5-8) : ce sont eux qui s’approprient ses terres. Les recherches archéologiques sont formelles.


Néanmoins, certains livres de la Bible vont présenter le recul des Assyriens devant Jérusalem comme un miracle. « Voici donc ce que dit Yahvé sur le roi d'Assyrie : « il n'entrera pas dans cette ville, il n'y lancera pas de flèche, il ne tendra pas de bouclier contre elle... Je protégerai cette ville et la sauverai à cause de moi et de mon serviteur David. » Cette même nuit, l'Ange de Yahvé sortit et frappa dans le camp assyrien cent quatre-vingt cinq mille hommes. Le matin au réveil, ce n'étaient plus que des cadavres. Sennecherib, roi d'Assyrie, leva le camp et partit. » (2 Rois 19, 33-36). S'agit-il d'une invasion de mulots véhiculant la peste qui décime son armée ? La Bible y voit la confirmation que le Dieu des armées soutient les rois pieux. Cette conviction s'exprime dans le Livre des Rois qui est le livre officiel des rois hébreux. Il se fait donc le relais de la doctrine officielle et choisit soigneusement sa façon de raconter les faits. Le Livre des Rois évoque néanmoins la destruction de Juda, mais il le fait par une simple phrase elliptique : « Toutes les villes fortes de Juda » sont prises (2 Rois 18, 13). C'est sa seule concession à la vérité historique.
Cependant, un autre livre de la Bible raconte la destruction de Juda. Michée est originaire d'une ville proche de Lakish, il parle pour les victimes, ses voisins et ses frères. Le prophète Michée décrit les horreurs de la guerre. Il évoque le désespoir des habitants de la plaine de la Shefalah. « À Bet-Léaphra, roulez-vous dans la poussière ! … Bet-ha-Eçel est arrachée de ses fondations, de la base de son assise ! Pourrait-elle donc espérer le bonheur, celle qui demeure à Marôt ? ... Le pillard te reviendra encore, toi qui demeures à Marescha !... Arrache tes cheveux, rase-les, pour les fils qui faisaient ta joie ! Rends-toi chauve comme le vautour, car ils sont exilés loin de toi ! » (Michée 1, 10-16).
Le prophète Isaïe, lui, défend son souverain le roi Ézéchias, dont il est conseiller. Il affirme qu'Ézéchias a été comblé des dons de Dieu (Isaïe 38, 1-20).


Les archives assyriennes confirment le triomphe de Sennachérib : « Quant à Ézéchias, le Judéen qui refusa de m'obéir, j'ai mis le siège devant 46 de ses cités fortifiées, de ses forteresses et d'une multitude de villages des environs, et je les ai conquis à l'aide de rampes de terre fortement damées et de béliers, apportés ainsi contre les murailles... Lui-même, je l'ai gardé prisonnier à Jérusalem, sa résidence royale, comme un oiseau en cage... Ainsi ai-je rétréci son pays, mais j'ai augmenté son tribut. * ».
Le retrait miraculeux de Sennachérib devant Jérusalem, selon la Bible dans le livre des Rois, se transforme dans les archives assyriennes en l'emprisonnement, « comme un oiseau en cage » du roi Ézéchias dans sa capitale. Le miracle devant Jérusalem n'a pas impressionné Sennachérib : il domine le royaume de Juda et l’assujettit à tribut.



Campagnes de Sennacherib (704-681) racontées sur le prisme dit de Taylor (British Museum).




Ézéchias est présenté comme un grand roi par la Bible, puisqu'il a restauré et centralisé le culte de Yahvé, Le Dieu Unique. Mais sa conviction que Dieu soutiendrait sa révolte a conduit à un désastre militaire.
Le Dieu des armées semble ne pas avoir répondu favorablement.
Qui est Yahvé ?
Le Dieu des combats ?
Un Autre ?
Les trois principaux monothéismes vont répondre différemment. Pour l'instant, le peuple hébreu, le seul à croire en l'unicité de Dieu, est à Sa recherche et fait des hypothèses.


* : La Bible dévoilée, p. 387, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


5. 3. Manassé (-698 à -642) : le pragmatisme politique ne serait-il pas également bénéfique ?
Après la défaite et la mort d’Ézéchias, son fils Manassé règne sur Juda au cours d'un très long règne, de -698 à -642. Il paie tribut à l'Assyrie. Son pays s'enrichit en développant son agriculture et sa population s’accroît. Les échanges commerciaux avec les Assyriens, les arabes, les Phéniciens et les Édomites réintroduisent des pratiques cultuelles largement polythéistes en Juda.


Vers 687, selon la légende, les premières pièces de monnaie auraient été frappées dans le royaume de Lydie, en Turquie actuelle. Le roi Gygès, grâce à ses mines d'électrum, mélange naturel d'or et d'argent, aurait eu l'idée de la monnaie en pièces. Jusque là, on pratiquait le troc. Des métaux précieux étaient parfois échangés contre d'autres biens, mais ces morceaux de métal n’étaient pas standardisés. Au moment où les hébreux mettront le début de la Bible par écrit, ils ne connaissent donc pas encore la monnaie. Quand ils racontent la vente du patriarche Joseph par ses frères (Gn 37, 28), ils l'évaluent à « 20 sicles » : masse de métal en argent qui servait aux transactions depuis le IIIe millénaires avant J.-C.. Quand le Coran sera rédigé, son auteur - ou ses auteurs – transposera le récit avec ses propres références culturelles et écrira au sujet de la vente de Joseph: « Ils le vendirent à vil prix : pour quelques drachmes comptées. » (S. 12, 20). Aucune pièce de métal ne peut naturellement être comptée avant le VIIe siècle avant J.-C.. Des masses de métal peuvent être pesées, mais compter une pièce est un concept qui appartient à une période postérieure au VIIe siècle. Antérieurement, les métaux précieux revêtaient une forme de sacralité. Ils servaient d'offrandes aux temples. Ainsi, toutes les dynasties pharaoniques considéraient que « l’or est le sang des dieux ». Gygès aurait donc transgressé le tabou de l'or dévolu aux dieux, en lui donnant une utilité profane. Il aurait fabriqué des rondelles métalliques, toutes de même poids et marquées de façon identique. La monnaie serait alors née. En réalité, les historiens pensent que les premières pièces datent d'un siècle plus tard. En effet, les plus anciennes pièces découvertes par les archéologues datent du VIe siècle avant J.-C.. Aucune pièce n'a jamais été découverte nulle part qui soit plus ancienne.


Première monnaie découverte en Lydie par les archéologues : elle a été frappée entre 561-546 avant J.-C. par le roi Crésus en Turquie actuelle.
Des pièces de monnaie seront ensuite frappées dans toutes les civilisations. Ce sont les grecs qui, au Ve siècle avant J.-C., frappent les premières pièces appelées « drachmes », ce qui signifie « poignet » en grec. Les grecs, à partir du Ve siècle avant J.-C., puis les perses sassanides, au IIIe siècle après J.-C., frapperont donc des drachmes. Les romains nommeront « denarius », traduit par « denier », les pièces qu'ils frappent à partir du IIIe siècle avant J.-C.. Le dirham - ou dinar - arabe ne sera frappé qu'en 698 après J.-C. par le calife Abd al mālik. Cela permet de dater les hadiths, même ceux supposés authentiques, et certains versets du Coran (Sourate al Imran 3, 75), qui emploient le terme de dinar, à une période bien postérieure à la mort de Mohamed (632).



 

Première tétradrachme, ici de Corinthe (de Grèce) : Ve siècle avant JC.


Les chinois inventent les pièces presque au même moment que le roi de Lydie, vers 600 avant J.-C.. Elles sont percées, et resteront ainsi jusqu'au XIXe siècle.
En -667, Byzance est fondée.
Les prophètes d'Israël continuent à transmettre la parole de Yahvé au Peuple Élu. Leurs paroles sont inspirées, pensent les croyants ; mais peut-être sont-elles également modifiées par leurs perception humaine ? Instruit par la façon dont est raconté le règne d’Ézéchias, on peut se poser la question. Aux alentours de -640, Sophonie et Isaïe prophétisent. L'un comme l'autre attendent une revanche sanglante de la part de Yahvé, mais ils rendent l'espérance au Peuple Élu. Sophonie annonce le salut au « petit reste d'Israël ». Sophonie explique longuement que les ennemis d'Israël seront châtiés : ceux de l'occident (Sophonie 2, 4-6), ceux de l'orient (So 2, 8-9), ceux du Nord (So 2, 13-15) et ceux du Sud (So 2,12). Il prédit aussi qu'Israël va se convertir, être restauré et vivre en paix. « Ce jour là, tu n'auras plus honte de tous les méfaits que tu as commis contre moi, car j'écarterai de ton sein tes orgueilleux triomphants et tu cesseras de te pavaner sur ma montagne sainte. Je ne laisserai subsister en ton sein qu'un peuple humble et modeste. Et c'est dans le nom de Yahvé que cherchera refuge le reste d'Israël ! » (Sophonie 3, 10-13).


Le second prophète des règnes d'Ézéchias et de Manassé est Isaïe. En fait, le livre dit d'Isaïe regroupe les prophéties de trois prophètes qui ont vécu à des siècles différents. Les références culturelles qu'il contient le démontrent. Les 39 premiers chapitres du livre d'Isaïe réunissent les prophéties de ce premier Isaïe. Nous avons vu que celui-ci défend fidèlement la réputation de son maître, le roi Ézéchias. Comme Sophonie, il affirme que Dieu restaurera son peuple et il interprète les défaites d'Israël comme des punitions de Dieu.
Le roi Manassé est apostat, mais tout lui réussit : son royaume s'enrichit*. Son pragmatisme politique lui a permis d'enrichir son royaume au prix d'une collaboration, en particulier spirituelle, avec l'ennemi. La Bible considère donc son règne comme néfaste : « Manassé... fit ce qui déplaît à Yahvé, imitant les abominations des nations que Yahvé avait chassées devant les Israélites. Il rebâtit les hauts lieux qu'avait détruits Ézéchias, son père, il éleva des autels à Baal... Il construisit des autels à toute l'armée du ciel dans les deux cours du Temple de Yahvé. Il fit passer son fils par le feu ... Il multiplia les actions que Yahvé regarde comme mauvaises, provoquant ainsi sa colère... Alors Yahvé parla ainsi, par le ministère de ses serviteurs les prophètes : « Parce que Manassé, roi de Juda, a commis ces abominations, ... et qu'il a entraîné Juda lui-aussi à pécher contre les idoles, ainsi parle Yahvé, Dieu d'Israël : « Voici que je fais venir sur Jérusalem et sur Juda un malheur tel que les deux oreilles en tinteront à quiconque l'apprendra. Je passerai sur Jérusalem le même cordeau que sur Samarie, le même niveau que pour la maison d'Achab, je curerai Jérusalem comme on récure un plat qu'on retourne à l'envers après l'avoir récuré... Je les livrerai entre les mains de leurs ennemis, ils serviront de proie et de butin à tous leurs ennemis, parce qu'ils ont fait ce qui me déplaît et qu'ils ont provoqué ma colère. » (2 Rois 21, 1-16).



Le prêtre Conon réalise un sacrifice au dieu Bêl
Temple de Bêl à Dour-Europos, III e siècle ; Syrie).






Si, comme ce texte nous l'apprend, Manassé à bien sacrifié son fils à Baal par le feu, l'horreur de Yahvé se comprend, lui qui a interdit les sacrifices humains en même temps qu'Il apprenait son Unicité à Abraham. Néanmoins, l'objectivité oblige à constater qu'aucune guerre ne sévit dans le royaume de Juda sous Manassé. Grâce à sa politique de compromis et au payement d'un tribut à l'Assyrie, son royaume retrouve des forces, la population s’accroît et s'enrichit. Manassé n'est pas livré aux mains de ses ennemis*. À la fin d'un long règne, il meurt dans son lit.
Il n'est pas le premier souverain hébraïque dont la biographie est aménagée dans la Bible en fonction de la sainteté de son règne et sans tenir compte de ses réalisations gouvernementales.


* : La Bible dévoilée, p. 404, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


5. 4. En 639, le roi Josias entre dans l'histoire en mettant la Bible par écrit.
À la mort de Manassé, son fils Amon (642-639) lui succède. Il est tout aussi pécheur que son père (2 Rois 21, 19-26) et pratique les mêmes cultes païens. Scandalisés, ses serviteurs le tuent au bout de trois ans de règne et placent son jeune fils Josias sur le trône*. Josias a alors 8 ans. Est-il resté toute sa jeunesse sous l'influence des ces pieux serviteurs, si pieux qu'ils ont fini par assassiner son père, le roi Amon ?


Le roi Josias règne de -639 à -609. Il reprend les hypothèses spirituelles de son arrière grand-père Ézéchias. Selon lui, le royaume d'Israël aurait été détruit en raison de son paganisme. Josias entreprend donc une réforme religieuse pour acquérir le soutien de Dieu. « À condition de garder tous ses commandements, [Yavhé] t'élèverait alors au dessus de toutes les nations qu'il a faites. » (Deutéronome 26, 18-19).
Josias fait détruire les temples païens, en particulier le temple dédié au veau d'or de Bethèl dans l'ancien Israël (2 Rois 23, 15). Le Temple de Jérusalem servait lui aussi au culte païen depuis le règne de Manassé. Josias le purifie. « Le roi ordonna […] de retirer du sanctuaire de Yahvé tous les objets de culte qui avaient été faits pour Baal, pour Ashera et pour toute l'armée du ciel, il les brûla en dehors de Jérusalem […]. Il supprima les faux prêtres que les rois de Juda avaient installés et qui sacrifiaient à Baal, au soleil, à la lune, aux constellations et à toute l'armée du ciel,… Il démolit la demeure des prostituées sacrées qui était dans le temple de Yahvé et où des femmes tissaient des voiles pour Ashéra. » (2 Rois 23 , 4-7).


Dans la dix-huitième année de son règne, il a 26 ans en - 622, Josias fait restaurer le Temple de Jérusalem. Lors des travaux, le Grand Prêtre Hilqiyyahu découvre un texte ancien caché dans un mur. Il s'agirait d'un Livre de la Loi authentique et inconnu (2 Rois 22, 8 et 2 Rois 23, 24). De ce Livre de la Loi, fictif ou réel, naîtra le Deutéronome. Mais, les lois du Deutéronome sont si parfaitement adaptées à l'état citadin centré sur la Jérusalem de Josias, que l'on peut douter de leur ancienneté. Il est vraisemblable que Josias l'ait fait rédiger pour adapter la Loi de Moïse à ses besoins législatifs.


Le Deutéronome, malgré son opportunisme politique, contient une nouveauté radicale. Le faible doit être protégé, non seulement par son clan, mais également par la hiérarchie de l'état. « Se trouve-t-il chez toi un pauvre d’entre tes frères, dans l'une des villes de ton pays que Yahvé ton Dieu t'a donné ? Tu n'endurciras pas ton cœur et ne fermeras ta main à ton frère pauvre, mais tu lui ouvriras ta main et tu lui prêteras ce qui lui manque. » (Dt 15, 7-8).
L'archéologie confirme la pratique de ce progrès du droit individuel. On a ainsi retrouvé, daté du règne de Josias, un ostracon où un ouvrier se plaignait à un supérieur d'avoir été dépouillé de ses vêtements lors de son travail. Il attendait que justice lui soit rendue par quelqu'un avec lequel il n'avait aucun lien, ni personnel, ni familial.



Ostracon du règne de Josias sur lequel Hoshayahu réclame justice
au gouverneur après le vol de son vêtement.








Dans le Deutéronome émerge le droit des individus et le respect qui leur est dû. Dans l'histoire de l'humanité, il s'agit d'une innovation radicale. Le Deutéronome associe le rappel du Dieu unique et transcendant (la nécessité d’éradiquer tout culte païen du pays) avec la prise de conscience de la dignité de l'être humain quelles que soient sa misère et sa situation sociale.


Et Josias fait mettre la Bible par écrit !
C'est en effet lui qui ordonne la mise par écrit des premiers livres de la Bible, ainsi que la rédaction des livres des Juges, de ceux de Samuel et de ceux des Rois. Il fait réaliser un travail théologique hors du commun.
Jusque là, la Loi de Moïse était orale ; elle va maintenant être mise par écrit. Les Tables de la Loi avec les Dix Commandements écrits par Dieu au Sinaï, restent enfermées dans le Saint du Saint du Temple de Jérusalem, hors d'atteinte du commun. Les Dix Commandements sont connus et ne changeront pas. La Loi de Moïse est autre, issue de l'histoire hébraïque et de ses multiples adaptations législatives. Elle se trouvait conservée dans la mémoire collective. Le roi Josias va la fixer et raconter en même temps l'histoire du Peuple Élu.


* : La Bible dévoilée, p. 407, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.


5. 5. Sur quels arguments peut-on penser que la rédaction des premiers livres de la Bible date du roi Josias ?
Le vocabulaire biblique et l'archéologie nous renseignent.
Les noms propres choisis par la Bible permettent de dater sa rédaction. D’abord, le récit de l'histoire du patriarche Joseph, l'arrière petit fils d'Abraham, met en scène des personnages qui portent tous des noms typiques du VIIe siècle* : le vizir Çophnat-Panéah (Genèse 41,45), l'officier Potiphar (Genèse 39,1) ; le prêtre Poti-Phéra et sa fille Asnat (Genèse 41,50). Tous portent des noms très fréquents au siècle de Josias, mais qui n'existaient pas auparavant ; et surtout pas à l'époque supposée de Joseph, 1000 ans plus tôt. Joseph met sa famille à l’abri dans la ville de Goshèn (Genèse 45, 10). Il s'agit d’un nom du VIIe siècle, celui de la dynastie régnante du peuple qédarite.
Les détails géographiques de l'Exode guidé par Moïse correspondent à la situation géopolitique du VIIe siècle (*1). La ville de Migdol (Exode 14, 2 ; Jérémie 44, 1 et Jérémie 46, 14) est celui d'une ville du delta du Nil construite au VIIe siècle. Lors de l'Exode au Sinaï, les Hébreux font de Cadès-Barnéa leur campement le plus durable (Nombres 13, 27 ; Nb 20, 1). Cette ville n'a existé qu'entre le VIIe et le VIe siècle (*2). De ce lieu, Moïse contacte le roi d'Édom pour lui demander la permission de traverser son territoire. Or, l’archéologie a montré que le Royaume d'Édom n'a existé qu'à partir du VIIe siècle avant J.-C.** alors que l'Exode de Moïse s'est déroulé au XIIIe siècle, pendant le règne de Ramsès II.
Finalement, le livre de Josué raconte la conquête de Canaan et donne une longue liste de villes prétendument conquises par Josué (Josué 15, 21-62). Leurs noms sont énumérés : 126 villes sont ainsi citées ! Certaines de ces villes n'existaient que depuis quelques dizaines d'années au moment du règne de Josias au VIIe siècle. Plusieurs disparaîtront à la fin de son règne. La géographie très précise du Livre de Josué correspond en fait à la géographie du VIIe siècle du Royaume de Juda gouverné par Josias. Le règne de Josias est la seule période où ces 126 villes ont existé en même temps (*1).
C'est donc bien au VIIe siècle avant J.-C. qu'à été écrit le livre de Josué : six siècles après la sédentarisation des Hébreux en Canaan.


Les archéologues ont apporté une preuve plus directe de la mise par écrit de la Bible au VIIe siècle. En 1980, en fouillant des tombes antiques à Jérusalem, le Pr Gabriel Barkay trouve une tombe datée de la fin du VIIe siècle ou du début du VIe siècle (la tombe numéro 25)**. Elle est contemporaine du règne du roi Josias. Au milieu de multiples objets d'or, d'argent, d'ivoire et de verre, il met au jour deux petits rouleaux d'argent ayant servi d'amulettes. Sur l'un est gravé un passage du livre des Nombres (6, 24-25) : « Que Yahvé te bénisse et qu'il te garde ; que Yahvé fasse briller sa face pour toi et te donne la paix ». C'est le plus ancien extrait de la Bible qui soit parvenu jusqu'à nous.



Amulette en argent du VIIe siècle avant J.-C., 
découverte à Jérusalem, portant des versets de la Bible.




Les archéologues et les spécialistes de la Bible sont maintenant d'accord. C'est bien le souverain de Juda, le roi Josias, qui a fait mettre par écrit les premiers livres de la Bible : Genèse, Exode, Nombres, Deutéronome, livre de Josué, Juges, livres de Ruth, de Samuel et des Rois. Leur rédaction s'achèvera pendant l'exode à Babylone, mais elle débute sous Josias.
Les récits de la naissance d'Israël ont donc été mis par écrit des siècles après les faits. Cela peut aisément expliquer quelques approximations historiques. Mais ce n'est pas la seule raison des approximations bibliques. La Bible honore de son respect les rois fidèles à Yahvé, ce qui est logique. Mais, quand ils ont été pieux, l'ensemble de leur règne est qualifié de bénéfique, même s'il s'est soldé par un désastre. Ézéchias en est l'exemple. La Bible « de Josias », a contrario, critique les rois apostats au point de minimiser, voire d'ignorer leurs succès humains. Ainsi Salomon se voit-il attribuer les prouesses architecturales d'Omri ! La Bible « de Josias » défend l'hypothèse spirituelle que Dieu soutient le combat du juste, y compris ses luttes armées, et qu'Il punit l'apostat dès cette vie. Josias relit toute l'histoire de Peuple Élu en fonction de cette conviction spirituelle, quitte à commettre quelques entorses avec la vérité historique.


*: La Bible dévoilée, *1 : p. 112 ; *2 : p. 399, I. Finkelstein, N. A. Silberman, folio histoire, 2002.
** : La Bible et l'archéologie, p. 27. Théo Truschel. Éditions Faton, novembre 2010.


5. 6. L'empire assyrien tombe, l'empire Mède le remplace pour le malheur du roi Josias.
L’Assyrie domine le Moyen-Orient avec une main de fer depuis un siècle. À la fin du VIIe siècle, elle s'effondre en quelques années. En -612, Cyaxare, le roi des Mèdes conquiert Ninive, la capitale de l'Assyrie. L'empire Mède prend la relève.
Le roi Josias est sincèrement convaincu que Dieu va le soutenir dans ses entreprises humaines, politiques et militaire, puisqu'il n'a accompli que des œuvres de piété. « À condition de garder tous ses commandements, [Yavhé] t'élèvera alors au dessus de toutes les nations qu'il a faites. » (Deutéronome 26, 18-19). Josias est resté un opposant farouche de l'Assyrie. Quand les Mèdes attaquent l'Assyrie, son ennemi de toujours, il prend leur partit. Apprenant que le pharaon Nékao, l'allié de l'Assyrie, partait au combat, il l'attaque sans autre raison que d'attaquer l'allié de son ennemi ! Nous sommes en 609. Mais Josias est mortellement blessé lors de l'engagement avec Nékao. Il est ramené à Jérusalem pour mourir. Le roi Josias a 39 ans (2 Rois 23, 29). Sa défaite est un désastre politique, elle va conduire en quelques années le royaume de Juda à la ruine !
Josias était un pur, un juste, un fidèle à la Loi de Moïse ; mais il est défait au combat. La conviction que Dieu soutient le combat armé du juste pourrait alors s'effondrer. Mais les rédacteurs de la Bible expliquent que Yahvé, dans sa grande colère, n'a pas encore pardonné les erreurs de Manassé (2 Rois 23, 26-27). Pour préserver leur foi en un Dieu des combats, ils ont besoin que Dieu, le Juste par excellence, punisse le petit fils des erreurs du grand-père.


Josias a fait mettre par écrit l'histoire du Peuple Élu en critiquant les rois apostats et sans tenir compte de leur réussite économique et politique. Il avait paré de victoires militaires Moïse, Josué, Saül, David et Ézéchias, en contradiction avec la réalité historique. Parce que ces hommes étaient des justes, il fallait qu'ils aient gagné leurs guerres. La plupart ne s'étaient jamais battu ; les autres avaient échoué. Ceux qui termineront le Livre des Rois suivront la même ligne spirituelle. La mise en perspective de cette histoire biblique avec les découvertes archéologiques témoignent de l'adaptation idéologique et spirituelle qu'en a faite le roi Josias. Yahvé, le Dieu unique, serait donc le Dieu des armées, le Dieu des combats ! Dans les siècles suivant, la vision de Dieu restera celle qu'avait le roi Josias. Que Yahvé soutienne le bras armé de son peuple, au point de lui autoriser toutes les exactions, va en effet rester l'hypothèse de l'Ancien Testament. Toutes les implications théologiques de cette croyance vont être explorées. On attendra de Dieu la vengeance, la victoire militaire, la restauration politique ou le salut par le hasard des événements ... Bien plus tard, cette vision sera largement reprise par d'autres, elle influencera Mohamed, puis les cathares... Seul Jésus-Christ annoncera un autre Dieu.


En 609, l’Égypte domine le royaume de Juda. La victoire du pharaon Nékao II a été totale.
Mais en - 605, le roi de Babylone, Nabuchodonosor, alors tout jeune souverain, écrase les Égyptiens à Kakémish (Jérémie 46, 2). Nabuchodonosor, en dominant l’Égypte, étend sa souveraineté au royaume de Juda : il va le ruiner.


Nabuchodonosor fait le siège de Jérusalem en -597. C'est Joiakîm, le fils aîné de Josias, qui règne alors. Il se rend à Nabuchodonosor avec sa famille et il est déporté à Babylone. Jérusalem est pillée et ses artisans déportés (2 Rois 24, 10-16). Des familles entières sont obligées de quitter Jérusalem. Le prophète Daniel part avec eux. Son livre ne sera mis par écrit qu’au IIe siècle ; mais il est contemporain de cet exode.




Porte Ishtar à l'entrée de Babylone
(construite sous Nabuchodonosor II (604 -562avant J.-C.) et reconstituée à Berlin).




Les hébreux partent prisonniers dans un exil qui les mène vers la prestigieuse Babylone. Ils participent à la construction de sa Ziggourat à sept terrasses. De façon indirecte, les Hébreux raconteront cette expérience dans le récit nostalgique qu'ils font de la construction de la Tour de Babel. Ils adoptent la semaine de sept jours et rédigent le récit de la Création. Dans la Genèse, Dieu se glisse obligeamment dans cette vision du monde en créant l'univers en six jours, le septième étant réservé au repos.
Les Hébreux vont-ils perdre complètement leur foi en Yahvé ?
Dès -600, Habaquq prépare les Hébreux à la résistance spirituelle qui va leur être nécessaire : « Le juste vivra par sa fidélité » (Habaquq 2, 4).


5. 7. La Chute du royaume de Juda. En 586, le Temple de Jérusalem est détruit et l'Arche d'Alliance disparaît.
Jérusalem est soumise à Nabuchodonosor.
Nabuchodonosor a choisi Sédécias, un autre fils de Josias, pour monter sur le trône de Juda. Il le croit docile, mais Sédécias s'allie à des rois voisins pour se révolter. La réponse de Nabuchodonosor est immédiate : il envahit le Royaume de Juda et ravage ses campagnes. Les villes tombent une à une.
La chute du royaume de Juda est racontée par le prophète Jérémie (Je 37, 7). Il nous apprend qu’Azekah et Lachish furent les dernières villes à tomber. Cela est confirmé par un ostracon retrouvé lors des fouilles de Lachish en 1935. Un officier écrit à son supérieur. De la localité de Tel Maresha, il est chargé de surveiller les feux de détresse des villes assiégées par les Babyloniens. Il écrit : « Que mon seigneur sache que pour les balises de Laschish, nous les surveillons selon les indications que mon seigneur m'a donné, car nous ne voyons plus celles d'Azekah »... Azekah venait de tomber. Lachish ne va pas tarder à céder.



Ostracon de 586 avant J.-C. : « Que mon seigneur sache que, pour les balises de 
Laschish, nous les surveillons ... ».


Seule Jérusalem résiste.
Les traces des combats désespérés à Jérusalem ont été repérées par les archéologues : pointes de flèches près des remparts et maisons brûlées. La fin de Jérusalem est racontée dans le Deuxième livre des Rois (25 ; 3-7) : « Alors que la famine sévissait et que le peuple n'avait plus rien à manger, une brèche fut faite dans le rempart de la ville. Alors le roi s’échappa de nuit avec tous ses hommes de guerre... Les troupes chaldéennes poursuivirent le roi et l'atteignirent dans la plaine de Jéricho... Ils le menèrent au roi de Babylone, qui le fit passer en jugement. Il fit égorger les fils de Sédecias sous ses yeux, puis il creva les yeux de Sédécias, le mit au fer et l’emmena à Babylone. ».


En 586 avant J.-C., Jérusalem est conquise : Nabuchodonosor fait détruire le Temple de Salomon. L’Arche d'Alliance, contenant les Tables de la Loi écrites par YHWH et données à Moïse, disparaît à jamais.



Les hébreux portent l'Arche d'Alliance, 
(synagogue de Doura Europos, fresque peinte en 246 ; Syrie, musée de Damas).




Le Coran fait une allusion à la chute du royaume de Juda. Même si le Coran ne cite ni Josias, ni Nabuchodonosor, deux versets vont justifier la destruction de Juda. Pour le Coran, le « lieu de prosternation » (masdjid) d’Israël, est détruit par des soldats inspirés par Allah pour punir ses péchés : « Nous nous sommes adressés aux Enfants d'Israël dans l'Écriture : « Vous commettrez de graves péchés sur terre, par deux fois. Vous êtes destinés à chuter dans de hauts sommets d'arrogance. Quand la première fois adviendra, nous enverrons contre vous des serviteurs à nous qui possèdent une grande puissance, et ils envahiront vos maisons. Ceci est une prophétie qui doit advenir. » ». (Sourate 17, 4-5).
Selon le Coran, les soldats inspirés par Dieu détruisent les juifs restés pécheurs. Que cette défaite fasse suite immédiatement à une réforme religieuse rigoureuse et à une purification sans précèdent du culte hébraïque n'est pas relevé dans le Coran qui l’ignore manifestement. Voilà qu’Israël est détruit après s'être converti. La seconde destruction du Temple annoncée par le Coran est celle du Temple d'Hérode par les romains en 70. Même si le verset se termine par cette affirmation « Ceci est une prophétie qui doit advenir. » (S. 17, 5), il ne s'agit pas à proprement parler d'une prophétie, puisque le Coran sera rédigé plusieurs siècles après les événements rapportés.



La prise de Jérusalem par Nabuchodonosor (Beatus d'Urgel, manuscrit espagnol du Xe siècle).


Les chrétiens, quant à eux, ne verront pas dans une défaite militaire ou dans un échec humain, la manifestation de l'approbation ou du rejet par Dieu. Selon les chrétiens, Dieu parle par le don de l'Esprit qui est discernement. Ce n'est pas directement dans les événements que les chrétiens voient la volonté de Dieu, mais dans l'interprétation qu'ils en font dans l'Esprit. Un Juste peut être exécuté sans que sa sainteté ne soit remise en question... Ainsi le Christ, le Juste par excellence, a-t-il été mis à mort ! S'il existe bien un combat voulu par Dieu, il s'agit du combat spirituel et non d'un combat armé. Pendant les premiers siècles de leur histoire, les chrétiens refuseront même absolument de prendre les armes : « Tu ne tueras pas » disent les Dix Commandements (Ex 20, 13). Ils y resteront fidèles. Parfois, les musulmans reprochent aux chrétiens de représenter le vivant, alors que le Décalogue l'interdit (Ex 20, 4). Les chrétiens ont préféré être fidèles à l'esprit des Lois du Décalogue plutôt qu'à sa lettre. L'interdiction de représenter le vivant était liée au monothéisme : Dieu interdit que l'on se prosterne devant des idoles. Aux yeux des chrétiens, être fidèlement monothéiste suffit pour obéir à ce commandement. Le « Tu ne tueras pas » est plus difficile à interpréter comme … l'autorisation de tuer. C'est seulement quand les chrétiens auront la charge du pouvoir, lors des invasions barbares du IVe siècle, qu'ils se trouveront obligés de définir les conditions d'une guerre juste. Saint Augustin s'y emploiera.


En contradiction avec les Dix Commandements, les musulmans, reprendront cette conviction d'un Dieu des combats qui manifeste son approbation par la victoire militaire... et ils rejetteront le fait que le Christ soit mort en Croix. Un juste ne saurait souffrir, l’envoyé de Dieu ne peut mourir. Il est même inconcevable qu'il connaisse la défaite... Allah manifeste son approbation directement par la force des armes et par le hasard des événements.


5. 8. À Babylone, les Hébreux réfléchissent à l'action divine : vengeance, Providence divine et venue du Messie.
Dans l'antiquité, le sort des dieux était étroitement lié aux croyants qui leur rendaient un culte. Quand un peuple avait été vaincu par les armes, ses dieux disparaissaient avec lui. Israël étant vaincu, Yahvé va-t-Il être oublié ? Déporté à Babylone, le Peuple Élu subit effectivement l'influence des mythes sumériens. L'histoire d'Enki, le dieu de la sagesse et des eaux, chassé du jardin de la Grande déesse, explique la mortalité humaine par le péché d'Adam. Le mythe d'Utnapishtim sert à justifier le salut de quelques-uns réunis autour de Noé au milieu de la catastrophe du déluge... comme le « petit reste d'Israël » promis au salut par les prophètes Isaïe et Ézéchiel. La foi hébraïque va-t-elle se dissoudre dans le paganisme ? Mais, si le Peuple Élu utilise effectivement des mythes sumériens pour questionner Dieu sur l'origine du mal, il le fait en restant fidèle à sa foi.


En effet, curieusement, la foi d'Israël évolue vers davantage de spiritualité. Privé de son Temple et des sacrifices sanglants, le Peuple Élu se réunit pour lire et étudier la Thora dans les premiers livres de la Bible nouvellement écrits. Un lieu de lecture communautaire apparaît avec la déportation à Babylone. Il deviendra la « synagogue », soit l' « assemblée ».



La synagogue est le lieu de culte et de rassemblement pour le Peuple élu depuis la déportation à Babylone. Ici, celle de Doura Europos
en Syrie est une des plus ancienne parvenue jusqu'à nous. Elle a été construite et peinte en 246 après J.-C.. Sa destruction
par le feu quelques années après son achèvement l'a préservée pour les archéologues du XXe siècle.


La Bible raconte l'histoire du Peuple Élu, mais cette histoire n'est pas achevée. Elle continuera à être racontée au fil des siècles par les fils d'Israël. Le Psaume 137 décrit la déportation à Babylone. « Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ; aux peupliers alentour nous avions pendu nos harpes. Et c'est là qu'ils nous demandèrent, nos geôliers, des cantiques, nos ravisseurs, de la joie : « Chantez-nous, disaient-ils, un cantique de Sion. ». Comment chanterions-nous un cantique à Yahvé sur une terre étrangère ? Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite se dessèche. ». Malgré sa poésie, ce Psaume se termine par un souhait de vengeance sanguinaire : « Fille de Babel, qui doit périr, heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus, heureux qui saisira et brisera tes petits contre le roc ! »


Le Dieu des armées n'a pas fait triompher les Hébreux militairement. Ils attendent maintenant de Lui la vengeance. Ils vont explorer un autre aspect de la grâce de Dieu : la Divine Providence.
Une fille d'Israël, Esther, épouse le roi de Babylone Assuérus (-519-465). Elle va sauver son peuple persécuté par Aman le mauvais conseiller du roi.
Les œuvres d'Esther sont racontées dans le livre dit d’Esther, dans la Bible. Le Coran attribue, quant à lui, le nom d'Aman au conseiller du Pharaon de Moïse (S. 28, 6 ; S.29, 39 ; S. 40, 24-36). On a vu qu'il s'agit d'un anachronisme et plus précisément de la synthèse de deux histoires. Le Coran réunit le récit de la Tour de Babel racontée dans la Genèse (Genèse 11, 1-4) et l'histoire d'Aman, le conseiller d'Assuérus du livre d'Esther. Il les réunit et les déplace à l'époque de Moïse. En fait, Aman est bien persécuteur des Hébreux, mais il a vécu à la cour Assuérus au Ve siècle, et non à celle de Ramsès II, 700 ans plus tôt.



La vie d'Esther a été représentée dans la synagogue de Doura Europos en 246 : son
arrivée devant le roi (à gauche) et sa supplique en faveur de ses frères (à droite).


Dans le Livre d'Esther, Aman est démasqué et les juifs sont réhabilités grâce à l'intervention de la reine Esther. Esther est un des rares livres de la Bible qui ne contienne pas le nom de Dieu. Certains des juifs les plus stricts, comme les Esséniens, considèrent que le Livre d'Esther ne peut pas, pour cette raison, être inclus dans la Bible. Mais ce livre est retenu dans le canon des juifs et des chrétiens. Il témoigne de l'action concrète de Dieu sur les événements. Les chrétiens nommeront « Divine Providence » cette action directe de Dieu sur les événements. Cependant, si les chrétiens pensent que Dieu peut agir sur les événements, ils restent convaincus qu'Il le fait en respectant le libre arbitre de l'homme.
De la commémoration de cette victoire hébraïque, date la fête juive de « Pourim ». Pourim signifie « hasard ». Les juifs célèbrent le soutien de Dieu qui se manifeste dans le hasard des événements. Dieu vient au secours du Peuple Élu menacé par des dangers physiques et Son aide se manifeste concrètement. Pourim est une fête joyeuse où les enfants sont particulièrement impliqués. On se déguise, on partage des friandises, on relit le Livre d'Esther et on clôture la journée par un banquet.


Face à cette défaite absolue, d'autres réponses spirituelles sont proposées à l'arrivée à Babylone. Pendant l'exil à Babylone, Dieu répond par Ses prophètes. Ces prophètes sont bien les fils du Peuple Élu, et leur attente passe toujours par une restauration militaire. Cependant, une autre voie commence à émerger.
Ézéchiel et le deuxième Isaïe (dont les prophéties se trouvent des chapitres 40 à 55 du Livre dit « d'Isaïe ») prophétisent alors. On se souvient que le livre d'Isaïe est un ouvrage composite qui réunit les prophéties de trois prophètes. Ézéchiel et le deuxième Isaïe vont commencer à parler de l'attente du Messie, mais d'un Messie qui est un peu différent de ce qu'attendent les juifs.


Ézéchiel a été déporté avec sa famille en Mésopotamie. Il prophétise toujours sur un Dieu vengeur qui punit les péchés et les apostasies de son peuple, mais aussi sur le triomphe spirituel de Yahvé qui reviendra vivre dans son Temple à Jérusalem et répandra sa gloire sur toute la terre (Ez chapitres 40 à 44). La venue du Messie annoncera la résurrection de la chair et des morts (Ez 37, 5-6). Émerge alors l'idée d'une vie après la vie terrestre. La récompense de Dieu ne serait alors plus uniquement à espérer dans ce monde.


Le deuxième Isaïe est né en exil à Babylone. Il parle pour la première fois d'un serviteur souffrant (Is 42-1-4; Is 49-1-6 ; Is 50-4-9 ; Is 52-13-53). Serait-il possible que le Messie connaisse la souffrance et la mort avant de connaître le triomphe ?



Isaïe représenté dans la synagogue de Doura-Europos en 246 (musée de Damas, Syrie).


La grande fracture de la déportation à Babylone ouvre une période d'intense réflexion morale et théologique pendant laquelle les prophètes transmettent une parole inspirée qui ouvrent de nouvelles perspectives spirituelles : fidélité dans l'épreuve, attente de la vengeance armée, espérance en la Divine Providence et venue d'un Messie.


5. 9. Comment se manifeste la grâce de Dieu ? Isaïe et le serviteur souffrant.
Isaïe vit pendant l'exil à Babylone. Il va inaugurer une voie radicalement nouvelle : il annonce que le serviteur de Dieu choisira de vivre la souffrance des hommes à leur coté, plutôt que de faire des miracles pour supprimer toutes les difficultés.
Si nous aspirons à des solutions faciles et immédiates, cette réponse est décevante. Mais la venue de Jésus-Christ va donner à la prophétie d'Isaïe une surprenante confirmation. Dieu n'abandonne pas les hommes à la souffrance dans l’indifférence. Il choisit d'en faire Lui-même l'expérience. Ceux qui ont connu la souffrance savent que l'on ne peut ni décrire, ni transmettre cette sensation : elle se vit mais ne se communique pas. Dieu va choisir librement de connaître l’écrasement de l'angoisse sans espoir, de la douleur physique sans remède et Il va les vivre dans la sainteté, fidèle jusqu’au bout à son message d'amour et de paix. Ainsi l'ont compris les chrétiens. Six siècles avant la naissance du Christ, Isaïe annonce le Serviteur souffrant qui va mourir avec sainteté dans la souffrance, pour la rédemption des péchés de l'humanité. Il acquerra ainsi la domination sur le monde :
« Mon serviteur réussira, dit le Seigneur, il montera, il s'élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu'il ne ressemblait plus à un homme, il n'avait plus l'aspect d'un fils d'Adam. Et voila qu'il consacrera une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce qu'on ne leur avait jamais dit, ils découvriront ce dont ils n'avaient jamais entendu parler...
Il n'était ni beau, ni brillant pour attirer nos regards, son extérieur n'avait rien pour nous plaire. Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable aux lépreux dont on détourne le regard ; et nous l'avons méprisé et compté pour rien. Pourtant, c'étaient nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous pensions qu'il était châtié, frappé par Dieu, humilié. Or, c'est à cause de nos fautes qu'il a été transpercé, c'est par nos péchés qu'il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c'est par ses blessures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.
Maltraité, il s'humilie, il n'ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l'abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s'est soucié de son destin ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à cause des péchés de son peuple. On l'a enterré avec les mécréants, son tombeau est avec ceux des enrichis ; et pourtant il n'a pas commis l'injustice, ni proféré le mensonge. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. Mais, s'il a fait de sa vie un sacrifice d'expiation, il verra sa descendance. Il prolongera ses jours : par lui s'accomplira la volonté du Seigneur. » (Isaïe 52, 13 à 53,12).


Le texte d’Isaïe a été retrouvé parmi les manuscrits de la mer Morte, à Qumrān. L'exemplaire de Qumrān a été écrit deux siècles avant la vie de Jésus. Ce texte n'a donc pas été rectifié pour correspondre à la passion du Christ. Il s'agit d'une authentique prophétie. La dénomination de « Serviteur souffrant » sera appliquée au Christ par les quatre évangélistes (Luc 22, 37 ; Marc 10, 45 ; Matthieu 12, 17-21 ; Jean 1, 29).



Exemplaire d'Isaïe des manuscrits de Qumrān, daté du IIe siècle avant J.-C..


Dieu n'est pas Celui qui se venge et triomphe par les armes ou la force, mais Celui qui S'offre dans la souffrance pour racheter l'humanité. Les hommes restent responsables de la terre et libres de construire ou non une « civilisation de l'amour ». Yahvé n'agit pas à leur place. Il peut le faire, certes - il s'agit alors de la Divine Providence - mais Son action est d'abord spirituelle et respecte toujours le libre-arbitre des hommes. Dieu libère l'humanité du péché et de la mort, puis la guide par son Esprit. Cependant, le Christ le précisera : il doit partir et mourir dans la souffrance pour que l'Esprit vienne éclairer l'humanité (Jean 16, 7).


Le cœur du salut chrétien passe par la mort et la résurrection de leur Seigneur.
Néanmoins, cette conviction spirituelle pose des questions :
- Pourquoi faut-il que Jésus souffre pour acquérir le salut de l'humanité ?
Éloignés de l'intimité divine, les hommes ne peuvent que répondre avec leur expérience humaine. La vie humaine est emplie de douleur, c'est un fait. Comment Dieu, dans Sa justice, peut-Il appeler les hommes à une vie sainte quoique douloureuse, sans connaître Lui-même la souffrance ? Comment les hommes peuvent-ils vivre saintement l'écrasement par la souffrance, sans un exemple parfait à suivre ? Après avoir survécu à la souffrance, vont-ils ne plus se préoccuper que de leur bien-être ? Ou bien vont-ils se tourner avec compassion vers leurs frères souffrants ? Le Christ nous ouvre un chemin. Il est sans péché, et il a néanmoins souffert. Les croyances superstitieuses qui associent souffrance et péchés, sont dépassées. Non seulement le malheur des hommes n'est plus la preuve de leurs péchés, mais les voilà revêtus d'une incomparable dignité. Devenus souffrants, ils sont à l'image du Rédempteur de l'homme. Ils deviendront l'objet des soins attentifs et de la compassion des chrétiens. L'égoïsme du cœur humain a trouvé son remède dans la souffrance du Christ.


- Comment la souffrance d'un Juste peut-elle être rédemptrice ?
Bien des hommes sont morts dans des conditions atroces, aucun n'a sauvé le monde par sa souffrance. La particularité du Christ n'est donc pas sa souffrance, mais sa sainteté. N'est-il pas plus juste de penser que ce n'est pas directement la douleur du Christ qui obtient le salut, mais la sainteté avec laquelle il subit librement sa passion ? Ne peut-on pas supposer que seule son « obéissance jusqu'à la mort » (Philippiens 2, 8) permet la Rédemption ? Mais ce raisonnement même est insuffisant. La sainteté du Christ est admirable mais comment pourrait-elle être rédemptrice et pourquoi le serait-elle ? Finalement, seule la divinité du Christ rend possible la rédemption par Sa souffrance. Dieu seul a le pourvoir de sauver, de pardonner et de donner la vie éternelle. Si Jésus n'était pas Dieu, sa passion ne serait pas rédemptrice.



Crucifixion d'Issenheim, (peinte par Matthias Grünewald entre 1512 et 1515 à Colmar).




- Comment alors ne pas sombrer dans le masochisme face à une rédemption humaine si chèrement acquise ?
Or, la souffrance et la mort du Christ ne sont pas l'accomplissement de sa passion. Leur achèvement se trouve dans la résurrection. Isaïe lui-même l'a prophétisé : « Mais, s'il a fait de sa vie un sacrifice d'expiation, il verra sa descendance. Il prolongera ses jours » (Isaïe 53, 12). Par delà sa mort, le Christ nous promet la vie éternelle. Par sa Résurrection miraculeuse, il nous offre l'espérance indéfectible en la vie éternelle. Voilà l'espérance qui soutient le mourant, celui qui avance vers une mort inéluctable, écrasé par une souffrance sans remède. Le Rédempteur de l'homme est ressuscité et la Passion du Seigneur devient espérance de vie éternelle.


En mourant en croix, Jésus-Christ brise la dureté du cœur humain et le libère de la superstition qui lie souffrance et péché.
En souffrant dans la sainteté, Dieu assume Lui-Même la sainteté finalement impossible aux hommes.
En ressuscitant, Jésus-Christ donne aux hommes l'espérance de la vie éternelle.



Mouroir de Calcutta : Mère Teresa et ses sœurs ont puisé leur amour des pauvres dans l'amour de Dieu pour elles. 
Jamais les chrétiens n'ont vu dans la souffrance d'un homme la preuve de son péché.


Seule la divinité du Christ rend efficiente ces promesses de salut. La passion du Christ ne serait qu'un acte atroce et sans signification s'il l'avait vécu dans sa seule humanité, mais, par sa divinité, Jésus l'a vécu pour notre rédemption. Voilà finalement pour les chrétiens, la réponse de Dieu à l'hypothèse du Dieu des combats : la passion du Seigneur Jésus-Christ, le Rédempteur de l'homme. Dieu ne choisit pas la vengeance mais Il épouse la souffrance humaine. Ce sera sa façon d'être le Dieu des combats. Il est saint à la place des hommes, et les laisse bénéficier de Sa sainteté par le baptême.
Mais, quelle que soit la réponse offerte par le Christ bien plus tard, le Peuple Élu est toujours en chemin, et ce chemin lui-même est saint, utile et voulu par Dieu. Les errances du Peuple Élu sont à l'image de l'histoire de chaque homme. Elles permettent à chacun de trouver, librement, par son expérience et sa réflexion, le chemin de la vérité divine.


5. 10. Au VIe siècle, Daniel : la résurrection des morts et la royauté spirituelle.
La connaissance de Dieu semble progresser. Dieu continue d'envoyer des Prophètes et le Peuple Élu continue sa réflexion. Ézéchiel avait annoncé la résurrection de la chair (Ez 37, 5-6), Daniel va prophétiser sur la vie éternelle.
Le Dieu des combats a failli ! Soit ! N’y a-t-il pas d’autres hypothèses ?
Si l’homme ne vit que sur cette terre, le soutien de Dieu ne s’exprime alors que pendant cette vie. C'était la conviction du Peuple Élu. La promesse d'éternité faite à Abraham avait été comprise comme le maintien du Peuple Élu sur terre et le salut individuel n'était pas important. La vie dans l'au-delà n’était qu'à peine imaginée. Après sa mort, l'homme descend au shéol. Tous les livres de la Bible qui sont rédigés avant le VI e siècle, parlent du shéol comme des « profondeurs de la Terre » où se retrouvent indistinctement les hommes bons et mauvais, dans le silence et dans l'oubli (Amos 9, 9 ; Deutéronome 32, 22 ; Ézéchiel 31, 17). Le shéol est un lieu profond et sombre, plus rarement il est synonyme de la tombe où repose le défunt dans l'inactivité et le néant (Genèse 37, 35 ; Ecclésiaste 9, 5-10). Le Deutéronome y suggère la présence d'une fournaise (Deutéronome 32, 22), mais rien de la bonté de Dieu ne semble y attendre l'homme.
Deux Psaumes attribués à David suggèrent que l'âme, toujours consciente, crie son désespoir vers Dieu du fond du shéol et en reçoit le salut (Ps 18, 5-7 ; Ps 83, 13). Mais il s'agit là de poésie : le Peuple Élu dans son ensemble ne croit pas en la vie éternelle et il n'en a pas même imaginé la possibilité. Quand l'homme descend dans la tombe, il y demeure sans conscience d'être. Le Peuple Élu attend donc son salut dès cette vie et la confirmation de l'aide de Dieu par le don de biens matériels.


Daniel va ouvrir un autre chemin à l'espérance des croyants : la vie éternelle dans la bienveillance de Dieu. Si l’homme ressuscite, le soutien de Dieu et son Jugement peuvent se manifester aussi dans l’au-delà ! Une défaite, ici bas, n'est donc plus synonyme d'abandon de Dieu.



Le paradis entre anges et élus (Fra Angelico, XVe siècle).






Daniel est déporté à Babylone en -586. Son livre éponyme a été écrit au IIe siècle avant J.-C., entre 167 et 164 précisément. La datation de sa mise par écrit est connue avec précision car son rédacteur connaît la profanation du Temple de -167, tout en ignorant la mort du profanateur d'Antiochus Epiphane qui intervient en -164. Certains extraits de ce livre ont été retrouvés à Qumrān, datés du IVe siècle avant J.-C.. Le livre de Daniel est donc un livre écrit sur quatre siècles qui reprend les paroles inspirées d'un prophète du VIe siècle.
Daniel, le premier, va parler de la résurrection des morts. C'est un concept absolument nouveau :
« Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle. Les doctes resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui ont enseigné la justice à un grand nombre, comme les étoiles, pour l’éternité. » (Daniel 12, 2-3).
Daniel prophétise également sur la succession de plusieurs royaumes à Babylone, dont le dernier subsistera à jamais : « Au temps de ces Rois, le Dieu du ciel dressera un royaume qui jamais ne sera détruit et ce royaume ne passera pas à un autre peuple. Il écrasera et anéantira tous ces royaumes et lui-même subsistera à jamais. » (Daniel 2, 44). Les chrétiens voient dans ce verset l'annonce de la royauté spirituelle du Christ. Les musulmans y lisent l'annonce de l'empire musulman qui durera après Mohamed.
John J. Collins, spécialiste de l’Ancien Testament, suggère que cette division des temps du monde en quatre parties a été empruntée à Hésiode, poète grec du VIIIe siècle, qui raconte dans son livre Les travaux et les jours, la succession de quatre âges différents, chaque âge suivi d’un âge inférieur moralement aux précédents : âge d’or, d’argent, de bronze et de fer.


Si les chrétiens voient l'annonce du Royaume spirituel du Christ dans le livre de Daniel, c'est que - pour la première fois - Daniel parle du règne surnaturel d’un mystérieux « Fils d’homme ». Le Christ reprendra cette appellation de « Fils d'homme » bien plus souvent que celle « Fils de Dieu » qu'il emploie également pour se désigner. « Voici, venant sur les nuées du ciel, comme un Fils d'homme... À lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous les peuples, nations et langues le serviront. Son empire est un empire éternel qui ne passera point, et son royaume ne sera point détruit. » (Daniel 7, 13-14).

Le Christ régnant du haut du ciel
de son Royaume spirituel éternel
(Baptistère de Florence, Italie, 1300).








Cette notion de « Fils d'homme » est difficile à comprendre : elle semble contredire la divinité du Christ. En fait, Daniel annonce un roi universel, régnant sur un royaume spirituel et éternel, auquel chacun se soumettra. Le Christ, en se disant « Fils d'homme », ne fait donc pas qu'affirmer son humanité profonde, mais revendique aussi cette Royauté spirituelle perpétuelle ! Cette appellation de « Fils d'homme » n'est donc pas en contradiction avec sa divinité, mais correspond à l'affirmation de sa souveraineté eschatologique.
La promesse de Dieu dans Daniel peut donc être comprise de différentes façons : les interprétations chrétienne et musulmane en sont la démonstration.



Mohamed et les quatre premiers califes ayant assumés sa succession (Subhat-al-Ahbar, manuscrit ottoman
du XVIIe siècle, Österreichische nationalbibliothek Wien).


Le Royaume attendu est-il surnaturel ou terrestre ? Conquis par les armes ou par la force spirituelle ? Est-il uniquement matérialiste ? Est-il spirituel ?
Ces questions sont maintenant posées avec ce nouveau pas vers la transcendance de la spiritualité : les morts ressuscitent. La victoire de Dieu, Ses bénédictions, Sa justice, Ses récompenses ou Ses punitions, peuvent donc se manifester également dans l'au-delà.
Les misères de la présente vie humaine ne sont donc pas suffisantes pour interpréter la volonté divine. Dieu ne parle pas que dans le hasard des événements.... Sans doute parle-t-Il bien davantage par le don de l'Esprit que par les dons matériels de cette vie, penseront les chrétiens. Mais, il devient maintenant possible, pour tous les croyants, que son Jugement définitif ne soit connu que dans l’Au delà, à l'aube de notre vie éternelle.
Avec Daniel et la notion de vie éternelle, la foi du Peuple Élu trouve un chemin vers davantage de spiritualité.


5. 11. Le livre de Daniel : le temps est linéaire.
La révélation de Daniel d'une vie éternelle au milieu d'un Royaume céleste après la mort, est complétée par une nouvelle conception du temps.


Les religions traditionnelles polythéistes, animistes et chamaniques avaient une vision circulaire du temps, inspirée du cycle des saisons.
Dans l’hindouisme, il y a bien une fin du monde ; mais elle implique la renaissance d’un nouveau monde. Shiva, à la fois destructeur et créateur, symbolise la coexistence de la renaissance et de la mort. Pour le bouddhisme tibétain du Xe siècle, le Kalachkra, « la roue du temps » donne cette vision du Temps toujours recommencé. Pour le bouddhiste, dans le Mahabarata et le Vayu Purana, l’univers n’a ni commencement, ni fin : le temps est circulaire.



Kalachakra thangka, la roue du Temps peinte au Monastère
Sera, au Tibet, (photo Kosi Gramatikoff mise en ligne).




À partir du VIIIe siècle avant J.-C., s’élabore à travers les Psaumes et les prophètes, (Isaïe, Jérémie, Ézéchiel...) l’idée que le temps a un début et une fin. Ces Prophètes attendent l'action de Dieu et annoncent un Messie qui inaugurera une dernière ère de prospérité.
Daniel introduit définitivement la notion de « temps de la fin ». Le temps devient donc linéaire. Les visions mystiques de Daniel lui sont expliquées par l'ange Gabriel. « J'entendis une voix d'homme, sur l'Ulaï, criant : « Gabriel, donne-lui l’intelligence de cette vision ! Il s'avança vers le lieu où je me tenais, et, comme il approchait, je fus saisi de terreur et tombai face contre terre. Il me dit : « Fils d'homme, comprends : c'est le Temps de la Fin que révèle la vision. ». Il parlait encore que je m'évanouis, la face contre terre. Il me toucha et me releva. Il dit : « Voici, je vais te faire connaître ce qui viendra à la fin de la Colère, pour la Fin assignée. » (Daniel 8,16-19).


Selon les évangiles, Jésus annonce la fin des temps qui sera accompagnée de phénomènes cosmiques : « Les étoiles tomberont du ciel » (Mt 24, 29). Le Christ précise que personne ne connaît ni le temps ni l'heure, sauf le Père (Mt 24, 36). Il faut donc « veiller pour ne pas être surpris », (Mt 24, 42). Le discours du Christ est centré sur les conseils pour obtenir le salut et non sur un enseignement scientifique sur la fin des temps.


Cette vision de catastrophe cosmique marquant la fin des temps sera ensuite reprise dans le Coran et les hadiths. La Sourate 54 (1) reprend l'image des catastrophes marquant la fin des temps : « L'Heure vient et la lune se fend ». L’« Heure » dans le Coran est toujours celle de la fin des temps (Sourate 18, 21), elle est associée au jugement final.
« C'est Allah qui commence la création; ensuite Il la refait ; puis, vers Lui vous serez ramenés. Et le jour où l'Heure arrivera, les criminels seront frappés de désespoir. Et ils n'auront point d'intercesseurs parmi ceux qu'ils associaient [à Allah] et ils renieront même leurs divinités. Le jour où l'Heure arrivera, ce jour-là ils se sépareront [les uns des autres]. Ceux qui auront cru et accompli de bonnes œuvres se réjouiront dans un jardin. Et quant à ceux qui n'auront pas cru et auront traité de mensonges Nos signes ainsi que la rencontre de l'au-delà, ceux-là seront emmenés au châtiment. » (Sourate 30, 11-16).
De nos jours, certains musulmans interprètent ce verset, « L' Heure vient et la lune se fend » (Sourate 54, 1), comme un miracle accompli par Mohamed. Il s'agit d'un évident contresens. Le Coran reprend l'image biblique des catastrophes cosmiques accompagnant la fin des temps avec la lune qui se fend, et ne décrit nullement un miracle attribuable à Mohamed.


Exaltation de la chute de la lune
et du dragon (Le Lever des astres chanceux
et les Sources de la souveraineté, manuscrit
ottoman du XVIe siècle ; BnF).


Le retour des Juifs en terre Promise doit précéder la fin des temps, selon Ézéchiel (37, 25-28). Cette réinstallation des Juifs en Israël est accompagnée du combat entre le bien et le mal, combat symbolisé par la lutte contre le roi Gog, souverain du royaume de Magog (Ez 38).
Dans l’apocalypse de Jean, la fin des temps est marquée par un combat entre Dieu et des rois, qui se déroulera au lieu dit de « Armageddon » (Apocalypse 16, 16). Ce lieu correspond à la colline de Megiddo en Terre Sainte.


Le Temps a donc maintenant un début avec la création et il aura une fin... quand Dieu l'aura choisi. Pour les trois grands monothéismes, judaïsme, christianisme et islam, le temps vient de sortir de l'éternel recommencement des saisons observé par les religions païennes ; il devient linéaire.


5. 12. Le zoroastrisme au VIe siècle avant J.-C. : un autre monothéisme, issu de Perse.
Un autre monothéisme s'est élaboré au même moment en Perse : le mazdéisme. Le mazdéisme se serait transmis oralement pendant plus de 1000 ans sans que l'on en trouve de preuve archéologique. Son livre saint, l'Avesta, aurait été diffusé oralement en Perse dans le courant du IIe millénaire avant J.-C., mais il n'a laissé aucune trace.


Le dieu dominant et créateur se nomme Ahura Mazda. Une fois de plus - si l'on pense à Akhenaton – le mazdéisme n'est pas réellement d'un monothéisme puisque Ahura Mazda coexiste avec d'autres dieux, mais ceux-ci lui sont inférieurs. Ahura Mazda est un dieu omniscient, infiniment plus puissant que les autres. Anāhitā et Mithra émanent de lui et servent aux tâches subalternes.
Au VIe siècle, la religion mazdéenne est réformée par un de ses prêtres, Zarathoustra (ou Zoroastre) qui met par écrit ses textes saints.
Zarathoustra raconte avoir eu des visions du dieu Ahura Mazda qui lui aurait demandé de réformer le mazdéisme. Pour hâter la venue du « Royaume de Justice », on doit obéir à Ahura Mazda, sous peine d'un châtiment exemplaire. Ahura Mazda affirme sa position de dieu dominant. Deux dieux secondaires s'affrontent. L'esprit du bien, Spenta Mainyu, fils de Ahura Mazdā, s'oppose à un esprit mauvais, Angra Mainyu, esprit incréé, représentant le mal, la nuit, la mort et le mensonge. Ils s'affrontent en chaque homme et en chaque être vivant.
La préparation de la venue du « Royaume de Justice » demande de réformer le culte.
Le culte de Mithra, dieu inférieur, est restreint par la réforme de Zarathoustra. Le culte de Mithra exigeait la consommation d'alcool et était célébré essentiellement par des sacrifices d'animaux. L'alcool et les sacrifices sont maintenant interdits. Ce dernier point entraîne l'opposition des prêtres qui tiraient profit des sacrifices. Ils organisent l'opposition à Zarathoustra. Zarathoustra est alors persécuté et doit s'enfuir. Il est protégé par le roi Hystaspès, le père de Darius 1er.
On a retrouvé sur le « rocher de Béhistoun » en Iran, une inscription gravée en 522 avant J.-C. où « Darius [signale qu'il est] le Grand roi, Roi de Perse et fils Hystaspes ». Ainsi a-t-on daté la vie de Zarathoustra des alentours de 550.


Hystaspès impose à la Perse sa religion mazdéenne réformée. Elle évolue au cours des siècles, intégrant une notion du Temps éternel (Zurvan Akarana) qui crée le bien (Angra Mainyu) et le mal (Ahura Mazda) pour les obliger à se battre en chaque être vivant. Au moment où Mani fondera le manichéisme au IIe siècle en Perse, il intégrera dans sa nouvelle spiritualité cette dualité divine, créatrice du bien et du mal. Le manichéisme se répandra de l'empire romain à la Chine et seul l'islam le fera disparaître au Moyen-Orient.





Rocher de Béhistoun qui a permis de dater l'existence de
Zarathoustra au VIe siècle avant J.-C. (inscription de 522 avant J.-C. ; Iran).




Le zoroastrisme fait partie des trois monothéismes antérieurs à l'islam qui sont tolérés par lui, selon la Sourate 2 (62). « Oui, ceux qui ont cru et ceux qui se sont judaïsés, et les Nazaréens, et les Sabéens, quiconque a cru en Dieu et au Jour dernier et fait œuvre bonne, pour ceux-là, leur récompense est auprès de leur Seigneur. Sur eux, nulle crainte ; et point ne seront affligés. » (S. 2, 62). Les Sabéens sont néanmoins mal définis dans le Coran : il pourrait s'agir des adorateurs sumériens des étoiles ou des judéo-chrétiens héritiers de la prédication de Jean-Baptiste, mais pas forcement des zoroastriens. Le manichéisme est exclu de la liste des religions tolérées par le Coran : les manichéens seront donc persécutés par les premières générations de musulmans. La Sourate 22 (17) associe le culte des « mages » à la liste de ces trois religions tolérées, même s'il est précisé qu'Allah se réserve le droit de les juger. « Certes, ceux qui ont cru, les Juifs, les Sabéens, les Nazaréens, les Mages et ceux qui donnent à Allah des associés, Allah tranchera entre eux le jour de Jugement, car Allah est certes témoin de toute chose. » (S. 22, 17). Par l'intermédiaire de ce verset sur les mages, le zoroastrisme se trouve assimilé aux autres religions tolérées par le Coran. Cela explique qu'il ait survécu dans le Territoire de l'islam, et particulièrement en Iran. Par ailleurs, on peut déjà remarquer que l'auteur du Coran ne connaît que les religions existant en Arabie au temps de Mohamed et ignore tout du bouddhisme, de l'hindouisme, du shintoïsme ou des religions précolombiennes... qui existent pourtant depuis des siècles.


Nous voyons donc que deux grandes familles monothéistes ont évolué parallèlement, au Moyen-Orient : la religion hébraïque et la religion mazdéenne. Après une longue période de transmission orale, elles ont mis par écrit leur texte saint à la même époque. Elles présentent une vision de Dieu différente. La religion hébraïque croit en l'origine divine du bien, la religion mazdéenne croit en l'origine divine du bien, mais aussi en l’origine divine du mal. Les religions qui s'inspireront d'elles resteront fidèles à cette différence originelle.



Zarathoustra peint par Raphaël,
(1510, détail de l’École d'Athènes ; musée du Vatican).




5. 13. Influence du zoroastrisme sur les trois monothéismes les plus connus ?
Certains pensent que le zoroastrisme a influencé les trois monothéismes du Moyen-Orient : le judaïsme, le christianisme et l'islam.
L’émergence du judaïsme a été parallèle à la naissance du mazdéisme. Un élément important pourrait s'être transmis du zoroastrisme au judaïsme : l'attente du « Royaume de justice », chère à Zarathoustra.
« On t'a fait savoir homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi ; rien d'autre que d'accomplir la justice, d'aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu. » (Michée 6, 8). Michée a prophétisé entre -740 et -700 et parle déjà de rechercher la Justice. Y-a-t-il eu des influences croisées entre ces deux courants spirituels lors de leurs phases de transmission orale ? Laquelle des deux religions est la plus ancienne ? Si l'on se fie aux certitudes archéologiques, les premiers écrits hébraïques de la Thora remontent au VIIe siècle et ceux de Zoroastre au VIe siècle. L'ancienneté des traditions orales ne peut pas être datée. Mais rien n'interdit que les spiritualités de peuples si voisins ne se soient mutuellement influencées.


La notion d'un dieu principal qui engendre un « fils de Dieu » a-t-elle influé sur le christianisme ?
Ahura Mazda a eu ses enfants avec sa femme, une déesse, suite à une union charnelle. Jésus, Le Fils de Dieu, n’est pas, quant à lui, conçu par un rapport charnel, mais au contraire « engendré » du « vouloir de son Père » (Prologue de Jean 1, 13). Ainsi l'Évangéliste Jean explique-t-il clairement dès le début de son Évangile qu'il ne s'agit pas de reproduction sexuelle quand il parle de l'Engendrement du Fils de Dieu par le Père divin.
La plupart des religions antiques ont montré des dieux qui en engendrent d'autres. Il s'agit d'unions (sexuelles) entre des dieux et des déesses. Certaines triades égyptiennes en sont l'exemple. Le zoroastrisme ne fait donc pas preuve d'originalité en nous parlant de fils de dieu. Le christianisme, lui non plus, peuvent penser les non chrétiens. Mais, la particularité du christianisme est de croire en un engendrement non sexué du Fils par le Père. Pour les monothéistes, Dieu est immuable, Il ne change jamais. Cela signifie que l'engendrement du Fils par le Père est l'état permanent de Dieu : Le Père engendre le Fils en permanence. Dans les Évangiles, la voix de Dieu le Père le dit sans détour : « Tu es mon fils ; moi, aujourd'hui je t'ai engendré. » (Luc 3, 21-22). Le Christ, Fils de Dieu, est engendré hors du temps, en permanence donc, au présent, depuis toujours et pour toujours par le Père. Par ailleurs, il ne faut pas confondre l'« Engendrement du Fils » et l' « Incarnation du Fils ». L'Incarnation du Fils signe l'instant précis, historique, unique, où le Fils éternel prend chair en Marie pour devenir Jésus. Pour les chrétiens, le Fils de Dieu existait avant son Incarnation terrestre (Jean 8, 57) en Jésus. Le Coran, même si les musulmans n'en ont pas conscience, reprend la même conviction. Dans le Coran, le Christ existait avant son incarnation en Marie, puisque l'Ange annonce à Marie que son fils à naître est déjà célèbre auprès des créatures célestes : « Quand les anges dirent : O Marie, voilà que Dieu t’annonce un Verbe de sa part : son nom est l’Oint, Jésus fils de Marie, illustre ici-bas comme dans l’au delà, et l’un des rapprochés. » (Sourate 3, 45).


Le zoroastrisme peut également avoir influencé l'islam. En effet, l'islam prorogera l'interdit de l'alcool, ce qui est un point marginal. Mais, plus important, l'islam reprendra l'origine divine du mal telle que l'a théorisée le zoroastrisme. Selon le zoroastrisme, l'esprit du mal est créé par le Temps Éternel, Zurvan Akarana. Selon le Coran, Allah est, Lui-aussi, créateur du bien et du mal. « Je cherche protection auprès du Seigneur de l'aube (ou de la graine qui germe), contre le mal qu'Il a créé. » (Sourate 113, 1-2). L'islam appartient donc au courant théologique qui, naissant du mazdéisme, inspirera le zoroastrisme pour conduire au manichéisme, avant d'influencer Mohamed.
C'est, en effet, une particularité de l'islam par rapport au judaïsme et au christianisme. Les religions judéo-chrétiennes croient Dieu totalement étranger au mal et pensent que les hommes exercent leur libre arbitre face à Dieu qui leur a confié la terre. Selon elles, Yahvé crée le bien et la liberté de l'homme (qui s'en sert éventuellement pour mal agir, ce qui introduit le mal dans le monde). Selon l'islam, Allah crée le bien et le mal. L'homme se soumet, à l'un ou à l'autre, selon l'autorisation d'Allah dont la volonté est manifeste dans chaque événement terrestre.


L'idée du mal, création divine, théorisée par Zarathoustra, se retrouve donc dans l'islam et instaure une radicale incompatibilité avec le judéo-christianisme. Les musulmans raconteront que les juifs et les chrétiens ont falsifié leur révélation et qu'eux seuls, les musulmans, possèdent la vérité. Cette démarche est cohérente, dans une logique de foi, mais ne réduit pas la distance théologique qui sépare le judéo-christianisme d'une part, et l'islam d'autre part. Les civilisations qui découleront de ces deux convictions antagonistes, inventeront un sens de culpabilité individuelle mais aussi une croyance en la responsabilité, donc en la liberté des individus, radicalement différents. Allah, Créateur du bien, du mal et Tout puissant sur terre, nourrit le fatalisme ; là où Yahvé, créateur du bien et de la liberté, laisse l'individu responsable de son destin : coupable de ses fautes, certes, mais également autorisé à corriger ses erreurs et à dominer le monde.



Farvahar zoroastrien, entité spirituelle illustrant des préceptes du zoroastrisme, (Persépolis, Iran).




5. 14. Au VIe siècle, le Temple de Jérusalem est reconstruit. Le monothéisme juif est remarqué à l’étranger.
En 536, Cyrus règne sur un empire où les cultes sont multiples. Tolérant ou soucieux de diriger un empire en paix, il autorise toutes les religions.
Cyrus permet la reconstruction du Temple de Jérusalem, sous la direction de Zorobabel, un juif de Babylone qui revient alors en Terre sainte. Les prophètes Esdras, Néhémie et Zacharie racontent ce retour à Jérusalem. Dans l'esprit des juifs, Cyrus reste le roi par excellence, le juste, même païen, qui a écouté l'inspiration divine et permis leur retour à Jérusalem. Un grand mouvement de foi porte les Hébreux vers Jérusalem.
Les Hébreux sont maintenant nommés juifs, puisqu'ils sont essentiellement les descendants de la tribu de Juda. Ils célèbrent leur retour à Jérusalem par une grande cérémonie : la fête des Tentes. Au cours de cette célébration, ils réactualisent une des demandes de Moïse (Ex 23,14-19 ; Lev 23, 39-44) et décident de construire des cabanes de branchages pour passer quelques jours ensemble loin de leur maison. Ce geste rappelle l'Exode au Sinaï, pendant leurs 40 ans d'errance au désert, moment où leur survie n'a dépendu que de Dieu. « C’est au septième mois que vous fêterez cette fête. Vous habiterez sept jours sous les huttes, tous les habitants d’Israël habiteront sous des huttes afin que vos descendants sachent que j’ai fait habiter sous des huttes tous les Israélites quand je les ai fait sortir du pays d’Égypte » (Lévitique 23, 42-43). Voilà les trois grandes fêtes de la liturgie juive en place : Pessa'h, la pâque qui commémore la sortie d’Égypte, le 15 de Nissan ; Shavouot, la pentecôte, 50 jours plus tard, qui célèbre le don de la Loi au Sinaï et enfin la fête des Tentes. Cette dernière fête célèbre maintenant le retour de Babylone et aussi la proximité de Dieu qui vient sauver son peuple, (Néhémie 8) comme Yahvé l'a fait pendant l’Exode au Sinaï. Ces trois fêtes juives seront plus tard « accomplies » par Jésus, conduites à leur aboutissement. La Résurrection du Christ sera fêtée à Pessa'h, l'envoi du Saint Esprit à Shavouot et la Transfiguration du Christ, manifestation de la proximité de Dieu, prendra la place des Tentes.


Les juifs terminent le temple dit de « Zorobabel » en 516 avant J.-C.. Ils ont refusé l'aide des habitants de Samarie (l'ancien royaume d'Israël). Ces Samaritains sont les descendants des paysans restés sur place lors de la chute du royaume d'Israël. Les Samaritains garderont rancune de ce refus des juifs. Il en est resté une division dans le judaïsme. Les juifs prient à Jérusalem dans le Temple de Zorobabel qu'ils ont donc reconstruit seuls. De leur coté, les Samaritains prient sur le mont Garizim, la montagne en face du mont Ébal, premier lieu de culte hébraïque. De nos jours, des Samaritains vivent toujours en Israël. Pour l'état d'Israël, ils sont juifs, mais eux-mêmes se considèrent comme les seuls vrais juifs. Ils ne sont plus que quelques centaines.



Le Temple samaritain du mont Garizim représenté sur une pièce romaine.


Le monothéisme des juifs est remarqué par d'autres peuples. Le grec, Hécatée d'Abdère (- 494), rapporte que la loi divine des juifs les a conduits à se passer de roi et qu'ils sont dirigés par des prêtres qui forment une élite intellectuelle qui exerce le pouvoir judiciaire.
C'est alors, sous le règne de Cyrus, que l'ensemble du peuple juif, y compris le petit peuple, devient strictement monothéiste. Il le restera jusqu’à nos jours. Certains historiens – comme Israël Finkelstein - ont conclu que le monothéisme n'existe que depuis la reconstruction du Temple de Zorobabel en -516. Mais peut-on négliger les découvertes archéologiques des premiers villages hébraïques implantés entre -1200 et -1000 ? Ils ne contiennent aucune trace d’idolâtrie, ni de polythéisme. Le paganisme du Peuple Élu et ses cultes polythéistes n'ont laissé de traces identifiables qu'à partir du règne de Salomon.
La spiritualité du Peuple Élu s’affine. L’homme a enfin intériorisé le monothéisme et il reçoit maintenant un appel à l'indissolubilité du mariage. Malachie (2, 14-16) critique les hommes qui abandonnent la femme de leur jeunesse. On voit ici le premier appel à la monogamie dans la Bible. Nous l’avons déjà vu avec la rédaction du Deutéronome. Purifier le culte rendu à Dieu avait conduit à renforcer les droits des hommes : le pauvre devait être protégé par l’état. Maintenant, le monothéisme strict pratiqué par le peuple accompagne l’émergence de la monogamie. Les progrès moraux du Peuple Élu et sa connaissance de Dieu progressent ensemble entre les mains de Dieu.
Mais, désormais, le peuple juif attend que Dieu lui envoie un Messie pour lui rendre son autonomie et installer le règne de Dieu sur terre.


5. 15. L'attente messianique du Ve siècle : le Messie doit-il être un vengeur et un chef militaire ?
De nouveaux livres sont ajoutés à la Bible. Ce n'est qu'au Ve siècle, que le Livre de Jonas est mis par écrit. Devenu conte philosophique 300 ans après la vie du vrai Jonas, il met en scène la miséricorde de Dieu sous forme mythologique et fantastique.
Comment expliquer les revers d'Israël malgré la sollicitude de Dieu pour le Peuple Élu ? Les prophètes s'interrogent sur le sens du Temps. Le présent est une défaite. C'est donc dans l'avenir que doit survenir le règne de Dieu. Cette attente du salut va fusionner avec l'espérance d'un Messie porteur de toutes les revanches d'Israël.
En -520, Zacharie annonce aussi la venue d'un Messie porteur du salut de Dieu (Zacharie 8).
Messie provient d'un mot hébreu qui signifie enduit d'huile d'olive comme l'ont été certains grands prêtres (Ex. 14, 15 ; Nb. 8, 8 ; Lev 4, 16), certains rois (2 S. 1, 14 ; 2S 5, 17 ; 2 Ch. 6, 42 ; Ps 89, 21), certains prophètes (Ex 30, 31 ; Is 61, 1). Le Messie sera donc le prêtre, le prophète et le roi, par excellence.
Les prophètes vont donc décrire ce Messie attendu, et à plusieurs reprises. Ils vont en donner une description riche.
Malachie, aux alentours de -500, présente une ère messianique qui culminera avec un sacrifice parfait offert à Dieu. Malachie suggère que l'accomplissement de ce sacrifice assurera le salut : « Voici, j'enverrai mon messager; Il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez ; et le messager de l'alliance que vous désirez, voici, il vient, dit l’Éternel des armées. Qui pourra soutenir le jour de sa venue ? Qui restera debout quand il paraîtra ? Car il sera comme le feu du fondeur, Comme la potasse des foulons. Il s'assiéra, fondra et purifiera l'argent. Il purifiera les fils de Lévi, il les épurera comme on épure l'or et l'argent, et ils présenteront à l’Éternel des offrandes avec justice. Alors l'offrande de Juda et de Jérusalem sera agréable à l’Éternel, Comme aux anciens jours, comme aux années d'autrefois. » (Malachie 3, 2-5).