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De l'islamisation de la cause palestinienne au complotisme antisioniste
 
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yacoub
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MessagePosté le: Jeu 21 Avr - 19:02 (2016)    Sujet du message: De l'islamisation de la cause palestinienne au complotisme antisioniste Répondre en citant

De l'islamisation de la cause palestinienne au complotisme antisioniste

 
FIGAROVOX/TRIBUNE - Pierre-André Taguieff estime qu'il existe aujourd'hui une islamisation croissante de la judéophobie et de la cause palestinienne. Il dénonce le complotisme anti-sioniste.




Pierre-André Taguieff est philosophe, politologue et historien des idées. Il est directeur de recherche au CNRS, rattaché au Centre de recherches politiques de Sciences Po. Il est notamment l'auteur de Une France antijuive? Regards sur la nouvelle configuration judéophobe. Antisionisme, propalestinisme, islamisme, Paris, CNRS Éditions, 2015 et L'Antisémitisme, Paris, PUF, coll. «Que sais-je?», 2015


Pour comprendre comment s'est fabriquée, au cours de la période post-nazie, une nouvelle configuration antijuive dans une Europe professant le respect inconditionnel des droits humains, il faut procéder à quelques détours historiques et géographiques, bref sortir à la fois de l'histoire européenne et de l'actualité la plus récente. Dans cette recherche, le fil rouge est constitué par l'islamisation croissante de la judéophobie, à travers la place toujours croissante occupée par la «cause palestinienne» dans le nouvel imaginaire antijuif partagé désormais par les musulmans et les non-musulmans. La «cause palestinienne» s'est ainsi transformée en cause arabo-islamique, comme par un retour à ses origines (les années 1920 et 1930), mais avec un point de fixation construit comme un mythe répulsif: le «sionisme», entité diabolisée érigée en ennemi universel (le «sionisme mondial»), et Israël, l'État jugé absolument illégitime et voué à la destruction. La réislamisation de la «cause palestinienne», dans le contexte d'une montée en puissance de l'islamisme dans le monde depuis les années 1990, a joué un rôle déterminant dans la production de la nouvelle judéophobie globalisée.
Dans ce cadre, de vieilles accusations antijuives transmises par la tradition musulmane ont été réactivées et mises au premier plan. Il en va ainsi du célèbre hadîth du rocher et de l'arbre, qu'on trouve cité dans la Charte du Hamas:
«Ainsi, bien que les épisodes soient séparés les uns des autres, la continuité du jihad se trouvant brisée par les obstacles placés par ceux qui relèvent de la constellation du sionisme, le Mouvement de la Résistance Islamique [Hamas] aspire à l'accomplissement de la promesse de Dieu, quel que soit le temps nécessaire. L'Apôtre de Dieu - que Dieu Lui donne bénédiction et paix - a dit: “L'Heure ne viendra pas avant que les musulmans n'aient combattu les Juifs (c'est-à-dire que les musulmans ne les aient tués), avant que les Juifs ne se fussent cachés derrière les pierres et les arbres et que les pierres et les arbres eussent dit: ‘Musulman, serviteur de Dieu! Un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le.' Un seul arbre aura fait exception, le gharqad [sorte d'épineux] qui est un arbre des Juifs” (hadîth rapporté par al-Bukhâri et par Muslim).»
Citation:
Dans la propagande « antisioniste » sont recyclées aussi les accusations de meurtre des prophètes, de falsification des livres saints, de propension juive à mentir et à semer la corruption et la guerre civile.


Dans la propagande «antisioniste» sont recyclées aussi les accusations de meurtre des prophètes, de falsification des livres saints, de propension juive à mentir et à semer la corruption et la guerre civile. D'où les stéréotypes négatifs indéfiniment exploités: les Juifs seraient fourbes et traîtres (en référence aux démêlés entre le Prophète et les Juifs de Médine), cupides et cruels, ennemis de Dieu et de l'humanité, corrompus et corrupteurs.
Mais il ne faut pas oublier pour autant le phénomène de transfert culturel des thèmes antijuifs européens au sein du monde arabo-musulman qui, commencé à la fin du XIXe siècle, a pris une ampleur croissante au Proche-Orient à l'occasion de la lutte engagée par les Arabes contre le sionisme aux lendemains de la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917. Le refus arabo-musulman de la création d'un «foyer national juif» en Palestine a été immédiat, et s'est idéologisé par recours à des stéréotypes et à des thèmes d'accusation empruntés au corpus de l'antisémitisme européen. C'est le cas pour la légende du «meurtre rituel», le mythe du «complot juif mondial» ou l'accusation plus récente de «racisme», qui alimente depuis les années 1970 la «nazification» d'Israël et du sionisme. En raison de ces investissements symboliques, le modèle ordinaire du conflit israélo-palestinienne, en tant que conflit strictement politique et territorial, s'avère trompeur. Le conflit ne saurait se réduire au simple choc de deux nationalismes rivaux, impliquant des conflits de légitimité plus ou moins surmontables. Qu'on le veuille ou non, il tend à prendre la figure d'un conflit judéo-musulman.
Comme l'ont montré un certain nombre d'études historiques, le premier moment du processus de transformation du vieil antisémitisme européen en judéophobie antisioniste dotée d'un sens politique se situe dans l'entre-deux-guerres, et plus particulièrement au cours des années 1930, quand la thématique antijuive christiano-européenne est entrée en synthèse avec l'antijudaïsme théologico-religieux musulman. C'est alors que les Frères musulmans dirigés par Hassan al-Banna, le «Grand Mufti» de Jérusalem Haj Amin al-Husseini et plusieurs leaders arabes, tel l'Irakien Rachid Ali al-Gaylani, entrèrent en contact avec les nazis, avant de nouer certaines alliances qui se dévoilèrent pleinement durant la Seconde Guerre mondiale.
Citation:
La hantise des Arabes musulmans tourne alors autour de la transformation de la mosquée Al-Aqsa en synagogue, rumeur qui, depuis le début des années 1920 et sous diverses formulations, n'a cessé de provoquer émeutes, pogroms ou affrontements sanglants.


L'importation de l'antisémitisme européen dans le monde arabo-musulman, marqué notamment par la première diffusion des Protocoles des Sages de Sion et de sa thématique conspirationniste au Proche-Orient, a pris une importance politique à partir du début des années 1920, lorsque des idéologues du panarabisme et du panislamisme ont associé la question palestinienne à la menace indistinctement «juive» et «sioniste» pesant sur les Lieux saints de l'islam. La hantise des Arabes musulmans tourne alors autour de la transformation de la mosquée Al-Aqsa en synagogue, rumeur qui, depuis le début des années 1920 et sous diverses formulations, n'a cessé de provoquer émeutes, pogroms ou affrontements sanglants. Cette accusation mensongère portée par le slogan «Al-Aqsa est en danger», lancé et exploité par le «Grand Mufti» de Jérusalem, a été à l'origine de la seconde Intifada, avant de revenir à l'automne 2015 pour justifier une nouvelle vague d'attaques terroristes contre des Israéliens. À la dénonciation de l'«occupation» de Jérusalem («al-Quds» ou «al-Qods»), où se trouve le troisième Lieu saint de l'islam, s'ajoute celle de la «judaïsation» de la ville supposée musulmane. La version actualisée du slogan islamiste est désormais «Par le sang on reprendra Al-Aqsa», formule mobilisatrice allant de pair avec le cri «Allahou akbar». L'islamisation de la «cause palestinienne» a atteint un point de non-retour. La multiplication des attaques palestiniennes contre des Israéliens donne à penser qu'une troisième Intifada est sur le point de se déclencher. C'est dans ce contexte que nombre de leaders palestiniens poussent à une radicalisation de l'Intifada commençante. Début mars 2016, Abou Ahmad Fouad, secrétaire général adjoint du FPLP, s'est félicité de l'aide iranienne aux familles des Palestiniens «candidats au martyre»: «Ces capacités et cette aide entraîneront une escalade de l'Intifada. Oui. Et c'est ce que nous voulons. (…) Le candidat au martyre doit savoir qu'on s'occupera de sa famille. (…) Ce soutien aidera ces gens à continuer le combat et les sacrifices.»
L'annexion islamo-arabe symbolique du Mont du Temple représente la dernière instrumentalisation palestinienne réussie de la question de Jérusalem. Le comité directeur de l'Unesco, réuni à Paris, a adopté le 12 avril 2016 une résolution proposée par l'Autorité Palestinienne stipulant qu'il n'y a aucun lien religieux entre le peuple juif et le Mont du Temple ainsi que le Mur occidental (le Mur des lamentations). La résolution se réfère au Mont du Temple comme à un site exclusivement musulman, connu sous le nom de «l'esplanade des Mosquées». Le texte, présenté conjointement par l'Algérie, l'Égypte, le Liban, le Maroc, le royaume d'Oman, le Qatar et le Soudan, accuse l'État juif de profaner la mosquée Al-Aqsa et de creuser de «fausses tombes juives» dans les cimetières musulmans de Jérusalem. Avec l'Espagne, la Slovénie, la Suède et la Russie, la France a voté en faveur de ce grossier texte de propagande. Il relance une accusation sloganique bien connue: celle de la «judaïsation» et de l'«israélisation» de Jérusalem, thème privilégié de la nouvelle propagande «antisioniste». L'accusation était ainsi formulée le 31 mars 2016 par un journaliste militant de la «cause palestinienne», Mohamed Salmawy:
«Où en est l'Unesco des agressions sur le patrimoine architectural et religieux de la ville sainte de Jérusalem? La judaïsation et l'israélisation de tout ce qui est arabe et musulman ont commencé à susciter la colère de l'opinion publique mondiale de manière générale. D'ailleurs, nombreuses sont les déclarations qui ont été émises de parties connues pour leur alignement aveugle sur Israël, exprimant leur rejet des agressions israéliennes sur les lieux sacrés à Jérusalem, en plus du sanctuaire d'Abraham (le Caveau des patriarches).»
Le 21 octobre 2015, l'Unesco avait classé le Caveau des patriarches et la Tombe de Rachel, deux lieux saints juifs en Israël, comme des sites musulmans de l'État palestinien.
Citation:
Cette rumeur persistante d'un complot juif pour détruire l'un des Lieux saints de l'islam explique la centralité et la récurrence de la question de Jérusalem dans le conflit politico-religieux opposant Juifs et Palestiniens musulmans.


Cette rumeur persistante d'un complot juif pour détruire l'un des Lieux saints de l'islam explique la centralité et la récurrence de la question de Jérusalem dans le conflit politico-religieux opposant Juifs et Palestiniens musulmans. Elle présente l'avantage, pour la propagande palestinienne et ses variantes islamistes, de provoquer mécaniquement la sympathie et la solidarité de tous les musulmans, qu'ils soient sunnites ou chiites, et de les conduire à s'engager «sur le chemin du jihad» pour la défense d'Al-Aqsa. Les islamistes radicaux ont intégré depuis longtemps le thème d'accusation dans leur discours de propagande pour nourrir un antisionisme radical et démonologique puissamment mobilisateur. À la mobilisation des islamistes et des cercles de leurs sympathisants (des passifs aux complices) s'ajoute la mobilisation de divers milieux politiques, allant des gauches radicales à la plupart des groupes néofascistes ou néonazis, en faveur de la «cause palestinienne», sur la base d'une diabolisation du «sionisme» et d'Israël.
L'islamisation de la «cause palestinienne» est en accélération continue depuis la création du Hamas en décembre 1987, qui lui a donné une figure organisationnelle. Faut-il rappeler l'article 13 de la Charte du Hamas, rendue publique le 18 août 1988? «Il n'y aura de solution à la cause palestinienne que par le jihad.» Cette islamisation jihadiste a pour effet de transformer un conflit politique et territorial en une guerre sans fin, alimentée par des passions ethnico-religieuses interdisant la recherche du compromis qui seul peut garantir une paix non précaire entre Juifs et Palestiniens (et plus largement États arabo-musulmans).
Après des années de rêveries tiers-mondistes, anti-israéliennes et américanophobes, les intellectuels français ont été brutalement confrontés à la réalité historique par les attaques du 11-Septembre, les massacres commis au nom de l'islam en Syrie et en Irak ou les attentats parisiens de janvier 2015 et de novembre 2016. Ce réveil brutal a conduit certains d'entre eux à nier, minimiser ou relativiser les faits ne s'inscrivant pas dans leur horizon d'attente. D'où une dérive conspirationniste. Si le spectacle du monde n'illustre pas le tableau qu'on s'en fait, s'il va jusqu'à le contredire, alors la tentation est grande de recourir aux «théories du complot», qui présentent l'avantage de paraître expliquer ce qu'on ne peut expliquer et de préserver ainsi les dogmes idéologiques et leur apparence cohérence. Les négateurs des attaques du 11-Septembre avaient montré la voie.
Les conspirationnistes d'aujourd'hui appliquent les mêmes schèmes interprétatifs aux événements qui dérangent ou contredisent leur vision du monde. Ils imputent par exemple l'apparition de Daech à un vaste complot «sioniste» visant à affaiblir les États arabes et à mettre en difficulté l'Iran. Ou bien ils suggèrent que les attentats meurtriers de janvier ou de novembre 2015 sont le résultat de manipulations de services secrets, où le Mossad est toujours bien placé. Dans les nouveaux récits complotistes, les intérêts prêtés aux «sionistes» fonctionnent comme les «intérêts de classe» dans la vulgate marxiste ou les «intérêts de race» dans les doctrines racistes classiques. Les «antisionistes» qui se réclament de l'antiracisme réinventent ainsi un mode d'accusation proprement raciste.
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MessagePosté le: Jeu 21 Avr - 19:02 (2016)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mar 26 Avr - 17:37 (2016)    Sujet du message: De l'islamisation de la cause palestinienne au complotisme antisioniste Répondre en citant

http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/terrorisme/video-13h15-antisemitisme-la-haine-des-juifs-a-ete-scandee-dans-les-rues-de-paris_1272191.html

Les agressions physiques ou verbales contre des Français juifs sont en nette hausse, selon le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme. Et si la parole antisémite s'est libérée sur internet, elle s'est aussi exprimée au cœur de Paris en 2014. Extrait de "13h15 le dimanche" du 17 janvier.




Au consistoire de Paris, le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme recense chaque jour les actes antisémites commis en France. Sylvain Zenouda, un ancien commandant de police à la tête de cette association, montre diverses photos d'exactions perpétrées contre des juifs : croix gammées dessinées sur la peau, tabassages, voitures vandalisées…

"On est passé de 300 ou 400 agressions par an, je ne parle pas seulement d'agressions physiques, mais aussi verbales, ou des tags, à pratiquement 1 000 dans l'année, détaille-t-il. On a parfois eu des baisses, mais cela est remonté… Ça monte souvent quand il y a des événements extérieurs dans le monde, mais maintenant, c'est un leitmotiv : on n'aime pas les juifs, on leur dit et on leur fait peur."

"Comment va-t-on pouvoir passer les vingt prochaines années ?"

Pour Sylvain Zenouda, la parole antisémite s'est libérée sur la Toile, mais aussi dans la rue, comme lors de la manifestation "Jour de colère" le 26 janvier 2014. Ce jour-là, des manifestants d'extrême droite et des catholiques intégristes ont scandé leur haine des juifs dans les rues de Paris !

"Le coup est parti ! C'est maintenant un phénomène de société fondamental, analyse Sylvain Zenouda. Comment va-t-on pouvoir passer les vingt prochaines années ? Vers quoi va-t-on se diriger ? Il faut qu'il y ait un raidissement de la part de tous ceux qui ont la capacité de rappeler ce que doit être la France. Celle des libertés, ouverte à tous, qui réfléchit, a une culture… C'est cela qu'il faut faire passer."
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MessagePosté le: Jeu 1 Déc - 17:12 (2016)    Sujet du message: De l'islamisation de la cause palestinienne au complotisme antisioniste Répondre en citant

Judaïsme, sionisme et fantasmes
par Alain Gresh, 19 novembre 2006


Judaïsme, sionisme et fantasmes
 
Judaïsme, sionisme et fantasmes (I)
La discussion autour sur le judaïsme et le sionisme semble soulever bien des fantasmes. Tout rationalisme est mis de côté et on échange volontiers insultes et noms d’oiseaux, y compris sur ce blog. Pourtant, le débat mérite d’être mené de manière rationnelle, loin des schématisations. Certains confondent judaïsme et sionisme, d’autres camouflent leur antisémitisme derrière l’antisionisme, d’autres encore considèrent que toute critique du sionisme est un antisémitisme déguisé. Pour essayer de mettre les choses au point (en tous les cas pour donner "mon point de vue"), je publie ci-dessous un extrait de mon livre Israël-Palestine. Vérités sur un conflit (Hachette, 2004) ; je publierai la suite dans un prochain envoi (mais si vous ne pouvez pas attendre, achetez le livre :-)
« Faisons une pause dans ce survol de l’histoire. J’ai évoqué, dans le précédent chapitre, les juifs et le début du mouvement sioniste. Pour aller plus loin, il faut répondre à deux interrogations simples, au moins en apparence. Qui le terme de juif désigne-t-il ? D’autre part, les juifs forment-ils une nation ?
Commençons par la première question. Le 5 juillet 1950, le Parlement israélien adoptait la « loi du retour ». Elle stipulait que « tout juif a le droit d’immigrer dans le pays ». David Ben Gourion, le premier ministre, commentait : « Ce n’est pas l’Etat qui accorde aux juifs de l’étranger le droit d’installation, mais ce droit est en chaque juif dans la mesure où il est juif ». Mais comment « mesurer » la judaïté ? Il fallut attendre 1970 pour que la Cour suprême tente une sentence : est juif qui est né d’une mère juive, ou s’est converti au judaïsme et n’appartient pas à une autre religion. Cet arrêt n’a pas mis fin aux controverses : les conversions posent problème, celles réalisées par les rabbins conservateurs ou libéraux ne sont pas reconnues par le rabbinat orthodoxe d’Israël. D’autre part, où classer les athées ? Et comment définit-on « une mère juive » ? Pour reprendre une boutade humoristique, pour devenir une mère juive, on n’a besoin ni d’être mère, ni d’être juive… Plus sérieusement, nous savons que sur les centaines de milliers d’anciens citoyens de l’Union soviétique installés en Israël depuis les années 1980, plus d’un tiers, n’entretient aucune relation avec le judaïsme. De nationalité israélienne, ils servent pourtant dans l’armée, même si le rabbinat peut, comme lors de l’attentat contre le dancing de Tel-Aviv (juin 2001), refuser l’enterrement en « terre sainte » à certains de ces « juifs incertains ». »

« Les antisémites n’ont pas mieux réussi dans l’exercice risqué de la définition. En septembre 1935, les nazis avaient adopté les lois de Nuremberg, expression de leur vision raciale et délirante de l’humanité. Elles définissaient comme juifs ceux dont trois ou quatre grands-parents sont juifs. Sont désignés comme « métis juif » de premier degré, ceux qui ont deux grands-parents de sang allemand et deux de sang juif ; s’ils appartiennent à la religion juive ou sont intégrés à la communauté juive, notamment par mariage, ils sont considérés comme juifs. Les métis de second degré ont trois grands-parents allemands et un de sang juif ; ils peuvent devenir citoyens du Reich. Mais comment détecter le « sang juif » ? Dans les faits, les nazis, adeptes des théories raciales, oscillèrent dans leur recherche de « signes distinctifs », firent souvent prévaloir une détermination religieuse, mais prirent en compte parfois la circoncision, quelque fois le nom, etc. La « version française » de cette loi (statut des juifs du 3 octobre 1940) affirme que sont de « race juive » ceux ayant « appartenu à la religion juive ».
Hannah Arendt, la philosophe allemande, elle-même juive, avait dressé, dans une lettre de 1961 à son mari, un parallèle dévastateur, qui la brouilla avec quelques uns de ses amis israéliens, entre les lois de Nuremberg et celle de l’« Etat juif ». Elle relate un dîner avec Golda Meir, la ministre des affaires étrangères israélienne : « Nous nous sommes disputées jusqu’à une heure du matin (…) Au fond, surtout, la question de la Constitution, de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, des mariages mixtes ou plus exactement de ces lois de Nuremberg qui existent actuellement et qui sont en partie vraiment monstrueuses. » Du danger de creuser une ligne de démarcation entre les juifs et les Autres, de faire des juifs une entité à part... »

« Pendant que j’écrivais ces lignes, j’ai appris la mort d’un ami très cher. Chehata Haroun était égyptien et juif. Très jeune, dans les années 1940, cet avocat avait rejoint le combat communiste. Il refusa obstinément d’émigrer vers Israël ou vers l’Europe, comme le firent la plupart de ses coreligionnaires. Sur sa tombe, on a lu ces quelques lignes qu’il avait rédigées : « Chaque être humain a plusieurs identités. Je suis un être humain. Je suis Egyptien lorsque les Egyptiens sont opprimés. Je suis Noir lorsque les Noirs sont opprimés. Je suis juif lorsque les juifs sont opprimés et je suis Palestinien lorsque les Palestiniens sont opprimés. » Il déclinait toute appartenance « étroite », toute assignation à une identité figée, excluante. Il mena dans son pays un combat rude, parfois douloureux. Il fut arrêté à plusieurs reprises comme communiste mais aussi comme juif et « donc » comme agent potentiel d’Israël. Il suscita même parfois la méfiance de certains de ses propres camarades de gauche, incapables de faire la différence entre « juif » et « sioniste ». »
« Gardons-nous donc des classifications et des logiques philosophiques qui les nourrissent. Maxime Rodinson, un éminent orientaliste a tenté d’éclairer les ténèbres de l’obscurantisme, dans l’introduction à son ouvrage, « Peuple juif ou problème juif ? ». Il peint les quatre groupes distincts que recouvre le terme « juif ». D’abord les fidèles d’une religion nettement définie - on dit juif comme on dirait musulman ou chrétien. Un deuxième groupe est constitué par les descendants des membres de cette religion, désormais athées ou déistes, mais qui se regardent comme appartenant à une sorte de « communauté ethnico-nationale » ou même à un peuple. Troisième catégorie, ceux qui ont rejeté les liens aussi bien religieux que communautaires, mais que les autres considèrent, au moins à certains moments, comme juifs. Dernière catégorie, la plus insolite, celle que l’écrivain Roger Peyrefitte baptisait joliment les « juifs inconnus », ceux dont l’ascendance juive est ignorée par les autres et par eux-mêmes.
Les juifs composent donc un ensemble hétérogène, qui ne se laisse pas capturer facilement. Ils diffèrent donc en partie de l’ensemble « chrétien » ou « musulman », et pas seulement parce qu’ils furent, j’y reviendrai, partout minoritaires. Forment-ils pour autant une « nation » ? Pour le mouvement sioniste, la réponse va de soi : les juifs sont inassimilables par les peuples parmi lesquels ils vivent, ils aspireraient depuis deux mille ans à retourner en Palestine d’où ils ont été chassés. Pourquoi alors cette ambition ne s’est-elle pas manifestée en termes politiques avant le XIXème siècle ? Le sionisme élude la question, qui a pourtant le mérite d’inscrire les juifs dans l’histoire concrète et non dans le ciel des idées. »

Révélation de Seymour Hersh sur le programme nucléaire iranien.
Le journaliste américain Seymour Hersh publie une importante information dans un article à paraître dans The New Yorker, « The Next Act » (le prochain acte) un article daté du 27 novembre, sur les intentions de l’administration américaine à l’égard de l’Iran. C’est lui qui avait déjà publié sur les risques de guerre contre l’Iran.
La volonté du gouvernement américain d’attaquer l’Iran a été rendue « bien plus compliquée » ces derniers mois par un rapport ultra-secret de la CIA mettant en cause les croyances de la Maison Blanche sur la bombe iranienne. « La CIA n’a trouvé aucune preuve d’un programme secret d’armes nucléaires parallèle au programme civil », écrit Hersh. Mais cela suffira-t-il à dissuader George W. Bush ? Sur les différentes estimations concernant la bombe iranienne, on pourra lira Quand l’Iran aura-t-il l’arme nucléaire ?
Trosième guerre mondiale
.
Le quotidien Haaretz rapporte sur son site les propos du général américain John Abouzeid, le commandant en chef du Commandement central des forces américaines (Centcom), les forces armées américaines au Proche-Orient, qui a comparé l’émergence des idéologies militantes comme celle qui est derrière Al-Qaida à la montée du fascisme en Europe dans les années 1920-1930 qui ont créé les conditions de la seconde guerre mondiale : « Si nous n’avons pas le cran pour affronter l’idéologie islamiste, nous serons demain dans une troisième guerre mondiale. », a-t-il affirmé dans un discours intitulé « The Long War » (la longue guerre), prononcé à la Kennedy School of Government (Université de Harvard, Cambridge). Ce terme de longue guerre, il l’a lui-même inventé.
Débat sur le foulard en Egypte
.
Le ministre de la culture égyptien Farouk Hosni vient de déclarer que le port du foulard était une « régression » pour les femmes. Ses propos ont soulevé l’indignation de quatre-vingt députés (de toutes les formations, aussi bien du parti gouvernemental que des Frères musulmans), qui ont demandé la démission du ministre. Le débat sur cette question s’illustre aussi au cinéma comme le montre l’intéressant article « Egypte : de la difficulté du hijab au cinéma », de Daikha Dridi, publié sur le beau site BabelMed, le site des cultures méditerranéennes. « Elle s’appelle Amira (princesse en arabe). C’est une solitaire, couverte de la tête aux pieds dans un monde où ne circulent que des décolletés trop généreux, des nuques et des épaules dévoilées et des cuisses sous des jupes plus mini que mini. Amira est néanmoins grande et belle, elle a le regard réservé et le sourire timide, elle préfère les livres (religieux) aux clips vidéos que ses deux sœurs dévorent goulûment, mais c’est elle l’héroïne du film et c’est elle que préfère le beau brun sexy et branché, heureux en affaires comme en amour.
C’est donc fait, le hijab a fini par faire son apparition sur les écrans des cinémas du Caire et le premier film qui campe une héroïne en hijab s’appelle "Kamel el Awsaf" (Aspects Parfaits) sorti avec la vague de nouveautés qui suivent traditionnellement les fêtes de l’Aïd en Egypte. »


Alain Gresh







Judaïsme, sionisme et fantasmes (II)
par Alain Gresh, 23 novembre 2006

Judaïsme, sionisme et fantasmes (II)
Je poursuis la publication de ce texte paru dans mon livre Israël-Palestine, vérités sur un conflit (Hachette)
« Pendant le Moyen Age, le terme de nation se comprend à partir de son étymologie, « nasci » (naître) : un ensemble d’individus nés dans un même lieu et à qui on attribue une origine commune. Ce mot, explique l’historienne Suzanne Citron, « pouvait aussi désigner une communauté de religion. Jusqu’à la Révolution on parlait, en France, de la ‘nation juive’ (…) La langue, la religion, sont, parmi d’autres, des éléments de l’identité collective que les anthropologues désignent aujourd’hui par le mot « culture ». La « nation » au sens ancien était donc avant tout culturelle. » Cette dimension ethnico-religieuse subsiste encore en Europe de l’Est et balkanique ou au Proche-Orient. »
« La Révolution française marque l’émergence de la nation moderne, fondée sur un ensemble de données permanentes et stables au cours des siècles : communauté de territoire, de langue, d’histoire, de culture. Ernest Renan, un des intellectuels les plus brillants de la Troisième République, dans une conférence célèbre prononcée à la Sorbonne le 26 mars 1882 et intitulée « Qu’est-ce qu’une nation ? », répondait : « Une nation est une âme, un principe spirituel. C’est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouement ; avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent, avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple ». Cette volonté commune s’exprime par la participation politique des citoyens dans un cadre unique, l’Etat. »
« Aucun critère « scientifique » ne permet d’établir si une communauté de personnes forme une nation. Qu’en est-il des Corses ? Ou des Bretons ? Ou des Basques ? On ne sait pas définir une nation, remarque l’historien britannique Eric Hobsbawm, mais on sait repérer les mouvements nationalistes. Certains de ces mouvements réussissent, d’autres échouent. Dans le premier cas, la nation se consolide autour de l’Etat ; dans le second cas, elle se dissout, s’intègre à l’ensemble dominant, ou quelquefois résiste, comme dans le cas kurde. »
« Car, le plus souvent, la nation a eu besoin de l’Etat pour se réaliser pleinement, cet Etat qui unifie le marché national, éradique les particularismes, assure la loyauté de ses citoyens. Pour consolider un consentement des citoyens, souvent fragile au départ, l’Etat impose aussi une « histoire officielle » remontant aux « origines ». Vercingétorix fut « inventé » par la IIIème République en quête de légitimation, la Roumanie de Nicolae Ceausescu se voulait descendante des Daces, une peuplade indo-européenne, des dirigeants de l’ex-Yougoslavie ont couvert leurs folles ambitions par des mythes historiques souvent grotesques. Malgré ces prétentions à l’éternité, les nations sont, répétons-le, des créations modernes, dont la préhistoire est plus souvent imaginée que réelle.
Existe-t-il donc un ensemble cohérent juif ayant traversé l’histoire ? Y-a-t-il un rapport entre les juifs du royaume de Salomon au Xe siècle avant Jésus-Christ, ceux de Palestine au temps de l’empire romain, ceux vivant dans les ghettos de l’empire tsariste, ceux d’Israël aujourd’hui ? Les juifs n’ont été, au cours des deux derniers millénaires, ni liés par le territoire, ni par la langue - la plupart adoptent le parler local, l’hébreu étant limité aux cérémonies religieuses -, ni par l’histoire - les trajectoires des juifs au Maroc ou en France ne sont en rien parallèles -, ni par les coutumes – les juifs ont embrassé les coutumes locales (en Iran, jusqu’à aujourd’hui, ils se déchaussent en entrant dans les synagogues. En Europe de l’Est et en Russie aux XVIIIe et XIXe siècles, en revanche, ils acquerront, ainsi que nous le verrons, des caractéristiques quasi nationales. »

« A l’origine de l’histoire juive, un des textes les plus sacrés de l’humanité, la Bible, l’Ancien testament pour les chrétiens. Il retrace la légende des Hébreux et de leur ancêtre, Abraham, un berger nomade de Mésopotamie. « Le Seigneur dit à Abraham : Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir. Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. » (Genèse). Abraham s’installe à Sichem, une localité connue aujourd’hui sous le nom de Naplouse. Puis les Hébreux sont amenés en esclavage en Egypte. Moïse, sauvé des eaux par la fille du pharaon et prince d’Egypte les arrache à leur joug. Ils s’enfuient vers le XIVème siècle avant J.-C., errent dans le Sinaï où Moïse reçoit de Dieu les Dix commandements. Certaines études prétendent, comme le fait d’ailleurs Sigmund Freud dans plusieurs textes sur Moïse, que ses partisans n’étaient autres que des fidèles d’Akhenaton, le pharaon qui instaura le culte d’Aton, le Dieu unique. On discerne une similitude entre l’hymne d’Akhenaton au Dieu Soleil et le psaume 104 de la Bible, qui commence par « Bénis le Seigneur, ô mon âme », qui tous deux décrivent les bienfaits de la divinité. »
« Après avoir erré dans le désert, les Hébreux s’installent en Palestine, la terre promise par Dieu. Des royaumes s’édifient, notamment ceux de Saül, David, et Salomon, autour du Xè siècle avant J.-C.. Dans la nouvelle capitale, Jérusalem, s’élève le Temple, un sanctuaire majestueux à la gloire de Dieu. En juin-juillet 587 avant J.-C., Nabuchodonosor, souverain de Babylone, la conquiert et détruit le Temple ; nombre de juifs sont amenés en esclavage, avant d’être autorisés, en 537, sous le règne de Cyrus, à rentrer et à reconstruire le Temple. Jusque là, je le répète, nous baignons profondément dans la légende, même si elle reste « parole sacrée » dans l’enseignement en Israël. Selon l’un des plus éminents archéologues israéliens, Israël Finkelstein, « les Hébreux n’ont jamais été en Egypte, ils n’ont pas erré dans le désert, ils n’ont pas conquis la terre promise. Les royaumes de David et de Salomon décrits dans la Bible comme des puissances régionales n’étaient que de petits royaumes tribaux ».
Les Romains conquièrent la Palestine au Ier siècle avant J.-C.. Durant l’année 70 après J.-C., Titus mène campagne contre les juifs révoltés contre Rome, et s’empare de Jérusalem. Il essaie de s’opposer à la destruction du Temple, mais ses ordres ne seront pas suivis, comme Flavius Josèphe, historien juif rallié à Titus, l’enregistre dans « La Guerre des juifs » : « Ni l’exhortation, ni la menace ne retenaient l’élan des légions qui avançaient ; tous se laissaient conduire par la seule colère. » A la suite d’une autre insurrection matée par Hadrien, soixante ans plus tard, Jérusalem sera interdite aux juifs, qui ne seront cependant pas chassés de Palestine. L’exil des juifs, leur diaspora, a commencé bien avant. Dès le premier siècle avant J.-C., on les retrouve dans tous les comptoirs de la Méditerranée occidentale. Ils constituent un tiers de la population d’Alexandrie. Beaucoup de ces communautés disparaîtront au cours de l’histoire, se fondant dans les populations locales. »

« Le triomphe du christianisme, à l’origine une simple faction juive, puis la conversion de l’empereur, et donc de l’empire, romain inaugurent une ère distincte. Les juifs se retrouvent partout minoritaires, sauf entre le Caucase et la Volga, dans l’empire des Khazars, peuple d’origine incertaine, dont la classe dirigeante embrasse le judaïsme au VIIIème ou au IXème siècle. La condition des juifs varie au cours des siècles, en fonction des pays, des circonstances, des alliances, la judéophobie aussi : elle ne fut ni permanente, ni universelle. En Europe, jusqu’au XIème siècle, les juifs vivent au milieu de la population, sans ségrégation et sans assignation professionnelle. Ce n’est qu’à partir des Croisades qu’un certain nombre de professions ainsi que la possession de terres leur fut progressivement interdit et certains se reconvertirent dans l’usure et le commerce international, commerce favorisé par les contacts entre membres de la diaspora. Cette spécialisation dans des fonctions susceptibles d’attiser haines et convoitises en fait des boucs émissaires commodes pour les gouvernants. L’affirmation d’un fondamentalisme religieux catholique excite les persécuteurs. A partir de 1492, après la reconquête des royaumes musulmans d’Espagne, les juifs sont expulsés de la péninsule ibérique. Nombre d’entre eux trouvent refuge dans l’empire ottoman, notamment à Constantinople. »
« Car l’islam fut souvent plus tolérant. Pas toujours : les pouvoirs musulmans peuvent aussi, en période de troubles, utiliser les juifs comme boucs émissaires, comme ce fut le cas à Grenade en 1066 ou au Maroc en 1790. On trouve dans le Coran de nombreuses références aux juifs. Elles fluctuent en fonction des alliances que le prophète Mahomet, exilé à Médine, tisse avec les tribus arabes juives (oui, il existait, et il existe des Arabes juifs) de la ville. Au départ, elles sont positives, mais vont s’infléchir au fur et à mesure que Mahomet assoit son pouvoir et qu’il entre en opposition avec ces tribus, qui refusent de se convertir à la nouvelle foi. Selon les périodes, les autorités musulmanes mirent en avant la face ouverte ou la face fermée des textes sacrés. Avec, dans l’ensemble, jusqu’au XVIIIème siècle au moins, un bilan beaucoup plus positif que celui des empires chrétiens. »
« Pourquoi ces très diverses « entités juives » résistent-t-elle durant des siècles, pourquoi la majorité des juifs ne sont-ils pas assimilés par la société dominante ? Maxime Rodinson insiste sur l’importance « du caractère pluraliste de ces sociétés, [sur] l’insuffisance des forces unificatrices, [sur le] manque d’incitation véritable de l’idéologie prépondérante dans l’Etat à pousser le totalitarisme jusqu’à la destruction des idéologies rivales ». Surtout si elles ne posent pas, comme le protestantisme en France au XVIè siècle, une menace politique au pouvoir. Le relatif quiétisme juif joue donc en faveur du maintien du groupe. Jusqu’à la création de l’Etat-nation moderne, de nombreux particularismes perdurent, aussi bien régionaux que linguistiques ou religieux. »
« La Révolution française va changer la donne. L’unification des nations s’accélère par la création d’un Etat fort et d’une économie intégrée, par l’affirmation d’un nationalisme moderne. Désormais, en Europe de l’Ouest au moins, les « communautés », religieuses ou régionales, tendent à se dissoudre, à perdre leurs caractéristiques - ce qui n’est pas le cas, jusqu’à aujourd’hui, dans le monde musulman, où l’individu est défini par l’appartenance à une communauté religieuse. L’émancipation des juifs français par l’Assemblée constituante le 27 septembre 1791 favorise cette évolution. « La France est notre Palestine, écrit l’un d’eux, ses montagnes sont notre Sion, ses fleuves sont notre Jourdain. Buvons l’eau de ses sources, c’est l’eau de la liberté. » Persiste pourtant une hostilité catholique contre le « peuple déicide » (celui qui aurait crucifié Jésus-Christ).
La tendance à l’assimilation sera contredite par l’émergence d’une nouvelle forme de l’animosité à l’égard des juifs, l’antisémitisme, terme inventé en 1873, et par le développement parallèle du mouvement sioniste. Cette hostilité sera nourrie par l’invention, au XIXème siècle, d’une nouvelle « science », celle des races. Une frénésie de « classification » des peuples s’empare du monde scientifique et intellectuel, et qui dit classification dit hiérarchisation. Elle sert de justification à l’aventure coloniale et à la nécessaire domination des Blancs. Jules Ferry expliquait en 1885 : « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le droit de civiliser les races inférieures. » Jusque dans les années 1930, dans la France républicaine et en Europe, les zoos humains représentent une attraction recherchée : on y exhibe des peuplades primitives. Les bons citoyens accourent pour découvrir ce que la grande presse qualifie alors de « bande d’animaux exotiques, accompagnés par des individus non moins singuliers ». Entre 1877 et 1912, une trentaine d’« exhibitions ethnologiques » de ce type se déroulent au Jardin zoologique d’acclimatation, à Paris, avec un constant succès. »

« Les juifs seront victimes des mêmes doctrines, de la même science des races : ainsi, les Aryens et les Sémites formeraient deux groupes de peuples, qui auraient été à l’origine de la civilisation et se livreraient depuis une lutte farouche. L’antisémitisme s’appuie sur cette vision pour justifier son hostilité à l’égard des sémites. Ce mépris s’enracine aussi dans le regain de nationalisme qui balaie l’Europe en cette fin du XIXè siècle et qui s’accompagne d’un regain d’hostilité à l’égard des « étrangers », de l’extérieur comme de l’intérieur. L’antisémitisme, remarque l’historien Henry Laurens, rejoint « l’antijudaïsme traditionnel (…), le malaise des chrétiens devant l’affirmation de la société laïque, l’émergence des nationalismes et la généralisation de l’interprétation raciale de l’histoire. » Ce mouvement, en Europe de l’Ouest, coïncide avec les pogroms antisémites provoqués par le pouvoir dans la Russie tsariste, à partir de 1881. »
La paix, pas l’apartheid.
L’ancien président américain Jimmy Carter publie un livre au titre évocateur, Palestine. Peace not apartheid (Palestine, la paix pas l’apartheid) (Simon & Schuster, New York). Il y revient longuement sur l’histoire et sur son rôle au Proche-Orient durant sa présidence (1977-1981), mais aussi sur les dernières années, les accords d’Oslo, l’initiative de Genève, etc. Il se termine par un chapitre, « Le mur comme prison », dans lequel un de ses interlocuteurs lui fait cette remarque très pertinente : « Le mur ne sépare pas les Palestiniens et les juifs. Il sépare les Palestiniens des Palestiniens. »Car le mur est, selon lui, trois fois et demi plus long que la frontière internationalement reconnu d’Israël et que, à l’intérieur des limites de ce mur (côté israélien) vivront 375 000 Palestiniens. Une appréciation pertinente et qui confirme que le mur n’est pas une "séparation", mais seulement un des éléments de contrôle du territoire palestinien. Dans sa conclusion, l’ancien président note qu’Israël a trois choix possible : une annexion de tous les territoires occupés et de leur population à qui il donnerait la nationalité israélienne ; un retrait sur les lignes de 1967 ; « et un système d’apartheid, avec les deux peuples occupant la même terre mais totalement séparés l’un de l’autre, avec les Israéliens en position dominante et combattant la violence en privant les Palestiniens de leurs droits humains de base. C’est la politique qui est actuellement suivie, bien que nombre d’Israéliens rejettent la connotation racistes de cette assignation permanente des Palestiniens au statut de citoyens de seconde classe. »

Alain Gresh
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Signature - Nouveau sujet, vérifier dans "Recherche" s'il n'existe pas. Il faut qu'il soit bien étoffé, un titre explicite, bien détaillé avec des preuves fiables et vérifiables


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 06:34 (2017)    Sujet du message: De l'islamisation de la cause palestinienne au complotisme antisioniste

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