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Fethi Benslama
 
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yacoub
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MessagePosté le: Dim 8 Mai - 13:43 (2016)    Sujet du message: Fethi Benslama Répondre en citant

https://www.facebook.com/notes/christine-nesser/le-surmusulman-et-la-mort-f…

Le surmusulman et la mort (Fethi Benslama dans L’Obs)
Christine Nesser·vendredi 6 mai 2016
De même que depuis Freud on parle  du « surmoi » de l’homme, vous parlez du « surmusulman » pour rendre  compte de la tendance chez certains musulmans à une forme de surenchère  religieuse, mais qui travaille au fond l’ensemble du monde islamique.  Comment en êtes-vous venu à élaborer cette notion ?
Le spectre du  surmusulman a commencé à m’effleurer durant mes quinze années d’activité  clinique en Seine-Saint-Denis. J’ai alors vu en consultation des  musulmans, qui vivaient jusque là d’une manière tranquille et  traditionnelle leur rapport à l’islam, plonger dans d’infinis tourments,  se mettant à croire qu’ils étaient « insuffisamment musulmans », et  plus que ça, à se sentir dans une situation de défection par rapport à  leur religion. Ils étaient agités par un profond sentiment de  culpabilité et le désir de retrouver une dignité perdue, et se mettaient  en devoir d’être « plus musulmans » qu’ils ne l’étaient, en endossant  les stigmates et la revendication d’une justice identitaire. On parlait  d’« intégrisme » à l’époque. Lorsqu’ensuite j’ai étudié de plus près le  discours de l’islamisme et sa genèse, le motif de « l’idéal islamique  blessé » s’est dégagé comme le lieu d’un appel à la réparation, voire à  la vengeance, par la religion. C’est donc ce croisement du clinique et  du social qui m’a fait apparaître le surmusulman, comme figure qui peut  exister sous forme de tendance ou trouver différentes incarnations, et  qui consiste à vouloir être plus musulman que l’on est et sortir d’un  sentiment de honte par un excès de ferveur religieuse.

 Comment l’islamisme a-t-il historiquement généré cette figure ?
 Le monde musulman est en guerre depuis plus d’un siècle. Il a subi des  expéditions militaires et il connaît partout une guerre civile larvée ou  déclarée. Cet état de belligérance permanent a produit ce que nous  voyons aujourd’hui : des sociétés brisées et dans certains cas  autodétruites. Mais la « scène primitive de l’islamisme » remonte à  l’Expédition d’Egypte par Napoléon et la rencontre violente avec la  puissance occidentale. Ce choc traumatique va générer une guerre à  l’intérieur de l’Islam entre les partisans des Lumières et ceux qui y  voient la destruction de leur civilisation. Si certaines élites vont  chercher à s’approprier l’invention politique européenne de la  distinction des pouvoirs en la pensant conciliable avec l’islam conçue  comme foi et éthique, – et cela a donné lieu au grand mouvement de  réforme de la Nahda au XIXe siècle –, la réaction de beaucoup d’autres  est celle du refus. Ce sont les anti-Lumières. Le coup décisif pour la  naissance de l’islamisme est ensuite donné avec l’effondrement de  l’empire ottoman en 1924, vécu comme destruction de l’idéal islamique.  Emerge alors un sentiment de trahison et d’humiliation, un peu  comparable à celui qu’éprouve l’Allemagne après la défaite de la  Première guerre mondiale. Dès 1928, l’islamisme apparaît sous la  première structure des Frères musulmans. Son idée est d’opposer à  l’Occident inventeur du politique, soit de la vie commune sans Dieu, un  retour à la religion comme ayant réponse à tout (c’est le slogan des  Frères). L’injonction à devenir un « surmusulman » découle de cela. Dès  le départ, l’islamisme est donc une utopie antipolitique. A cet égard,  je trouve que la définition de l’islamisme comme « islam politique » a  fait barrage à la véritable compréhension de sa visée fondamentale qui  est la fabrication d’une puissance ultra-religieuse qui renoue avec le  sacré archaïque et la dépense sacrificielle. Ce sont des conceptions  dont l’Europe a perdu le souvenir de la puissance sans mesure… Le  fondamentalisme n’est évidemment pas propre au monde musulman. Olivier  Roy et Marcel Gauchet ont montré comment l’islam radical est un cas du  fondamentalisme qui touche un grand nombre de religions dans le monde,  sous l’effet de la destruction de la tradition par la modernité. La  particularité de l’islam, c’est que, du fait des guerres, une partie de  son fondamentalisme a été armé.

 L’islamisme a également beaucoup  joué sur l’idée que la fin de l’Empire califal aurait mis en péril le  rapport de chaque musulman à la « oumma », envisagée comme une « matrie »  qui a volé en éclats et qu’il faudrait ressouder. C’est aujourd’hui un  thème fort, et anxiogène, du point de vue identitaire musulman.
  C’est le grand égarement de l’islamisme que d’entretenir l’illusion qu’à  la communauté religieuse doit correspondre un empire. Car la oumma pour  les musulmans, c’est la communauté spirituelle. Il se trouve que dans  l’histoire du monde musulman, à celle-ci a effectivement correspondu un  Empire. Mais celui-ci s’est effondré et sa reconstitution est  impossible. Les musulmans doivent se séparer de cette idée. Il y a eu  des empires, un empire romain, un empire français, un empire anglais sur  lequel on disait que le soleil ne se couchait jamais… L’empire est  fini, cela n’empêche pas les Anglais d’avoir une grande civilisation.  L’association entre l’empire romain et le christianisme a été défaite,  et le christianisme a continué d’exister. La France a plus de mal, elle  aussi, à se sortir du passé de l’empire, qu’elle traîne comme un  membre-fantôme. Chaque jour un homme politique se lève pour dire « la  France doit retrouver sa grandeur ». Elle n’a pourtant pas besoin de  l’empire pour cela. La civilisation française existe, elle est flagrante  devant nous, vraiment grande en elle-même, par sa culture, son  raffinement... Il faut donc que les musulmans lâchent à leur tour cette  illusion de l’Empire, et qu’ils reconnaissent que le leur a été vaincu.  Il y a des défaites beaucoup plus honorables que certaines victoires et  des victoires qui sont des victoires de salauds.

 Certains, on le  voit, préfèrent néanmoins mourir pour un « califat » autoproclamé. En  quoi le genre de mort qu’est l’autosacrifice du kamikaze peut-il être  désirable pour un adolescent –  les deux tiers des djihadistes ayant en  effet entre 15 et 25 ans –, et qui plus est pour un jeune occidental, a  priori peu concerné par l’idéal islamique blessé ?
 La mort est bien  plus désirable qu’on le croit : il y a près de 200.000 tentatives de  suicide chaque année en France, 10.000 personnes en meurent  effectivement, dont 1000 jeunes. Il y a aujourd’hui une offre de martyre  adressée aux jeunes musulmans qui justifie et valorise ce désir de  mourir par la défense d’une cause élevée. C’est donc l’offre qui  transforme une tentation relevant du désespoir en acte héroïque. On ne  raisonne pas suffisamment en termes d’offre et de demande, alors qu’il y  a un marché de la mort désirable, ou du sacrifice. Les prédicateurs  s’adressent à des adolescents qui sont attirés par la négativité, parce  qu’ils vivent ce moment complexe de transition subjective et de  désidéalisation où ils ne peuvent plus adhérer au monde positif de  l’enfance et cherchent à s’appartenir en se réinventant. Et on leur fait  entrevoir qu’à travers le sacrifice, ils accéderont à une jouissance  absolue, héroïque, ainsi qu’à un monde meilleur dans l’au-delà.

 On donne un sens à la mort.
  Mieux que cela, on donne un avenir à la mort et à l’autre monde, ce qui  est d’ailleurs le sens de l’espérance religieuse. Ces jeunes ne sont  pas des « gogos », comme certains le disent. Il y a des gens naïfs bien  sûr, mais le désir de mourir existe et il n’est pas ridicule, on doit le  prendre au sérieux.  

 Un débat a actuellement lieu entre chercheurs  sur la pertinence de l’emploi du mot « radicalisation » pour décrire  l’embrigadement djihadiste. Pourquoi, pour votre part, avez-vous décidé  de vous emparer du terme ?
 Certains le considèrent comme une notion à  trop large spectre, ce n’est pas faux, mais des catégories comme «  délinquance » ou « criminalité » le sont aussi. En revanche, le fait que  « radical » signifie « la racine » me paraît d’un grand intérêt. La  radicalisation est en ce sens une tentative de trouver une racine. Et  les jeunes qui se laissent prendre par l’islamisme radical sont d’abord à  la recherche de racines. Ceux que j’avais rencontrés à ma consultation  de Seine-Saint-Denis et qui adoptaient subitement un mode d’être  ultra-islamiste étaient également mus par le désir de s’enraciner ou de  se ré-enraciner dans le ciel, à défaut de le pouvoir sur terre, parce  que tout autour d’eux témoignait du déracinement, leur histoire  familiale, le paysage de la cité, l’image qu’on leur renvoyait ou  l’avenir sans horizon…
 A l’inverse, je récuse fermement la notion de  « déradicalisation ». C’est absurde de proposer un nouveau déracinement  comme traitement ; personne ne peut accepter d’être déraciné, de  devenir un paria. La ligne à suivre, sur le plan psychique, est plutôt  celle qui consiste à aider le jeune à retrouver sa singularité, perdue  dans l’automatisme fanatique et la fusion dans un groupe d’exaltés.  Cette abolition des limites individuelles, dans les groupes sectaires,  est du reste ce qui favorise l’autosacrifice. Il s’agit donc  d’entreprendre un travail de reconstruction du sujet, en tant que  responsable de lui-même et de ses choix.

 C’est parce que le sujet  serait déjà d’une certaine façon mort à lui-même en tant qu’individu  qu’il peut recourir à l’autosacrifice ?
 J’avance une comparaison  avec « le syndrome de Cotard », c’est un état mélancolique extrême qui  fait perdre à la personne l’idée qu’il est un être corporel. J’appelle  cela « la mélancolie de l’inhumain ». Les jeunes qui désirent le martyre  veulent sortir de l’humain pour devenir des êtres surnaturels.  L’au-delà est si ancré dans leur esprit par les discours des  prédicateurs qui pénètrent leurs fantasmes inconscients à un moment où  les frontières entre le moi et le non-moi, le réel et l’irréel, la vie  et la mort, sont si ébranlées, que le passage à l’acte auto-sacrificiel  paraît finalement facile ; il est simplement conclusif. La mort  imaginaire est si envahissante que la mort réelle devient insignifiante.  

 Vous écrivez que le surmusulman recherche une jouissance particulière qui est celle de « l’inceste homme-Dieu ».
  L’humain est une espèce qui a la particularité d’être toujours  travaillée par le désir de sortir de son espèce. Les anciens avaient  bien compris cela. Je crois en effet que la tragédie avertit du fait que  l’hubris des hommes apparaît quand ils se mettent à vouloir rejoindre  la jouissance des dieux. Les fanatiques ne font rien d’autre en  prétendant être dans une telle confusion avec Dieu qu’ils peuvent agir  en son nom, comme s’ils étaient ses organes, et tuer en « allahant ».

 Comment l’islam peut-il, pour l’avenir, réaliser le dépassement du surmusulman ?
  En proposant à la réflexion le surmusulman, mon intention n’est pas de  dire que les musulmans sont devenus des « surhommes », mais au contraire  d’avertir les musulmans que l’islamisme a instillé dans le Surmoi de  leur culture des possibilités qu’ils doivent reconnaître et récuser. La  grande tâche des musulmans aujourd’hui, c’est de retrouver le contraire  du surmusulman et ce qui est l’un des fondements de leur éthique, à  savoir l’humilité. Musulman veut dire « humble ». Il faut retrouver  l’humilité de l’humble, et non pas l’humilité de l’humilié. Et que les  musulmans arrêtent de s’innocenter du fait qu’on puisse produire du  monstrueux de l’intérieur de l’islam. Oui, comme toutes les  civilisations, l’Islam a produit du monstrueux qui aujourd’hui les  menace, eux, leur civilisation et leur religion. Il faut vraiment qu’ils  en aient conscience. Beaucoup le disent de l’extérieur, mais souvent  avec la volonté d’humilier encore. Je souhaite que cela soit plus  audible de l’intérieur.

 Vous faites partie de ceux, de plus en plus rares, qui gardent un regard positif sur les révolutions arabes de 2011, pourquoi ?
  C’est terrible d’adopter le point de vue des destructeurs de cet espoir  qui est apparu et qui reviendra, j’en suis sûr. Il y a de nouvelles  subjectivités politiques qui ont été semées. Mais qui a détruit les  révolutions arabes ? C’est l’Arabie saoudite, les pays du Golfe, qui ont  tout de suite, dans le cas de la Syrie, fourni des armes et transporté  des djihadistes pour transformer une révolte pacifique en une révolte  armée. En Tunisie, ils ont échoué parce que la société civile avait des  ressorts, et surtout les femmes étaient là. Grâce à l’émancipation et à  la présence obstinée des femmes, les islamistes ont constaté qu’ils ne  pouvaient pas mener leur projet à terme, et même plus que ça, ils ont  été contraints de participer à l’instauration d’une Constitution qui  reconnaît la liberté de conscience, ce qui signifie la liberté de cesser  d’être croyant ! Et la génération qui viendra après celle des 15-25 ans  d’aujourd’hui exercera sa liberté de conscience : la fin du XXIe siècle  ne sera pas religieux dans le monde musulman. Je prends le risque de  l’avancer, parce que je fais le pari de la raison humaine. Cette  nouvelle jeunesse ne pourra qu’être trop dégoutée par ce que le  fanatisme a fait, et le dégoût pour la sauvagerie commise au nom de  l’islam est en réalité déjà très profond dans le monde musulman. On en  voit même les premiers effets. Ces derniers jours, par exemple, un débat  est né en Tunisie après que le ministre des Cultes a appelé à faire  apprendre le Coran par cœur aux enfants pendant les vacances. Des femmes  ont aussitôt fait une levée de boucliers. A la télévision, certaines  disaient : « Que va-t-on apprendre à nos enfants, les versets où l’on  recommande de tuer les apostats et de battre les femmes? Hors de  question ! »

 L’Europe a su trouver un mode d’organisation de la  société qui a pu contenir les prétentions de la religion à régenter le  monde. Et cela doit nous donner une leçon sur la fameuse « réforme  théologique de l’islam ». Ces appels à « réformer l’islam »  sont une  tarte à la crème. Car la religion ne s’ouvre pas à la pensée de la  liberté et au progrès social toute seule. C’est parce que la société  change qu’on peut changer la religion. Le christianisme n’a été obligé  d’évoluer que sous la pression d’une société qui s’était transformée, et  ça continue aujourd’hui. En outre, il existe déjà des bibliothèques  entières d’interprétations du Coran parmi lesquelles de très libérales.  Je le répète, ce qui changera l’islam, ce sont les sociétés islamiques  elles-mêmes. L’avenir n’est certainement pas entre les mains des  théologiens ! Le changement de l’islam sera social, ou ne sera pas.  Alors changeons les sociétés, le reste suivra.

L'OBS
Numéro du 5 au 11 mai 2016
Entretien exclusif avec Fethi Benslama “ Le surmusulman et la mort “
Propos recueillis par Marie Lemonnier

Membre de l’Académie tunisienne, Fethi Benslama est psychanalyste  et professeur de psychopathologie à l’université Paris-Diderot. Il est  l’auteur d’essais importants tels que « la Psychanalyse à l'épreuve de  l'islam » (Flammarion, 2004) et « la Guerre des subjectivités en islam »  (Lignes, 2014). Il a récemment dirigé l’ouvrage « l'Idéal et la  Cruauté. Subjectivité et politique de la radicalisation » (Lignes,  2015).  Le 12 mai, il publie aux éditions du Seuil : « Un furieux désir  de sacrifice. Le surmusulman ».


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MessagePosté le: Dim 8 Mai - 13:43 (2016)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Dim 8 Mai - 17:18 (2016)    Sujet du message: Re: Fethi Benslama Répondre en citant

yacoub a écrit:
https://www.facebook.com/notes/christine-nesser/le-surmusulman-et-la-mort-f…

Le surmusulman et la mort (Fethi Benslama dans L’Obs)


Je vais lire tout ça tranquillement.
Merci Yacoub.  :smile)


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MessagePosté le: Dim 8 Mai - 17:35 (2016)    Sujet du message: Fethi Benslama Répondre en citant

Salut Amada, je l'ai rencontré ainsi que sa sœur Raja qui est une professeur d’université.






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MessagePosté le: Dim 8 Mai - 18:12 (2016)    Sujet du message: Fethi Benslama Répondre en citant

yacoub a écrit:
Salut Amada, je l'ai rencontré ainsi que sa sœur Raja qui est une professeur d’université.








D'accord. Ce sont sûrement des personnes très intéressantes.

Passe une bonne semaine. :smile)


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MessagePosté le: Mer 11 Mai - 09:54 (2016)    Sujet du message: Fethi Benslama Répondre en citant

« Assimiler la radicalisation islamiste à un phénomène sectaire pose problème »


Fethi Benslama est psychanalyste, professeur de psychopathologie à l’université Paris-Diderot et membre de l’Académie tunisienne. Le 12 mai, il publie « Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman ». Dans la lignée de ses précédents ouvrages « La Psychanalyse à l’épreuve de l’islam » (Flammarion, 2004) ou « Déclaration d’insoumission. A l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas » (Flammarion, 2011), il se demande comment penser le désir sacrificiel des jeunes au nom de l’islam.

La grande majorité des travaux font l’impasse sur la dimension psychologique et a fortiori psychopathologique dans la radicalisation, considérée phénoménalement comme un fait qui appartient à la conscience et à la volonté de l’acteur, ce qui exclut la dimension de l’inconscient. (…)

Essayer de penser ce qui arrive à quelqu’un pour qu’il en vienne à choisir des voies périlleuses de traitement de lui‑même et des autres nous oblige à ne pas en rester à un niveau comportemental, ni à la langue de bois des radicalisés, mais à prendre en considération ce qui conduit quelqu’un à s’enflammer et à embraser tout autour de lui. De même que la psychanalyse nous montre que le symptôme est une solution de compromis qui a une fonction dans l’économie d’un sujet, la tentative de résorption des symptômes dans la radicalisation a également sa raison : obtenir une guérison par un circuit très particulier, celui qui requiert d’affronter le danger interne par une mise en danger externe plus importante, dût‑elle conduire à la mort. C’est un fait que j’ai constaté cliniquement : le symptôme est effacé par l’effet d’une saturation de l’idéal qui place le sujet dans une mission divine. (…)

Cette approche nous permet aussi de comprendre le succès de l’islamisme radical auprès des convertis. Les failles identitaires ne sont pas l’apanage des enfants de migrants ou de familles musulmanes, c’est ce qui explique que 40 % des radicalisés soient des convertis. Je dirais que ces sujets cherchent à se radicaliser avant de trouver le produit de la radicalisation. Peu importe qu’ils ignorent de quoi est fait ce produit, pourvu qu’il apporte « la solution ». La presse a rapporté le cas de djihadistes qui avaient commandé par Internet des ouvrages tels que L’Islam pour les nuls. Il faut une dose importante d’ignorance pour que les fantasmes se drapent dans l’innocence et cherchent leur réalisation sans crainte ni doute. Le juge d’instruction Marc Trévidic, du pôle antiterroriste de Paris, a déclaré, à plusieurs reprises, que certains revenants des zones de combat qu’il a interrogés ne connaissaient pas les cinq piliers de l’islam ! Il est possible que cette catégorie dite « des convertis » comporte beaucoup de born again, ces personnes qui retrouvent la foi délaissée par eux‑mêmes ou par leur groupe familial à la génération précédente.

Notons, toutefois, que certains engagés sur les zones de combat ne cherchent pas de prime abord la dimension spirituelle ou la conversion religieuse. Ils veulent s’insurger contre l’oppression cruelle subie par les Syriens du fait du régime de Bachar Al‑Assad . Pour d’autres, le départ vers l’Orient mystérieux fait office d’un passage initiatique et romantique. J’ai été frappé, en lisant des textes sur l’histoire des croisades, de constater de nombreuses similitudes avec l’équipée subjective de ces départs au djihad. Le djihadisme serait‑il une croisade inversée ? Aujourd’hui, l’islamisme radical est le produit le plus répandu sur le marché par Internet, le plus excitant, le plus intégral. C’est un passe‑partout de l’idéalisation à l’usage des désespérés d’eux‑mêmes et de leur monde.

L’assimilation de la radicalisation islamiste à un phénomène sectaire pose problème. Il y a certes quelques aspects comparables, comme le phénomène dit « de l’emprise mentale », mais des différences essentielles sont patentes. Dans la secte, l’individu s’assujettit aux fantasmes ou à la théorie délirante du gourou, à son exploitation économique, voire sexuelle. Le djihadiste, quant à lui, adhère à une croyance collective très large, celle du mythe identitaire de l’islamisme, alimentée par le réel de la guerre, à laquelle on lui propose de prendre une part héroïque, moyennant des avantages matériels, sexuels, des pouvoirs réels et imaginaires. Le mélange du mythe et de la réalité historique est plus toxique que le délire.

L’offre radicale va donc se saisir des impasses du passage juvénile et se modeler sur les possibilités d’une traversée à la fois individuelle et collective, physique et métaphysique, mythique et historique, dont je voudrais relever les principaux motifs.

Sans être exhaustif, on peut dégager quelques opérateurs fondamentaux de la séduction narcissique des idéaux dans l’offre de radicalisation. Cette séduction constitue une dimension fondamentale dans l’attirance qu’elle exerce sur les jeunes, comme le souligne à juste titre Philippe Gutton [in Adolescence et djihadisme, L’Esprit du temps, 2015].

Idéal blessé

La justice identitaire est la clé de voûte de la construction radicale. Elle touche au cœur des failles de l’identité des jeunes. Elle opère comme une soudure des parties du soi menacé en le fusionnant avec un groupe de pairs, pour former une communauté de la foi, vivant de concert les mêmes émotions morales. L’effet du groupe est de procurer l’illusion qu’ensemble on peut jouir du même corps. La justice identitaire repose sur une théorie de « l’idéal islamique blessé » et du tort fait aux musulmans au présent et au passé. L’idéal blessé est celui de la perte du principe de souveraineté politico‑théologique de la communauté musulmane avec l’abolition du califat et le dépeçage par les puissances coloniales du dernier empire musulman, l’Empire ottoman, en 1924.

Notons ici que la première organisation islamiste, celle des Frères musulmans, est fondée en 1928. On peut dire que les mouvements islamistes sont nés du traumatisme de cette période et en ont propagé l’onde de choc auprès des masses. Quant aux torts faits aux musulmans, ce sont les guerres anciennes et récentes au Moyen‑Orient : Palestine, Afghanistan, Irak, etc. Des images de destruction, de massacres, d’enfants morts et mutilés viennent à l’appui, assorties de l’appel à devenir justicier. Il y a des jeunes non‑musulmans qui répondent à cet appel. Mais, pour la majorité, l’offre djihadiste consiste ici à superposer le tort fait à la communauté musulmane au vécu d’un préjudice individuel dans l’existence du sujet. Elle vise à ce que l’idéal blessé absorbe le sujet et que la blessure parle et agisse à travers lui comme une revenante dans le corps d’un zombie. Il est appelé à devenir le vengeur de l’idéal, ou bien, ce qui revient au même, le vengeur de la divinité outragée. Le cas des frères Kouachi dans l’attentat contre Charlie Hebdo est paradigmatique à cet égard. Il y a des jeunes que la déficience de l’idéal du moi conduit à rechercher une incarnation de l’idéal collectif, dont la plénitude est donnée dans le devenir martyr. (…)

J’appelle « surmusulman » la contrainte sous laquelle un musulman est amené à surenchérir sur le musulman qu’il est par la représentation d’un musulman qui doit être encore plus musulman. (…) Surmusulman est un diagnostic sur la vie psychique de musulmans imprégnés par l’islamisme, hantés par la culpabilité et le sacrifice. Il doit expier et se repentir, se purifier et chercher la vie homogène. Si, en principe, il y a lieu de distinguer entre la tendance au surmusulman et son accomplissement, en réalité leurs frontières sont poreuses et les passages imprévisibles, même si la tendance est plus fréquente que l’incarnation du surmusulman.

Concrètement, on peut observer les conduites du surmusulman chez des croyants pour lesquels il n’est plus suffisant de vivre la religion dans le cadre de la tradition, fondée sur l’idée de l’humilité. En effet, l’une des significations majeures du nom « musulman » est l’humble. C’est le noyau éthique fondamental de l’islam. Avec le surmusulman, il s’agit au contraire de manifester l’orgueil de sa foi à la face du monde : Islam pride. Elle se traduit par des démonstrations publiques : stigmate sur le front, prière dans la rue, marquages corporels et vestimentaires, accroissement des rituels et des prescriptions témoignant de la proximité continuelle avec Allah, évoqué à tout bout de champ.

Les surmusulmans se veulent les bouches ouvertes de Dieu dans le monde, proférant leur haine de ceux qui n’ont pas leur croyance de feu et de flamme. On pourrait les nommer aussi les « allahants », tant ils ahanent sans cesse Allah akbar. Cette invocation, qui devait en principe rappeler à celui qui la prononce sa petitesse apaisante, voici qu’elle est devenue la manifestation d’une suffisance, d’un pouvoir de tout se permettre. Ils tuent en allahant. Ils ne se soumettent à Dieu qu’en le soumettant à eux.

C’est pourquoi la figure du surmusulman attire les délinquants ou ceux qui aspirent à le devenir ; ils se convertissent par désir d’être des hors‑la‑loi au nom de la loi, une loi supposée au‑dessus de toutes les lois, à travers laquelle ils anoblissent leurs tendances antisociales, sacralisent leurs pulsions meurtrières. Le surmusulman recherche une jouissance que l’on pourrait appeler « l’inceste homme‑Dieu », lorsqu’un humain prétend être dans la confusion avec son créateur supposé au point de pouvoir agir en son nom, devenir ses lèvres et ses mains. Ce n’est pas l’union mystique avec Dieu qui n’est jamais permanente et loin de toute arrogance, comme dans le soufisme. Si le musulman cherche Dieu, le surmusulman croit avoir été trouvé par lui.

Crainte récurrente

L’angoisse de beaucoup de musulmans est de vivre dans un monde où la sécularisation, dont ils consomment par ailleurs les objets, leur fait vivre le sentiment de devenir autres, de ne plus être eux‑ mêmes. Le malheur de se percevoir comme un soi inauthentique est le ressort du désespoir musulman. Se voir emporté inexorablement vers l’exil occidental sans Dieu est une crainte récurrente qui s’exprime dans les discours et dans les actes visant à planter partout des minarets comme des clous pour empêcher le sol de s’en aller. D’où la recherche désespérée d’arrêter la dérive, en convoquant le pieux ancêtre au présent. Or l’islamisme a produit une fiction qui séduit ce qui est plus grand qu’un moi, essentiellement inauthentique : un surmoi d’origine, incarné par la figure du surmusulman. Comme toute figure, elle se décline et revêt des éditions plus au moins typifiées, parmi lesquelles celle de se retirer du monde, mais la plus flamboyante est d’en finir avec lui, de participer à sa fin. C’est celle qui attire des jeunes engagés dans le djihadisme.

Comment le surmusulman a‑t‑il été enfanté historiquement ? Les traumatismes historiques ont une onde de propagation très longue, surtout lorsqu’une idéologie les relaie auprès des masses, pour constituer un idéal préjudicié. C’est l’œuvre principale de l’islamisme. Dès lors, les générations se transmettent le trauma et le préjudice, de sorte que des individus se vivent en héritiers d’infamies, sachant les faits ou pas. L’année 1924 marque la fin du dernier empire islamique vieux de six cent vingt‑quatre ans, l’abolition du califat, autrement dit du principe de souveraineté en islam, et la fondation du premier Etat laïque en Turquie. Le territoire ottoman est dépecé et occupé par les puissances coloniales ; les musulmans passent de la position de maîtres à celle de subalternes chez eux. C’est l’effondrement d’un socle vieux de mille quatre cents ans, la fin de l’illusion de l’unité et de la puissance. S’installe alors la hantise mélancolique de la dissolution de l’islam dans un monde où il ne gouverne plus.

Le symptôme de cette cassure historique est la naissance, en 1928, des Frères musulmans, qui est la traduction dans une organisation de la théorie de « l’idéal islamique blessé » à restaurer, à venger. L’islamisme promet le rétablissement du califat par la défaite des Etats nationaux. Il véhicule le souvenir du traumatisme et le projette sur l’actualité désastreuse de populations souffrant du sort qui leur est réservé par leurs gouvernements, les expéditions militaires occidentales et les guerres civiles. L’effondrement historique s’est accompagné d’un clash inédit dans le modèle du sujet musulman. C’est un fait que les Lumières arrivent en terre d’islam avec des canonnières. Pour autant, des élites musulmanes deviendront des « partisans des Lumières » et de leur émancipation politique, considérant que les Lumières occidentales permettent une remémoration de celles oubliées de l’islam, au nom d’une alliance universelle contre « les armées des ténèbres ». S’opposeront à eux des « anti‑Lumières », qui revendiquent la restauration de la souveraineté théologique et le retour à la tradition prophétique, au nom de la suffisance de l’islam à répondre à tous les problèmes. Le mot d’ordre des Frères musulmans est : « L’islam a réponse à tout. »

Une discordance systémique apparaît alors dans le rapport du sujet de l’islam au pouvoir. Les uns veulent être citoyens d’un Etat, musulmans mais séparés de l’ordre théologique, c’est ce que j’appelle les « musulmans séparés », les autres veulent au contraire s’affirmer davantage musulmans, encore et encore plus. D’où l’émergence du surmusulman. L’islamisme apparaît alors comme une défense de l’islam, si acharnée qu’elle veut se substituer à lui. Elle a mobilisé tous les anticorps d’un système se percevant en perdition. Mais la défense est devenue auto‑immunitaire, au sens où elle détruit ce qu’elle veut sauver. C’est pourquoi le surmusulman a deux ennemis : l’ennemi extérieur, l’Occidental, et l’ennemi intérieur, l’Occidenté, qui est le musulman définitivement disjoint du califat, celui qui refuse la soumission de la politique à la religion, qui se veut citoyen d’une nation. Le surmusulman le considère comme un islamoïde, pire qu’un Occidental, un répliquant à débusquer, à éliminer.

En savoir plus sur
http://www.lemonde.fr/religions/article/2016/05/10/assimiler-la-radicalisation-islamiste-a-un-phenomene-sectaire-pose-probleme_4917030_1653130.html#44eaaWViR4Mq7eVO.99
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MessagePosté le: Dim 22 Mai - 16:05 (2016)    Sujet du message: Fethi Benslama Répondre en citant

Fethi Benslama: “On fabrique de la chair à jihad industriellement”
15/05/2016 | 15h50

 



Des djihadistes dans une vidéo de propagande en février 2015. AP/SIPA

Le psychanalyste Fethi Benslama analyse dans son dernier ouvrage, “Un furieux désir de sacrifice”, les ressorts inconscients du désir de mort qui habite les nouveaux jihadistes happés par l’imaginaire fanatique d’un autre monde meilleur. Il appelle à prendre au sérieux la détermination de l’ennemi.


Ces derniers temps, pas mal d’ouvrages ont été publiés sur la radicalité islamiste et le phénomène du jihadisme. Ils se heurtent tous à la question du “désir sacrificiel” de certains jeunes au nom de l’islam. L’ambition de votre livre est-il de permettre de comprendre ce désir de mort ?
La radicalisation a été étudiée en France exclusivement par les sciences sociales. Or, ignorer le plan de la psychologie individuelle, c’est ne rien comprendre à ses motifs profonds. Je propose dans ce livre d’en approcher les ressorts psychiques à partir de mon expérience clinique, en articulation avec la dimension collective. La radicalisation est en effet, une condensation de plusieurs facteurs, ce qui nécessite le croisement des regards et des savoirs. Je pars du fait que les deux tiers des personnes signalées comme radicalisées ont entre 15 et 25 ans, et dans certains cas moins de 15 ans. Il s’agit de la tranche d’âge de l’adolescence telle qu’elle est devenue à l’époque contemporaine : elle commence de plus en plus tôt et se prolonge de plus en plus tard dans la vingtaine. C’est le temps d’une traversée subjective qui se caractérise par des difficultés normales plus ou moins importantes, et parfois par des troubles psychopathologiques. J’ai essayé de montrer comment l’offre de radicalisation, qui passe par internet et les réseaux sociaux, utilise les difficultés et les troubles de cette traversée pour capter les jeunes. J’ai travaillé pendant quinze ans dans un service public en Seine-Saint-Denis; ces jeunes je les ai rencontrés et j’ai vu certains d’entre eux dans des états dépressifs et dépréciatifs d’eux-mêmes, dans une errance, dans un désespoir de leur monde. Lorsqu’ils rencontrent l’offre de radicalisation qui leur propose un idéal total, une mission héroïque au service d’une cause sacrée, ils décollent, ils ont l’impression de devenir puissants, leurs failles sont colmatées, ils sont prêts à monter au ciel. La radicalisation est en quelque sorte un traitement de leurs symptômes, d’autant plus opérant que la fanatisation, les transforme en automates religieux, ils perdent leur singularité. Lorsqu’ils sont enrôlés dans un groupe, là le piège de l’emprise se ferme sur eux, ce n’est pas seulement un processus de soumission, mais de dilatation des limites de l’individu, il se crée un corps collectif qui favorise la mégalomanie de chacun, les suicidaires peuvent alors s’auto sacrifier.





L’offre de radicalité islamiste joue-t-elle sur les mêmes ressorts que l’offre de radicalité d’extrême gauche dans les années 70 ?
Certains aspects se ressemblent mais pas tous. La différence réside dans la dimension religieuse de l’engagement et dans l’état de guerre qui existe dans plusieurs pays du monde musulman et qui crée des points d’appel au feu. Les groupes de l’extrême gauche européenne devaient créer eux-mêmes leur état de guerre et le déclarer. Dans la situation actuelle, les terrains de guerres sont nombreux avec leurs horreurs, dont les images sont diffusées et utilisées pour lever chez les jeunes le sentiment de l’intolérable et le sursaut moral chevaleresque. De plus, dans les années 70, il n’y avait pas les moyens de communications actuels, accessibles à tous. Avec un banal téléphone portable, on devient émetteur et récepteur de tout et de n’importe quoi, n’importe où et n’importe quand. C’est hallucinant. Nous sommes baignés en permanence dans un océan d’images, comme si nous rêvions éveillés. Notre monde est devenu imaginal, fabriqué par chaque humain télé augmenté. En ce sens, la radicalisation s’est privatisée et s’est accrue en corrélation avec les techniques de la communication sans limites. On pourrait donc parler du jihadisme pour tous. Il en résulte que les preneurs de l’offre sont des jeunes de plus en plus fragiles psychologiquement. Avant, les groupes d’extrême gauche, les nationalistes radicaux, les groupes fascistes, ainsi que les jihadistes étaient formés idéologiquement et encadrés, aujourd’hui c’est de la génération spontanée. La conversion est très rapide et se fonde sur des rudiments religieux, car la fabrique du terrorisme n’est plus regardante sur le recrutement. C’est pour cette raison qu’il y a eu ces cas de terroristes mal formés : celui qui s’est tiré une balle dans le pied en préparant un attentat contre une église, celui qui s’est fait neutraliser dans le Thalys alors qu’il avait une kalachnikov entre les mains, celui qui s’est fait exploser deux rues plus loin, parce qu’il n’a pas pu accéder au grand stade de France, et bien d’autres qui attendent le jouet mortel ou croupissent en prison d’avoir mal étudié le manuel pour terroriste amateur. Ce ne sont pas des “gogos”, comme le dit Boris Cyrulnik, qui se croit autorisé de parler de tout, probablement sans jamais avoir rencontré un islamiste radicalisé. Ces jeunes ne sont pas naïfs, mais fanatisés, ils sont déterminés et dangereux, il faut prendre au sérieux l’ennemi. En fait, on ne prend plus le temps de les former, la matière humaine est profuse, on fabrique de la chair à jihad industriellement. Depuis la disparition des grandes utopies laïques, la jeunesse n’a plus d’idéaux palpitants, ce sont les plus fragiles qui ne trouvent plus les moyens de sublimer leurs pulsions dans des causes politiques communes. Il se crée des inégalités dans le partage des idéaux du vivre ensemble et c’est dangereux pour la cohésion d’un pays. Il faudrait beaucoup de « Nuit debout » pour remettre en route le partage des idéaux politiques vivants et non ceux de la langue de bois et du replâtrage. Il faut rappeler que 25% des radicalisés ne viennent pas de familles musulmanes, la proportion monte à 40%, si on considère ceux qui sont issus de familles musulmanes sécularisées.
On peut se radicaliser sans devenir un tueur ou un martyr. Comment comprendre que certains acceptent de donner la mort ou de mourir ?
En effet, toute radicalisation ne se traduit pas par la violence, sinon nous aurions des centaines de milliers de tueurs et pas seulement du côté jihadisme. Mais l’une des valeurs de l’occident moderne, probablement la plus sacrée, celle de la vie, nous voile la réalité ordinaire du désir de mourir et des passages à l’acte. Il y a en France, chaque année, environ 200.000 tentatives de suicide, 10 000 personnes en meurent, dont 1000 jeunes. Mon hypothèse est que la radicalisation violente consiste à transformer en autosacrifice des pulsions suicidaires chez des jeunes happés par l’imaginaire fanatique d’un autre monde meilleur, et d’un au-delà merveilleux. Il faut garder à l’esprit que l’une des difficultés du passage adolescence est le trouble des limites entre la vie et la mort. Certains font des tentatives de suicides mais ne veulent pas mourir, ils aspirent à devenir d’autres personnes en traversant la mort. Après tout, la résurrection est un fondement de la foi chrétienne. Devenir un autre en allant au bout de soi-même, c’est aussi la visée des sports et des aventures extrêmes. D’autre part, il y a des délinquants qui sont prêts à anoblir leurs pulsions antisociales en actes héroïques au service d’une cause suprême. Ils peuvent donc poursuivre leurs exactions au nom d’une loi supérieure, et quoi de plus haut que Dieu ? Il se trouve qu’il y a des suicidaires qui sont en même temps des délinquants et qui veulent se recycler en tuant et en se tuant ; ils se purifient avec le sang des autres. Voilà ceux que la propagande de Daech capte dans ses filets. Un jour, un jeune dans état d’indifférence glaçante m’a dit : “je suis déjà mort, rien ne peut plus m’arriver”. Quelle puissance dans l’impuissance ! Nous savons cliniquement qu’il arrive que des personnes meurent subjectivement, tout en restant vivantes. Nous appelons cela la mort du sujet. Le vivant-mort acquiert une puissance extraordinaire, s’il est recruté pour une cause sacrée et transformé en une sainte arme de destruction de masse.
La propagande d’Al-Qaïda et surtout celle de Daech ont utilisé le ressort du désir et de la facilité de mourir, c’est pourquoi beaucoup de jeunes enrôlés dans le jihadisme répètent les mêmes formules “la mort c’est comme un pincement“, “nous aimons la mort comme vous (les occidentaux) vous aimez la vie“, etc. Ils prétendent que c’est l’islam. Mais les musulmans n’aiment pas la mort, et le martyr dans la tradition n’est pas quelqu’un qui veut mourir, mais qui trouve la mort en combattant. Il y a donc eu des musulmans qui ont transformé le martyre en un but en soi. Kant disait de l’islam qu’elle est une religion du courage, mais des musulmans l’on changé en religion de la sauvagerie. C’est ce que j’appelle le « surmusulman ». Les musulmans dont le fondement éthique de leur religion est l’humilité doivent lutter contre le surmusulman, non par l’humilité de l’humilié qui se venge, mais par l’humilité de l’humble, sans ressentiment. En fait, sous l’apologie de l’amour de la mort, qui est aussi un vieux slogan fasciste (“Viva la muerte”), il s’agit du schème hégélien dialectique de la lutte entre le maître et l’esclave. Le maître est celui qui est capable de risquer sa vie. En acceptant de mourir, il acquiert une puissance qui subjugue celui qui craint de mourir, veut rester vivant et accepte la soumission. C’est ainsi que l’islamisme violent veut prendre le pouvoir en transformant les jeunes en maîtres de la mort.
La sidération en Europe autour de la motivation de ces nouveaux jihadistes tient-elle au fait qu’on ne comprend pas ou plus ce que peut offrir “l’espérance religieuse” ?
Ce qu’on appelle religion dans l’occident sécularisé aujourd’hui, se limite à l’individu, à des groupes de communion temporaires, aux lieux du culte, à une mémoire et à des symboles, bref un passé désactivé de sa puissance. Ailleurs, dans la majeure partie de l’humanité, la religion a une effectivité qui traverse et organise toute la vie commune au présent. C’est un pouvoir sur les âmes et sur les êtres dans la réalité. Dans les pays sécularisés, l’espoir est placé du côté du progrès social, dans le monde sous l’empire de la religion, mise à part la charité, l’espérance religieuse est en vue de la mort, en tant qu’elle donne accès au monde éternel. Donc quand on parle de religion ici et là-bas, il arrive que l’on soit piégé par un mot qui ne correspond pas à la même réalité anthropologique. Ceci étant, l’occidentalisation du monde qui a commencé avec le colonialisme et se poursuit avec la mondialisation actuelle, sécularise d’une manière irrépressible l’humanité à travers le même modèle technoscientifique et économique. C’est pourquoi, il y a tant de réactions identitaires et de demandes de sens dans le monde. Or, historiquement, l’islamisme, né il y a plus d’un siècle, correspond à la perception par des musulmans du danger de la sécularisation et de l’occidentalisation. L’islamisme s’est présenté comme une défense de l’islam, face aux expéditions militaires occidentales et à l’arrivée avec elles des Lumières. Sous un certain angle, les Lumières signifient l’émancipation de ténèbres religieuses. L’islamisme est une mobilisation de la puissance religieuse contre la sécularisation, qui vient d’un occident qui a désactivé Dieu, mais aussi en interne contre des musulmans qui sont devenus partisans des Lumières et qui veulent que leurs sociétés soient gouvernées uniquement par la raison politique en tant que sphère autonome. D’où le fait qu’aux expéditions armées occidentales, se sont ajoutées des guerres civiles entre musulmans. Plus la sécularisation interne avance et plus l’islamisme devient virulent et auto-immunitaire, au sens où un organisme se détruit en se défendant. L’islamisme est avant tout menaçant pour les musulmans et pour leur civilisation. C’est un fondamentalisme comme on en trouve dans toutes les religions, sauf que celui-ci a été armé dans le jeu géopolitique entre grandes puissances et puissance régionales.
Qu’est ce que la figure du surmusulman que vous décrivez dans votre livre et qui peuple les nouveaux jihadistes ?
L’islamisme a voulu rendre les musulmans capables de résister par tous les moyens religieux à l’occidentalisation du monde musulman. Il a installé dans leurs esprits l’idée de la défection, de la trahison, de l’humiliation et de la culpabilité, et en réaction a prêché la nécessité d’expier, de retrouver la pureté et la piété des ancêtres (le salafisme). Il appelle le musulman à devenir toujours plus musulman qu’il n’est, à en faire la démonstration sur son corps, dans ses manières, par son discours, à travers son mode de vie. C’est l’intensification du fétichisme religieux qui peut être impressionnant, mais aussi ridicule. On peut rencontrer le surmusulman sous la forme de tendances seulement, mais aussi des hommes ou des femmes qui l’incarnent complètement.
Il faut accorder particulièrement attention à la situation des femmes et à la propagation de leur voilement actuel, qui a été précédé d’un dévoilement généralisé à partir des années 50. La femme a été l’un des principaux vecteurs de la sortie du monde traditionnel musulman. Elles étaient confinées dans l’enclos domestique, exclues du monde extérieur, elle étaient considérée comme un objet sexuel total et de ce fait dangereuses pour l’ordre social religieux. Mais en une cinquantaine d’années, on les retrouve partout dans l’espace public. De ce point de vue, on peut parler d’une émancipation partielle des femmes qui s’est produite dans tous les pays musulmans. Or, le discours islamiste tient les femmes pour responsables du changement qui a cassé l’ordre traditionnel gouverné par la religion. En vérité, il n’a pas tort, les femmes sont la subversion de l’islam. Mais alors beaucoup d’entre elles ont intériorisé l’accusation et les reproches, la culpabilité et le désir de racheter leur transgression par le voilement. C’est un mouvement de fond qui dépasse la conscience féminine, car les femmes ont souvent pitié des hommes et du tourment que leur inflige leur invention des dieux. La décision de porter le voile est prise par des jeunes femmes coupables imaginairement d’une nudité destructrice de l’identité de leur communauté. Aussi, beaucoup d’entre elles ne considèrent pas cela comme une soumission, mais comme une affirmation, car sous le voile, il y a le remord. Je parle ici à partir de la clinique et non pour défendre le voile. Car en même temps, l’islamisme utilise le voile comme un étendard de sa conquête, c’est certain. Après avoir culpabilisé les femmes, il se glorifie de leur inculpation subjective comme une victoire. Il espère ainsi retarder leur accès à l’égalité avec les hommes. Si nous ne voulons pas faire son jeu, la démobilisation du voile doit emprunter d’autres voies intelligentes. Qu’on l’ait limité dans l’école, qu’on en interdise son port total dans la rue, c’est bien. Mais poursuivre la focalisation politique sur ce plan n’engendrera que plus de protestation identitaire par le voile. Car le voile est l’effet d’une cause, un symptôme et non le mal.


Fethi Benslama, Un furieux désir de sacrifice, le surmusulman, éditions du Seuil, 148 pages. 
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MessagePosté le: Mer 25 Mai - 15:49 (2016)    Sujet du message: Fethi Benslama Répondre en citant

Psyché du «surmusulman» Le djihad «pour se réenraciner dans le ciel, à défaut de le pouvoir sur terre»

Jean-Paul Brighelli
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Publié le 13 mai 2016 / Religion Société
Mots-clés : djihadisme, Fethi Benslama, Islam, psychanalyse, Un furieux désir de sacrifice




Vidéo de propagande de Daech où apparaît Hayat Boumeddiene, la compagne d'Amedy Coulibaly (Photo : SIPA.00704025_000001)

On peut tortiller la question dans tous les sens, reste le noyau dur du problème : comment décide-t-on au nom de la religion de se lancer dans des opérations mortelles ? « Viva la muerte ! » disaient les phalanges franquistes. Mais le catholicisme ne promettait pas le paradis aux Maures de corps d’élite de Franco. Un pur instinct guerrier les habitait — il y a dans toute guerre un moment où l’envie de mort passe indifféremment d’un camp à l’autre, où l’habitude de tuer se change en désir de mourir. Mais qu’est-ce qui explique que des hommes (et des femmes) jeunes, sans formation militaire particulière, rejoignent les rangs du djihad, quitte à se faire sauter au milieu de la foule ? Notre incompréhension fait d’ailleurs la joie et la fierté de ces sacrifiés de l’islam : l’Occident ne parvient pas à comprendre. D’où l’intérêt du livre du psychanalyste Fethi Benslama, Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman, qui est sorti hier, jeudi 12 mai, aux éditions du Seuil. L’auteur a été interviewé par l’Obs, et la version longue de ses analyses est d’un intérêt profond — merci encore à qui m’a aiguillé sur le site qui conservait pieusement, si je puis dire, ces déclarations bien pensées.
Que dit Fethi Benslama, psychanalyste et professeur de psychopathologie à l’Université Paris-Diderot ? Sa pratique de l’analyse en Seine-Saint-Denis, à la fois laboratoire et bouillon de culture, l’a amené à croiser un bon nombre de musulmans hantés par la crainte de ne pas être assez musulmans — « agités d’un profond sentiment de culpabilité ». Et, agités du désir d’être « plus musulmans », ils « endossent les stigmates et la revendication d’une justice identitaire ». D’où le croisement mortel du clinique et du social qui fait émerger le surmusulman, comme Nietzsche disait « surhomme » — à ceci près que c’est juste l’inverse : le surhomme nietzschéen est par delà le bien et le mal, il a liquidé la morale chrétienne en général et kantienne en particulier, il n’est pas l’homme des foules — Zarathoustra doit faire un effort pour redescendre parmi les hommes. Le surmusulman est totalement englué dans une morale religieuse réinventée. L’islamisme a travaillé le surmoi afin de le rendre étanche au réel, en inversant le désir, et en glissant Thanatos à la place d’Eros.
C’est là que nous retrouvons la déformation guerrière des phalanges franquistes. Le monde musulman est entré en guerre il y a près d’un siècle (en fait, depuis deux siècles et le choc de l’expédition de Bonaparte en Egypte, « scène primitive de l’islam », dit Benslama, et que les premières défaites de l’empire turc, en faisant éclater l’Oumma, la « matrie » mythique, ont alimenté un sentiment anti-Lumières), et cet état de belligérance permanente, que la guerre soit réelle (dans l’Orient compliqué) ou métaphorique (dans notre Occident quelque peu ségrégationniste) engendre le même effet : l’islam apparaît comme « une utopie antipolitique ». Le désir, en quelque sorte, de réfuter le Temps : nous avons déjà évoqué ici ce combat de l’islam contre l’Histoire. D’où le désir fou de « reconstituer l’empire » — le califat du VIIIème siècle ou l’empire ottoman du XVIème. La défaite de 1918 a produit le nazisme et les Frères musulmans — et quand on connaît l’Histoire et la façon dont le Mufti de Jérusalem a encensé Hitler, le rapprochement ne paraît pas hasardeux.
Reste le noyau dur du désir de mort. Au Temps nié du monde réel, les prêcheurs-recruteurs opposent le temps immortel de l’au-delà. « On donne un avenir à la mort », dit fort bien Benslama. Qu’il règle au passage quelques comptes avec Boris Cyrulnik n’est pas pour nous déplaire. « Le désir de mourir existe, dit-il, et il n’est pas ridicule, on doit le prendre au sérieux. » Psychanalyste, il prend les mots à la racine — et « racine » est la base étymologique de « radicalisation » : les jeunes pris par le djihad sont à la recherche de « racines », leurs tenues vestimentaires ou leurs barbes sont les symptômes de ce « désir de s’enraciner ou de se réenraciner dans le ciel, à défaut de le pouvoir sur terre ».
Que l’Ecole des trente dernières années n’ait pas fourni un aliment idéologique concurrentiel est une évidence. La Culture est aussi une transcendance — mais lorsqu’on remplace sa transmission par l’évaluation des compétences, cette tarte à la crème de l’enseignement de l’ignorance, on peut s’attendre effectivement à ce que des jeunes déboussolés par une société où l’immanence c’est TF1 ou Cyril Hanouna se tournent vers d’autres transcendances.
Et de nous parler du « syndrome de Cotard », dans lequel l’individu est déjà mort à lui-même — alors, qu’importe ce qui arrive à un corps déjà putrescent ? « La mort imaginaire est si envahissante que la mort réelle paraît insignifiante ».
Le voile ? Une « tentative désespérée de remettre le dentifrice dans le tube » !
Que les femmes soient les principales cibles de cet ordre nouveau n’est pas étonnant. « Dès lors que la femme est sortie de sa réclusion et apparaît dans l’espace public, dans la rue, au travail, elle représente une menace permanente. Face à cette irrépressible émancipation des femmes et la visibilité croissante du corps féminin dans l’espace social, les islamistes ont trouvé la “solution” du voile »« tentative désespérée, ajoute Benslama avec humour, de remettre le dentifrice dans le tube. » « Mais, conclut-il, le désir de voile existe aussi chez certaines femmes qui se sentent coupables d’être ostensiblement visibles et de prendre du pouvoir là où elles n’en avaient pas auparavant. C’est une manière pour elles de s’innocenter de vouloir prendre la place de leur père, de leurs frères et de leur mère. »
Il n’est pas indifférent que notre analyste conclue en insistant sur le fait que ce sont les monarchies fondamentalistes qui ont le plus combattu les révolutions arabes de ces dernières années. Qui ont le mieux alimenté le djihad des fous de dieu. « La fin du XXIème siècle, pense-t-il, ne sera pas religieuse dans le monde musulman. » Peut-être — en attendant, il nous faut combattre au quotidien, ne serait-ce qu’en réalimentant la transmission des Lumières, et en luttant contre celles et ceux qui veulent à toute force faire de l’Ecole le terrain de jeu des futurs djihadistes en la vidant de toute substance sous prétexte d’égalitarisme.
Je reviendrai dans une prochaine chronique sur cette histoire de culpabilité, qui est le fil rouge du propos de notre psychanalyste, mais qu’il n’exploite pas réellement. Comment instiller la culpabilité dès l’enfance — et quels sont les comportements, radicalement différents, qu’elle entraîne. Beau sujet sur lequel j’ai trouvé, en interviewant une musulmane libérée — et qui justement ne l’est pas — des lumières intéressantes.
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MessagePosté le: Mer 25 Mai - 16:04 (2016)    Sujet du message: Fethi Benslama Répondre en citant

yacoub a écrit:
Psyché du «surmusulman» Le djihad «pour se réenraciner dans le ciel, à défaut de le pouvoir sur terre»

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Intéressant et sûrement à lire. Mais je n'arrive pas à lire tout ce que j'achète...  :frown)


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MessagePosté le: Mar 7 Juin - 10:33 (2016)    Sujet du message: Fethi Benslama Répondre en citant


Qu’est-ce que le « surmusulman » ?


13.05.2016
35 min






Six mois après les attentats du 13 novembre, et alors que Manuel Valls a annoncé ce lundi la création de centres d’hébergements pour personnes radicalisées, comment lutter contre ce phénomène ? Notre invité Fethi Benslama est psychanalyste et s’est intéressé, dans son dernier livre, à ce processus.

La pancarte d'un prédicateur radical, près du Regents Park (Londres) en 2015• Crédits : Joe Newman / NATIONAL PICTURES
Lundi 9 mai, dans le cadre d’un nouveau « Plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme », le Premier ministre Manuel Valls a annoncé la mise en place de centres de prise en charge de personnes radicalisées, dont l’un d’entre eux devrait ouvrir dès cet été. Comment prendre en charge les personnes « radicalisées », alors que 1 300 personnes ont été signalées comme telles selon les chiffres officiels ? Et d’abord, que cela veut-il dire ?
Notre invité, Fethi Benslama est psychanalyste. Il publie Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman (Seuil, mai 2016). Selon lui, on ne peut comprendre le phénomène de radicalisation que si l'on prend en compte une approche subjective et psychanalytique de l'individu. Fethi Benslama a exercé pendant de nombreuses années dans un service de protection à l'enfance en Seine-Saint-Denis - des consultations dont il tire les enseignements dans le livre qu'il fait paraître aujourd'hui, et où il développe le concept de « surmusulman ». Qu'entend-il par là et que recouvre cette notion ?
Citation:


« Un surmusulman, c’est un musulman qui veut être encore plus musulman que le musulman qu’il est. Cette tendance, (…) est mue par une très grande culpabilité, un grand désarroi et un sentiment de défection par rapport à sa religion. (…) C’est le produit d’un siècle de ce qu’on appelle l’islamisme. L’islamisme a été une défense de l’islam par une religiosité extrême. C’était sa façon de se défendre par rapport à ce que l’occident amène : l’autonomie du politique. » Fethi Benslama, La Grande table




Pour dialoguer avec lui, nous accueillons également Raphaël Liogier, sociologue et philosophe, professeur à l’IEP d'Aix-en-Provence, et auteur de La guerre des civilisations n'aura pas lieu : coexistence et violence au XXIe siècle (janvier 2016, CNRS Editions).
Son diffusé - Comme chaque vendredi, le choix de sortie musicale de l'équipe de la Grande table :
  • Radiohead, "Daydreaming"

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Bibliographie

Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman Seuil, 2016 Fethi Benslama
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MessagePosté le: Sam 25 Juin - 14:55 (2016)    Sujet du message: Fethi Benslama Répondre en citant

« Assimiler la radicalisation islamiste à un phénomène sectaire pose problème »

Fethi Benslama est psychanalyste, professeur de psychopathologie à l’université Paris-Diderot et membre de l’Académie tunisienne. Le 12 mai, il publie « Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman ». Dans la lignée de ses précédents ouvrages « La Psychanalyse à l’épreuve de l’islam » (Flammarion, 2004) ou « Déclaration d’insoumission. A l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas » (Flammarion, 2011), il se demande comment penser le désir sacrificiel des jeunes au nom de l’islam.

La grande majorité des travaux font l’impasse sur la dimension psychologique et a fortiori psychopathologique dans la radicalisation, considérée phénoménalement comme un fait qui appartient à la conscience et à la volonté de l’acteur, ce qui exclut la dimension de l’inconscient. (…)

Essayer de penser ce qui arrive à quelqu’un pour qu’il en vienne à choisir des voies périlleuses de traitement de lui‑même et des autres nous oblige à ne pas en rester à un niveau comportemental, ni à la langue de bois des radicalisés, mais à prendre en considération ce qui conduit quelqu’un à s’enflammer et à embraser tout autour de lui. De même que la psychanalyse nous montre que le symptôme est une solution de compromis qui a une fonction dans l’économie d’un sujet, la tentative de résorption des symptômes dans la radicalisation a également sa raison : obtenir une guérison par un circuit très particulier, celui qui requiert d’affronter le danger interne par une mise en danger externe plus importante, dût‑elle conduire à la mort. C’est un fait que j’ai constaté cliniquement : le symptôme est effacé par l’effet d’une saturation de l’idéal qui place le sujet dans une mission divine. (…)

Cette approche nous permet aussi de comprendre le succès de l’islamisme radical auprès des convertis. Les failles identitaires ne sont pas l’apanage des enfants de migrants ou de familles musulmanes, c’est ce qui explique que 40 % des radicalisés soient des convertis. Je dirais que ces sujets cherchent à se radicaliser avant de trouver le produit de la radicalisation. Peu importe qu’ils ignorent de quoi est fait ce produit, pourvu qu’il apporte « la solution ». La presse a rapporté le cas de djihadistes qui avaient commandé par Internet des ouvrages tels que L’Islam pour les nuls. Il faut une dose importante d’ignorance pour que les fantasmes se drapent dans l’innocence et cherchent leur réalisation sans crainte ni doute. Le juge d’instruction Marc Trévidic, du pôle antiterroriste de Paris, a déclaré, à plusieurs reprises, que certains revenants des zones de combat qu’il a interrogés ne connaissaient pas les cinq piliers de l’islam ! Il est possible que cette catégorie dite « des convertis » comporte beaucoup de born again, ces personnes qui retrouvent la foi délaissée par eux‑mêmes ou par leur groupe familial à la génération précédente.

Notons, toutefois, que certains engagés sur les zones de combat ne cherchent pas de prime abord la dimension spirituelle ou la conversion religieuse. Ils veulent s’insurger contre l’oppression cruelle subie par les Syriens du fait du régime de Bachar Al‑Assad . Pour d’autres, le départ vers l’Orient mystérieux fait office d’un passage initiatique et romantique. J’ai été frappé, en lisant des textes sur l’histoire des croisades, de constater de nombreuses similitudes avec l’équipée subjective de ces départs au djihad. Le djihadisme serait‑il une croisade inversée ? Aujourd’hui, l’islamisme radical est le produit le plus répandu sur le marché par Internet, le plus excitant, le plus intégral. C’est un passe‑partout de l’idéalisation à l’usage des désespérés d’eux‑mêmes et de leur monde.

L’assimilation de la radicalisation islamiste à un phénomène sectaire pose problème. Il y a certes quelques aspects comparables, comme le phénomène dit « de l’emprise mentale », mais des différences essentielles sont patentes. Dans la secte, l’individu s’assujettit aux fantasmes ou à la théorie délirante du gourou, à son exploitation économique, voire sexuelle. Le djihadiste, quant à lui, adhère à une croyance collective très large, celle du mythe identitaire de l’islamisme, alimentée par le réel de la guerre, à laquelle on lui propose de prendre une part héroïque, moyennant des avantages matériels, sexuels, des pouvoirs réels et imaginaires. Le mélange du mythe et de la réalité historique est plus toxique que le délire.

L’offre radicale va donc se saisir des impasses du passage juvénile et se modeler sur les possibilités d’une traversée à la fois individuelle et collective, physique et métaphysique, mythique et historique, dont je voudrais relever les principaux motifs.

Sans être exhaustif, on peut dégager quelques opérateurs fondamentaux de la séduction narcissique des idéaux dans l’offre de radicalisation. Cette séduction constitue une dimension fondamentale dans l’attirance qu’elle exerce sur les jeunes, comme le souligne à juste titre Philippe Gutton [in Adolescence et djihadisme, L’Esprit du temps, 2015].

Idéal blessé

La justice identitaire est la clé de voûte de la construction radicale. Elle touche au cœur des failles de l’identité des jeunes. Elle opère comme une soudure des parties du soi menacé en le fusionnant avec un groupe de pairs, pour former une communauté de la foi, vivant de concert les mêmes émotions morales. L’effet du groupe est de procurer l’illusion qu’ensemble on peut jouir du même corps. La justice identitaire repose sur une théorie de « l’idéal islamique blessé » et du tort fait aux musulmans au présent et au passé. L’idéal blessé est celui de la perte du principe de souveraineté politico‑théologique de la communauté musulmane avec l’abolition du califat et le dépeçage par les puissances coloniales du dernier empire musulman, l’Empire ottoman, en 1924.

Notons ici que la première organisation islamiste, celle des Frères musulmans, est fondée en 1928. On peut dire que les mouvements islamistes sont nés du traumatisme de cette période et en ont propagé l’onde de choc auprès des masses. Quant aux torts faits aux musulmans, ce sont les guerres anciennes et récentes au Moyen‑Orient : Palestine, Afghanistan, Irak, etc. Des images de destruction, de massacres, d’enfants morts et mutilés viennent à l’appui, assorties de l’appel à devenir justicier. Il y a des jeunes non‑musulmans qui répondent à cet appel. Mais, pour la majorité, l’offre djihadiste consiste ici à superposer le tort fait à la communauté musulmane au vécu d’un préjudice individuel dans l’existence du sujet. Elle vise à ce que l’idéal blessé absorbe le sujet et que la blessure parle et agisse à travers lui comme une revenante dans le corps d’un zombie. Il est appelé à devenir le vengeur de l’idéal, ou bien, ce qui revient au même, le vengeur de la divinité outragée. Le cas des frères Kouachi dans l’attentat contre Charlie Hebdo est paradigmatique à cet égard. Il y a des jeunes que la déficience de l’idéal du moi conduit à rechercher une incarnation de l’idéal collectif, dont la plénitude est donnée dans le devenir martyr. (…)

J’appelle « surmusulman » la contrainte sous laquelle un musulman est amené à surenchérir sur le musulman qu’il est par la représentation d’un musulman qui doit être encore plus musulman. (…) Surmusulman est un diagnostic sur la vie psychique de musulmans imprégnés par l’islamisme, hantés par la culpabilité et le sacrifice. Il doit expier et se repentir, se purifier et chercher la vie homogène. Si, en principe, il y a lieu de distinguer entre la tendance au surmusulman et son accomplissement, en réalité leurs frontières sont poreuses et les passages imprévisibles, même si la tendance est plus fréquente que l’incarnation du surmusulman.

Concrètement, on peut observer les conduites du surmusulman chez des croyants pour lesquels il n’est plus suffisant de vivre la religion dans le cadre de la tradition, fondée sur l’idée de l’humilité. En effet, l’une des significations majeures du nom « musulman » est l’humble. C’est le noyau éthique fondamental de l’islam. Avec le surmusulman, il s’agit au contraire de manifester l’orgueil de sa foi à la face du monde : Islam pride. Elle se traduit par des démonstrations publiques : stigmate sur le front, prière dans la rue, marquages corporels et vestimentaires, accroissement des rituels et des prescriptions témoignant de la proximité continuelle avec Allah, évoqué à tout bout de champ.

Les surmusulmans se veulent les bouches ouvertes de Dieu dans le monde, proférant leur haine de ceux qui n’ont pas leur croyance de feu et de flamme. On pourrait les nommer aussi les « allahants », tant ils ahanent sans cesse Allah akbar. Cette invocation, qui devait en principe rappeler à celui qui la prononce sa petitesse apaisante, voici qu’elle est devenue la manifestation d’une suffisance, d’un pouvoir de tout se permettre. Ils tuent en allahant. Ils ne se soumettent à Dieu qu’en le soumettant à eux.

C’est pourquoi la figure du surmusulman attire les délinquants ou ceux qui aspirent à le devenir ; ils se convertissent par désir d’être des hors‑la‑loi au nom de la loi, une loi supposée au‑dessus de toutes les lois, à travers laquelle ils anoblissent leurs tendances antisociales, sacralisent leurs pulsions meurtrières. Le surmusulman recherche une jouissance que l’on pourrait appeler « l’inceste homme‑Dieu », lorsqu’un humain prétend être dans la confusion avec son créateur supposé au point de pouvoir agir en son nom, devenir ses lèvres et ses mains. Ce n’est pas l’union mystique avec Dieu qui n’est jamais permanente et loin de toute arrogance, comme dans le soufisme. Si le musulman cherche Dieu, le surmusulman croit avoir été trouvé par lui.

Crainte récurrente

L’angoisse de beaucoup de musulmans est de vivre dans un monde où la sécularisation, dont ils consomment par ailleurs les objets, leur fait vivre le sentiment de devenir autres, de ne plus être eux‑ mêmes. Le malheur de se percevoir comme un soi inauthentique est le ressort du désespoir musulman. Se voir emporté inexorablement vers l’exil occidental sans Dieu est une crainte récurrente qui s’exprime dans les discours et dans les actes visant à planter partout des minarets comme des clous pour empêcher le sol de s’en aller. D’où la recherche désespérée d’arrêter la dérive, en convoquant le pieux ancêtre au présent. Or l’islamisme a produit une fiction qui séduit ce qui est plus grand qu’un moi, essentiellement inauthentique : un surmoi d’origine, incarné par la figure du surmusulman. Comme toute figure, elle se décline et revêt des éditions plus au moins typifiées, parmi lesquelles celle de se retirer du monde, mais la plus flamboyante est d’en finir avec lui, de participer à sa fin. C’est celle qui attire des jeunes engagés dans le djihadisme.

Comment le surmusulman a‑t‑il été enfanté historiquement ? Les traumatismes historiques ont une onde de propagation très longue, surtout lorsqu’une idéologie les relaie auprès des masses, pour constituer un idéal préjudicié. C’est l’œuvre principale de l’islamisme. Dès lors, les générations se transmettent le trauma et le préjudice, de sorte que des individus se vivent en héritiers d’infamies, sachant les faits ou pas. L’année 1924 marque la fin du dernier empire islamique vieux de six cent vingt‑quatre ans, l’abolition du califat, autrement dit du principe de souveraineté en islam, et la fondation du premier Etat laïque en Turquie. Le territoire ottoman est dépecé et occupé par les puissances coloniales ; les musulmans passent de la position de maîtres à celle de subalternes chez eux. C’est l’effondrement d’un socle vieux de mille quatre cents ans, la fin de l’illusion de l’unité et de la puissance. S’installe alors la hantise mélancolique de la dissolution de l’islam dans un monde où il ne gouverne plus.

Le symptôme de cette cassure historique est la naissance, en 1928, des Frères musulmans, qui est la traduction dans une organisation de la théorie de « l’idéal islamique blessé » à restaurer, à venger. L’islamisme promet le rétablissement du califat par la défaite des Etats nationaux. Il véhicule le souvenir du traumatisme et le projette sur l’actualité désastreuse de populations souffrant du sort qui leur est réservé par leurs gouvernements, les expéditions militaires occidentales et les guerres civiles. L’effondrement historique s’est accompagné d’un clash inédit dans le modèle du sujet musulman. C’est un fait que les Lumières arrivent en terre d’islam avec des canonnières. Pour autant, des élites musulmanes deviendront des « partisans des Lumières » et de leur émancipation politique, considérant que les Lumières occidentales permettent une remémoration de celles oubliées de l’islam, au nom d’une alliance universelle contre « les armées des ténèbres ». S’opposeront à eux des « anti‑Lumières », qui revendiquent la restauration de la souveraineté théologique et le retour à la tradition prophétique, au nom de la suffisance de l’islam à répondre à tous les problèmes. Le mot d’ordre des Frères musulmans est : « L’islam a réponse à tout. »

Une discordance systémique apparaît alors dans le rapport du sujet de l’islam au pouvoir. Les uns veulent être citoyens d’un Etat, musulmans mais séparés de l’ordre théologique, c’est ce que j’appelle les « musulmans séparés », les autres veulent au contraire s’affirmer davantage musulmans, encore et encore plus. D’où l’émergence du surmusulman. L’islamisme apparaît alors comme une défense de l’islam, si acharnée qu’elle veut se substituer à lui. Elle a mobilisé tous les anticorps d’un système se percevant en perdition. Mais la défense est devenue auto‑immunitaire, au sens où elle détruit ce qu’elle veut sauver. C’est pourquoi le surmusulman a deux ennemis : l’ennemi extérieur, l’Occidental, et l’ennemi intérieur, l’Occidenté, qui est le musulman définitivement disjoint du califat, celui qui refuse la soumission de la politique à la religion, qui se veut citoyen d’une nation. Le surmusulman le considère comme un islamoïde, pire qu’un Occidental, un répliquant à débusquer, à éliminer.

En savoir plus sur

http://www.lemonde.fr/religions/article/2016/05/10/assimiler-la-radicalisation-islamiste-a-un-phenomene-sectaire-pose-probleme_4917030_1653130.html#u5KO0sTlohVlOz2k.99
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MessagePosté le: Sam 25 Juin - 15:54 (2016)    Sujet du message: Fethi Benslama Répondre en citant

yacoub a écrit:
« Assimiler la radicalisation islamiste à un phénomène sectaire pose problème »


L'islam est une secte et rien d'autre.
Sinon une organisation militaire de conquête, de pillage et de destruction.


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MessagePosté le: Jeu 19 Jan - 13:26 (2017)    Sujet du message: Fethi Benslama Répondre en citant

N. Boukrouh: « Les musulmans  sont les exécutants inconscients de leur autodestruction »
lundi 18 janvier 2016



Dans cette seconde partie de l'entretien accordé à Oumma.com, Nourredine Boukrouh, intellectuel algérien,   disciple de Malek Bennabi estime que l'idéologie islamiste est le véritable ennemi des musulmans, et explique pourquoi toutes les tentatives de réformes de l'islam se sont soldées par des échecs. 
Vous êtes très critique sur l’islamisme. Estimez-vous que le véritable ennemi de l’islam et des musulmans est l’idéologie islamiste?

Très souvent un « isme » accolé à un mot en fait immédiatement un prisme déformant et assassin : marxisme, nazisme, islamisme… L’islamisme est la tentation d’isoler l’islam des autres peuples et cultures, de le couper du sens du monde, de l’exclure du mouvement de l’Histoire pour le réduire à la chose exclusive des musulmans, à un culte du passé, à une conception du monde invariable, immuable et indiscutable chevillée aux prédécesseurs (salaf) et aux oulamas qui n’ont pas rénové leur savoir depuis mille ans au moins.
L’islamisme n’est pas une vision nouvelle de l’islam, une adaptation à l’environnement mondial actuel, mais un corsetage des musulmans dans des conceptions obsolètes, dépassées, opposées au progrès et à la coexistence pacifique entre les nations, les religions et les cultures. Ce n’est pas un mouvement de pensée mais un populisme, un nihilisme, un despotisme culturel et cultuel. Il est indéniable qu’il est devenu le principal ennemi de l’islam et des musulmans. Là où il est apparu au cours du dernier demi-siècle (Afghanistan, Egypte, Algérie, Somalie…), il a entraîné dévastation et guerres fratricides.
C’est partout la guerre, les attentats, la haine, l’horreur… Regardez l’actualité mondiale : il n’y a plus de guerres conventionnelles, asymétriques ou de terrorisme endémique qu’en terre islamique. L’opinion internationale est de plus en plus défavorable à la présence de musulmans hors de leurs pays d’origine et l’islamophobie se développe partout. Où croyez-vous que tout cela va mener sinon à un isolement des musulmans et de l’islam, à leur exclusion de la vie internationale, à leur confinement chez eux, comme des pestiférés ?

- Vous affirmez que « Les musulmans sont, en ce début de troisième millénaire, les exécutants inconscients de leur autodestruction ». Quels sont les exemples concrets qui étayent votre analyse ?

Les exemples d’affrontements entre musulmans sont légion. Le monde musulman tout entier est en train de se laisser aspirer petit à petit dans une guerre mondiale intra-islamique qui l’affaiblira durablement et le condamnera à la misère économique et à l’arriération culturelle. Que fait l’Arabie saoudite sinon chercher à former un axe destiné à combattre l’axe chiite mené par l’Iran jusqu’à la fin des temps? Que fait l’Iran en Irak, au Liban, en Syrie, au Yémen, sinon chercher à imposer l’hégémonie chiite sur les sunnites ?
La cohabitation entre ces deux courants religieux et idéologiques apparus au temps de Moawiya est en train de devenir impossible en Irak, au Liban, à Bahreïn, en Arabie saoudite, au Pakistan, en Indonésie… Les clergés des deux communautés poussent à l’affrontement et attisent les vieilles haines, en vue d’une bataille du type Armageddon. Y a-t-il deux islams, deux Corans, pour en arriver là ? L’islam est-il racial ? Ne s’agit-il pas d’une entreprise d’autodestruction sous couvert de religion ?

- Vous avez toujours appelé à une réforme de l’islam qui n’est pas, selon vous, un enjeu philosophique, mais stratégique. Pouvez-vous nous faire part de votre réflexion à ce sujet ?

Il est impossible de ne pas faire le lien entre les enseignements de ce que j’appelle « al-ilm al-qadim » et la fanatisation d’une frange importante des nouvelles générations. Tous les arguments de Daesh et de la mouvance politique islamiste à travers le monde sont puisés dans la culture islamique, telle qu’elle est enseignée à al-Azhar, Zitouna et Qarawiyine, dans les instituts islamiques et les centaines de milliers de mosquées existant de par le monde. L’islamisme n’a pas ajouté un seul mot, une seule idée, un seul argument à ce qu’il a trouvé dans le berceau. Son seul tort, si l’on veut, c’est d’avoir pris cette culture à la lettre quand les autres se contentent d’enseigner l’Etat islamique, le djihad, le statut d’apostat des autres, la primauté de l’au-delà sur la vie terrestre, sans réclamer leur mise en application par la terreur et séance tenante.
Ce corpus d’ « idées mortes », comme l’appelle Bennabi, est issu d’une interprétation du Coran faite il y a longtemps et dépassée dans de larges proportions. Cette cosmogonie anachronique est devenue nuisible à l’évolution et aux intérêts des musulmans, et appelle à une réforme urgente pour permettre à ces derniers de vivre parmi les autres nations et religions en paix et dans le respect mutuel. C’est en ce sens que je dis que l’enjeu n’est pas philosophique, théologique, esthétique, mais stratégique, historique, concret, réel et quotidien.

- Il y a eu des tentatives de réformes au 19ème siècle, notamment sous l’impulsion de Mohamed Abdou et Jamāl Al-Dīn Al-Afghani, qui ont toutes échoué. Comment expliquez-vous cet échec et que faut-il réformer en priorité?

En effet, depuis le XIXe siècle des courants d’idées réformateurs sont apparus dans le Moyen-Orient et la péninsule indienne. A l’époque, on pensait que l’homme musulman accusait du retard par rapport à l’Occident, mais sur le plan matériel, économique, technique et militaire seulement. En termes de « valeurs », on pensait être très largement pourvus et même supérieurs au reste du monde. On croyait qu’en revenant au passé prestigieux de l’islam, on redeviendrait les premiers de la classe. Là loge l’erreur, là s’est réfugié le diable depuis le Moyen-âge : ce n’est pas le musulman qu’il fallait réformer, comme l’ont cru al-Afghani, Abdou et les autres, mais le « ilm al-qadim » qui charrie dans son enseignement le microbe, le virus, le poison qui a conduit à la décadence de jadis et à l’islamisme d’aujourd’hui.
On n’obtient pas un homme nouveau avec des formules anciennes qui ont déjà à leur actif une décadence universelle. L’idée morte devient mortelle par la force des choses, elle est nocive car périmée, inadaptée, décalée, dépassée… C’est toute l’interprétation du Coran, des valeurs de l’islam, de l’ancienne théologie et du « fiqh » qu’il faut revoir de fond en comble, qu’il faut passer au scanner pour détecter le mal. Une fois fait, il faut commencer à élaguer, à réparer, à corriger, à rénover. On trouve des fondements à cette approche que j’ai préconisée l’an dernier dans une série de douze articles,  aussi bien dans le Coran que dans le hadith, surtout celui, bien connu, où le Prophète prédisait qu’au début de chaque siècle apparaîtrait une réforme du « din », de la religion islamique, précisait-il.
Faute d’un tel effort d’adaptation (une fois par siècle au moins), la vie des musulmans ne peut pas s’actualiser, demeurer vivante et vivace, elle ne pourrait que stagner et péricliter comme c’est le cas effectivement depuis huit siècles. Les réformateurs annoncés par le Prophète ne sont pas venus ou ont été empêchés, ou alors ils se sont trompés sur le sens de la réforme comme c’est le cas des « Nahdaouis » qui, après s’être escrimés pendant des décennies, ont fini par déposer les armes de la rhétorique et abandonné la « réforme de grammairiens » qu’ils menaient inconsciemment, comme disait Bennabi. Devant cet échec, la rue, le « fiqh de la rue » a pris la relève avec les fusils mitrailleurs, le sabre et les attentats-suicides.

- Une dernière question : quel regard portez-vous sur les musulmans qui résident en Occident et particulièrement en France? Peuvent-ils jouer un rôle dans la réforme de l’islam?

Vous me donnez là l’occasion d’examiner un fait concret qui démontre l’immense déficit entre la pensée islamique, traditionnelle et littéraliste, et le réel, entre les « maqacid » et les résultats pratiques d’attitudes rivées à une conception du monde révolue. Il fut une époque où le « ilm al-qadim » considérait qu’il était péché, « haram », pour un musulman de vivre en terre non-islamique. Aujourd’hui, aucun « alem » ne le soutiendrait publiquement tant les musulmans ont essaimé dans le monde pour mille et une raisons.
Mais le raisonnement est toujours valable car déduit d’une vieille jurisprudence. C’est à cette « norme » du droit islamique que s’est référé il y a quelques années un grand « alem » pour demander aux Palestiniens de quitter leur pays, au motif qu’il est régi par la loi judaïque, même si cette loi est laïque. Cet exemple illustre l’anachronisme de l’ancien « ilm » et éclaire le reste. On ne cherche pas à orienter les musulmans vers l’avenir, à les préparer à s’adapter au nouveau, à faire face à l’inconnu, à élaborer de nouvelles normes juridiques issues de la réouverture des portes de l’ijtihad, pour mettre en application un principe coranique cardinal (hukm ad-daroura, adaptation aux cas de force majeure), mais à les ramener au passé, à leur faire revivre le passé irrémédiablement dépassé.
Les musulmans d’Occident souffrent dans leur vie des incidences de l’islamisme et de son contrecoup, l’islamophobie, et ça ira crescendo jusqu’à leur rendre la vie impossible. Chaque attentat commis, ici où là, en fera des victimes collatérales, les blessant ou les tuant dans leur for intérieur. Le « ilm » en vigueur ne s’est pas réellement mobilisé pour dénoncer l’islamisme et son corollaire le terrorisme, pour les condamner et s’en distinguer, c’est à peine s’il fait la moue devant les outrances de l’islamisme ; il laisse flotter l’amalgame, les équivoques et les accointances, parce qu’en fait il ne peut pas se dresser contre l’islamisme, ils sont frères siamois.
On n’arrivera à les séparer qu’au terme d’une profonde réforme, d’une révolution intellectuelle et mentale pour laquelle les ulémas ne sont pas outillés, car ils ont été formatés pour enfoncer le clou du fanatisme, non pour l’enlever. Dans mes écrits où je prône une réforme de l’islam, de sa conception de l’univers, de Dieu, de la raison d’être de l’homme sur terre, de notre vision des autres, j’ai suggéré une méthode et un cadre pour mener cette réforme. Ce ne doit pas être l’œuvre d’individualités, quels que soient leurs titres ou leur réputation, mais d’acteurs souverains, je veux dire les Etats-membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), deuxième organisation en importance après l’ONU. Je reviendrai prochainement sur ce sujet avec une nouvelle série d’articles.
 
Propos recueillis par la rédaction d'Oumma
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 21:46 (2017)    Sujet du message: Fethi Benslama

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